‹ Les merveilles de la science, ou Description populaire des inventions modernes. Suppléments. 6Chapitre 24 sur 130 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

. DEUX ESPÈCES DE DYNAMITES. — LA DYNAMITE INERTE ET LA DYNAMITE A BASE ACTIVE. — INVENTION ET COMPOSITION DE LA GÉLATINE EXPLOSIVE 00 GOMME EXPLOSIBLE. — LA VIGORITE, LA FÛRCITE, LA DUALINE, LA N1TROLYTÉ. — • DESCRIPTION D'UNE FABRIQUE DE GÉLATINE EXPLOSIVE.

On vient de voir que la dynamite ordinaire est un mélange de nitro-glycérine avec

du sable, ou toute autre substance poreuse. Si, au lieu d'ajouter à la nitro-glycérine une substance inerte, comme le sable, on y mélange un autre produit, explosif ou inflammable, comme du chlorate de potasse, on a une dynamite d'une puissance notablement supérieure.

On appelle dynamites à base inerte les dynamites mélangées de sable, et dynamites à base active les mêmes produits mélangés avec du chlorate de potasse, ou d'autres produits analogues.

Les bases actives connues jusqu'à ce jour, telles que l'azotate de potasse, le chlorate de potasse, le coton-poudre, la poudre elle-même, ont le grave inconvénient d'absorber l'humidité de lair. En outre, ces dynamites ne sauraient être employées dans l'eau, puisque le simple contact de l'eau suffit à séparer la nitro-glycérine du chlorate ou de l'azotate de potasse.

De toutes les dynamites à base active expérimentées jusqu'à ce jour, c'est la dynamite à base de coton-poudre, ou la dynamite gomme, qui a donné les résultats les plus satisfaisants.

Le chimiste suédois Nobel fabrique sa dynamite active en mélangeant 90 à 92 parties de nitro-glycérine et 8 à 10 parties de collodion (coton-poudre dissous dans l'alcool et l'éther). Le produit obtenu a l'aspect de la gélatine; aussi les industriels le désignent-ils sous le nom de gélatine explosive, ou de gomme explosive.

La densité de la gélatine explosive, ou gomme explosive, est de 1,6; elle gèle à. — |— 1 0 et détone alors beaucoup plus facilement.

Une balle de fusil tombant sur la dynamite ordinaire ne provoque pas son explosion; au contraire, quand elle est gelée, il suffit du -moindre choc pour en déterminer l'explosion.

Les ingénieurs français ajoutent de quatre à cinq pour cent de camphre à la gélatine explosive, ce qui la rend d'un maniement plus commode.

La gélatine explosive se conserve très longtemps, sans subir d'altération. Tant qu'elle n'a pas été gelée, elle ne fait pas explosion sous l'action d'un choc quelconque, et elle est infiniment plus puissante que la dynamite à base inerte. Autant de motifs pour qu'on l'emploie comme dynammite deguerre, et comme dynamite industrielle.

Les expériences faites par le général Abboth, aux États-Unis, ont démontré que la gélatine explosive, ou dynamite gomme, ne détone pas sous l'action dite par influence.

Le général A bboth plaçait dans un réservoir rempli d'eau une certaine quantité de gélatine explosive ; et à deux ou trois mètres de distance, il plaçait de la dynamite à base inerte, dont il déterminait l'explosion : la

gélatine explosive demeurait insensible.

Pour les travaux industriels et les destructions de rails, dont nous aurons à. parler plus tard, cette propriété de ne pas détoner par influence est, dans la pratique, un avantage, précieux. Aussi la gélatine explosive ou dynamite gomme est-elle presque exclusivement employée, en France, pour les opérations destructives.

Pour la faire détoner, on emploie des capsules, contenant environ 1 gramme de fulminate de mercure, en plaçant 50 grammes de fulmi-coton dans l'amorce.

Comme M. Nobel, l'inventeur de la gélatine explosive, avait pris un brevet pour la dynamite active à base de coton-poudre, les concurrents ont imaginé d'innombrables variétés d'autres dynamites à basé active. Nous citerons la sébasti?îe, àeM. Boeckmann, la sévaninef la dualine, de M. Dittmar, la for cite, de M. Lewin, la virite, la vigorite, la nitrolite, et dix espèces de dynamites analogues, que l'on fabrique en Autriche et en Allemagne.

Le chimiste anglais, Abel, prépare une dynamite active en mélangeant la nitroglycérine et la nitro-cellulose. Il a obtenu d'autres produits explosifs connus sous la dénomination à& nitro-gélatines ; la dualine est un de ces produits.

Les nitro-gélatines sont moins sensibles que la gélatine explosive à l'action de la chaleur et de l'humidité et elles se décomposent moins rapidement. On les obtient en traitant du coton par un mélange à poids égaux d'acide azotique et d'acide sulfurique. On a ainsi de la nitro-cellulose, qu'on lave avec soin, et que l'on chauffe ensuite, dans un vase en cuivre, avec de la nitro-glycérine.

La vigorite, la forcite, là nitrolite, les dualités américaines, ne sont autre chose que des nitro-gélatines ; elles ne diffèrent de la nitro-gélaiine Abel que par la pro-

SUPPLÉMENT AUX POUDRES DE GUERRE

portion de nitro-cellulose et de nitro-glycérine.

Les faits qui précèdent font deviner que la fabrication en grand de la gélatine explosive et des autres produits analogues doit exiger une série de manipulations, toutes dangereuses. Le peu de stabilité de la nitro -glycérine et delà ni tro- cellulose fait redouter constamment une explosion brusque. Aussi des règlements par-

• ticuliers et des décrets ont-ils été pris par les gouvernements, pour fixer, jusque dans leurs moindres détails, la situation des fabriques de gélatine ex- 'plosive, ainsi que le

. mode de transport de cette substance; et les fabricants, dans leur propre intérêt, ont redoublé de précautions.

Pour faire connaître la fabrication des gélatines explosives, nous décrirons une manufacture étrangère , celle de MM. Lundstrom et Eissler , sur la rive sud-est du lac Hopatcong, dans l'État du New-Jersey (États- Unis).

Fig. .104. — Plan de la fabrique de forcite de MM. Lundstrom et Eissler, au lac .Hopatcoug (Amérique septentrionale). .

1, maison de la direction, — 2, bureau et laboratoire. — 3, écurie. ■4-, magisiiis. — ■ 5, at elïer de menuiserie. — 6} dépôt de nitrate.

— .7, maison des machines. — S, mélange des acides. — appal'eil de concentration. — 10, 18, réservoirs d'acides. — H, re~ gagnage des acides. ~ 12, magasin d'acides. — 13, 14, maisons d'ouvriers. — 15, hôtel pour ouvriers. — 16, préparation des matières. — 17, glacière. — 19, 31, réservoirs d'eau. .-^ 20, atelier de nitro-glycérine. — 21, atelier de lavage. — 22, atelier de mélange.

— 23, 24, T6, cartoucheries. — 26, atelier d'emballage. — 27, maison de garde. — 28, 29, poudrières. —30, forge.

La fabrique de MM. Lundstrom et Eissler, dont nous donnons le plan dans la figure ci-

j ointe, occupe une superficie de 480 hectares, et est située près de deux grandes lignes de chemin de fer. Elle renferme 31 constructions ou 7 bâti ments divers,' reliés entre eux par 1500 mètres de voie ferrée. Une machine à vapeur donne le mouvement aux appareils de l'usine.

L'eau froide est fournie par un puits artésien et par plusieurs sources.

Yoici la série d'opérations qui constituent la fabrication de la gélatine explosive :

Les acides sulfurique et azotique sont mélangés dans un réservoir en plomb. Une conduite en plomb les amène dans un second réservoir, en fer, d'où, par l'effet de l'air comprimé, ces acides sont refoulés à l'étage supérieur, dans la cuve où est placée la glycérine. Lorsque la nitro -glycérine est obtenue par la réaction des acides, on la transporte à l'atelier

de lavage, puis à un autre atelier, où se fait

le mélange de la nitro-glycérine et de la nitro-cellulose.

Cette dernière opération s'effectue dans des récipients en cuivre, à double fond, chauffés par la vapeur. La pâte de gélatine explosive est aussitôt envoyée aux cartoucheries, et découpée en boudins, de 12 centimètres de longueur.

« Pour les pâtes peu plastiques, écrit M. Ghalon, on emploie une presse à cartouches, analogue aux machines à boucher les bouteilles, et composée d'une douille verticale en cuivre dans laquelle glisse un piston guidé que l'on actionne à la main par l'intermédiaire d'un balancier. Quand la pâte est plastique, on remplace les presses à percussion par des presses rotatives. La matière est distribuée sur une petite vis d'Àrchïniède qui la pousse dans un tube en bronze d'où elle sort sous une forme cylindrique. On la reçoit sur des plateaux en bois, fendus transversalement de cannelure à la distance qui correspond à la longueur des cartouches. On découpe les boudins au couteau en promenant celui-ci dans les fentes ménagées sur les parois des cannelures. Dans l'atelier d'emballage, les cartouches sont enroulées dans des feuilles de papier parchemin, puis mises dans des boîtes de carton qui sont emballées, dix par dix, dans des caisses en bois.

L'emballage est une opération très importante; chaque boîte doit être enfermée dans du papier goudronné imperméable, et les parois de la caisse doivent être revêtues du même papier. »

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