LES FUSILS EN RUSSIE, EN ALLEMAGNE, EN ITALIE, ETC
Les dépenses énormes qu'exige le renouvellement de l'armement d'une nation deviennent un obstacle insurmontable, si cette nation comporte une armée active de plus d'un million d'hommes. Tel est le cas de la Russie, et l'on comprend que le Czar hésite à entreprendre cette réforme militaire. Le gouvernement a décidé, jusqu'à ce jour, de ne point modifier son armement. Il ne manque pas, d'ailleurs, en Russie, d'officiers très distingués et avantageusement connus par leurs publications militaires, qui blâment l'emploi du fusil à répétition. Il ne nous appartient pas d'entrer dans les détails de cette polémique, ni d'essayer de résoudre une question aussi controversée. Constatons seulement que, parmi les armées européennes, l'une des plus puissantes s'en tient encore au fusil ordinaire, c'est-à-dire à percussion centrale et à décharges successives. C'est le cas de répéter le titre de la comédie de Diderot : A-t-il tort, a-t-il raison?
Après de longs tâtonnements, l'Italie a adapté le petit calibre à son fusil Westerli, muni d'un chargeur, de M. Westerli.
L'Angleterre avait fabriqué, en 1883, plus
de cent mille fusils de Magée, contre-maître à la manufacture d'armes d'Enfield. Mais les effets de cette arme ont paru peu satisfaisants, puisqu'on a fait transformer cette arme en fusil Martini, tirant coup par coup.
Le fusil à répétition n'a donc pu s'introduire, ou du moins persister en Angleterre. Chez nos voisins, l'armement de l'infanterie est aussi imparfait, aussi fautif, que celui de l'artillerie. Les fabricants d'armes de ce pays se sont si bien gâté la main, à fabriquer et à vendre aux nègres des fusils de pacotille, qu'ils ne savent plus se faire, pour eux-mêmes, de bons fusils de guerre.
Le dernier fusil belge est du système autrichien. C'est un Mannlicher perfectionné, et tirant à répétition, avec sécurité.
L'Espagne, qui possède un énorme approvisionnement de fusils Remington, modèle de 1871, s'occupe de les transformer en armes de répétition. Un chargeur, inventé par deux de ses officiers, MM. Freyre et Brull, est adapté à ce fusil.
Le gouvernement portugais a adopté, en 1887, un fusil Mauser à répétition et de petit calibre (8 millimètres) fabriqué par l'usine d'Oberndorf-sur-Neckar. Cette arme pèse 4 kil. 550, et 4 kil. 867 avec son approvisionnement de dix cartouches. Le poids de la cartouche est de 35sr,2, dont 16 grammes pour la balle enveloppée de cuivre, qui est animée d'une vitesse initiale de 532 mètres. La hausse est graduée jusqu'à 2,200 mètres.
La même usine d'Oberndorf fournit au gouvernement turc des fusils Mauser à répétition de petit calibre (9 millimètres).
Le Danemark a adopté, en 1887, un fusil du calibre de 8 millimètres,
La nouvelle arme danoise est à chargeurs,
Fig. 234. — Coupe du fusil électrique de M. Pieper.
A, le canon. — Rt mouvement de bascule du fusil semblable à celui des fusils de chasse. — D, délente, établissant contact entre les deux tiges T et P. — T, petite tige communiquant l'électricité à la cartouche. — C, la crosse. — V, verrou de fermeture du canon, — P, tige- de fer traversant la crosse et conduisant à ia cartouche le courant électrique.
contenant cinq cartouches, du poids de 32 grammes. La balle, enveloppée de cuivre, est animée d'une vitesse initiale de 534 mètres.
La Serbie a adopté un fusil du calibre de 1 0mm,15, inventé par le capitaine Milanowitch. Simple modification du fusil Mauser, ce fusil est fabriqué par l'usine d'Oberndorf-sur-Neckar. Il lance, avec une vitesse initiale de 512 mètres, une balle, pesant 24fer,9, dont la portée s'élève à 3,250 mètres. La hausse est graduée jusqu'à 2,025 mètres; dix balles peuvent être envoyées successivement.
En Suède-Norvège on a distribué aux troupes, en 1883, un fusil à répétition, inventé par l'ingénieur Jarhmann, et fabriqué par la manufacture de Karl Gustave Stad, Ce fusil, analogue au kropatchek, pèse 4 kil. 435,. et 4 kil. 770 quand il est approvisionné; ila!0mm,25 de calibre, son magasin s'approvisionne de dix cartouches. La cartouche lance, avec une vitesse initiale de 487 mètres, un projectile, pesant 21sr,85, dont la portée est de 2,800 mètres.
Nous ne voulons pas terminer ce qui concerne les fusils proposés ou mis en service depuis 1870, sans dire un mot des essais qui ont été faits pour appliquer l'électricité aux armes à feu portatives. Depuis trente ans, et
dans tous les pays, une foule de chercheurs ont poursuivi ce problème, qui nous paraît pourtant d'une parfaite inutilité, dans les conditions actuelles de nos ressources pour la production de l'électricité. La seule solution vraiment pratique a été donnée, en 1 883, par un armurier de Liège, M. Pieper, qui présenta à l'Exposition universelle d'électricité de Yienne (Autriche) un fusil électrique, lequel, sans doute, ne saurait être admis dans les armées européennes, mais qui offre des particularités curieuses.
La crosse de ce fusil (fig. 234) est percée dans toute sa longueur. Le canal, G, ainsi pratiqué, contient une baguette en fer, qui communique avec la détente D. Quand on appuie sur la détente, la baguette en fer, T, est mise en contact avec une autre baguette, plus courte, qui touche à la charge de la cartouche. Le tireur porte dans sa poche un petit accumulateur électrique, dont il relie, au moment du tir, les deux pôles à l'extrémité de la crosse, P. Quand il presse sur la détente, le courant passe dans la baguette T, et l'étincelle électrique enflamme une amorce, qui met le feu à la charge de la cartouche. On peut, de cette manière, enflammer, si on le veut, la charge par sa partie antérieure, et obtenir une combustion plus complète, une perte de gaz moins considérable.
C'est là un appareil ingénieux, mais su-
MERYEILLES DE LA SCIENCE
perflu aujourd'hui. Qui peut dire, toutefois, qu'avant qu'il s'écoule un siècle, les armées ne seront pas pourvues de fusils et même de canons électriques? L'électricité n'est-elle pas un véritable nid à surprises? La guerre faite avec l'électricité pour agent général aurait ainsi un caractère tout scientifique. Mais combien alors l'humanité aurait le droit de maudire certains inventeurs!