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LE FUSIL A RÉPÉTITION, SES AVANTAGES

Nous disons dans l'énoncé général qui précède, qu'il faut, avec le fusil de petit calibre, adopter le mécanisme à répétition. En effet, ces deux éléments se commandent l'un l'autre, et se combinent d'une façon nécessaire.

Nous avons mis en évidence les avantages du fusil de petit calibre, et signalé les études dont cette question a été l'objet. Parlons maintenant de l'utilité que doit présenter, dans la guerre, la faculté de mettre à la disposition du soldat un nombre considérable de cartouches, qui lui évitent le soin de recharger son arme, et lui permettent, à un moment donné, de tirer un nombre énorme de coups, en peu de temps.

Si l'on substitue au fusil de gros calibre (11 millimètres) un fusil de petit calibre

Fig. 20 1 . — Fusil Winchester, vue extérieure.

(8 millimètres) à trajectoire tendue, on obtient une précision de tir incomparable, et l'on a, tout à la fois, le bénéfice d'un tir précis à grandes distances et d'un tir rapide à petites distances. Enfin, si h ce canon de petit calibre on ajoute un magasin de cartouches, on donne au soldat l'avantage- de ne pas avoir à recharger souvent son arme.

C'est ce que nous avons fait.

Il a fallu quatre à cinq ans d'études à la Commission d'expériences qui travaillait à Versailles, pour décider, en 1886, d'une manière définitive, l'adoption du mécanisme à répétition, et faire choix de ce mécanisme.

Les fusils qui étaient en usage en France, en 1886, étaient presque tous du calibre de 11 millimètres. La cartouche du fusil Gras pèse43gr,80; celle du fusil Mauser, 42 grammes. Le soldat français portait 78 cartouches dans son sac, et le soldat allemand 80 dans son sac, et dans ses poches. Si l'on se fût contenté, comme il en fut un moment question, de fixer au fusil Gras un magasin, c'està-dire si l'on eût transformé cette arme, d'ailleurs excellente, en arme à répétition, il eût fallu naturellement augmenter le nombre et le poids des cartouches mises à la disposition

du tireur. Comment faire? Le calibre ne variant pas, le poids de la cartouche reste le même, et le soldat est déjà trop chargé, pour qu'on songe à le fatiguer davantage.

On est bien parvenu à alléger la cartouche, en se servant de laiton très malléable, et en amincissant la douille. On a réduit ainsi aux 8/9 de son poids actuel le poids de la cartouche, le soldat peut alors emporter 88 cartouches au lieu de 78. Mais ce sont là des demi-solutions, et si l'on veut que le mécanisme à répétition soit utile, il faut que le soldat dispose d'un nombre considérable de cartouches. D'où cette conclusion : il faut diminuer le calibre du fusil, sans diminuer le nombre des cartouches que peut porter le soldat.

Cette vérité a été reconnue de bonne heure; car dès Tannée 1867, le gouvernement suisse fut sur le point d'adopter le fusil Winchester, fusil à répétition dont nous avons fait usage, d'ailleurs, nousmêmes, pendant la guerre de 1870-1871.

Le fusil Winchester (fig. 201) a une longueur de lm,175; il pèse 3%910.Le magasin, À, qui est l'organe essentiel du système à répétition, contient 14 cartouches. Pour m-

Fig. 202. — Coupe du fusil' Spencer.

A bloc mobile formait obturateur du canon; il tourne autour du pivot P et reçoit la cartouche, venant du magasin, poussée par le ressort H - B, secteur mobile, qui transmet au bloc A, le mouvement de rotation du levier C et fait sortir la douille vide de la cartouche brû lee, a I aide du doigt F. Ce secteur B est muni aussi d'une encoche circulaire, M, qui maintient les cartouches à l'état d'immobilité dans le magasin. - G, levier servant à manœuvrer le bloc de culasse. Il est recourbé de façon à servir aussi de pontet protecteur de la détente - 0, chien frappant sur le percuteur, pour déterminer l'inflammation de la cartouche. - B, tube métallique logé dans la crosse et servant de magasin a cartouches. - F, extracteur de la cartouche. - H, ressort à boudin poussant les balles en avant, pour les amener successivement dans le logement préparé au milieu du secteur mobile A.

troduire la provision de cartouches dans la culasse, on découvre celle-ci en abaissant le levier, L, qui est désigné par les armuriers sous le nom de pontet. Ce levier abaissé découvre la culasse. Après avoir placé les cartouches dans la culasse, on relève ]epontet, Ltpour la-refermer. Un ressort à boudin placé à l'intérieur de la crosse, C, pousse les cartouches devant le percuteur P. Quand on tire la détente G, on fait partir le coup.

Plusieurs régiments de l'armée de la Loire et de l'armée de l'Est, en 1871 , étaient pourvus du fusil Winchester.

Pendant la guerre d'Orient, en 1878, la cavalerie irrégulière de l'armée ottomane était armée de fusils Winchester, à 16 coups. Lors de la défense de Plevna, Osman-Pacha, qui a joué un rôle militaire si brillant, employait le fusil Winchester, pour le tir à distances rapprochées. Il avait fait distribuer dans chaque bataillon des fusils Winchester à deux compagnies, et des fusils Martini aux deux autres compagnies. Tant que les Russes étaient éloignés, les Turcs employaient les fusils Martini* dès qu'ils

se rapprochaient, les Turcs se servaient du fusil Winchester, dont les effets, à 300 ou 400 mètres, sont littéralement foudroyants.

Le fusil Spencer a été l'un des premiers adoptés en France, comme arme à répétition. En 1870, durant la retraite de l'armée de la Loire, un régiment d'éclair eurs à cheval, muni du fusil Spencer, arrêta net la marche en avant des colonnes de l'armée allemande.

C'est en 1862 que M. Spencer avait construit les premiers exemplaires de son fusil.

Le magasin du fusil Spencer (fig. 202) se trouve dans la crosse, comme celui du fusil Winchester. Ce fusil pèse4k480 ; son calibre est de 13 millimètres. (On voit quel chemin nous avons parcouru depuis lors, puisque nous en sommes aujourd'hui au calibre de 8 millimètres.) Il y a six rayures héliçoïdales.

Pas des rayures ' .', l^^O

Profondeur des rayures. Ûmm,25

Largeur des rayures...... 3^m,6

Le bloc de culasse se compose d'une fermeture A, d'un secteur mobile B, et

Fig. 203.

— Fonctionnement du fusil Spencer.

d'un pontet G. La fermeture renferme le percuteur, qui, frappé par le chien D, se meut en ligne droite, et s'encastre dans le secteur mobile B, quand on découvre le tonnerre. Sur la face gauche du secteur, B, on voit un extracteur F, qui rejette les cartouches vides. C'est à l'aide du pontet C, que l'on détermine là rotation du secteur mobile .

Un tube en acier, E, de 35 centimètres de longueur, constitue le magasin. Pour le remplir, on commence par introduire, à la main, une cartouche dans la chambre, puis on fait glisser dans le magasin sept autres cartouches, en les poussant à la main, la pointe en bas. On introduit ensuite un étui en fer-blanc vers le fond duquel la colonne de cartouches comprime le ressort en spirale, H. L'étui étant arrivé à fond, on le ramène à sa position première, en le faisant tourner de droite à gauche (4).

(1) Cours théorique de fir, par le capitaine Bert.

Supposons que le coup soit parti (fig. 203) On abaisse le pontet C, la pièce de fermeture et le secteur mobile se rapprochent ; leur ensemble prend un mouvement de rotation; un extracteur F, dont l'extrémité était engagée en avant du bourrelet de

Fig. 204. — Cartouche du fusil Spencer.

la cartouche, fait sortir la douille vide; du même coup, l'ouverture du magasin est démasquée, et une autre cartouche vient d'elle-même se placer entre lé guide et le

Fig. 205. — Coupe du fusil Westerli.

T, canon. — C, magasin à cartouches logé sous le canon, dans la monture. Une aorte de piston (a) poussé par un ressort à boudin amène successivement les cartouches sur le levier E. — M, cartouches. - L, levier se mouvant de droite à gauche, pour détaler la 'culasse mobile, et ensuite d'avant en arrière pour ouvrir cette culasse. — R, ressort à boudin produisant pression sur la croisière A et l'extracteur et donnant l'impulsion au percuteur P. — B, culasse mobile contenant dans son milieu le percuteur P, et formant par son extrémité (n) le tire-cartouche ou extracteur. La partie (n) extrait et rejette la cartouche vide. Quaut à la partie m, aussitôt que par l'effet de recul de la culasse mobile elle vient toucher l'extrémité du levier D, elle le force à reculer en pivotant autour de la charnière (0) Ce mouvement fait lever la branche longue E, qui élève alors une cartouche et la place en face du tonnerre. A ce. moment, à l'aide du levier L, on ramène la culasse mobile B en avant, ce qui engage la cartouche dans le canon. Puis, en ramenant ce levier L de gauche à droite, on replace la croisière A dans 1 axe du canon, ce qui ferme complètement la culasse et met l'arme en état de tirer.

contour circulaire du cylindre mobile.

La cartouche du fusil Spencer a 41 millimètres et demi de longueur ; elle pèse 31 grammes. La balle, qui pèse 22^,725, a un diamètre de 13 millimètres 8.

L'étui en cuivre pèse 4 grammes, et la charge 3sr, 375.

Le fusil Westerli est, avec le fusil Spencer, une des premières armes portatives à répétition qui aient été employées.

Ce fusil a été fabriqué en Autriche - Hongrie, dans la manufacture d'armes de Heyer. Il est infiniment supérieur au fusil Spencer. M. Westerli avait construit, en 1867, un premier modèle; il Ta perfectionné en 1870.

Le canon du fusil Westerli (fig. 205) est vissé dans la boite de culasse; il a cinq rayures, dont les pleins sont égaux aux vides ; le calibre est de 10mm,5 ; le pas des rayures de 0™,60. Quand on fait tourner le levier L à

s. T* Ut

gauche, la croisière A est forcée de reculer ; en ramenant ensuite le levier en arrière, on entraîne la culasse mobile, jusqu'à ce qu'elle soit arrêtée par une clavette. Alors la partie postérieure de l'extracteur, n, qui fait ressort

Fig. 206. — Cartouche du fusil Westerli.

et qui était maintenue primitivement par

la boîte de culasse, se relève, et quand on

ramène la culasse mobile en avant, la

queue de l'extracteur, poussée par la boîte de culasse, quitte l'entaille. La noix ou croisière, À, revient à sa position en arrière de la tête de gâchette, en s'appuyant sur le sommet des rampes. La partie antérieure de la culasse mobile, B, pousse alors une cartouche en avant.

La cartouche du fusil Westerli pèse 30 grammes et demi. La balle est en fil de plomb et pèse 20er,4; la charge est de 3Br,6. Cette cartouche a une longueur de 26 millimètres ; le fusil peut en contenir 13, dont 11 dans le magasin, 1 dans le transporteur et 1 dans le canon. Pour exécuter la manœuvre, il faut relever le levier et retirer le cylindre en arrière, puis pousser le cylindre en avant. On peut brûler les 13 cartouches en 25 secondes, soit 80 cartouches en une minute.

Le fusil Westerli pèse 500 grammes de moins que le fusil Gras, et il est muni d'une hausse graduée jusqu'à 1 800 mètres. La vitesse initiale est de 500 mètres. On voit par là toute la supériorité du fusil de petit calibre (8 millimètres) sur un fusil de fort calibre (11 millimètres) du même modèle. On a tiré, avec ce fusil, 40 balles en 8 minutes, sans qu'il ait été nécessaire de s'arrêter, pour nettoyer l'âme du canon. La chambre de la cartouche est un peu plus j courte que la cartouche, de sorte que la cartouche est forcée, au moment de la fermeture de la culasse.

Tels sont les premiers fusils à répétition qui aient fait partie de l'armement militaire depuis 1862 jusqu'à 1870-1871.

Après cette époque, les essais de fusils à répétition ont été poursuivis, en divers pays, avec une égale persévérance. En Suisse, quelques officiers et deux ou trois ■ ingénieurs avaient pris les devants. En Portugal, M. Diaz, lieutenant au 3e régiment de chasseurs, faisait adopter un modèle de fusil à tir rapide, avant même

I que le gouvernement allemand se fût décidé à transformer le fusil Mauser en fusil à répétition, et que le gouvernement français eût commencé la fabrication du fusil Lebel.

Le lieutenant Diaz a publié un résumé très exact de ses travaux, dans un numéro du journal YExercito Portuguez.

Le lieutenant Diaz avait d'abord construit un fusil qui tirait, avec une charge de poudre de 1 0 grammes, une balle qui pesait 50 grammes.

La vitesse initiale était de 477ra,50; la vitesse du tir, de 18 coups par minute. On tirait sur une cible qui avait 8 mètres de largeur sur 3 mètres de hauteur. A 1 000 m. de distance, on constata que la zone périlleuse avait une longueur de 21 mètres et que 60 balles sur 100 atteignaient la cible.

Ces résultats étaient satisfaisants, mais pendant que M. Diaz se livrait à ses recherches, M. Hébler, en Suisse, et le colonel Lebel, en France, démontraient, d'une façon péremptoire, que le fusil de petit calibre était supérieur à tous les autres, par sa portée aussi bien que par la précision de son tir. M. Diaz n'hésita pas, dès lors, à transformer son fusil, et il fit adopter par le gouvernement de la Grèce un fusil de 8 millimètres de diamètre, dont la cartou- 1 che pèse 30 grammes et la balle 16 grammes seulement. Le pas de la rainure du canon est de 30 centimètres, avec une profondeur de 2 millimètres.

Dans les armes dont nous avons donné jusqu'à présent la description, le magasin est placé dans la crosse, ou un peu en avant du fût.

En Allemagne, Dreyse, l'inventeur du fusil à aiguille, qui a fait toute une révolur tion dans l'armement des peuples modernes, I s'appliqua à transformer cette arme en un fusil à répétition. Il plaça le magasin de cartouches à la même hauteur que le canon (îig. 207). On a vu, dans les fusils qui ont

Fig. 207. — Fusil Dreyse a répétition.

A, culasse mobile contenant le percuteur P avec son ressort et le chien. — 8, chien. — M, levier servant à ouvrir et fermer la culasse mobile. — E, crochet extracteur des douilles vides. — T, entrée du canon, — C, douille de cartouche vide, rejetée au dehors par l'extracteur et faisant place à la cartouche pleine venant du magasin. — 0, orifice du magasin qui est placé sur le côté. Au-dessus de cet orifice, et dans une chambre faisant corps avec la culasse mobile, se trouve un petit ressort à boudin qui, à l'aide d'une tige, prend et pousse la cartouche vers le canon. — R, ressort mis en mouvement par. la détente et qui fait élever les cartouches du magasin à hauteur de la culasse, — L, détente.

été représentés plus haut, que chaque cartouche est amenée jusque dans l'axe de la chambre par l'effet d'un appareil spécial appelé transporteur, qui est mû par un levier à ressort, poussé par le pontet. Dans le fusil Dreyse, les cartouches du magasin étant à la même hauteur que le canon, il suffit d'un ressort placé, non dans la crosse, mais dans le magasin, pour les pousser en arrière, et les tenir prêtes à être tirées. Cette disposition permet, en outre, de regarnir le magasin pendant le tir, en chargeant après chaque coup tiré.

Yoici les dimensions du fusil Dreyse, ou fusil à aiguille allemand transformé en fusil à répétition :

Longueur du fusil. . . , lm}B4

Poids du fusil 5k,500

Nombre de rayures 5

Pas des rayures. 0m,55

Profondeur des rayures 0mm,3

Largeur des rayures., 5mm,75

On tire, avec ce fusil, la cartouche de fusil Mauser. en ayant soin de diminuer un peu

la charge. Il y a dans le magasin sept cartouches qui peuvent être tirées en 18 secondes.

Les essais faits en Allemagne avec le fusil Dreyse à répétition n'ont pas dû être très satisfaisants, puisque, en 4888, le général Bronsard de Schellendorf, qui était alors ministre ~de la guerre à Berlin, a fait définitivement adopter, à sa place, le fusil Mauser à répétition.

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