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CHAPITRE IY

LES CLICHÉS PELLICULAÏRES.

Les glaces au gélatino -bromure ont des avantages d'un ordre supérieur, mais elles ont un inconvénient : elles ont l'inconvénient d'être des glaces, c'est-à-dire des objets fragiles, qui exposent l'opérateur au chagrin de perdre en un instant le fruit de plusieurs journées de travail. Dans les ateliers, de tels accidents ne sont pas rares.

Ajoutez que la conservation des glaces demande un grand emplacement. Pour le voyageur, les glaces gélatino-bro murées alourdissent singulièrement son bagage, nécessitent de sa part mille précautions, et l'empêchent de rapporter autant de clichés qu'il le voudrait.

Ces considérations ont amené, dans ces dernières années, un retour vers l'ancien procédé de là photographie sur papier, dans lequel l'image négative s'exécutait sur une simple feuille de papier, au lieu d'une glace. Telle fut, on le sait, la méthode primitive de la photographie, celle qui a illustré les noms des Talbot, des Bayard, des Blanquard-Evrard, et qui fut remplacée, plus tard, par le cliché négatif de verre recouvert d'une couche d'albumine ou de collodion. C'est cette ancienne méthode, c'est-à-dire les négatifs du passé, que l'on a été conduit à restaurer de nos jours.

Multa renascentur quse jam cecidere.

Il faut, toutefois, remarquer que dans la méthode primitive des Talbot, des Bayard et des Blanquard-Evrard, le papier ne servait pas seulement de support. Il était pénétré, imprégné, des substances sensibles, et c'est dans sa pâte que se produisait la décomposition chimique du bromure d'argent. Dans le procédé auquel on revient aujourd'hui, le papier ne sert plus que de support, et la couche sensible en est même souvent détachée, après l'impression lumineuse,

C'est l'émulsion de gélatino-bromure d'argent qui, jusqu'ici, s'est prêtée seule à la préparation des papiers négatifs destinés à remplacer les glaces.

Il existe plusieurs sortes de papiers destinés à former des épreuves négatives, dont on peut séparer ou non la pellicule sensibilisée.

Nous citerons d'abord le carton Thiébaut, le premier qui ait été proposé et breveté. On prend un carton ou un bristol épais, et on

étend à sa surface l'émulsion de gélatinobromure d'argent. On impressionne dans la chambre noire, on développe, et on fixe l'image comme à l'ordinaire. Ensuite on sépare du carton la pellicule de gélatinobromure impressionnée et formant l'image, et l'on a un cliché pelliculaire transparent, avec lequel on tire les positifs.

Avec le procédé Balagny ce n'est plus le carton mais le papier ordinaire qui sert à former l'épreuve négative; et selon les préférences des opérateurs, on peut avoir des pellicules adhérentes ou non adhérentes au papier.

Si l'on veut que la couche sensible adhère au papier, on étend sur une glace un mélange de benzine, cire blanche, gomme Dammar et résine ordinaire ; puis on prend du papier à calquer, que l'on a fait préalablement tremper pendant douze heures, pour le ramollir. On étend sur ce papier de la colle d'amidon, formée de 15 grammes d'amidon pour 100 grammes deau. On applique sur la glace, lorsqu'elle est sèche . ce papier collé. Avec un couteau on chasse les bulles d'air, et quand la surface est sèche, on y verse l'émulsion au gélatinobromure. Quand le tout est sec, on a un papier avec pellicule adhérente.

Si l'on veut avoir une pellicule se détachant du papier , on ajoute à la colle d'amidon 3 grammes de talc. Le papier étant collé sur la glace, avant d'étendre l'émulsion, on commence par y étendre une couche de poudre de talc, que l'on recouvre d'une couche de collodion. Le collodion étant sec, on applique l'émulsion. Cette pellicule sert à recevoir l'épreuve négative.

Les papiers négatifs se traitent comme les glaces gélatino-bromurées, pour le développement. Il faut seulement rendre l'image plus vigoureuse que quand on opère sur les glaces. Il faut aussi prolonger davantage le fixage et les lavages, parce que la couche de gélatino -bromure d'argent est plus épaisse.

SUPPLÉMENT A LA PHOTOGRAPHIE

Fig. 37. — Châssis à rouleaux Eastmau.

A, châssis fermé. — B, couvercle du châssis. — Ç, corps du châssis. — D, devant du châssis et volet.

M. Morgan, M. de Chennevières, M. Chardon,' préparent, par des moyens analogues, des pellicules adhérentes an papier.

La compagnie américaine Eastman vend un papier, qui est généralement recherché, surtout pour le tirage des épreuves positives, mais le- papier Eastman s'emploie également pour l'obtention des négatifs.

Le principal avantage du papier Eastman, c'est de se présenter sous forme de rouleaux qui, montés dans un châssis spécial, peuvent se dérouler à volonté, et donner des séries de vingt-quatre à quarante-huit épreuves, réunies sous le plus petit volume possible.

Cette manière d'opérer rend de grands services, surtout pour la photographie instantanée. Le changement des glaces pour prendre des épreuves successives est, en effet, une grande difficulté, dans la photographie instantanée. L'emploi de papiers sensibles disposés en rouleaux est un excellent moyen de simplifier ce changement. Il suffit de tourner, le cylindre, pour enrouler à sa surface l'épreuve qui vient d'être obtenue à la lumière et pour faire venir à sa place une nouvelle portion de papier qui recevra l'impression lumineuse.

La figure 37 (A, B, C, D) représente le châssis à rouleau Eastman- Walker, qui peut s'adapter à toute chambre obscure, quelles que soient ses dimensions.

Cet ingénieux appareil, qui a été popularisé en France par M. Nadar, se compose d'un double système de bobines (fig. 38). Le papier négatif a été enroulé, à la fabrique,

Eig. 38.

au moyen d'une machine spéciale qui lui donne une tension uniforme, sur une bobine, que Ton place dans le châssis, dans une rainure et qui est fixée par une vis (fig. 39). Le papier, passant sur une planchette qui

Fig. 39.

le maintient rigide pendant l'exposition à la lumière (fig. 40), est fixé ensuite par pression sur une baguette de cuivre(fig. 41). Dès qu'il est en pression, le papier est enroulé, au moyen d'une clef, sur la bobine opposée. Ce mouvement prépare un nou-

veau déroulement de papier sensible et une nouvelle exposition à la lumière.

Un frein automatique assure et régularise la tension du papier, en raison des va-

Fig. 41.

et un perforateur automatique sert à tracer une série de trous qui délimitent la séparation exacte entre les clichés consécutifs.

M. Nadar a complété l'appareil américain en y ajoutant un marqueur, s'adaptaht aux châssis à rouleau et indiquant automatiquement le nombre de poses déjà faites, renseignement qui est d'une grande utilité pratique. Le marqueur de M. Nadar se compose d'une roue à encliquetage portant,

en chiffres, sur sa surface, le nombre de poses effectuées, qui peut aller jusqu'à 50.

Les papiers négatifs au gélatino-bromure ne sont pas assez transparents pour servir au tirage des épreuves positives. On a donc l'habitude de commencer par le rendre transparent à l'aide de la vaseline.

M. Nadar opère comme il suit. Il enduit d'huile de ricin, à l'aide d'un pinceau, le papier sur ses deux faces, puis il y passe un fer chaud. La chaleur et la pression ayant fait pénétrer l'huile dans tout le tissu du papier, on essuie avec soin, on plonge quelques instants dans un vernis à l'alcool, puis on sèche. Le vernis emprisonne l'huile et rend le cliché inaltérable. Le tirage est presque aussi rapide

Fig. 42. — Extenseur de pellicules.

qu'avec le verre et les épreuves n'offrent aucune trace de pointillé ni de granulé.

Pour tirer des épreuves avec les papiers négatifs ou les pellicules, il faut, à défaut du matériel précédent, un appareil pour maintenir la couche sensible parfaitement plane. Si l'on opère dans l'atelier, on peut couper le papier en feuilles de grandeur convenable, et les tendre comme on le fait souvent pour le dessin, mais les fabricants vendent un grand nombre d'appareils extenseurs pour

SUPPLÉMENT A LÀ PHOTOGRAPHIE

cet usage, et qui s'adaptent à tous les modèles de chambres noires.

Un extenseur de pellicule fort simple est représenté (fig, 42), C'est un cadrechâssis À, B, C, sur lequel on étend la pellicule abfg que l'on tire au moyen des pinces C.

Le forte -membrane Eastman est un autre appareil, très pratique. Il est formé d'une mince planchette, composée de feuilles de bois collées ensemble, pour éviter tout gauchissement, et d'un cadre métallique à bords rabattus, qui sert à fixer la feuille de papier négatif sur la planchette. Le papier est ainsi parfaitement tendu.

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