‹ Les merveilles de la science, ou Description populaire des inventions modernes. Suppléments. 6Chapitre 31 sur 130 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

PRINCIPAUX TRAVAUX PUBLICS EXECUTES PENDAIS T NOTRE SIÈCLE AU MOYEN DE LA DYNAMITE.

Nous rappellerons les principaux grands travaux qui ont été exécutés, dans notre siècle, au moyen de la dynamite.

Le percement du tunnel du mont Saint- Gothard est un des plus intéressants exemples à citer, sous ce rapport.

Nous n'avons rien à dire du percement du tunnel du mont Cenis, entreprise qui précéda celle du mont Saint-Gothard, attendu que les directeurs (italiens) de l'entreprise, à qui M. Nobel proposa la dynamite, pour la substituer à la poudre, ne voulurent pas même en permettre l'expérience, et firent exécuter tous les travaux à la poudre... Point de commentaires!

La dynamite employée au déblaiement des roches, pourle percement du tunnel du mont Saint-Gothard, permit d'effectuer le travail avec une rapidité inconnue jusque-là.

Le tunnel du Saint-Gothard a 8 mètres de largeur, sur 6 mètres et demi de hauteur et une longueur de 15 kilomètres. Voici comment on procéda à son percenient.

Six machines perforatrices, mues par l'air comprimé, attaquaient en même temps le roc. Ces six machines, reliées entre elles, fonctionnant en même temps et avec une régularité parfaite, pratiquaient dans le rocher six trous, d'une profondeur d'un mètre environ. Quand ces trous étaient creusés, on y introduisait les cartouches de dynamite. Les travailleurs se retiraient alors, à quelques centaines de mètres, dans des refuges creusés dans l'épaisseur de la galerie, après

SUPPLÉMENT AUX POUDRES DE GUERRE

avoir allumé les mèches, qui devaient faire détoner l'amorce des cartouches. Le rocher sautait, les six cartouches avaient fait explosion; alors, les ouvriers revenaient et déhlay aient le terrain.

On employa pour le percement du Saint- Gothard, qui fut fait en deux ans, 1 2 000 kilogrammes de dynamite. Si les ingénieurs n'avaient eu que la poudre ordinaire à leur disposition, il en aurait fallu 7 à 8fois autant, et l'œuvre gigantesque qu'ils avaient entreprise ne serait peut-être pas encore terminée.

On employait 26 kilogrammes de dynamite par mètre d'avancement.

Le port de New- York était en partie barré, du côté de Test, par un énorme banc de rochers, le rocher de Hallets-PoinL A maintes reprises, des navires étaient venus s'échouer sur ce récif. En 1868, le gouvernement des États-Unis décida que cet obstacle serait détruit, et le général Newton fut choisi pour accomplir ce travail gigantesque.

Ce n'était pas chose facile ; le 24 septembre 1876 seulement, les travaux étaient terminés. On avait ouvert dans l'épaisseur du récif deux galeries, ayant, chacune, une longueur d'environ 100 mètres, une largeur de 7 mètres, et une hauteur de 5 mètres; elles étaient reliées entre elles par des galeries transversales.

Les rochers de Hallets-Point avaient une superficie totale de 12000 mètres carrés. On creusa 5 000 trous, qui furent remplis, de 40000 kilogrammes de dynamite. Toutes ces charges furent réunies à l'aide de fils conducteurs, dont le développement [total était de 70 kilomètres.

C'était la première fois qu'on -j faisait détoner en môme temps une aussi énorme quantité de matières explosives.

Le général Newton, chargé de l'entreprise, ayant choisi une des plus grandes marées de l'année, lès roches qu'il s'agissait de faire sauter étaient surmontées par une co-

lonne d'eau de plus de 12 mètres. Aussi la hauteur du jet liquide fut-elle singulièrement atténuée. On estime que sa hauteur fut de 25 mètres et son diamètre de 100 mètres seulement (fig. 123).

Le reflux de l'eau vint mourir au pied du réduit casematé où le général Newton se tenait, avec sa fille, sa femme et quelques amis. Ce fut par la main de sa fille, enfant de deux ans, que le feu fut mis à la mine, par l'intermédiaire du commutateur que l'enfant fit agir.

La lame balaya le rivage, une seconde avant le bruit de l'explosion.

Quelques minutes après l'explosion, les vapeurs, les yachts, les canots, qui avaient été maintenus à distance par les embarcations de la police de New-York, se précipitaient dans la rade, encore encombrée de débris.

La vibration des terres environnantes avait été très faible. On n'observa pas de commotion atmosphérique ; ni le son ni la secousse ne se transmirent à un rayon de 5 milles de la mine.

Le déblavement des débris commença immédiatement après.

Un correspondant du Journal de Genève a fait le récit suivant de la journée du 24 septembre 1876.

« Quelle décharge allait faire cette pièce d'artillerie, à côté de laquelle les canons Krupp n'étaient qu'un misérable jouet d'enfant? C'est ce que Ton se demandait à New-York. La foule avait pris position tout le long du rivage de la rivière de l'Est et sur toutes les éminences qui lui permettaient de jouir du spectacle auquel elle était venue assister. Les dernières heures avant le dénouement du drame furent employées à visiter les fils qui se rendaient du rocher à la station de décharge et à disposer la batterie électrique. Tout était prêt, il ne restait, plus qu'à appuyer sur un bouton pour mettre la batterie en communication avec les fils. Le général Newton avait auprès de lui une jeune enfant de deux ans et demi, sa fille. Son père prend sa main dans la sienne, rapproche de l'appareil électrique. Ainsi qu'il avait été annoncé, un coup de canon avait donné un premier signal, une sorte de garde à vous, à 2\25 ; un second coup avait été tiré à 2b,40;.un troisième à 2\48'f30".

Kig. 124. — Les écueils de Flood Rock et de Mill Rock, dans le port de New-York.

Avant que la détonation eût fini de résonner aux oreilles, on entendit un bruit sourd, suivi d'un grondement semblable à l'écho d'un coup de canon lointain; la terre vibra l'espace de deux secondes, une gerbe d'eau jaunâtre s'éleva à une hauteur de trente à quarante pieds. C'était tout : le rocher de Hallets Point s'était effondré. »

On entendit lé bruit de l'explosion jusqu'à 300 kilomètres de distance.

Il fallut deux ans pour draguer les débris d'un autre éeueil que le général Newton fit ensuite sauter, pour continuer de débarrasser le port de New-York. Cette roche sojïsmarine, qui se nomme Flood Rock (%. 124), avait une superficie de 3 hectares. L'explosion de cette nouvelle et colossale mine consomma 50 000 kilogrammes de dynamite, deux fois plus que celle du 4 septembre. Mais, grâce à l'expérience acquise, on s'en tira avec deux fois moins d'argent, et en trois fois moins de temps.

Le rocher de MM Rock (fig. 123), que l'on fit sauter par le même procédé, termina le déblaiement du port.

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