CHAPITRE IX
LES EMPLOIS INDUSTRIELS DE LA DYNAMITE. — LA DY- NAMITE DANS L'ART DD MINEUR. — SUPÉRIORITÉ DE LA DYNAMITE SUR LA POUDRE DE MINE. — RÉSULTATS CONSTATÉS. — POSE ET MISE A FEU DES CHARGES DE DYNAMITE POUR L 'EXPLOSION DES MINES. — RÈGLES POUR LE CHARGEMENT DES TROUS DE MINE. DIVER- SES APPLICATIONS RÉALISÉES JUSOU'A CE JOUR DE LA DYNAMITE, DANS L'EXPLOITATION DES MINES. — LE SAUTAGE DES MINES PAR L'ÉLECTRICITÉ.
La supériorité de la dynamite pour les travaux de mine et de sautage est aujourd'hui un fait incontesté. Dans le pays où l'on est familiarisé avec cette matière, l'emploi de la poudre est à peu près nul. « À la poudrerie d'Oker, en Suède, dit le capitaine KaygorodofF, de l'artillerie impériale russe, la fabrication de la poudre de mine est presque arrêtée, par suite de la généralisation de l'emploi de la dynamite, qui présente d'énormes avantages sur la poudre, pour le sautage des roches. »
Suivant l'expression d'un maître mineur : La dynamite ne coûte rien; ce qui veut dire que les avantages que l'on retire de son emploi sont tels que le coût de la matière explosive est plus que couvert par l'excédent du travail produit. Par exemple, l'ouvrier tâcheron qui aura dépensé dans sa journée pour dix francs de dynamite, aura abattu, dans ce même temps, un cube de rocher qui lui sera payé dix francs de plus que s'il avait travaillé avec la poudre. Il est donc vrai de dire que la dynamite ne lui aura rien coûté.
Mais si l'économie est énorme pour le simple mineur, elle est bien autrement considérable pour l'entrepreneur de travaux, qui peut diminuer la main-d'œuvre, restreindre le nombre des travailleurs, et terminer sa tâche dans un délai beaucoup plus court, avantage immense, quand il y a de grands capitaux engagés.
Ajoutons que l'usage de cet explosif
SUPPLÉMENT AUX P
OUDRES DE GUERRE. 131
réduit considérablement le nombre des accidents. Il fallait autrefois, quand on avait un personnel important d'ouvriers, compter, chaque année, sur un nombre assez grand de victimes ; avec la dynamite ce nombre diminue considérablement.
« Je suis absolument convaincu, dit le major anglais Beaumont, que pour l'usage et le transport, la dynamite offre bien plus dé sécurité que la poudre. Dans les travaux que j'ai eu à exécuter j'ai eu plusieurs accidents avec la poudre : je n'en ai pas eu un seul avec la dynamite qui ait fait des victimes. »
« J'ai essayé la dynamite de toutes façons possibles, dit M. E. Taylot, régisseur des mines de Ghester et d'Àbérystwith, et je n'ai jamais eu d'accidents... L'usage de la poudre est tellement dangereux, ] 'ai eu tant de monde tué par cette matière, que je ne voudrais à aucun prix être obligé de l'employer de nouveau... J'ai eu sept hommes tués en une seule année (1). »
L'emploi de la dynamite offre aux ouvriers mineurs une sécurité bien plus grande que la poudre ordinaire. Depuis que son emploi - s'est répandu dans les mines du sud-est de l'Angleterre, on ne pourrait citer un seul accident qui lui soit attribuable.
L'économie de temps et de main-d'œuvre que l'on réalise dans l'emploi de la dynamite tient aux causes suivantes :
La matière explosive étant beaucoup plus forte que la poudre, on a, pour le même travail, moins de mine à percer.
La matière étant beaucoup plus dense que la poudre (le double environ), on peut en placer le même poids dans un volume de moitié moins grand, et par conséquent, faire des trous de mines beaucoup plus petits.
La dynamite ne craignant pas l'humidité, il est inutile, comme avec la poudre, de
(!) Pétition au ministre des travaux publics par les ingénieurs des mines de la Société de l'industrie universelle, ; — Octobre 1877.
perdre du temps à dessécher les trous de mine. .
N L'inflammation de la dynamite au moyen de la capsule étant instantanée, il suffit d'un bourrage sommaire, comme de verser dans le trou de mine le sable ou la terre que l'on a sous la main, enle tassant avec un bourroir en bois. On sait, au contraire, qu'avec la poudre, -on n'a presque pas d'effet si elle n'est pas parfaitement bourrée.
Enfin, on peut, quand les circonstances le permettent, employer le bourrage à l'eau, qui donne un résultat excellent, tout en étant aussi simple qu'économique. Le bourrage à Teau est impossible avec la poudre, que Teau détruit immédiatement.
La sécurité que l'on trouve dans l'emploi de la dynamite provient de ce que cet explosif, qui s'enflamme, du reste, assez difficilement, ne produit aucun effet, quand il est enflammé par les moyens ordinaires. Il faut absolument la présence de la capsule au fulminate de mercure, pour amener son explosion; de sorte que, dans les conditions ordinaires, il n'y a pas plus de danger à avoir avec soi de la dynamite, que du charbon, du coton ou tout autre corps inflammable,
La dynamite, il est vrai, peut détoner par le choc ; mais il faut pour cela que la matière soit placée, en couche mince, entre deux corps durs. C'est pour cela qu'il ne faut jamais employer, pour bourroirs, des tiges de fer. A l'état de cartouche et surtout enfermée dans des sacs, boîtes ou caisses, la dynamite ne craint rien et peut supporter les chocs ou les secousses les plus violents, sans qu'il en résulte d'accident. On a fait souvent l'expérience qui consiste àfaire tomber sur une caisse de dynamité un poids en fonte de 100 kilogrammes, d'une hauteur de 10 mètres, sans qu'il en résulte d'autre effet que d'écraser la matière.
On a prétendu que la dynamite n'est point une substance stable et qu'elle peut se dé-
MERYEILLES DE LA SCIENCE
composer en magasin. Cette crainte est chimérique. Nous ne parlons ici, bien entendu, que de la stabilité chimique. Quant à la séparation mécaniqué entre la nitro-glycérine et la substance inerte, il est clair que la dynamite étant, non une combinaison, mais un simple mélange de parties liquides et solides, ces parties se sépareront à la longue, sous l'influence de Peau ou de l'humidité, si
Fig. 112. — Emploi de la dynamite dans les mines.
Ton ne prend aucune précaution. Mais il suffit de conserver la dynamite dans les conditions où elle est livrée par le fabricant, pour n'avoir rien à craindre à cet égard.
Un des reproches que l'on fait quelquefois à la dynamite, c'est de produire, par son explosion, des gaz qui incommodent les ouvriers, dans les galeries mal ventilées. Ces gaz ne sont point malsains, et quand les ouvriers s'y sont accoutumés, ils n'en
souffrent nullement ; mais ce n'est qu'à une condition absolue, c'est que la dynamite ait franchement détoné, car il est vrai que quand elle brûle simplement, les gaz qu'elle produit sont irrespirables. On devra donc s'attacher à ne pas avoir de ratés, et employer, pour cela, des capsules très fortes.
Un défaut plus grand de la dynamite, c'est de geler, et alors, de durcir facilement. C'est à ce point de vue seul que Ton peut dire que ce n'est point un explosif parfait. Presque tous les accidents qui arrivent dans l'emploi de la dynamite proviennent de l'impatience des ouvriers à dégeler les cartouches qu'ils placent directement sur le feu, sans prendre garde, quelquefois, qu'une capsule est demeurée dans la cartouche.
Aussi doit-on s'abstenir absolument d'approcher ces matières des poêles, des cheminées, foyers, etc., etc. Quelque sécurité qu'elles présentent, il ne faut jamais oublier que l'on a affaire à un explosif.
Nous verrons . plus loin la manière de dégeler la dynamite sans danger, au moyen de l'eau chaude où l'on plonge les cartouches disposées dans un vase de métal.
La dynamite est un corps solide, gras et pâteux, formé par le mélange de diverses substances avec une huile prodigieusement explosive, la nitro-glycérine. Ainsi que nous l'avons dit, on commença par se servir, comme explosif, de cette huile seule; mais l'usage en était incommode et dangereux. A la suite de nombreux accidents arrivés dans les transports, il fut reconnu que la nitro-glycérine ne pouvait être utilisée qu'à la condition d'être préparée sur place, et employée immédiatement. L'invention de la dynamite, mélange de nitroglycérine et d'une substance inerte ou active, vint donner le moyen de produire, sans danger, à peu près les mêmes effets qu'avec la nitro-glycérine.
Les dynamites, avons-nous dit dans un
autre chapitre, se divisent en deux catégories suivant la nature de la matière qui est associée à la nitroglycérine.
Dans la première, la matière absorbante est inerte, et ne sert, par conséquent, que de véhiculeà l'huile explosive. Pour qu'une dynamite de cette nature soit de bonne qualité, il faut qu'il y ait, non pas seulement mélange entre le corps solide et la nitro-glycérine, mais une véritable absorption, de telle manière que sous l'influence des variations atmosphériques et des secousses ou trépidations résultant d'un transport prolongé, il n'y ait pas de séparation entre le liquide et le solide. C'est le choix judicieux de cet absorbant qui a assuré le succès de la dynamite n° 1 de Nobel. Aussi, quoique la présence du sable, dit terre d'infusoires, qui entre pour 25 pour 100 environ dans le poids de la dynamite, ait pour effet de diminuer la force de l'huile explosive, les avantages sont tels que l'usage de la nitroglycérine pure a été et devait être totalement abandonné
Les dynamites de la seconde catégorie, nommées , par opposition, dynamites à base active y sont un mélange de diverses substances détonantes avec la nitro-glycérine. Le type le plus répandu est la dynamite n° 3, de la fabrique de Paulilles, de la Société 'générale de dynamite, qui, moins forte que le n° 1 , est cependant suffisante pour la plupart des travaux, est d'un prix moins élevé, et présente des garanties de sécurité très, grandes, car elle est peu sensible au choc et ne s'enflamme que difficilement.
La dvnamite n° 2, intermédiaire entre les dynamites n° 1 et n° 3, remplace avantageusement la première, dont elle égale presque la puissance tout en procurant une grande économie.
Toutes les dynamites de bonne qualité ont les caractères communs suivants :
Elles se présentent sous la forme d'une
masse plus ou moins grasse et plastique, .. d'une grande densité (1, 6 environ);
Elles s'enflamment simplement par le contact d'une flamme ou d'un corps en ignition, et brûlent tranquillement, sans faire explosion.
Pour les faire détoner, il faut employer la capsule-amorce, dont nous indiquerons l'usage ultérieurement.
Néanmoins il est toujours prudent de tenir la dynamite loin du feu. Si une certaine quantité de dynamite peut brûler impunément, il est à craindre qu'il n'en soit pas de même pour une grande masse.
Toutes les dynamites gèlent, et perdent, leur plasticité à une température assez peu élevée, à -f- 7 ou 8 degrés centigrades. Pour s'en servir et en retirer un bon ôffet, il faut les dégeler et les ramener à l'état mou.
C'est une erreur de croire que la dynamite gelée soit plus sensible au choc que la dynamite molle ; mais elle peut détoner par le choc d'un corps métallique, si ce choc est assez violent.
La dynamite est toujours livrée en cartouches faites avec le papier parchemin , papier très solide, qui ne se déchire pas> et n'est pas traversé par l'huile explosive.
Toute dynamite enfermée dans une enveloppe rigide, résistante, ou se laissant traverser par la nitro-glycérine, doit être rëpoussée par l'industrie.
Les poudres de dynamite sont livrées au commerce en cylindres légèrement plastiques, nommés cartouches, dont le diamètre est ordinairement de 20 à 25 millimètres, sur 2 centimètres de long. On les vend dans des caisses contenant 20 ou 25 kilogrammes de cartouches.
Ces explosifs détonent, comme la nitroglycérine, sous l'influence d'une capsule au fulminate de mercure, que l'on enflamme au moyen d'une mèche ou cordeau de mineur (bickford). La chaleur et le choc produits simultanément par la détonation
Fig. If3. — Cax'touche de dynamite.
du fulminate déterminent l'explosion de la dynamite,
L'emploi de la dynamite pour faire sauter les mines comprend, d'après cela, deux opérations différentes : 1° le chargement du trou de mine, 2° la préparation de la carlouche-amorce.
Pour charger le trou de mine, on prend la quantité de cartouches nécessaire pour constituer la charge, et après les avoir fait dégeler, si c'est nécessaire, car il faut qu'elles soient toutes molles, on les coupe . toutes en deux, par le milieu, et on les fend ensuite dans le sens de la longueur, comme l'indique la figure 113. On introduit dans le trou de mine les demi-cartouches les unes après les autres» en ayant soin que la partie coupée se trouve tournée vers le fond, et en écrasant chacune d'elles énergiquement , avec le bourroir en bois. On ajoute ainsi successivement toutes les demi- cartouches les unes sur les autres, toujours dans le même sens, de façon que le bourroir appuie toujours sur le papier qui recouvre l'extrémité non coupée. Il faut comprimer fortement et écraser chaque demi-cartouche l'une sur
Fig. 114. — Pince à sertir.
l'autre, au fur et à mesure qu'on les superpose : cette précaution est importante, car il est absolument indispensable qu'il n'y ait pas de vide dans la charge. Il faut également avoir soin que le bourroir en bois reste toujours bien propre, et l'essuyer avec précaution, surtout si l'on s'apercevait qu'en le retirant du trou il ramène de la dynamite.
Lorsque toute la charge est mise en place, il faut ajouter la cartouche-amorce.
Dans toutes les caisses de dynamite il y a de petites cartouches de 25 à 30 millimètres de longueur destinées à recevoir la capsule et à faire détoner la charge ; c'est ce que Ton nomme les cartouches-amorces.
L'emploi de la cartouche-amorce a pour effet de provoquer l'explosion totale de la charge de dynamite et de donner plus de facilité pour assujettir la capsule convenablement.
Pour exécuter cette dernière opération voici comment on procède :
Après avoir débarrassé une capsuleamorce de la sciure de bois dans laquelle elles sont emballées, ce qui se fait simplement en secouant légèrement l'alvéole pour la vider, on s'assure que le fulmi-
SUPPLÉMENT AUX POUDRES DE GUERRE
Fig. 115 et 116- — ■ Serrage de la cartouche de dynamite.
nate est bien à découvert, puis on la fixe à la mèche de la façon suivante :
A l'aide du premier cran de la pince à sertir (fig. 114) on abat un morceau de
l'extrémité de la mèche d'environ un centimètre, et on introduit la mèche ainsi rafraîchie dans la capsule en ayant soin qu'elle descende jusque sur le fulminate ; puis, à l'aide du second cran de la pince à sertir, on serre solidement la partie supérieure de la capsule sur la mèche (fig.. 115 et 116), à deux millimètres environ du bord.
On ouvre ensuite le papier de l'extrémité de la cartouche-amorce, après avoir fixé une ficelle sur la mèche tout contre la capsule en Y (fig. 117), et on introduit celle-ci dans la dynamite jusqu'aux tr ois-quarts de sa longueur environ. On fait passer la ficelle en X autour du papier rabattu sur la mèche, puis on fait une solide ligature en croix comme l'indique la figure 117.
Fig. 137. — Cartouche amorce serrée.
La cartouche-amorce, ainsi préparée, est poussée sur la charge qui est déjà dans le trou de mine (fig. 118). On presse légèrement pour assurer le contact av,ec la charge,
Fig. 118. — Capsule- Fig. 1 19,— Autre manière amorce placée dans de placer la cartouchela cartouche. amorce,
mais il ne faut jamais frapper dessus avec le bourroir, car on pourrait changer la position de la capsule et même la faire sortir de la dynamite.
Il arrive quelquefois qu'en bourrant et en tirant sur la mèche cette dernière sort de la capsule ou l'ensemble sort de la dynamite et le coup rate.
Le colonel Locher, entrepreneur d'un tunnel du Saint-Gothard, pour parer à cet inconvénient, faisait confectionner des cylindres en papier, dans le fond desquels on plaçait la cartouche- amorce (fig. 419). On achevait de les remplir avec du sable sec, puis on ligaturait le papier rabattu sur la mèche b b. A l'aide de ce dispositif on a évité presque tous les ratés au tunnel de Pfafensprung. Ce procédé est à recommander à tous les ingénieurs.
On procède ensuite à un bourrage aussi résistant et aussi soigné que possible, en commençant par du papier ou par de petites bourres, et en achevant, soit avec de la brique pilée, soit avec du sable renfermé, comme d'habitude, dans du papier.
A la troisième bourre, il faut comprimer solidement, et continuer de même jusqu'à ce que le trou de mine soit rempli.
Dans tout ce travail, il faut toujours se servir du bourroir en bois. Il est expressément recommandé de ne jamais se servir de bourroir en fer, ou en tout autre métal.
L'ouvrier allume alors la mèche avec un bout d'amadou, et se retire.
Si l'on a suivi exactement les indications qui précèdent il ne peut pas se produire de ratés.
Toutefois si un coup de mine vient à rater, le mineur, qui connaît toujours exactement la hauteur du bourrage qu'il a fait, doit débourrer son trou, de manière à laisser 10 à 15 centimètres de bourrage au-dessus de l'explosif. On y replace alors une cartouche de dynamite munie de son amorce, on bourre de nouveau, et l'explosion de cette deuxième charge détermine, par influence, celle de la première. Ce moyen est le seul pratique.
Il est important qu'aucune sorte de dyna-
mite ne soit employée quand elle est gelée.
\J appareil à dégeler est représenté en coupe dans la figure 120. C'est un seau composé de deux cylindres concentriques en zinc, fermés par un couvercle.
Les cartouches se placent dans le cylindre intérieur et l'on verse de l'eau chaude dans l'espace annulaire.
Quoiqu'il n'y ait aucun danger à faire
Fig. 120. — Coupe de l'appareil à eau chaude pour dégeler la dynamite.
usage d'eau bouillante, il vaut mieux néanmoins n'employer que de l'eau à -|- 50° environ, car une eau trop chaude désagrège les cartouches et les fait souvent exsuder.
Quand l'eau se refroidit on la change. On ne doit jamais mettre le seau lui-même sur le feu, dans la crainte que, par suite de négligence ou d'oubli, le métal ne soit chauffé à nu, ce qui pourrait déterminer un accident.
L'enveloppe et le couvercle du seau étant formés d'une simple feuille de métal, on peut envelopper l'appareil d'une couverture de laine, pour éviter rabaissement delà température, par le rayonnement.
Dans le cas où l'on ne serait pas pourvu d'appareil à dégeler, on peut faire cette opération au moyen d'un seau en zinc, dans lequel onmet les cartouches, et qu'on plonge ensuite simplement dans un baquet rempli d'eau chaude.
Pour que la dynamite reste en bon état, on doit avoir soin de la couvrir, afin que la vapeur d'eau n'arrive pas jusqu'à elle.
Il ne faut jamais placer le vase contenant la dynamite sur un poêle, sur une chaudière ou sur le feu.
SUPPLÉMENT AUX POUDRES DE GUERRE
Fig. m. — Inflammation d'une mine par l'électricité.
On peut aussi dégeler la dynamite en portant les cartouches , pendant un quart d'heure environ, dans la poche du pantalon. C'est ce que font souvent les ouvriers ; mais il ne faut jamais essayer de dégeler des cartouches amorcées.
■ C'est au moyen du cordeau de mineur que Ton allume généralement les cartouches de dynamite, dans les mines et carrières. Cependant, dans certains cas l'inflammation des mines par F électricité offre de grands avantages, et ce procédé se répand de plus en plus. Nous le décrirons, en conséquence, avec soin.
L'emploi de l'électricité (fig. 121) permet de faire partir une ou plusieurs mines exactement au moment voulu et en se plaçant à telle distance qu'on le désire. Cette méthode est encore très avantageuse quand les mines sont dans des posi-
S. Ti II. •
tions difficiles, dans le fonçage des puits, par exemple, ou sous une grande charge d'eau.
Enfin le sautage électrique met les mineurs à l'abri des accidents provenant des longs-feux.
L'outillage nécessaire pour la mise à feu électrique se compose : 1° de Yexploseur; 2° des fils conducteurs; 3° des fusées, ou amorces.
Exp.loseur. — Les exploseùrs que l'on peut employer sont extrêmement variés.
Uexploseur Breguet, que nous avons décrit dans les Merveilles de la science, a été longtemps en usage, et il est encore employé dans l'armée, mais il expose, paraîtil, à de réels dangers, et on Ta remplacé, de nos jours, par des appareils d'inflammation d'un effet plus sûr.
Uexploseur employé par la Société générale de dynamite & été importé d'Allemagne
par M. G. Vian, l'un des deux directeurs de cette société.
Il se compose de deux plateaux en ébonite, ou caoutchouc durci, qui reçoivent un rapide mouvement de rotation, par l'intermédiaire d'engrenages commandés, à l'extérieur, par une manivelle.
Ces plateaux tournent entre des frottoirs garnis de peau de chat. L'électricité dont ils se sont chargés par le frottement est recueillie par des peignes, protégés par un disque isolant en ébonite, et mis en communication avec les armatures extérieures d'une bouteille de Leyde.
Un écran indépendant, également en ébonite, est placé en avant des armatures extérieures des bouteilles, entre ces armatures et les disques, dans le but d'empêcher la déperdition du fluide.
L'électricité produite par la petite bouteille de Leyde extérieure est amenée aux conducteurs.
L'appareil est renfermé dans une boîte en bois, de forme rectangulaire, de 0m,38 de haut etdeOm,55surOm,27 de base, divisée en deux compartiments par la cloison. L'un, toujours fermé, contient les appareils producteurs d'électricité ; l'autre, contenant les armatures extérieures et le bouton, est muni d'un couvercle, qui peut être rabattu sur le dessus de la boîte.
Voici maintenant comment on procède pour enflammer une mine avec cet appareil.
On saisit la manivelle de la main droite, et l'on fait tourner avec une vitesse modérée (2 tours par seconde). Pendant le onzième tour, on presse le bouton qui met le courant électrique en rapport avec le fil extérieur, et on appuie sur lui pendant une seconde.
Si, après onze tours, les étincelles ne se produisent pas, il faut recommencer en doublant le nombre de tours de la manivelle ; puis en triplant, etc. . . , jusqu'à la production de l'étincelle.
Fils conducteurs- — Il faut apporter un soin particulier à l'installation des conducteurs métalliques.
Leur rôle est d'amener à l'explosif, qui constitue la charge, toute l'électricité que l'appareil peut produire. Ils se composent donc d'une suite non interrompue de fils isolés et bons conducteurs de l'électricité.
Dans chaque conduite on distingue deux parties :
1° Les conducteurs principaux, qui sont ordinairement exposés à l'air libre, et le fil de retour;
2° Les fils d'accouplement, qui réunissent ensemble les diverses amorces électriques.
Pour les grands travaux et quand on veut s'assurer un succès complet, il faut employer des conducteurs isolés. Il ne faut jamais non plus, dans ce cas, fermer le circuit avec la terre, pour économiser un fil conducteur; car alors, pour produire l'étincelle, on a besoin d'un beaucoup plus grand nombre de tours de la manivelle, et il suffit qu'un des fils d'accouplement touche le sol, pour que le retour se fasse par ce contact accidentel.
Les fils conducteurs dans les galeries sèches peuvent être en fil de fer recuit; mais dans les puits, où l'humidité oxyderait bientôt le fer, on doit employer des fils en laiton bien recuit, de 1 /2 millimètre, ou des fils de cuivre recouvert de gutta-percha. On sait que le cuivre possède une conductibilité six fois plus grande que celle du fer.
Les fils des conducteurs principaux sont tendus sur des isolateurs, qui reposent euxmêmes sur des potelets, ou sur des morceaux de bois disposés à cet effet (fig. 121).
Les isolateurs dont on se sert habituellement sont en verre, en porcelaine, ou en caoutchouc vulcanisé. Ils ont la forme d'une cloche ; ce qui assure l'isolement, quelles que soient les conditions climatériques extérieures. Ainsi, malgré la pluie la plus abondante, le dessous de la cloche reste-t-il tou- I jours parfaitement sec.
SUPPLÉMENT AUX POUDRES DE GUERRE
Les manches des isolateurs sont en corne et sont pourvus de deux rigoles, ou rainures, pour la pose des fils conducteurs.
Si les isolateurs sont placés à F air , il faut faire en sorte que le fil ne touche à aucun des objets environnants, et qu'il soit tendu librement à travers l'espace. Ce n'est qu'à cette condition qu'on obtient un isolement parfait.
Cependant si l'emploi de ces conducteurs rie doit pas être de longue durée il suffit de poser le fil librement sur le soL
Quand les conducteurs doivent servir pendant un certain temps, comme dans le percement d'un tunnel, il est bon de les soutenir tous les 100 à ISO mètres.
S'il s'agit du fonç/age d'un puits, les fil s conducteurs enroulés sur des bobines sont descendus au fur et à mesure dans l'approfondissement du puits, et maintenus à 20 mètres du fond, pour éviter les projections des débris.
Ils sont, d'ailleurs, reliés, à l'extérieur du puits, aux pôles de la machine.
Les conducteurs devant aller jusqu'à 250 mètres ont 0m,002 de diamètre; ils pèsent 36 grammes, et reviennent à 0 fr. 60 le mètre courant.
Ceux qui vont à 300 mètres ont un diamètre de 0m,0023; ils pèsent 70 grammes, et reviennent à 0 fr. 75 le mètre courant.
Amorce. ■ — Le troisième facteur important de l'allumage électrique est Y amorce, qui permet la production de l'étincelle électrique destinée à enflammer la capsule.
L'amorce se compose d'un petit cylindre en mastic isolant, qui maintient séparées les deux extrémités des deux fils de cuivre formant le conducteur. Au cylindre fait suite une petite cartouche en papier, renfermant une matière explosive, dans laquelle plongentlés deux bouts du fil conducteur, qui sont à une distance d'environ un quart de millimètre l'un de l'autre.
Au-dessous est placée une capsule contenant le fulminate de mercure. Le tout est re-
couvert d'un enduit de poix. On voit donc que dès que l'étincelle envoyée par l'appareil électrique jaillit, elle enflamme la matière explosive, et par suite, fait détoner la capsule.
Dans les travaux sous -marins on remplace la petite cartouche en papier par une cartouche en métal.
Dans l'armée française, on préfère aux appareils que nous venons de décrire les simples piles.
Avec ces dernières on peut constamment, même pendant la durée de là manipulation, vérifier, à Paide d'une pile au . sel marin, très faible, si le courant passe dans tout le circuit. De plus, l'isolement des conducteurs principaux n'est pas d'une nécessité absolue.
Quand, au contraire, on se sert d'un appareil faisant jaillir une étincelle électrique, il est de toute nécessité que la machine, les conducteurs et les amorces soient en parfaite communication.
Voici maintenant comment on prépare un coup de mine, quand on fait usage de l'électricité, comme agent d'explosion.
Avant tout,- on distribue au mineur préposé à la charge des trous de mine les fils conducteurs reliés aux amorces.
Ces fils peuvent être disposés ou sur des bâtons, comme il a été dit plus haut, ou dans des conduits en papier ou dans des gaines de chanvre, ou enfin dans une enveloppe de gutta-percha.
Le mineur devra veiller à ce que les fils isolés soient assez longs pour sortir en partie du trou de mine.
Les conducteurs sur bâtons ne s'emploient que dans les endroits très secs. Les conducteurs à ruban avec enveloppe de chanvre, sont destinés aux endroits humides. Les conducteurs avec enveloppe de gutta-percha, conviennent pour les travaux mouillés.
Le conducteur à gaine de chanvre, soigneusement goudronné, est semblable à la
Fig. 122. — Allumage électrique de plusieurs coups de mine.
mèche ordinaire à poudre, et relié solidement à l'amorce électrique.
Le conducteur ruban est également relié à l'amorce électrique.
Ce conducteur est solidement conditionné; les fils sont isolés par du papier très fort, enduit de poix, et ils présentent des garanties suffisantes pour être employés dans les endroits humides.
Les bâtons conducteurs sont des baguettes en bois d'environ 0m,01 carré de section, dans lesquelles on a pratiqué deux rainures opposées où les fils sont logés.
L'assemblage des divers éléments du fil conducteur, c'est-à-dire la réunion, des différentes parties du conducteur général, exige beaucoup d'attention, et ne peut être exécuté que par un manouvrier expert, qui rattache les deux bouts, et consolide la jointure avec les plus grandes précautions.
Quand les trous de mines ont été chargés comme nous l'avons indiqué précédemment, l'ouvrier chargé de l'opération de la pose des fils fait communiquer un des fils de ia première charge, par un fil intermédiaire, avec le conducteur venant de la machine électrique et il relie l'autre fil à la seconde charge, par un autre fil intermédiaire. Il continue ainsi le chapelet, de proche en proche, en reliant chaque charge à la suivante, par les fils intermédiaires, jusqu'à la dernière charge, qu'il relie alors elle-même au fil
de retour, par un dernier fil intermédiaire.
Ces fils intermédiaires s'appellent fils & accouplement.
Si ces fils reposent sur des roches ou des terrains très secs, on emploie du fil de fer recuit, de 1/4 à 1/2 millimètre. Sur un terrain humide on emploie des fils de fer pour fleurs artificielles, qu'on enduit de suif. Enfin si les fils sont submergés, ils doivent être revêtus d'un enduit en gutta-percha.
Le petit fil de cuivre entouré de guttapercha donne des résultats très satisfaisants, dans tous les cas. Cent mètres de ces fils pèsent 1 kilog. il et coûtent 0 fr. 12 le mètre courant. On en consomme environ 100 mètres, pour foncer 20 mètres de puits.
La figure 122 indiquées dispositions générales pour l'allumage électrique et simultané de plusieurs coups de mine.
Le conducteur négatif, se composant de fils isolés, amène le courant du pôle C de l'armature de la machine électrique placée en A ; le conducteur positif, composé de fil ordinaire, amène le courant du pôle D de l'armature du même appareil. Les fils d'accouplement a a a a servent de liaison entre les charges bbbb qu'ils réunissent entre elles.
Les fils d'accouplement ne doivent pas toucher la terre, ils ne sont pas isolés.
Pour les tranchées de chemin de fer on
plante, de dix en dix mètres, des pieux, auxquels on fixe les conducteurs isolés, ou ceux pour lesquels on a employé simplement du fil de fer, suivant les besoins.
Pour opérer, on interpose entre la première charge et le conducteur principal un conducteur intermédiaire, en fil de fer. Ce conducteur ne doit jamais reposer sur rien. On réunit de la même manière le fil de retour du conducteur principal avec la dernière charge, mais alors il importe peu que le fil intermédiaire repose sur le sol environnant.
Dans les puits, on peut faire passer le conducteur principal à travers une petite conduite en bois (tuyau de ventilation), et on le relie à la façon ordinaire, à la première charge.
Le conducteur principal peut être disposé de la même façon dans une galerie de mine. Quand le fil de cuivre recouvert de guttapercha est posé dans un conduit en bois, il est protégé de cette manière contre tous les chocs qui pourraient l'endommager.
Allumage des charges. — Une fois que toutes les charges communiquent entre elles et avec les conducteurs, l'employé introduit les bouts des conducteurs principaux dans les boucles des récepteurs de l'appareil producteur de l'électricité. Il fixe la manivelle à l'appareil, charge celui-ci, en donnant 30 à 60 tours de manivelle, et il presse le bouton, ce qui détermine l'inflammation simultanée de toutes les charges.
Ceci fait, on dégage les fils fixés à la machine électrique, et on peut visiter le chantier en exploitation sans danger, sans se préoccuper des charges qui ne seraient pas parties, et sans être incommodé des fumées provenant de la combustion des mèches et des gaz délétères produits par la distillation de leur enveloppe cotonneuse.
Tels sont les moyens qui servent à faire sauter les roches et les terres par le
courant électrique, pour l'exploitation des mines, pour l'excavation des tunnels et pour le fonçage des puits.