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CHAPITRE XI

AUTRES APPLICATIONS INDUSTRIELLES DE LA DYNAMITE. — LA DESTRUCTION DES ÉCUEILS SOUS-MARINS. — LA DÉMONTE DES NAVIRES ÉCHOUES SOUS L'EAU. — TRAVAUX AGRICOLES ET FORESTIERS. — DESTRUCTION DES GLACES DANS LES MERS DU NORD.

Les travaux sous-marins sont tellement dispendieux et difficiles, quand on fait usage de la poudre, substance que l'eau réduit à néant, que l'emploi de la dynamite, dans ce cas, est pour ainsi dire forcé.

Le mode d'opérer est, d'ailleurs, des plus simples. Il suffit de placer, sous la roche qu'il s'agit de briser, une charge de 1 /2 ou 1 kilogramme de dynamite en cartouche.

Mais c'est là le dernier travail à accomplir.

Il faut commencer par faire nettoyer et râcler la roche, par des plongeurs scaphandriers, de manière à mettre le roc bien en contact avec la dynamite : l'effet serait presque nul si on la plaçait sur la vase ou les herbes qui recouvrent souvent les rochers.

Pour de faibles profondeurs, on peut employer la mèche en gutta-percha ; mais à partir de 2 et 4 mètres, il faut avoir recours

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Fig. 125. — Destruction d'une épa^e de navire par la dynamite.

S. T. II

à l'électricité, à moins d'avoir des mèches spéciales.

En tous cas il faut mettre absolument le fulminate de la capsule à l'abri du contact de l'eau. Dans ces conditions, la destruction des écueils sous-marins par la dynamite est une opération élémentaire.

Le sautage des rochers sous-marins a donné l'idée de la pêche à la dynamite. On voit, en effet, après l'explosion d'une charge sous-marine appliquée à faire sauter des rochers sous-marins, les poissons qui se trouvaient dans un certain rayon, arriver à la surface, complètement étourdis. On peut donc employer ce moyen pour la pêche.

Hâtons -nous de dire, pourtant, que cette pêche, qui est très destructive, est sévèrement interdite. Elle peut cependant rendre service dans certains cas, quand il s'agit de pêcher dans des étangs particuliers, remplis de souches, où le poisson trouve des retraites inabordables.

Aux États-Unis, le général Henri Abbot a fait de nombreuses recherches pour appliquer la dynamite à détruire d'un seul coup un navire échoué, et faisant obstacle, d'une manière quelconque.

Ces expériences ne sont pas sans mérite. En 1 86 9 T quand le général Abbot commença de les entreprendre, le problème était nouveau, et les lois générales concernant l'action des . forces développées n'étaient pas connues; la théorie de ces recherches devait donc être basée sur des moyens de mesure précis. Il fallait, avant tout, employer un appareil capable d'enregistrer avec certitude les effets des explosions sous-marines. L'appareil imaginé par le général Abbot est le cercle dynamométrique, qui se compose d'un anneau en fer et de 6 dynamomètres.

Avec cet appareil, le général Abbot a constaté que la dynamite, le fulmi-coton et

la gélatine explosive pouvaient être employés pour les explosions sous-marines.

De fréquentes applications de l'appareil du général Abbot ont été faites, notamment pour faire sauteries navires échoués à l'entrée d'un port, et dont la présence fait obstacle à la navigation.

Au mois de mars 1885, le steamer Lader s'était échoué à l'entrée du port d'Anvers.

u Après des efforts infructreux, écrit M. Châlon, ce steamer s'était brisé en deux tronçons. Le navire, construit en fer, mesurait 86 mètres de longueur, 11 mètres de largeur et 8 mètres dë creux. L'épave, quoique se trouvant en dehors de la pâsse navigable, occasionnait des remous dangereux pour les navires à faible vitesse; en outre le jeu des marées produisait des affouillements dans le lit du fleuve, tout autour du navire, et les sables entraînés allaient se déposer dans la passe à 300 mètres en amont. Il y avait donc de puissants motifs pour détruire au plus vite cet obstacle à la navigation. Le commandant des pontonniers, M. Simonis, et le commandant des artificiers militaires, M. Collard, furent chargés de l'opération.

« Les deux parties du navire s'étaient séparées; l'arrière avait glissé latéralement vers l'aval, d'environ 14 mètres. L'un des tronçons .mesurait 38 mètres de longueur, l'autre 48 mètres. On commença l'attaque le 16 avril 1885, par le tronçon d'arrière, qui présentait le plus d'obstacle à la navigation. Les charges furent réparties de la façon suivante : 26 kilogrammes de dynamitegomme contre l'étambot tout près de l'hélice ; 24" kilogrammes de dynamite à la cellulose à un mètre de la charge précédente; 24 kilogrammes de dynamite-gomme dans le fond, par la clairevoie du salon ; 2'3 kilogrammes de dynamitegommée par L'écoutille de chargement. »

A la suite de l'explosion, l'avant fut détruit, mais l'arrière s'enfonça plus profondément dans le lit. du fleuve. On fut obligé de pratiquer une ouverture dans la cale, d'y faire pénétrer des plongeurs pour y déposer 23 kilogrammes de dynamite-gomme. Ce n'est qu'après 45 jours de travail, que l'opération fut complètement achevée.

Depuis les essais du général Abbot, on a fait de fréquentes applications de la dynamite pour faire sauter des vaisseaux engloutis.

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Fîg. 126. — Destruction par la dynamite d'un nayire échoué.

* Pour indiquer la marche à suivre dans ce cas; nous décrirons les opérations qui furent pratiquées pour la destruction d'un navire sombré en 1874, au mouillage deMohac(Hongrie), opération qui réussit parfaitement. Le navire avait 22 mètres de long et 6 de large. La profondeur de l'eau était de 5 mètres et le courant avait lm,50 de vitesse par seconde. Pour assurer la position des charges et amener les conduits à feu à la surface, on commença par enfoncer des pieux de o mètres le plus près possible des endroits où l'on devait placer les charges de dynamite. Celles-ci étaient renfermées dans des boîtes en zinc. Il y avait seize charges, onze à l'intérieur et cinq à l'extérieur, contenant chacune 6 kilogrammes de dynamite. Les pétards furent préparés, comme le montre la figure 126, avec des cordeaux à combustion rapide (1, 2, 3,4, 5) qui furent tous réunis en un seul à la sortie de l'eau. L'explosion de toutes les charges eut lieu simultanément ; le vaisseau fut complètement détruit et les sondages indiquèrent une profondeur d'eau de plus de 6 mètres. On avait consommé 400 kilogrammes de dynamite.

Un bateau en fer, échoué dans la Save sur un banc de sable, fut démoli, en 1875, de la manière suivante. Ce bateau avait 70 mètres de long sur 9 mètres de large. L'ingénieur chargé del'opération commença par défoncer le pont, au moyen de deux charges de dynamite n° 1, de 840 grammes chacune. Il plaça ensuite, dans le magasin central, deux charges de 8 kilogrammes et six

de 4 kilogrammes ; total, 40 kilogrammes. Dans chacun des deux magasins latéraux on plaça quatre charges de 5 kilogrammes de dynamite, soit 20 kilogrammes pour chaque ; dans la cabine, à l'extrémité du bateau, une charge de 5 kilogrammes, et sous le fond du bateau, deux charges de 5 kilogrammes : en tout, dix-neuf charges contenant 95 kilogrammes. La descente des charges, faute de plongeur, s'opéra au moyen de perches.

Toutes les charges ayant été enflammées à la fois au moyen de l'électricité, le bateau fut entièrement détruit, à l'exception d'une partie, qui demeura sous l'eau. On attacha à ces débris deux charges de 4 kilogrammes de dynamite et deux charges de 5 kilogrammes, dont l'explosion simultanée démolit tout ce qui restait du navire (fig. 125).

Quand le cas se présente d'avoir à briser des pièces de fer, la dynamite offre de grands avantages.

Pour briser une pièce de 1er rectangulaire, on place la charge sur le grand côté de la section droite, de manière à en occuper toute laiongueur. Cette charge croît avec les épaisseurs.

Dans la destruction des charpentes en fer les croisements doivent recevoir des charges doubles.

Les tuyaux doivent être considérés comme des plaques massives, dont la largeur serait la circonférence du tuyau et l'épaisseur celle du fer. Le boudin de dynamite doit entourer le tuyau.

Pour briser des pouls de fer on procède d'après les mêmes principes.

Nous citerons comme exemple la destruction par la dynamite du pont da fer de Culera près Cerbère (Pyrénées-Orientales).

Le magnifique pont en fer de Culera, sur la ligne de Figueras à Banyuls, venait à peine d'être lancé, et d'être posé sur ses piles, qu'un coup de vent le précipitait, d'une hauteur de \ 5 mètres, dans la vallée qu'il devait traverser. La partie contiguë à la culée restait seule adhérente. Il s'agissait donc de séparer les parties tordues en tronçons utilisables, et de briser, à la dynamite, pour en faciliter le transport, les poutres qui ne pouvaient plus servir à la reconstruction. Pour cela un boudin de dynamite du poids de 500 grammes fut enveloppé de terre grasse, et placé suivant le tracé de la section quïl s'agissait de déterminer, contre la tôle et les fers composant une des poutres. Cette poutre était formée de deux feuilles de tôle de 1 centimètre d'épaisseur, assemblées par deux cornières, le tout fortement rivé.

L'explosion de la dynamite la rompit net. La section totale de la poutre était de 420 centimètres carrés. Or, en admettant que la résistance de la tôle au cisaillement soit de 4 tonnes par centimètre carré, on trouve que les 500 grammes de dynamite employés ont développé, pour rompre la poutre, un effort de cisaillement de 48 tonnes*

La dynamite offre ce caractère remarquable que sa force peut être pondérée, de manière à ne produire que l'effet voulu, sans dépasser les limites que l'ingénieur s'est imposées. Il est tou jours facile de produire un effet violent, brutal, mais il est beaucoup plus intéressant, et même dans certains cas, il est indispensable, de pouvoir mesurer d'avance l'étendue du choc que l'on veut produire.

Parmi les exemples que l'on peut citer de cette particularité, nous rapporterons les

faits suivants, empruntés à une communication faite le 21 mai 1885, à la Société scientifique industrielle de Marseille, par M. Brunet de Saint-Florent, ingénieur de la Société générale de dynamite.

Il s'agit d'abord du découpage des tôles d'un navire submergé.

Le paquebot ÏEthelw-ine ramenait d'Espagne un chargement de 1,000 tonnes de minerai de fer, lorsqu'il fut abordé par un autre bâtiment à vapeur, venant de Rotter- " dam, qui défonça complètement ses tôles de l'arrière. Il coula immédiatement, et le capitaine n'eut que le temps d'enlever sa caisse et ses papiers. Tout le reste fut englouti, mais l'équipage fut sauvé.

Cette collision avait eu lieu près de l'embouchure de la Meuse, à 30 kilomètres de Rotterdam.

Ce navire, quoique complètement sous l'eau, ne pouvait être laissé sur place, parce qu'il aurait constitué un danger permanent pour la navigation, très active dans ces parages.

Le gouvernement hollandais fut donc obligé de mettre en adjudication l'enlèvement complet de ce bâtiment. M. Brunet de Saint-Florent fut chargé de ce travail.

Le paquebot étant complètement sous l'eau, on ne pouvait employer les moyens ordinaires, qui consistent à tirer de très forts coups de dynamite, de manière à écraser, en quelque sorte, le navire, et à accumuler ses débris au fond du lit du fleuve. Il fallait, au contraire, opérer avecbeaucoup de méthode, découper et enlever toutes les parties en bois ou en tôle placées sur le pont, la cabine du capitaine et sa passerelle, les cabines latérales en tôle, les petits treuils à vapeur, et ensuite découper tout le pont par bandes (pouvant être enlevées à l'aide de chèvres à vapeur, installées sur 2 navires placés de chaque côté de l'épave), et enfin retirer le minerai, à l'aide de machines à draguer.

SUPPLÉMENT AUX POUDRES DE GUERRE

C'est cette méthode qui fut suivie par M, Brunei de Saint-Florent. Le découpage du pont en tôle et des poutres en fer qui le soutenaient fut une opération longue et délicate, surtout parce qu'on voulait enlever les treuils à vapeur sans les briser. L'opération réussit complètement. Tout le pont et les parties supérieures furent enlevées. Ensuite on s'occupa d'extraire le minerai à l'aide des machines à draguer. Quand cette opération fut terminée on procéda au renflouage par les moyens ordinaires.

Le mode de découpage, imaginé par M. Brunet de Saint-Florent, peut recevoir de nombreuses applications, non seulement dans les travaux sous-marins, mais aussi dans les travaux du jour, lorsqu'on veut opérer rapidement.

M, Brunet de Saint-Florent fut chargé de la démolition d'une pile de pont, dans les circonstances suivantes :

Dans la petite ville de Kampen (Hollande), l'une des magnifiques piles du pont métallique ayant été.afîouillée, il fallut la démolir.

Pour y parvenir rapidement et économiquement, on lit d'abord une série de trous de mines sur tout le pourtour, en ne conservant que l'a partie centrale ; puis cette dernière fut démolie de la même manière. Il ne resta plus alors que la maçonnerie en béton. La profondeur ne permettant pas de faire de nouveaux trous de mines, oîi commença par tirer des coups de dynamite, en plaçant des paquets de cartouches dans les anfractuosités de la maçonnerie ; puis on enleva les gros blocs détachés par l'explosion à l'aide de grands paniers de feuillards remplis par les plongeurs ; enfin, une drague à vapeur amenée au-dessus de la pile enleva toute la partie désagrégée ; le niveau de la démolition s'abaissa alors sensiblement.

Une nouvelle série d'opérations semblables enleva la tranche inférieure, et peu à

peu la maçonnerie fut déblayée jusqu'au niveau du fond delà rivière.,

La démolition totale dura 25 jours. On aurait pu opérer beaucoup plus rapidement, mais il fallait agir très prudemment, et ne tirer que de très petits coups de dynamite, pour éviter les vibrations qui. auraient pu compromettre la solidité des maisons environnantes, construites toutes sur des sables plus ou moins mouvants.

Le pont métallique de Miramont fut découpé, sous l'eau, par le même ingénieur.

A la suite d'un accident survenu pendant son montage, ce pont s'affaissa subitement, et tomba dans le lit de la Garonne. Il fallait donc le découper par tronçons, qui devaient être tirés sur les bords, à l'aide d'engins convenables, au fur et à mesure de leur rupture.

M. Brunet de Saint-Florent découpa d'abord les tôles, en employant de longues cartouches de dynamite (de 4 à 5 mètres de longueur). Certaines de ces poutres présentaient une grande résistance à la rupture, car elles étaient formées de 10 feuilles de tôle superposées, de 1 centimètre chacune. Sans la dynamite, le découpage de ces pièces de tôle en fer, sous l'eau, eût été une opération extrêmement coûteuse et difficile.

Des moyens à peu près semblables furent employés pour la démolition d'une autre pile de pont, dans la Garonne, près de Muret. Les circonstances permettant d'opérer rapidement, on put faire partir sirîml tanément, par l'électricité , 20 coups de mine. Tous les trous étaient espacés de lm,25.

A Domremy, près de Sedan, une pile de pont fut démolie de la même manière.

A Witterthiem, près Marquises (Pas-de- Calais), pendant le forage d'un puits, un trépan était resté engagé dans un trou de sonde. Le sondage allait être abandonné,

lorsqu'on demanda à M. Brunet de Saint- Florent de le dégager, en brisant le trépan en plusieurs fragments. L'opération présentait des difficultés spéciales, à cause de la grande profondeur du puits, mais elle réussit parfaitement. Le premier coup de dynamite brisa le trépan en 2 points, et le deuxième coup détermina la rupture en un point plus éloigné. Les morceaux furent retirés et le sondage fut repris.

Depuis, deux autres opérations semblables, l'une au sondage de Réty, près Hardinghen, l'autre près de Narbonne, ont été couronnées de succès, et sans ces heureux résultats les sommes considérables dépensées auparavant auraient été complètement perdues.

La dynamite a rendu de précieux services aux vaillants navigateurs qui se dévouent à la recherche de passages du pôle nord. Jadis, bien des navires étaient bloqués par les glaces des mers septentrionales, et Fon a publié bien des récits des terribles souffrances qu'ont endurées de courageux marins, prisonniers dans les glaces. L'histoire tragique des matelots delà, Jeannette, par exemple, est encore présente à la mémoire de tous. Aujourd'hui, les hardis explorateurs des régions polaires ne manquent pas d'emporter une ample provision de dynamite. Si leur salut est compromis, ou simplement pour continuer leur route, ils se frayent un passage de vive force, à coups de dynamite, à travers les glaces accumulées.

Pour briser les glaces, on se contente de creuser un trou, dans lequel on place une charge de dynamite, de 3 kilogrammes, contenue dans une boîte en bois. Sur une nappe de glace de 0m,4S à 0m,50 de hauteur, une explosion de dynamite a pratiqué une ouverture de 2m,70 de long, sur 0m,60 de large, dans toute la profondeur de la couche solide.

Des cartouches de 40 à 50 grammes suffisent pour briser une glace de 0m,25 àOm,30 d'épaisseur.

Pour empêcher la dynamite de geler par le contact de la glace, on entoure la boîte de sciure de bois.

Pour faire sauter des pieux ou des pilotis placés au fond d'une rivière, la dynamite est très avantageuse. Si les pilotis sont émergents, on creuse un trou dans le sens de leur axe, et on les détruit à la hauteur désirée.

Si, au contraire, les pilotis sont au fond de la rivière, on descend les charges à la profondeur voulue, au moyen d'une tige en bois, en ayant soin de maintenir les charges contre l'obstacle à détruire.

L'emploi de la dynamite peut rendre de grands services dans la culture de la terre ; mais les travaux ne peuvent être rémunérateurs qu'à condition de se faire avec un explosif peu coûteux. En Autriche, où ce genre d'emploi a pris le plus de développement, on se sert de dynamite ne coûtant que 2 francs, ou mêmel fr. 80 le kilogramme. En France, ces travaux sont à peu près impossibles, à cause des impôts excessifs dont sont frappées, uniformément, toutes les dynamites, impôts qui pèsent surtout sur celles de peu de valeur. Nous donnerons, néanmoins, un aperçu des circonstances dans lesquelles on peut tirer parti de ces explosifs, tant au point de vue de l'exportation que dans l'espoir que le régime de l'impôt sur cette matière en France sera profondément modifié.

Le sautage des troncs d'arbre par la dynamite est très avantageux dans les grands défrichements, surtout dans les pays où la main-d'œuvre est rare et chère. Ce mode d'exploitation a pour résultat d'écarter et de détruire les insectes nuisibles.

L'espèce de dynamite à employer dans ce cas est le n° 2.

SUPPLÉMENT AUX POUDRES DE GUERRE

Les trous sont faits avec une tarière de 0m,028; on leur donne à peu près, comme profondeur, le diamètre de l'arbre. Cette profondeur doit être le triple de la charge. Tout l'espace vide au-dessus de la charge est rempli par mï bourrage de terre et de mousse.

Pour des troncs de dimension moyenne, on donne à la charge autant de grammes qu'il y a de centimètres au diamètre. Pour des troncs très forts et noueux, on dépasse cette proportion. Pour des troncs de très grande dimension, on fore deux ou trois trous, à la distance de 0m ,30. Il suffit d'amorcer une seule charge ; les autres partent par la commotion.

Il faut soigneusement essarter les troncs que l'on veut faire sauter, en coupant les racines latérales.

Les trous de mine doivent toujours être dirigés dans le pivot de la racine ou dans les racines les plus résistantes.

Les mêmes procédés peuvent être em- ; ployés avantageusement pour l'arrachage des souches, et la mise en culture des terrains occupés antérieurement par des forêts. On les a employés au Brésil, sur une grande échelle.

Dans ce cas le moyen le plus économique c'est de couper, à la hache, les petites ra-

Fig. 127. — Destruction des racines d'arbres par la

dynamite.

cines, puis dé pratiquer à la mèche un trou de mine, central A, suivant l'axe du tronc, comme l'indique la figure ci-dessus.

Un défoncement de terre au moyen de, la dynamite a donné de bons résultats dans le terrain schistique du Roussi lion. On emploie une forte barre en acier, munie d'un toarne-à-gauche, fixé à la partie supérieure. On frappe, avec une masse, sur la tête du ringard, pendant qu'on tourne au fur et à mesure qu'il enfonce.

Qn pousse le forage à une profondeur de 0m,80 à 0m,90. On charge chaque trou avec 150 grammes de dynamite n° 3. Après l'explosion la surface défoncée est de 3 à 4 mètres carrés.

Deux ouvriers employés à ce travail font quinze trous de mine à l'heure. Ils arrivent quelquefois à en creuser trente-cinq en deux heures. Les trous sont espacés de 2 mètres en 2 m êtres.

En appliquant cette méthode aux vignes, on est arrivé, à ce qu'il paraît, à faire disparaître le phylloxéra.

C'est ce qui a été constaté en Autriche, où des agents de M. Nobel étaient occupés à défoncer, à l'aide de la mine, le sol, à une certaine profondeur, de l'ameublir en un mot, afin de donner aux racines l'air et l'humidité dont elles ont besoin. Ils percèrent, dans ce but, des trous, d'environ 1 mètre, disposés de façon à ne pas détériorer les plants environnants ; ils purent constater, après l'explosion, que le résultat attendu était complètement atteint. Le sol, en effet, remué jusqu'à une profondeur de lm,50, s'était parfaitement ameubli. Mais une conséquence à laquelle ils étaient loin de s'attendre, c'est que partout où l'expérience avait été faite, le phylloxéra disparut.

Ajoutons que les agriculteurs italiens utilisent la dynamite sur une vaste échelle, pour le défoncement de Yagro romano.

Avec la dynamite sans impôt et à bas prix, les agriculteurs français pourraient suppléer en partie à la pénurie de main-d'œuvre dont ils se plaignent tant.

Concluons que la dynamite, type des corps explosifs, n'est pas seulement un moyen de destruction, mais qu'elle est aussi

un agent réel du progrès et de la civilisation modernes.

fin du supplément aux poudres de guerre (explosifs)

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