CHAPITRE X
LES FUSILS DE CHASSE. — DIFFERENCE ENTRE LES FU- SILS DE CHASSE ET LES ARMES DE GUERRE. — DÉFI- NITION DU CALIBRE DES FUSILS DE CHASSE. — QUALITÉS QUE DOIT POSSÉDER UN FUSIL DE CHASSE. — LE FUSIL A BROCHE, OU FUSIL A PERCUSSION CENTRALE. — LE FUSIL SANS CHIEN OU FUSIL HAMMERLESS. — LE FUSIL DE CHASSE A REPETITION. — FABRICATION DES FUSILS A SAINT-ÉTIENNE ET A LIÈGE.
Si nos forêts et même nos plaines se dépeuplent avec une rapidité inquiétante, ce n'est pas seulement parce que le nombre des chasses bien gardées a diminué depuis trente ans, presque à vue d'œil ; c'est aussi parce que, de nos jours, tout le monde est, ou se prétend chasseur. La chasse n'est plus une distraction captivante, privilège de quelques-uns : c'est une mode générale. Le gibier n'y trouve pas son compte, mais les fabricants de fusils ont largement profité de cette révolution cynégétique, et il est juste de reconnaître qu'ils ont redoublé d'efforts
pour faciliter ies plaisirs du chasseur. Celui qui comparerait le fusil de chasse actuel au fusil à piston, dont se servent encore les gardes-chasse des Vosges ou des Alpes, demeurerait singulièrement surpris.
Nous n'avons pas l'intention de décrire ici tous les fusils de chasse des armuriers ; ce serait une entreprise ingrate et difficile. Ce que nous voulons seulement, c'est bien marquer les différences d'ensemble et de détail qui existent entre le fusil de guerre et le fusil de chasse, et décrire les deux types de fusil actuellement entre les mains des chasseurs, avec quelques mots sur les tentatives que Ton a faites pour adapter au fusil de chasse le mécanisme à répétition des fusils de guerre. Ainsi limitée, notre tâche sera vite remplie.
Commençons par dire que les calibres des fusils de chasse les plus petits sont encore supérieurs aux calibres des plus gros fusils de guerre. Et cela, pour deux raisons. On ne saurait employer, dans un fusil de chasse, la même charge de poudre, ni surtout la même force de chargement que dans un fusil de guerre, parce que le recul, très considérable, nuirait à la précision du tir. Ensuite, il est absolument inutile d'obtenir, avec le fusil de chasse, une portée de plus de 80 à 100 mètres. Enfin, le poids de la cartouche n'est pas strictement limité, comme dans le fusil de guerre; puisque le chasseur n'est pas lourdement chargé, comme le soldat, qu'il peut se faire accompagner d'un porteur, et qu'au cas où
11 aurait brûlé toutes ses cartouches, le mal ne serait pas grand.
. Le calibre des fusils de chasse varie entre 6 et 1 0 millimètres ; mais il faut bien remarquer que la désignation de leur calibre n'a pas les mêmes bases que celles des fusils de guerre. Quand on dit qu'un fusil de chasse est du calibre 12, par exemple, cela ne veut pas dire que son calibre soit de
12 millimètres, comme lorsqu'il s'agit des
pièces d'artillerie ; cela veut dire que douze balles de ce fusil pèsent une livre : seize balles du fusil calibre 16 pèsent une livre. En réalité, le fusil dit du calibre 21a un diamètre de 19 millimètres, et le fusil dit du calibre 16 a un diamètre de 17 millimètres.
Le meilleur fusil de chasse est un fusil de poids moyen, ni trop lourd, ni trop léger. S'il est trop lourd, le chasseur se fatigue vite à le porter ; s'il est trop léger, le recul produit par le tir est trop violent. On admet ordinairement qu'un fusil de chasse doit peser environ 3 kilogrammes, et que le canon doit être long de 60 à 75 centimètres. Si l' on dépasse ces limites, le tir à grenaille de plomb, qui est presque le seul usité à la chasse, ne donne plus de bons résultats.
Il faut se préoccuper aussi de l'équilibre des différentes parties du fusil : s'il est trop pesant à la bouche du canon, le chasseur risque de tirer trop bas ; si c'est la crosse qui est trop lourde, le fusil s'épaule difficilement.
Les types des fusils de chasse les plus généralement en usage ne sont qu'au nombre de trois : 1° le fusil à piston, type aujourd'hui passé de mode, 2° le fusil LefaucheuXy ou fusil à broche, 3° le fusil à percussion centrale.
Fusil à piston. — Nous avons parlé du fusil à piston dans notre Notice sur les Armes à feu portatives , des Merveilles de la science (1). Nous avons dit que l'armurier Pauly, en 1812, remplaça la batterie des armes à silex, par une cheminée verticale, sur laquelle on posait une capsule fulminante, en communication avec la charge de poudre. Le chien venant frapper la capsule fulminante déterminait l'inflammation de la poudre.
Le fusil à piston , ou h percussion verticale, n'est plus en usage aujourd'hui. C'est tout au plus, comme nous le disions en commen-
(1) Tome ill, p. 476,
Fig. S39. — Fusil à percusîon centrale à verrou simple.
çant, si les gardes-chasse de quelques forêts, dans des contrées ou des montagnes reculées, s'en servent encore.
Fusil à broche. — Les fusils à broche , ou à percussion verticale, sont universellement connus sous le nom de fusils Lefaucheux. ïls sont essentiellement caractérisés par la séparation du canon de la culasse, qui s'effectue, pour , opérer le chargement, en brisant l'arme au canon, à l'aide d'un long levier mobile appliqué sous les deux canons et à leur base. Le fusil est muni de deux clefs, l'une qui sert à faire jouer le levier mobile et basculer l'arme, pour y introduire les cartouches, l'autre qui sert à le démonter, quand on veut le nettoyer et séparer les canons de la culasse. Pour ouvrir la grande clef, il suffit de la pousser de gauche à droite; la petite clef s'ouvre dans le sens opposé. C'est un genre de fermeture extrêmement solide.
Nous avons représenté, dans les Merveilles de la science (i), le fusil Lefaucheux, et décrit son mécanisme dans tous ses détails. Nous renvoyons le lecteur à cette description et aux dessins qui l'accompagnent.
Fusil à percussion centrale. — Une modification d'une certaine importance a été apportée, depuis Lefaucheux, au procédé d'inflammation de la cartouche. On sait que la cartouche du fusil Lefaucheux porte
-(1) Tome itï, p. 491-492.
une tige verticale, laquelle, frappée par le chien, détermine l'inflammation de la capsule et celle de la poudre. On a imaginé, de nos jours, de faire frapper la capsule par une tige horizontale. Le chien en s'abattant décianche un levier qui retenait un ressort coudé, d'une grande force. Ce ressort une fois libre vient frapper, par son extrémité, la capsule fulminante, et enflamme l'amorce.
Tel est le mécanisme dit de percussion centrale. Le fusil à percussion centrale diffère donc du modèle primitif de Lefaucheux en ce que la tige qui détermine l'inflammation est horizontale, comme celle du fusil à aiguille, et qu'elle fait elle-même partie du ressort.
Nous représentons dans la figure 239 le fusil à percussion centrale.
On obtient une fermeture plus sûre en employant une fermeture à double verrou.
La figure 240 représente les crochets du canon de fusil à double verrou. Le
Fig. 2«0.
Double verrou.
double canon pénètre, par sa base, dans les encoches A et B. On accroche ensuite les deux tenons du canon dans
Fig. 241. — Fusil à percussion centrale à double verrou.
la partie inférieure de la bouche du canon.
On voit dans la figure 241 le fusil à percussion centrale à double verrou.
On ajoute quelquefois un prolongement de la bande qui s'ajuste dans une entaille ménagée dans la bascule, entre les deux chiens. Un trou est pratiqué dans ce prolongement de la bande, et un troisième verrou sortant du côté gauche de la bascule pénètre automatiquement dans ce trou, le traverse, et va se fixer dans l'autre partie de la bascule. Ce crochetage des trois verrous s'opère donc simultanément, sans que l'on ait besoin d'agir sur la clef. Si l'on veut fermer le fusil, on le tient par la poignée avec la main droite; avec la main gauche, on relève vivement le canon, et les trois verrous prennent leur place respective.
Nous devons une mention particulière à un fusil qui se distingue des précédents modèles par ce fait qu'il est pourvu d'un éjecteur automatique de la cartouche, après le coup tiré, et que le chien est supprimé. A l'imitation de ce qui existe dans les fusils de guerre, la cartouche, une fois tirée, est rejetée au dehors par un extracteur opérant automatiquement.
Les amateurs anglomanie appellent cette arme fusil Hammerless, du nom de l'armurier anglais qui l'a popularisée. Il est plus simple de l'appeler fusil sans chien.
L'invention d'un fusil sans chien est loin, d'ailleurs, d'être récente; car le créateur du fusil à piston, Pauly, fabriquait des fusils sans chien, en 1821 . Malgré ses efforts, il ne put parvenir à produire avec ce système une arme irréprochable, parce que la cartouche alors en usage ne se prêtait pas bien à la percussion centrale. La découverte et l'usage devenu général de la cartouche composée d'une capsule de cuivre, c'est-àdire la cartouche dite Gévelot, ont rendu possible ce système, et de nos jours le fusil sans chien, sous le nom de fusil Hammerless, a conquis une vogue générale*
Nous représentons dans la figure 242 le fusil sans chien.
Il existe plusieurs modèles de fusil sans chien. Celui que nous représentons ici renferme deux extracteurs indépendants, et qui agissent énergiquement, après le coup tiré, pour expulser la douille vide. L'arme se charge absolument comme tout autre système de fusil à percussion centrale. Si le fusil est ouvert sans avoir tiré, le mécanisme de l'éjecteur n'opère pas; il n'agit que juste assez pour permettre de prendre et sortir les cartouches chargées, mais il reste prêt à fonctionner dès que l'un ou l'autre des deux coups est tiré. L'arme étant alors ouverte, la douille vide se trouve projetée en arrière, et une nouvelle cartouche peut même instantanément être introduite
Fig. 242. — Fusil Hainmeriess, ou fusil sans chien. C, cartouche rejetée par l 'extracteur ; ou éjecteur.
dans la chambre: si les deux coups sont déchargés, les deux douilles vides sont de même instantanément rejetées. En un mot, il est impossible d'éjecter, de faire jaillir du canôn une cartouche non tirée, mais toutes les deux sont expulsées par l'ëjecteur, isolément ou simultanément, dès que le marteau percuteur les a frappées, dès qu'elles sont tirées.
Il est des fusils sans chien à trois coups et à quatre coups, mais ces armes deviennent alors bien lourdes et d'un prix fort élevé. Le fusil sans chien à deux coups est déjà une arme assez chère (de 300 à 500 francs)
Comme il fallait s'y attendre, le grand développement qu'a pris, dans ces derniers temps, la fabrication des armes à répétition, a décidé quelques armuriers à fabriquer des fusils de chasse à répétition. Mais disons tout de suite que la nécessité d'une telle arme pour la chasse est très contestable.
En premier lieu, le prix des fusils à répétition, quand ils ne sont pas fabriqués sur une très vaste échelle, est très élevé ; ensuite, l'entretien du mécanisme de répétition exige beaucoup de soins ; enfin, le poids de la plupart de ces armes est très considérable.
• S. T» II. -
Le fusil Winchester à répétition et à six coups, que nous avons représenté dans cette même Notice (fig. 497, page 238), a servi de modèle à ce genre de fusil de chasse, que nous représentons dans la figure 243. Comme nous avons décrit tout le mécanisme du fusil Winchester, nous n'avons pas à y revenir. Bisons seulement que le fusil de chasse à répétition pèse 3k,600. Il iie peut guère servir que pour les chasses à l'ours, au lion, en un mot aux bêtes fauves, chasses au cours desquelles le tir à répétition offre d'incontestables avantages. Mais on ne saurait songer sérieusement à l'appliquer à la chasse, dans les conditions ordinaires. Un fusil qui porte à 300 mètres, qui tire six coups, qui pèse près de 4 kilogrammes, et coûte 500 francs, ne peut faire l'affaire d'un pacifique Nemrod de la plaine Saint-Denis.
Les opérations nécessaires pour la fabrication d'un fusil sont peu nombreuses. Nous les décrirons rapidement, telles qu'elles s'exécutent, soit à Saint-Étienne, soit à Liège, la fabrication étant à peu près la même dans tous lés pays.
La pièce principale du fusil de chasse,
c'est le canon. Les; autres pièces auraient
beau être parfaites, silecanon estdéfectueux,
le chasseur n'a plus entre les mains qu'un
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instrument dangereux pour lui-même, plutôt que pour le gibier.
Les canons des fusils de chasse sont doubles. Ils se composent de deux tubes juxtaposés horizontalement, et reliés par deux bandes, soudées à 3'étain ou au cuivre.
Voici comment on fabrique un tube de canon pour un fusil dit à ruban. Sur une tige métallique, on enroule, en spirale,
Fig. 244. — Rubao pour former un canon de fusil.
comme le montre la figure ci-dessus, une lame de fer, de 3 centimètres de largeur, plus épaisse à l'extrémité qui doit former le tonnerre du canon, qu'à l'autre extrémité, qui constituera la bouche. Cette lame, que l'on désigne sous le nom de ruban, est alors soumise au travail de la forge. On lui fait ainsi perdre toute solution de continuité, on en fait un tube homogène, et l'on élimine, en même temps, du métal, tous les corps étrangers, tels que le phosphore, le soufre ou le carbone. Ensuite, on façonne le canon, à l'extérieur, à l'aide de meules puissantes, et on le fore à l'intérieur, avec une machine spéciale, qui en creuse les parties saillantes, et donne au canon exactement le calibre qu'il doit avoir. Les deux tubes sont enfin ajustés l'un contre l'autre, et attachés ensemble par un fil de fer, ainsi que les deux bandes et les crochets qui doivent servir de fermeture au canon sur le levier à bascule.
Toutes ces parties étant ajustées sont maintenues l'une contre l'autre avec des fils de fer, puis soudées au cuivre.
On distingue le canon à ruban, qui se fabrique comme il vient d'être dit, avec une lame d<! fer étirée au martinet, le canon en
acier fondu, qui est forgé , non à ruban, mais d'un seul bloc, comme le canon du fusil Lebel, et le canon moiré.
Ce dernier se fabrique à l'aide d'arbillons en acier et en fer, que Ton réduit en baguettes carrées, et que l'on tord régulièrement, afin d'épurer la matière. Ces baguettes, une fois tordues, sont aplaties légèrement, et liées ensemble, par deux, trois ou quatre. Quand elles ont été soudées, on les étire de façon à ce qu'elles offrent une résistance supérieure au tonnerre, puis on les réduit en lames, qu'on enroule, et l'on en fait un ruban, qui est travaillé comme nous l'avons montré plus haut.
La plupart de nos fusils de chasse sont fabriqués à Saint-Etienne, pour la France, et à Liège, pour la Belgique*
Les premières fabriques d'armes deSaint- Étienne ont été créées vers le milieu du seizième siècle. En 1335, François Ier fit fabriquer, dans cette ville, des mousquets â mèche et des arquebuses à rouet; et depuis cette époque, Saint-É tienne est resté en possession de la fabrication, presque privilégiée, de la confection des fusils de chasse, en France.
En Belgique, Liège est le siège principal de cette fabrication.
Avant 1789, la ville de Liège était l'arsenal du continent. Elle fournissait plus de 200 000 fusils, mousquets et mousquetons, au commerce de l'Allemagne du Nord, de la Hollande, de la France, de l'Espagne, du Portugal, de la Turquie et de l'Amérique du Sud.
En 1800, on commença à fabriquer, à Liège, les armes à percussion, et jusqu'à nos jours on y a produit tous les modèles de fusils de chasse et de guerre, au fur et à mesure de leur invention, ou de leur adoption par les Etats.
Nous représentons dans la figure 245 (page 284) le principal atelier mécanique
de l'armurerie liégeoise, atelier qui a environ 30 mètres de largeur, sur 40 de longueur. On peut y placer 200 à 300 métiers, en y joignant les annexes.
Depuis l'adoption des nouveaux systèmes de fusils de chasse à chargement par la culasse, l'industrie armurière de Liège a réuni dans ses fabriques toutes les machines-outils nécessaires à la confection des petites pièces. Nous représentons dans la figure 246 (page 285) les principales de ces machines- outils. G' est avec leur aide que, par une division infinie du travail, les ouvriers appareilleurs et ajusteurs produisent, avec une célérité étonnante, quantité d'armes de tout calibre.
Il existe, à Liège, outre les grands ateliers d'armurerie, spécialement affectés aux armes de guerre, un nombre considérable de familles, que l'on peut évaluer à plus de 20 000, qui se livrent à la fabrication des canons de fusil, et qui vont les apporter aux fabriques. Là, après les épreuves nécessaires, on les reçoit, pour les achever, en y joignant les bois et les accessoires.
L'industrie des canons de fusil est particulièrement localisée dans la vallée de la Verdre, depuis Chaudfontaine jusqu'à Nessonvaux.
Toutes les armes à feu fabriquées dans le pays, de, quelque calibre et dimension qu'elles soient, sont apportées à l'usine, et présentées à la réception, qui est prononcée, après toute une série d'épreuves.
Les canons apportés à l'usine (fig. 247, page 286) sont placés sur une manne, et amenés sur des rails (fig. 248) aux chambres de chargement.
On peut s'imaginer ce que doit être la salle de tir, pour les épreuves des canons de fusil, quand on saura que plus de 60 000 armes de tout calibre sont expédiées annuellement des ateliers de Liège. Dans ces chambres, bardées de fer, on se croirait en pleine batterie, au milieu de feux de peloton continuels
Les canons doubles sont soumis au tir,
avant l'assemblage des deux canons, et à un second tir, après l'assemblage.
Toutes les armes sont éprouvées avec une
charge de poudre correspondant aux deux tiers du poids de la balle applicable à leur calibre. Pour les armes de guerre, la charge
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de poudre est égale au poids de la balle.
Après les épreuves de tir faites dans les chambres de chargement, les canons sont soumis à un examen attentif, pour la consta-
tation des effets du tir (fig. 249, page 287).
Ceux qui ont convenablement supporté les épreuves sont marqués d'un poinçon (fig. 250).
Fig. 246. — Machines-outils pour la fabrication des fusils, à Lîè*e.
A, machine à forer le, chambre, - B, machine à percer les verrous. - C, machine à percer as canons.
D, machine a flair les chamhres.
Le poinçon d'admission définitive, indiquant les calibres, doit tou jours demeurer attaché à l'arme mise en vente. Les fabri-
cants ne sauraient enfreindre cette règle sans encourir certaines pénalités.
Il en est de même des armes à feu impor-
Fig. 247. — Réception des canons au bureau de l'usine.
tées de l'étranger, à moins qu'elles n'aient été éprouvées dans les pays de leur provenance, et que le poinçon constatant
cette épreuve" ne s'y trouve déjà apposé. Les poudres de chasse sont fabriquées dans
Fis. 248. — Conduite des canons aux chambres de chargement.
les manufactures de l'État. Nous n'avons rien à ajouter à ce que nous en avons dit dans notre Supplément aux poudres de guerre.
Bien que l'État ait le monopole de la fa-
brication de la poudre de chasse, ainsi que de la poudre de guerre et de mine, le gouvernement a autorisé l'emploi d'une poudre de chasse inventée en Allemagne, la
poudre Schultze y ou poudre au bois, qui ne contient pas de soufre, mais seulement du salpêtre, du charbon, et une petite quantité de bois, non carbonisé. Cette poudre produit
très peu de fumée , de sorte que le chasseur peut suivre du regard la pièce qu'il a tirée ; mais elle a des effets, brisants, qui ta rendent parfois dangereuse.
Fig. 249. — Visite des canons, pour la constatation des effets du tir.
Nous ne terminerons pas sans mentionner le grand développement qu'a pris, depuis plusieurs années, la fabrication des
armes de tir pour les salons, les parcs et les jardins. Tout le monde connaît le pistolet Flobert, qui se tire avec une simple cap-
Fig. 250. — Poinçonnage des calibres.
suie à fulminate de mercure, armée d'une petite balle de plomb; le pistolet Remington, le pistolet anglais Tranter, etc. Les petits fusils pour amorce Flobert, qui sont connus sous le nom de carabines Flobert, et
sont à canon lisse, sont également très répandus, en France et en Angleterre.
Aujourd'hui, les armuriers de tous les pays possèdent des types variés de ces pistolets et carabines de salon ou de jardin,
provenant des manufactures de Saint- Etienne, Liège, Ghâtelleraut, Paris, Londres, Manchester, etc. C'est toujours le même principe, qui reçoit dans ses détails d'exécution des modifications infiniment varices.
On ne saurait trop encourager la diffusion générale de ces réductions d'armes à feu portatives, dans lesquelles une simple capsule fulminante remplace la poudre et la balle, car elles sont d'un usage infiniment commode et ne présentent aucun danger.
Avec une carabine ou un pistolet de ce genre, pourvu que sa portée soit juste, on peut s'exercer, en toute sécurité, pour acquérir la sûreté du coup d?œil et la délicatesse du doigté, dans le maniement d'une arme à feu. C'est un passe-temps à recom-
mander à tout le mondé ; car le tir dé salon et de jardin prépare à l'école de tir et aux concours de tir, aujourd'hui si nombreux, et qui rendent d'inestimables services, comme préparation aux exercices du tir au régiment. Aujourd'hui que tout le monde, en France, est appelé à passer plusieurs années sous les drapeaux, il faut que chacun se prépare de longue main au maniement des armes à feu et à leur emploi efficace en temps de guerre. L'adage, Si vis pacem para bellum, coûte, chaque année, des milliards aux grandes nations de l'Europe; mais c'est une nécessité qu'elles doivent subir, puisque la politique prussienne les contraint à une mesure sociale qui écrase leurs budgets, et dévore leurs meilleures ressources, en hommes et en argent.
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