‹ Les merveilles de la science, ou Description populaire des inventions modernes. Suppléments. 6Chapitre 25 sur 130 · CHAPITRÉ VI · texte numérisé non relu

CHAPITRÉ VI

Les autres explosifs. — explosifs a basé de chlorate DE POTASSE. — LES FULMINATES ; FABRICATION DES AMORCES. — LES NITRO-GÉLATINES, LA BELLITE, etc.

Avant de parler de l'emploi de la dynamite, et des explosifs, en général, tant pour la destruction des ouvrages, en temps de guerre, que pour les travaux des mines et carrières, en temps de paix, nous devons énumérer les autres explosifs les plus connus, mais qui ne sont pas encore entrés dans la pratique industrielle.

En réalité, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, le nombre des explosifs est illimité. On peut en faire varier à l'infini la

composition et les propriétés, en mélangeant entre eux certains corps détonants. Seulement, la plupart des corps que Ton obtient ainsi ont une action absolument brisante, et on ne saurait en faire aucun usage d'une façon pratique.

Le chlorate de potasse est le composé auquel on a le plus souvent recours pour obtenir des explosifs. Rien de plus élémentaire que cette expérience : Mélangez du soufre et du chlorate de potasse, en très petite quantité; enfermez le tout dans un. morceau de papier, et frappez sur le mélange avec un marteau: il y aura explosion. Si, au lieu de fraj-per, vous projetez sur ce mélange quelques gouttes d'acide sulfurique, le soufre et le chlorate de potasse s'enflammeront. Remplacez le soufre par du phosphore, de la benzine, du sulfure de carbone, ou d'autres sulfures métalliques, vous aurez ainsi mille explosifs différents, ayant la même, base : le chlorate de potasse. Tous seront brisants, et par conséquent, d'un emploi dangereux.

Au point de vue purement industriel, le chlorate de potasse offre un autre inconvénient : c'est son haut prix. Un officier suisse avait pourtant proposé de remplir les obus avec une poudre à base de chlorate de potasse. Dans l'axe du projectile, il plaçait un tube en verre plein d'acide sulfurique. Au moment du choc, le tube était brisé; l'acide sulfurique se répandait sur le chlorate de potasse, en déterminait la décomposition, et l'obus faisait explosion. Il est vrai que lé choc produit par l'inflammation de la charge du canon pouvait amener la rupture du tube de verre ; alors, l'obus éclatait dans l'âme de la pièce, ou immédiatement au sortir de l'àme, et c'étaient les servants qui étaient atteints, et non pas l'adversaire.

M. Divine, chimiste à Jersey, a pris un brevet pour la fabrication d'une poudre, qu'il appelle rackaroch, et qui se compose de quatre parties de chlorate de potasse,

SUPPLEMENT AUX POUDRES DE GUERRE

d'une partie de nitro-benzol et de quelques centièmes de soufre pulvérisé. On a employé le rachat ock en Amérique.

La poudre de Siemens est un mélange de chlorate de potasse et de salpêtre avec de la paraffine ; enfin la poudre verte, qui se prépare à peu près comme la poudre ordinaire, a pour composition :

Chlorate de potasse... 70

Acide picrique 20

Prussiate jaune de potasse.. 10

Cette poudrée verte peut assez facilement être conservée, en perdant toutefois sa couleur primitive , pour devenir jaune. Elle a un pouvoir détonant qui équivaut au double de celui de la poudre ordinaire.

Les fulminates, découverts par Howard, peuvent fournir de terribles explosifs; mais ils sont surtout employés dans la fabrication des amorces et des . capsules pour les armes portatives. Ils dérivent tous de l'acide fulminique, qui n'a pas été isolé. La formule chimique de l'acide fulminique est Cy202,H202, où Cy représente le cyanogène (C2Az).

Pour préparer le fulminate d'argent, on fait chauffer dans de l'alcool une dissolution d'argent dans l'acide azotique, concentré.

Le fulminate de mercure, qui est un peu plus stable que le fulminate d'argent, a une composition à peu près identique, sauf que l'argent est remplacé par le mercure.

En faisant explosion, le fulminate de mercure donne naissance à de l'azote, à de l'oxyde de carbone et à des vapeurs de mercure, d'aprèsTéquation :

C4Hg,2(Az03)2 = 4 GO + 2 Az + 2 Hg.

Le fulminate de mercure détone à-J-1 87 degrés, sous l'influence d'un choc violent, ou de l'étincelle électrique.' Cette dernière propriété est pré'cieuse, puisqu'elle permet de se servir du fulminate de mercure pour amorcer les torpilles.

Pour préparer industriellement le fulmi-

nate de mercure, on mélange dans un grand ballon 3 parties de mercure, 30 parties d'acide azotique et 19 parties d'alcool; on chauffe jusqu'à + 90 degrés. Il faut ensuite laver le fulmi nate et le dessécher au moyen du papier buvard. On mélange alors le fulmi^ nate de mercure avec de l'azotate de potasse, dans les proportions de 2 à 1 ; cela fait, on procède au grenage et au séchage du produit.

Le grenage consiste à faire passer la matière à travers un tamis en crin; cette opéi^ation est éminemment dangereuse; on doit toujours redouter une explosion.

Les grains de fulminate de mercure obtenus par le grenage sont déposés sur des feuilles de papier ; ces feuilles sont alignées dans des augets en bois, pour les faire sécher. Les vitres de l'atelier sont recouvertes d'une couche de peinture, pour arrêter les rayons du soleil. Alors on les dépose par petits grains dans une capsule en cuivre.

Chaque capsule renferme environ 8 dëcigrammes de fulminate et d'azotate.

Beaucoup d'autres explosifs, ou mélanges détonants, ont été proposés. Nous citerons, en particulier, la panclastite inventée par M. Turpin, et qui est un mélange d'acide hypoazo tique avec de Féther, du pétrole, du sulfure de carbone ou du benzol. On a beaucoup parlé de ce produit, parce que M. Turpin a découvert la mélinite.

En mélangeant la nitro-glycérine et la nitro-cellulose, on obtient toute une autre série de produits, connus sous le nom géné- | rique de nitro-gélatines. Le plus important de ces produits a été inventé par M. Dittmar, ; qui l'a appelé dualine; c'est un mélange ; de 50 parties de nitro-glycérine, 30 parties de nitro-cellulose et vingt parties d'azotate de potasse.

Les nitro-gélatines sont peu sensibles à l'action de la chaleur et de l'humidité, et elles retiennent bien la nitro-glycërine. On a donc, !' en les employant, moins de chances d'explo-

sion prématurée que si l'on fait usage des j explosifs similaires.

Dans les mines, où l'on a constamment occasion de se servir d'explosifs, pour détacher des quartiers de roc ou des masses de terre, certains ouvriers hésitent à utiliser la dynamite, qui développe, en faisant explosion, une énorme quantité de chaleur, et risque ainsi de déterminer une inflammation du grisou. Pour remédier à cet inconvénient, un chimiste de Cologne a mélangé 100 parties de dynamite ou denitro-gélatine, avec 50 parties de carbonate de soude. Ce mélange renferme 30 pour 100 d'eau; à une température inférieure à celle de l'explosion, l'eau se sépare, et remise en liberté elle empêche une trop forte élévation de température.

La grisoutite est donc une dynamite brûlant sans flamme, avantage précieux pour le travail dans les mines qui sont sujettes au grisou, mais son action est bien inférieure à celle des dynamites ordinaires.

Dans les poudreries françaises, on a étudié et recommandé le mélange de la dynamite avec de l'azotate d'ammoniaque.

En mélangeant 1 partie de binitro-benzine et 4 à 5 parties d'azotate d'ammoniaque, un chimiste suédois, M. Cari Lamm, a fabriqué, en 1888, un produit qui ne détone, ni par le choc, ni par le frottement, ni au contact du feu. C'est donc un explosif d'un emploi pai^ticulièrement facile; M. Lamm lui a donné le nom de bellite.

Cet explosif, qui a été essayé dans les carrières d'Àrgenteuil, en poudre et en cartouches comprimées, forme une poudre jaunâtre et presque sèche au toucher, qui a la saveur et l'odeur du nitrate d'ammoniaque.

Les cartouches de bellite préparées par M. Cari Lamm, comprimées, sont recouvertes de papier et d'un enduit analogue à la paraffine. Elles portent sur l'une des bases un ou deux trous, destinés à recevoir une ou deux capsules de fulminate de mercure, qui provoque leur détonation.

La bellite fait explosion à l'air -libre, aussi bien dans les mines bourrées, qu'à l'état pulvérulent; aussi bien à l'air libre qu'en cartouches comprimées, pourvu qu'on l'enflamme à l'aide d'une capsule contenant un demi-gramme de fulminate de mercure.

Elle agit comme poudre lente, en mines bourrées, et comme explosif brisant, à l'air libre, quand elle est renfermée dans un récipient.

Elle peut être employée dans les mines pour Tabatage des roches, ou à l'air libre, pour les travaux militaires de campagne, et pour le chargement des obus.

La bellite peut être fabriquée, manipulée, transportée et emmagasinée, sans aucun danger, car elle n'est sensible ni aux chocs accidentels, ni aux frottements, ni à l'action du feu ou de la flamme.

Sa force est équivalente à deux ou trois fois celle de la poudre noire.

Nous avons dressé la liste à peu près complète des explosifs-types ou, si l'on aime mieux, des différentes variétés d'explosifs;

Four résumer et compléter ces renseignements, nous donnerons le tableau de la composition de différents explosifs qui ont été proposés ou qui sont employés pour charger

les torpilles.

La nitro-glycérine intervient presque toujours dans ces matières, dont voici la composition :

1° Dynamite : 73 p. 100 de nitro-glycérine et 22 p. 100 de sable.

2° Coton-poudre : c'est la nitro-cellulose comprimée.

3° Dualine : 80 p. 100 de nitro-glycérine et 20 p. 100 de nitro-cellulose.

4° Rendrock ou Litho facteur : 40 p. 100 de nitro-glycérine, 40 p. 100 de nitrate de potasse ou de soude, 13 p. 100 de cellulose et 1 p. 100 de paraffine.

5° Poudre géant : 36 p. 100 de nitroglycérine, 48 p. 100 de nitrate de potasse ou

SUPPLÉMENT AUX' POUDRES D'E; GUERRE

de soude", 8 p. 100 de soufre; 8 p. 400 de résine ou charbon de bois.

,6° Foudre vulcain ; 35 p. 100 de nitroglycérine, 48 p. 100 de nitrate de potasse ou de soude, 40 p. 100 de charbon de bois et 7 p. 100 de soufre.

7° Poudre mica : 52 p. 100 de nitroglycérine et 48 p. 100 de mica.

8° Poudre Hercule : 77 p. 100 de nitroglycérine, 20 p. 100 de carbonate de magnésie, 2 p. 100 de cellulose et 1 p. 100 de nitrate de soude.

9° Poudre électrique : 33 p. 100 de nitroglycérine et le reste inconnu.

10° Poudre Dessignolk : 50 p. 100 de picrate et 50 p. 100 de nitrate de potasse.

1 1 0 Poudre Bruyère , ou picrique : 50 p . 1 00 de picrate d'ammoniaque et 50 p. 100 de nitrate de potasse.

12° Tonite : 52,5 p. 100 de coton-poudre et 47,5 p. 100 de nitrate de baryte,

13° Gélatine explosive ; 89 p. 100 de nitroglycérine, 7 p. 100 de coton nitré, 4 p. 100 de camphre.

14° Gélatine explosive : 92 p. 100 de nitroglycérine, 8 p. 100 de coton nitré.

15° Poudre 'Atlas (A) : 75p. lOOdenitro-glycérine,21 p.!00defibredebois,2 p.lOOdecarbonate demagnésie,2p. 100 nitrate de soude.

16° Poudre Atlas (B) : 50 p. 100 de nitroglycérine ; 34 p. 100 de nitrate de soude ; 14 p. 100 de. fibre de bois et 2 p. 100 de carbonate de magnésie.

iT Poudre Judson (1) : 17,5 p. 100 de ni tro -glycérine et le reste inconnu.

18° Poudre. Judson (2) : 20 p. 100 de nitro-glycérine, 59,9 p. 100 de nitrate do soude, 13,5 p. 100 de soufre '.et 12,6 p. 100 de charbon pulvérisé.

19° Poudre Judson (Z) : 5 p. 100 de nitroglycérine, 64p. 100 de nitrate de soude, 16 p. 100, de soufre, 15p. 100 de charbon pulvérisé.

20° Rackarock : 77,7 p. 100 de chlorate de potasse et 22,3 p. 100 de nitro-benzol avec quelque faible quantité de soufre.

21° Forcite-gé latine ; 95 p. 100 de nitror glycérine et 5 p. 100 de cellulose non nitrée.

22° Gélatine-dynamite : n° 1, 65 p. 100 de matière A et 35 p. 100 de matière B; n° 2, 45 p. 100 de. matière A et 55 p. 100 de matière B. (La matière A est formée do 97,5 p. 100 de nitroglycérine et 2,5 p. 100 de coton-poudre soluble. La matière B est ■ formée de 75 p. 100 de nitrate de potasse, . 24 p. 100 de cellulose et 1 p. 100 de soude).

23° Gelignite : 56,50 p, 100 de nitro^ ; glycérine; 3,5 p. 100 de coton nitré; 8 p. 100 de bois pulvérisé et 32 p. 100.de .. nitrate de potasse.

24° Bellite : 1 partie d'azotate d'ammoniaque, 4 parties de binitro-benzine.

25° Mélinite : composition inconnue. On , croit qu'il y entre de l'acide picrique et de la trinitro-cellulose, dissoute dans Téther.

26° Roburiie : composition variable. Eléments principaux : la naphtaline nitrée et le nitrate de potasse, selon le procédé de fabrication.

27° Eelloffite ; nitro-benzine et acide azotique. -

Nous n'avons pas fait mention, sauf pour Y explosif américain Rackarock et la bellite, des combinaisons nitrées de la benzine dérivées du goudron, parce qu'elles n'ont pas . encore donné lieu à des essais suffisamment prolonges. Avec d'autres dérivés du goudron on obtiendra des substances douées de propriétés détonantes, mais ces propriétés sont encore peu connues.

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