NÉGATIFS
Théoriquement, un cliché négatif devrait être sans défaut, et n'exiger aucune correction. Mais cet idéal ne se réalise jamais. Les clichés négatifs présentent des piqûres transparentes, et même des taches, qui se traduisent en points blancs, sur le positif. Dans le portrait, le visage montre les taches de rousseur et les verrues. Il faut que l'art intervienne, pour corriger les défauts du procédé : l'objectif a exagéré les imperfections du modèle, il faut les atténuer, pour ne pas produire une image trop réaliste.
L'appareil nécessaire pour retoucher les épreuves est aujourd'hui bien connu. C'est un pupitre (fi g. 43) composé de trois châssis à charnières, qui se développent en forme de Z. Le châssis horizontal, en bois, encadre une glace étamée, qui renvoie la lumière sur le châssis incliné, lequel se trouve au milieu, et qui est formé d'une glace dépolie assez grande pour qu'on puisse y poser le cliché. Le châssis supérieur, qui est en bois plein, fait fonction d'abat-jour. Il peut soutenir un voile noir qui, tombant des deux côtés et derrière l'opérateur, l'empêche
d'être gêné par la lumière extérieure, et lui permet de voir l'épreuve et d'en juger tous les défauts.
Fig. 43. — Pupitre à retouches.
Le cliché est ainsi complètement éclairé par transparence.
Le pupitre à retouches peut être remplacé par le moyen suivant. On pose sur une table une feuille de papier blanc, de chaque côté de laquelle on dispose quelques livres formant deux piles, espacées entre elles d'une largeur un peu moindre que celle du cliché. On applique le cliché par ses bords, entre les livres, et la feuille de papier sert de réflecteur.
Pour retoucher un cliché, il faut commencer par le vernir à chaud, mais le crayon prend mal sur cette couche, et il faut préparer la surface qui doit recevoir le crayon. Pour cela, on prend de la cendre de bois bien tamisée, ou de la poudre d'os de seiche très fine, et avec le doigt indicateur on en frotte doucement toutes les parties où devra porter la retouche. La couche de vernis étant ainsi dépolie, le crayon mord très bien a sa surface.
Les retouches se font avec un crayon Faber (fig. 44) taillé en pointe très fine. Elles ne peuvent porter que sur les parties transparentes du cliché épais, et les rendre plus opaques. Ce travail demande beaucoup d'attention.
On commence par enlever , avecle grattoir ,
toutes les petites taches ou irrégularités, qui se traduiraient par autant de points, plus ou moins clairs, sur le portrait. Si une ombre est trop dure, on peut, avec le crayon, ménager une demi-teinte, qui l'adoucisse. On marque bien le point visuel du portrait, et on atténue les rides du visage, en passant à plusieurs reprises le crayon coloré sur la ligne claire qui représente ces rides.
Fig. 44. — Crayons à retouches.
Il n'est pas toujours nécessaire de procéder avec auta/nt de soin. Dans la plupart des cas, quelques parties du cliché ont seules besoin de recevoir une teinte générale, qui leur donne un peu plus d'intensité, soit pour rendre ces parties plus légères comme demi-teintes, si l'épreuve est trop uniforme, soit pour permettre à d'autres parties trop dures d'arriver au point voulu, si le cliché est heurté. On peut accentuer, par le même moyen, la séparation des plans, adoucir des masses de verdure trop foncées, etc. On applique, pour cela, au dos de l'épreuve des couches de collodion ou de vernis teinté.
Nous terminerons ce chapitre par quelques mots sur la conservation des clichés négatifs.
Les clichés négatifs sur verre s'enferment généralement dans une boîte à rainures, dite boite à glaces, que nous avons représentée dans les premières pages de cette Notice (fig. 1).
Au lieu d'employer les boîtes à rainures, on peut empiler les glaces les unes sur les autres, en les mettant à nu dos à dos, et en séparant les faces par trois ou quatre doubles
de papier- joseph. On fait un paquet par douzaine de clichés, et on enveloppe ce paquet avec un fort papier, dont on colle les parties rabattues, pour éviter des épaisseurs de cire ou de ficelle qui, interposées entre les paquets, pourraient occasionner des ruptures. Ces paquets mis dans des caisses, avec du foin ou des rognures de papier, peuvent voyager sans danger.
Si les négatifs sont des pellicules de gélatine, on les conserve entre des buvards bien secs. Pour assurer leur planité, il est préférable de ne pas les mettre dans des cahiers reliés, la reliure faisant presque toujours goder le papier. On prépare des feuilles de papier buvard coupées un peu plus grandes que les épreuves ; on interpose un cliché entre chaque feuille, et on serre le tout entre deux planches, avec des sangles à boucles. Des boîtes avec planchettes a ressort semblables aux châssis positifs seraient parfaites pour conserver les clichés pelliculaires.