CHAPITRE IÏI
LES MITRAILLEUSES, DECEPTIONS ET PRÉVENTIONS. — EXPÉRIENCES RÉCENTES. — LA MITRAILLEUSE GATLING, — LES MITRAILLEUSES ANGLAISE ET ALLEMANDE. — LE CANON REVOLVER HOTCHKISS. — ROLE QUE JOUE- RONT LES MITRAILLEUSES DANS L'AVENIR.
Àu moment où, dans les Merveilles de la science, nous décrivions les mitrailleuses française, belge et américaine, notre armée se mesurait, sur les champs de bataille de l'Est, avec l'armée allemande. On se tromperait fort en croyant que l'énorme supériorité du canon Krupp en acier sur nos pièces de 4, de 8 et de 12 en bronze, ait surpris tout le monde. On se doutait bien un peu, dans l'armée et même dans le public, que les canons prussiens avaient une portée plus considérable et une trajectoire plus tendue que les nôtres. Mais, d'une part, nombre d'officiers étaient encore persuadés que l'attaque à la baïonnette était le dernier mot de la tactique, et qu'il suffirait d'une compagnie de nos troupiers pour enlever toutes les batteries de l'ennemi. D'autre part, le publie était alors si peu familiarisé avec les questions militaires, qu'il se payait volontiers de mots. C'est pour ces diverses raisons que la confiance dans la mitrailleuse était universelle en France, en 1870.
Cette confiance ne devait pas être de longue dui*ée. Les mitrailleuses ne nous furent d'aucune utilité, pendant la guerre. Nos généraux, qui ne les avaient jamais vues à. l'œuvre, essayèrent de s'en servir contre un adversaire qui se tenait à 3 000 ou 4 000 mè-
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Fig. 142. — Le général Abel Douay tué par l'explosion du caisson d'une mitrailleuse.
1res de distance, alors que leur portée ne dépassait pas 500 mètres.
A la bataille de Wissembourg, le 4 août 1870, un obus prussien tombe sur un caisson de mitrailleuse. Le caisson fait explosion, et l'une des balles qu'il renferme va frapper mortellement le général Âbel Douay. Ce fut assez pour provoquer tout un concert de récriminations contre les mitrailleuses, qui, du Capitole, furent bientôt traînées aux gémonies. Pour parler ■sans métaphore, ceux qui avaient le plus recommandé l'emploi des mitrailleuses furent les premiers à en demander la suppression.
C'était aller trop brusquement d'un extrême à l'autre.
Deux mois plus tard, en effet, les chefs -de notre armée, qui avaient profité d'une 'expérience si chèrement acquise, tiraient parti des mitrailleuses. C'est ainsi qu'à s. t. n.
Champigny, le 2 décembre 1870, deux mitrailleuses, commandées par le chef d'escadron Ladvocàt, aujourd'hui général de division, exécutaient, à 500 mètres de distance, un tir rapide contre une division bavaroise ; et leur feu produisait de tels ravages que la marche en avant des colonnes ennemies était arrêtée net; de sorte que le corps d'armée du général Ducrot put achever sa retraite, sans être inquiété. Nous verrons plus loin que les mitrailleuses figurent dans l'armement de nos forteresses, et qu'elles sont tout spécialement affectées à ia défense des caponnières. À ce titre, ces engins, trop vantés jadis, trop décriés aujourd'hui, méritent une mention spéciale ; d'autant plus qu'ils ont été perfectionnés, qu'ils le seront encore, dans un avenir très prochain ; de sorte que la mitrailleuse future sera au canon ce que le fusil à répétition est au fusil à aiguille.
Nous avons donné, dans les Mei-veilles de la science (1), la figure, la description et la coupe de la mitrailleuse Gatling, ou mitrailleuse américaine. Nous renvoyons le lecteur à ces pages de notre ouvrage, auxquelles nous n'aurions que peu à ajouter; la mitrailleuse Gatling n'ayant subi que des modifications sans importance depuis 1870.
Sa portée effective ne dépasse pas 800 mètres, mais, à cette distance, toutes les balles se logent dans un rectangle de 20 mètres de superficie. On a réussi, à l'aide de quelques perfectionnements ingénieux, à doubler presque la rapidité de son tir. et à lui faire tirer jusqu'à six coups, c'est-à-dire lancer 450 balles, dans l'espace d'une minute. Le diamètre des balles de cette mitrailleuse est de 13mm,6.
Pour la défense des places, l'artillerie a adopté une mitrailleuse de 13mm,5; chaque cartouche contient trois balles superposées. On devine aisément quels sont les avantages de cette substitution, quand il s'agit de repousser un assaut, et par conséquent, de couvrir une petite étendue de terrain du plus grand nombre possible de projectiles. Ajoutons que l'affût de la mitrailleuse actuelle est en bronze.
La mitrailleuse Gailing a été expérimentée dans une foule de circonstances, non seulement à terre, mais aussi à bord des navires. Au siège de Plewna, en novembre 1877, les Russes se servirent de deux batteries de mitrailleuses Gatling, pour arrêter les détachements turcs qui cherchaient à pénétrer jusque dans les tranchées. Aceteffet, les mitrailleuses, abritées derrière de petits épauiements, étaient pointées, avant la nuit, vers la zone de terrain que devaient forcément traverser les Turcs, et au premier signal, les mitrailleuses étaient mises en mouvement.
A Tel cl Kébir, en octobre 1882, les An-
(1) Tome III, pages 516-518.
glais avaient une batterie de six mitrailleuses Gatling, servie par trente marins. Le 12 octobre, cette batterie reçut l'ordre de se porter en avant : elle vint à bonne distance des retranchements de Tel el Kébir. Devant elle, à sa droite et à sa gauche, se trouvaient des batteries ennemies, qui tiraient vivement sur les nouveaux arrivants. Immédiatement, le commandant ordonne d'ouvrir le feu; en peu d'instants les parapets sont balayés, les embrasures sont criblées de projectiles, les Égyptiens se retirent, et les marins anglais, s'élançant à l'assaut, franchissent les retranchements, et poursuivent l'ennemi jusqu'auprès de son camp. Il est clair que si les Égyptiens avaient eu des canons à tir rapide, et s'ils avaient su les manier, les mitrailleuses anglaises auraient été bientôt démontées.
Aujourd'hui , où les expéditions coloniales ont pris un si large développement, l'usage des mitrailleuses est tout naturellement indiqué. Le crépitement qu'elles produisent agit sur l'esprit des indigènes, et produit presque autant d'effet que leur tir même.
Très légères, très mobiles, les mitrailleuses se plient à toutes les exigences d'un combat naval. Elles peuvent être installées et déplacées du pont d'un navire dans les hunes. En 1877, au combat livré par deux bâtiments anglais contre un vaisseau péruvien, une petite mitrailleuse Gatling fixée dans la hune du mât de misaine rendit de précieux services.
La mitrailleuse Gailing est formée, à volonté, d'une réunion de six, huit ou dix: canons ; on choisit un de ces chiffres, d'après les conditions à remplir de légèreté et de vitesse du tir. Ce faisceau est maintenu rigide par des tresses placées de telle sorte qu'elles ne s'opposent pas à la dilatation naturelle du métal. Chacun des canons de fusil correspond à une platine. Au moyen d'une manivelle, l'artilleur fait tourner, enmême temps, les canons et les platines. Indépendamment
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de ce mouvement de rotation commun, les platines vont en avant et en arrière : en avant, pour introduire les cartouches dans le tonnerre; en arrière, pour opérer l'extraction des douilles vides. L'extracteur, qui n'a pas de ressort, saisit le culot de la cartouche, au moment de son introduction et avant qu'elle ait été poussée dans le canon. Le tir n'est possible que si la manivelle tourne de gauche à droite; de cette façon, on prévient tout accident dans le cas où Ton est obligé de faire manœuvrer la pièce toute chargée. Pendant l'action, cinq cartouches sont constamment en marche ; tandis que Tune d'elles fait feu, une autre est introduite dans le canon, une troisième est extraite, la quatrième et la cinquième sont saisies par la platine. Ces mouvements alternatifs se succèdent sans aucune interruption, si bien que le tir se continue régulièrement et automatiquement tant que la pièce est approvisionnée.
Jusqu'en 1880, la mitrailleuse Gatling était approvisionnée par l'intermédiaire d'un tambour ; on lit usage, plus tard, d'un étui, dans lequel on introduisait quarante cartouches, qui descendaient dans le canon sous l'action de la pesanteur; les cartouches pleines et les douilles vides se croisaient, et se faisaient obstacle.
Le chargement de la mitrailleuse actuelle se fait par un disque vertical dans lequel 404 cartouches sont contenues. Ces cartouches suivent une spirale, qui va du centre à la circonférence, et cela jusqu'à F instant où elles sont introduites de force dans les canons. Des ailettes placées dans le disque, et mues par la manivelle de la mitrailleuse, poussent et guident les cartouches dans la spirale. Le chargement peut donc être effectué quelle que soit l'inclinaison de la pièce, fût-elle même verticale, ce qui permet d'exécuter des feux plongeants du haut en bas d'un parapet, d'un mât de misaine ou du pont d'un navire. Avec 10 ca-
nons, la mitrailleuse Gatling tire jusqu'à 1 200 coups par minute.
La mitrailleuse Gatling n'est pas certainement le type définitif . Elle peut être utile dans certaines circonstances, mais il serait inutile d'en introduire plusieurs batteries dans nos parcs de siège. Tout ce que Ton peut dire, c'est qu'elle est la seule qui ait été largement essayée depuis la guerre de 1870.
. Un constructeur américain, M. Maxim, a, plus récemment, construit une mitrailleuse dont les dispositions mécaniques diffèrent de celles de la mitrailleuse Gatling, en ce que le mouvement de recul de la pièce est utilisé pour recharger le canon. Cette mitrailleuse figurait à l'Exposition de Paris de 1 889, et le shah de Perse se donna la satisfaction de faire tirer cette bouche à feu sous ses yeux.
Nous emprunterons la description de la mitrailleuse Maxim au . journal la Science illustrée, du 27 avril 1889.
« Le canon automatique Maxim. est construit, dit la Science illustrée, de telle façon qu'il suffit de tirer un seul coup pour le. faire fonctionner indéfiniment et vider son magasin de cartouches, le tireur n'ayant qu'à diriger la pièce. La force du recul est employée à extraire la cartouche vide, à en glisser une neuve dans le tonnerre et à faire partir le coup ; le canonnier maintient simplement la détente poussée. Toutes ces opérations se font automatiquement, et la pièce tire sans interruption jusqu'à épuisement complet de son magasin.
« Décrivons brièvement l'opération.
« La culasse est d'abord manœuvrée à la main, la première cartouche poussée dans le canon, et la gâchette pressée pour faire partir le premier coup. Le recul produit par l'explosion est reçu par la culasse qui se trouve lancée en arrière, entraînant le canon à sa suite. Pendant ce mouvement, la culasse s'est ouverte, le culot vide a été extrait, l'aiguille mise au cran de sûreté, et une
Fig. 143. — La mitrailleuse Maxim en action.
nouvelle cartouche est venue se placer devant l'ouverture du canon, toute prête à y être poussée. Mais toute la force du recul n'a pas été employée dans cette première action ; elle a tendu aussi un ressort en spirale qui, en revenant à sa position primitive en vertu de son élasticité, ramène le canon dans sa position normale pour le tir, y pousse la nouvelle cartouche et ferme la culasse. Au même moment, l'aiguille vient frapper sur la capsule de la cartouche.
« La mitrailleuse se compose de deux parties, l'une mobile, l'autre immobile. La portion mobile comprend le canon, la platine, le levier, la culasse et une charpente intérieure supportant les diverses parties du mécanisme.
« La partie mobile constitue à elle seule, en réalité, le canon ; la partie immobile ne lui sert que de support.
La ligure 143 représente le fusil en action T avec sa boîte à munitions, et montre les culots extraits et projetés en avant.
« La figure 1 44 est une vue de la portion immobile de la mitrailleuse, montée sur tourillons, permettant les mouvements latéraux aussi bien que les verticaux, et munie de manettes et d'une détente pour le tir..
« La figure 145 "est une section longitudinale du fusil en position pour tirer.
« La figure 1 46 est une projection horizontale du fusil ; le dessus (n° 32 dans la figure 145) a été enlevé, ainsi que certaines autresparties, pour permettre de voir le mécanisme.
« La figure 147 est une vue de la boîte à munitions et d'une partie du mécanisme qui opère le chargement.
« La figure 148 est une vue de la partie du fusil inclinée en arrière, de façon à permettre de voir la culasse. La partie immo-
SUPPLÉMENT A L'ARTILLERIE MODERNE. m
bile a été enlevée et les différentes parties sont vues dans la position qu'elles occupent au moment où la culasse arrive à la fin de son mouvement de recul.
La figure 149 représente ce qu'on appelle la targette, inclinée en arrière pour montrer le mécanisme qui constitue à la fois la platine, la culasse, le chargeur et l'extracteur. On voit que, dans le mouvement de la charge et de l'extraction, la tête du culot est fortement prise des deux côtés. Cette pièce est assez petite et peut facilement tenir dans la poche d'un soldat. Comme c'est une des parties les plus sujettes aux accidents et déran-
Fig. 147. — Boîte à munitions.
gements, chaque mitrailleuse en possède -deux, de façon à pouvoir remplacer rapidement celle qui serait dérangée.
Toutes les parties dessinées en traits pleins -dans la figure 144 restent immobiles pendant le tir, à l'exception du levier coudé, nos 2, 3, fixé sur un axe qui fait partie de la portion mobile. Cette portion mobile est montée sur le fût du fusil, 4, de manière à pouvoir reculer deOm,02o.
« A la gauche et à l'extérieur du canon, du <;ôté opposé au levier, nos 2.3, un ressort en
spirale, n°o, est attaché à l'axe, n° 1 , du levier au moyen d'une chaîne, n° 6, et d'une petite fusée, n° 7, vues en traits pointillés.
« Dans la figure 146, la boîte, n° 8, qui contient le ressort, n° 5, est ouverte pour montrer le ressort et sa chaîne, s1 attachant sur l'axe, n° 1.
« Quand l'arme fait feu, le bras, n° 4, du levier, ncs 2, 3, qui appartient à la portion mobile, est poussé violemment contre un buttoir, n°9, fixé sur le fût du fusil, n° 4 ; cet arrêt brusque fait tourner l'axe, n°l , et force le bras, n° 3, à venir frapper un ressort d'arrêt, n° 10, établi à l'extérieur de la charpente ; il le dépasse et y reste accroché, si bien que le ressort, n° 5, est non seulement allongé de 0m,02S par le recul, mais encore se trouve tendu par la chaîne attachée à la fusée n° 7.
« Le bras du levier, n° 3, étant resté sur le ressort, n° 1 0, l'action du ressort, n° 5, ramène d'abord le canon et toute la partie mobile dans sa position de tir, puis fait tourner le levier. Le bras, n° 3, vient s'abattre sur un arrêt, n° 1 1, qui peut tourner autour d'un point fixe. Ce buttoir reçoit le coup, pivote et prévient ainsi tout rebondissement du levier.
« Dans la section (fig. 145), toutes les pièces sont vues dans la position qu'elles occupent quand le fusil est prêt à tirer. La platine, n° 12, porte une aiguille, un ressort, un percuteur et une gâchette.
« Quand la détente, n° 13, placée entre les deux manettes verticales, n° 36, est pressée, la tige, n° 14, est tirée en arrière et son buttoir, n° lo, accroche la partie inférieure de la gâchette, n° 16, provoque ainsi la chute du percuteur, n° 17, sur l'aiguille, n° 19, qui, projetée violemment en avant, vient frapper l'amorce de la cartouche et la faire partir. Un ressort, n° 38, ramène par sa contraction la détente et la tige, n° 14, à leur position première. Toutes les opérations du mécanisme de la culasse sont effectuées par les mouvements réciproques du levier, nos 2, 3.
Fig. H8. — Partie mobile du canon.
Le levier du fusil a un bras, n° 20, placé à l'intérieur du fût de l'arme, n° 4, et disposé à angle droit avec le bras, n° 2, du levier extérieur. A ce bras, n° 20, est attachée, de manière à pouvoir pivoter, l'extrémité postérieure d'un transmetteur, nos 22, 23, dont la
partien0 23 est reliée à la culasse , n° 1 2 . Quand le levier extérieur est poussé en avant, le bras, n° 20, du levier intérieur est renversé en arrière, dans la position indiquée par la ligne pointillée (fig. 145). La partie n° 23 de la tige se trouve en contact avec la tête du
Kig. 149. — Culasse démontable,, porteur et platine.
percuteur, n° 17, le baisse, tire en arrière l'aiguille et comprime le ressort, 15, jusqu'à ce que la gâchette, 16, se soit engagée dans le marteau et qu'une autre gâchette, 24, ait arrêté l'aiguille dans un cran de sûreté. En même temps la culasse est rejetée en arrière, le culot vide extrait une nouvelle cartouche tirée de la ceinture, le porteur, 23,
qui contient le dé chargeur et l'extracteur s'abaisse, la cartouche est portée devant le canon, 26, et le culot vide devant le tube de décharge, 27.
Les coulisses 28, de la pièce 25, pendant le recul et l'ouverture de la culasse, glissent sur les carnes^ 30, portées par le fût, 4. La pièce, 25, se trouve ainsi soutenue pendant
l'extraction du culot vide et la prise d'une nouvelle cartouche dans le ceinturon. Elle descend ensuite par son propre poids et par l'effet d'un ressort, 31 , attaché à l'intérieur du couvercle, 32, sur le fût 4, Le porteur est tenu et guidé pendant son mouvement en avant par les coulisses, 28, qui glissent sur la surface inférieure des cames, 30, jusqu'à ce que la culasse soit fermée. La pièce, 25, porte des crochets à ressort, 33, 34 et 35, qui, par leurs saillies, retiennent la cartouche neuve et le culot vide, comme le montre la figure 143.
Les cames, 40, pendant la fermeture de la culasse, actionnent un levier, 41, qui soulève le porteur, 25. Au même instant le •crochet à ressort, 33, cède et passe sur la tête d'une cartouche de ceinturon, 42; le crochet, 34, passe sur la tête de la cartouche qui se trouve dans le canon et le crochet, 35, passe sur le culot vide dans le tube, 27. Le porteur est donc débarrassé de la cartouche vide et tient déjà une nouvelle cartouche du ceinturon.
« Dans les coulisses, 45, du porteur, 25, s'engagent les rebords de la cartouche qui se trouve ainsi complètement prise. Pendant le double mouvement en avant et en arrière de la culasse la cartouche est extraite du ceinturon et poussée ensuite dans le canon; de même le culot vide a été retiré du canon, puis poussé dans le tube de décharge, 27, où il est pris par un ressort, 46, jusqu'au moment où il est rejeté par la cartouche vide qui lui succède.
« L'aiguille, 19, glisse entre des guidons dans la culasse, et ne peut frapper la cartouche qu'à travers un trou, 52, du porteur, 25 ; elle ne peut donc faire partir le coup que lorsque le porteur, 25, a achevé son mouvement et que la culasse est fermée, comme on le voit dans les figures 139 et 1 40. La gâchette de sûreté, 24, empêche encore l'aiguille de partir, jusqu'au moment où, par le mouvement de fermeture de la cu-
lasse, elle se trouve soulevée par les tiges, 22, 23, et met l'aiguille en liberté. Un petit crochet de sûreté, 53, empêche la détente d'être poussée tant qu'il n'est pas soulevé et tiré en arrière.
« Dans le tir continu, les culots vides sont portés à tour de rôle dans le tube, 27, et en sont chassés avec une grande force par le coup reçu du culot qui succède, au moment de son entrée dans le tube.
« Les deux parties, 22, 23, delà tige sont jointes au moyen d'un écrousans fin, 54, si bien que, grâce à ce système, la platine du fusil peut être enlevée et replacée en quelques secondes. Un petit crochet, 56, attaché à la charpente mobile 47, soutient la pièce, 22, au moment où elle est levée pour remplacer la platine , facilitant ainsi Topération .
« L'axe, 1, est soutenu dans des portants,
56, pris sur la charpente intérieure mobile, 47, et s'étendent par des pistes extérieures,
57, dans le fût externe, 4, ces pistes étant d'une longueur suffisante pour permettre le recul de la pièce, 47, et de son mécanisme.
« Quand la culasse est fermée, le bras de levier, 20, porte contre des. buttoirs, 58, attachés à la charpente, 47. Aussi pendant la période de l'explosion la culasse est fortement appliquée contre le canon et supporte le choc du recul, si bien que le canon, Je levier et le fût, 47, ou toute la partie mobile du canon^ reculeront jusqu'au moment où le bras, 2, frappe le buttoir, 9, comme nous l'avons dit plus haut. C'est alors que ce bras, 2, se trouve poussé en avant et ouvre la culasse d'abord lentement, puis plus rapidement. Le culot vide est ainsi extrait du canon, d'abord très lentement, et de même pour la cartouche neuve retirée du ceinturon.
« La plus grande partie du temps qui s'écoule entre deux décharges se passe dans l'ouverture de la culasse, si bien que la pression des gaz a produit tout son effet
S. T. II
Fig. 150. —
Mitrailleuse anglaise placée dans un hunier.
Kïg. 151, — Mitrailleuse Hotchkiss, pour la défense des places (pièce fixe).
dans le canon avant que la culasse n'en soit retirée.
« Le chargement des cartouches se fait de la façon suivante. Les cartouches sont placées dans Je ceinturon, 42, formé de deux bandes d'étoffe réunies entre elles par des œillets et des lames de cuivré. Au bord le plus rapproché de la balle, la ceinture est fortifiée par une corde cousue dans un repli de l'étoffe, si bien que les cartouches restent horizontales, et de quatre en quatre les lames de cuivre se prolongent entre les balles, maintenant ainsi les cartouches bien droites dans leurs étuis.
« La boite ou magasin qui contient le ceinturon, 42, rempli de cartouches est placée dans le montant. Les boîtes de réserve peuvent être placées et transportées sur le même montant. Le levier? 61, vu en haut de la figure 147, est actionné par le mouvement du canon, de telle façon que les cartouches se mettent en position une par une. Les pièces recourbées, 62, guident les balles et les maintiennent dans la bonne position.
« Le fût, 4, porte une chambre à eau, 67,
à travers laquelle le canon, 26, glisse longitudinal ement. Cette chambre contient environ trois litres et est remplie par une ouverture percée près de son extrémité postérieure et bouchée par un tampon, 68, Les joints sont serrés autour du canon de la manière suivante. A l'extrémité antérieure du canon est une boîte à étoupes, 69, avec sa garniture et un anneau, 70, qui se visse à l'intérieur comprimant la garniture autour du canon.
« A l'autre extrémité du canon est un anneau de piston, 7f, qui empêche l'eau de s'échapper pendant les mouvements, et en 72 se trouve une soupape, qui se ferme, empêchant l'écoulement de l'eau quand la mitrailleuse ne tire pas et que le canon est à l'intérieur,
« Le canonnier au moyen des manettes, 36, peut diriger le canon et le pointer dans toutes les directions. Les pouces se trouvent tout naturellement placés pour le maniement de la détente. On peut ainsi couvrir de balles en un court instant un espace déterminé. Au moyen des guidons 80 et 81 ,
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le soldat peut viser avec la plus grande exactitude comme s'il avait un fusil.
La rapidité de tir varie de 600 à 700 coups par minute suivant le type des cartouches employées. »
Les Anglais ont modifié la mitrailleuse Gatling en plaçant verticalement les magasins de cartouches. Nous représentons dans la figure 150, la mitrailleuse anglaise servie par des marins, et tirant dans un hunier. Le mécanisme qui amène chaque canon en face des cartouches est le même que celui de la mitrailleuse Gatling.
Nous devons une mention spéciale à une mitrailleuse aujourd'hui adoptée dans l'armée française, et qui est utilisée à la fois sur nos vaisseaux, et pour la défense de nos places fortes. Nous voulons parler de la mitrailleuse, ou canon-revolver Hotchkiss, que nous représentons dans les figures 151 et. 152.
En 1879, la marine française adopta cette bouche à feu, pour combattre les bateaux-torpilleurs. La Russie, la Hollande, le Danemark, la Grèce, ont aussi installé le canon-revolver Hotchkiss à bord de leurs bâtiments de guerre, et l'Amirauté allemande a suivi leur exemple, en 1886.
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Fig. 153- — Coupe de la cartouche de la mitrailleuse Hotchkiss.
voir les artilleurs de terre faire usage de cette pièce, à la fois puissante et légère, dont les mérites avaient vivement frappé M. le général Favé, dès 4877, ainsi qu'il le dit dans son Cours d'art militaire, professé à l'École polytechnique. Il semblait que le canon-revolver Hotchkiss était susceptible, d'un emploi plus varié, et l'événement a justifié ces prévisions, puisqu'il a été adopté en 1881, par notre artillerie de terre, pour concourir à la défense des places fortes.
La mitrailleuse Hotchkiss se compose de cinq tubes, montés parallèlement l'un à l'autre, autour d'un axe central et placés entre deux disques en bronze. Ce groupe de tubes peut tourner devant un bloc de culasse, qui contient les mécanismes déchargement, d'inflammation et d'extraction de la douille des cartouches. La manivelle, placée sur le côté droit du canon, fait mouvoir simultanément le piston de chargement, le percuteur, l'extracteur et les tubes. Une disposition ingénieuse fait qu'à chaque tour de la manivelle un coup part, un canon reçoit une cartouche tandis que l'extracteur retire la douille d'un troisième. Les mêmes organes servent donc pour tous les tubes, ce qui a permis de les faire très résistants et capables de soutenir un tir prolongé.
La figure 151 représente un canon-revolver du calibre de 17 millimètres, monté sur bloc, et qui peut être tiré dans toutes les directions, au moyen d'une crosse, A, que le pointeur épaule, et la figure 152 un canon de 42 millimètres monté sur affût de campagne pour la' défense des places, avec ses différentes munitions et son brancard d'attelage.
Nos vaisseaux font usage d'un canon de 37 millimètres, monté sur pivot, comme celui que représente la figure 151, et que le pointeur épaule de la même manière.
Avec les petits canons, le pointeur tourne lui-même la manivelle ; avec les canons de 47 millimètres, un second servant tourne la manivelle, sans pouvoir faire partir le coup, et le pointeur tire lorsqu'il juge convenable en pressant sur une détente adaptée à une crosse de pistolet, placée sous la culasse, et qui sert également pour la manœuvre. Un troisième servant est chargé d'alimenter le magasin à cartouches placé sur le côté gauche de la culasse, comme l'indique la figure 151.
La mitrailleuse Hotchkiss peut tirer jusqu'à 80 coups dans une minute.
Généralement on fait usage d'un obus explosif, en fonte, armé d'une fusée percutante (fig. 153). On emploie aussi un
Fig. 154. — Boite à mitraille de la mitrailleuse Hotchkiss, vue extérieure et coupe.
boulet ogival en acier, à pointe durcie, pour percer, à distance, les bateaux torpilleurs, ainsi qu'une petite boîte à balles. La cartouche (fig, 154) se compose,
comme celle du fusil Gras, d'une feuille de cuivre enroulée, garnie d'un culot, au centre duquel se trouve une amorce ordinaire.
Tous ces projectiles sont pourvus d'une ceinture en laiton, simplement posée sur des rainures ménagées dans la fonte ou l'acier. Quand on met le feu, le laiton, comprimé par la pression des gaz, entre dans les rainures, et la liaison du projectile et de son enveloppe se trouve ainsi assurée.
Le canon-revolver moyen (de 42 millimètres) pèse 475 kilogrammes, et son affût, avec accessoires, 530 kilogrammes. Sa portée est de plus de 2000 mètres. Comme il peut tirer 80 coups à la minute, sans que le pointage se dérange, et sans que la solidité de l'affût soit compromise, il est facile de se rendre compte des services quïl peut rendre, dans une place assiégée, pour battre certaines parties des défenses que l'ennemi pourrait envahir par une nuit obscure. En modifiant la rayure des cinq tubes du canon-revolver, de façon à obtenir une grande dispersion delà mitraille, et en pointant d'avance les pièces, on empêchera toute attaque de vive force que l'ennemi tenterait, à la faveur de l'obscurité ou du brouillard.
Pour terminer cette revue nous mettrons sous les yeux du lecteur (fîg. 155) le dessin-du modèle d'une nouvelle mitrailleuse adoptée en 1889, par l'Ëtat-major allemand. C'est un canon-revolver à 6 tubes placés horizontalement, et qui lancent, comme la mitrailleuse Gatling, une pluie de balles, à la distance de 1 000 mètres, au moins. Elle peut être attelée comme un canon de campagne.
En résumé, les mitrailleuses longtemps délaissées, en raison de leur insuccès pendant la guerre franco-allemande, ont repris faveur à notre époque, par suite d'une étude attentive des conditions dans lesquelles on doit recourir à leurs services.
Quel que soit son effectif et la mobilité des pièces qu'elle attelle, l'artillerie ne saurait être partout, sur un champ de bataille. Dès que l'armée s'engage dans les montagnes, l'artillerie de campagne ne se meut que très lentement, et l'on verra, au chapitre suivant, que les canons de montagne ne suppléent pas d'une façon absolue aux canons de 90 et de 80. Pendant la guerre d'Orient, le général Skobeleff avait imaginé, pour repousser les attaques des Turcs, de commander des feux de salve à grandes distances. Les Russes appuyaient la crosse du fusil, soit contre leur jambe, soit même à terre, et ils donnaient ainsi à l'arme l'inclinaison à peu près convenable. Mais ce genre de tir est d'un usage à la fois difficile et restreint, et l'on aperçoit tout de suite le parti que l'on pourrait tirer des mitrailleuses, pour le remplacer. Enfin, le principe même des canons à balles, c'està-dire la réunion de plusieurs canons, leur chargement presque simultané et le tir presque automatique, ce principe est fécond en applications diverses. Un jour, certainement, quelque ingénieur trouvera le moyen de réunir des canons de plus gros calibre, et de construire une mitrailleuse qui lancera, non plus des balles, mais des obus C'est pour cette raison que nous avons décrit tous les types actuels de mitrailleuses, bien qu'elles aient perdu la plupart des défenseurs qu'elles comptaient jadis.