‹ Les merveilles de la science, ou Description populaire des inventions modernes. Suppléments. 6Chapitre 64 sur 130 · O CD · texte numérisé non relu

O CD

de manière à explorer les moindres détails du rivage. Deux autres projecteurs éclairent les abords du navire; le faisceau qu'ils

produisent, beaucoup plus étalé/ permet de découvrir facilement les torpilleurs et de les maintenir à distance. On voit, sur le

même dessin, un de ces petits bâtiments saisi par les rayons lumineux, au moment où il tentait une surprise, qui cherche à

s'échapper et abandonne une attaque dont le succès n'est plus possible.

Les projecteurs actuellement employés à

Fig. 275. — Projections lumineuses électriques d'un navire pour îa reconnaissance d'un bateau torpilleur.

bord de nos navires sont d'un type tout à fait récent, et leur construction mérite que nous en parlions avec quelque détail. On

sait que les projecteurs de lumière sont des appareils destinés à concentrer les rayons produits par un foyer puissant, et à les diri-

Kig. 27G. — Projecteur grand modèle.

ger dans ime direction déterminée en un seul faisceau, aussi dense que possible, sans les laisser se disperser adroite ou à gauche. Les premiers projecteurs étaient des miroirs de forme parabolique, nécessairement très imparfaits comme profil métallique, et qui avaient surtout le défaut de se déformer facilement ; aussi ne portaient-ils guère qu'à quelques centaines de mètres. Ce ne fut qu'à l'apparition des projecteurs en verre que Ton put atteindre des portées plus considérables.

La construction des projeteurs en verre, Tune des branches les plus délicates de l'optique, a pris naissance à Paris. C'est à la suite de ses travaux sur les phares lenticulaires, — ■ autre industrie d'origine toute française, — que M. Sautter fut amené à construire les premiers projecteurs à lentilles, tels que ceux du Livadia, au moyen desquels on atteignait déjà à quatre mille mètres. Plus tard, l'invention du colonel Mangin est venue perfectionner cette indus-

trie, qui s'est maintenue chez les constructeurs, MM. Sautter et Lemonnier, dont les ateliers ont fourni la presque totalité de ces appareils.

Le projecteur que l'on voit dans les figures 276 et 277 se compose d'un cylindre

Fig. 277. — Projecteur petit modèle.

de 60 centimètres de diamètre, reposant au moyen d'une fourche sur un socle fixé au pont du navire. Un double système de suspension, avec leviers et volants, permet de le

SUPPLÉMENT AUX BATIMENTS CUIRASSÉS

Fig. 278. — Générateur d'électricité du cuirassé l'Indomptable.

braquer dans toutes les directions, comme une pièce d'artillerie, , et une graduation tracée sur le socle donne la mesure des angles qu'il parcourt dans son mouvement. Le câble qui amène le courant électrique arrive par la partie inférieure, dans le socle, et il aboutit aux bornes d'une lampe placée à l'intérieur du cylindre et qu'un mécanisme ingénieux permet de manœuvrer à la main ou de laisser brûler seule. Les charbons entre lesquels jaillit l'arc lumineux sont protégés de la pluie et du vent par une porte munie de glaces.

Le réflecteur en verre constitue la partie la plus originale du projecteur. Son invention est due, comme on le sait, au colonel du génie Mangin.

A l'aide d'une combinaison très ingénieuse de surfaces courbes, ce savant phy- , sicien sut réaliser un miroir en verre jouissant des mêmes propriétés mathématiques j que le miroir parabolique, et pouvant être exécuté avec une perfection absolue, ce qui n'est pas le cas pour ce dernier.

Le faisceau qui soft du projecteur Man-

gin est limité par une circonférence sans pénombre et. n'a pas deux degrés d'ouverture angulaire. Aussi produit-il l'effet d'un trait lumineux dans le ciel, où il s'étend à perte de vue. C'est ainsi que le croiseur représenté dans la. figure 275 (page 333) l'emploie, pour fouiller les côtes à grande distance (7 et 8 kilomètres). Lorsqu'il est nécessaire, au contraire, d'éclairer un espace considérable, il suffit de déplacer légèrement le foyer lumineux, à l'aide d'une vis. La lumière perd un peu de son intensité, mais elle est répandue dans un angle beaucoup plus large. C'est de cette manière que T on surveille les abords du navire pour le défendre contre les torpilleurs jusqu'à 3 300 et 4 000 mètres.

Mais ce ne sont pas seulement les grands navires que l'on munit de ces appareils. L'expérience a montré qu'il était toujours fort utile, et parfois indispensable, d'en établir à bord des canots à vapeur et des chaloupes armées d'un cuirassé.

On a donc créé, dans ce but, des types moins puissants, de 30 centimètres de dia-

Fig. 279. — Filet Bullivan replié.

mètre seulement (fig. 277), qui donnent 300 becs Carcel au lieu de 2 000. On peut encore, à l'aide de ces petits projecteurs très légers et facilement maniables, discerner les objets à 2 000 mètres.

Quant au générateur d'électricité, c'est, généralement, une machine Gramme que l'on emploie ; mais, là encore, les perfectionnements réalisés sont considérables.

Le poids et le volume des dynamos ont diminué et leur puissance a augmenté. Toute une série de moteurs à grande vitesse a été créée, de façon à actionner les dynamos directement, sans l'intermédiaire des cour-

roies, ce qui permet de loger ces ensembles dans les locaux les plus resserrés.

Fig. 280. — Manière de tendre le filet Bullivan,

Nous représentons dans la figure 278 (p. 335) un des types le plus perfectionnés de moteur dynamo-électrique, placé à bord

Fig. 281. — Filet Bullivan tendu.

du cuirassé l'Indomptable, par MM. Sautter et Lemonnier, qui permet d'alimenter, outre les projecteurs, tout l'éclairage intérieur du navire. L'ensemble du moteur et de la dynamo n'a pas plus de lra,50 de hauteur et sa longueur atteint à peine 2m,50. C'est un jouet à côté des machines à vapeur qui occupent à elles seules plus du tiers du bâtiment.

L'éclairage de l'horizon par des traînées de lumière électrique est d'une grande efficacité, mais il n'est pas toujours suffisant.

C'est pour cela qu'a été imaginé le filet

appelé, du nom de son inventeur, filet Bullivan, réseau métallique qui, disposé tout autour du navire, et à une assez grande profondeur d'eau, arrête la marche du bateau-torpilleur.

Le filet pare-torpille (fig, 281) a d'abord été en usage dans la marine anglaise. Adopté en France depuis, il est destiné à préserver les navires cuirassés ou croiseurs des attaques des torpilleurs, soit que ceux-ci viennent placer eux-mêmes leurs torpilles ou qu'ils se contentent de lancer des torpilles automobiles Whitehead ou autres. Les filets descendant au-dessous de la ligne de

flottaison doivent forcément entraver la marche des engins destructeurs, en leur opposant une sorte de cotte de mailles, qui entoure le navire de tous côtés.

Pour les tendre on se sert d'une série de tangons ou simplement de pistolets d'embarcation fixés par une extrémité le long des flancs du bateau au-dessus de la flottaison, de manière à pouvoir tourner sur eux-mêmes, et venir se placer perpendiculairement au-dessus de la quille. Ils sont maintenus dans cette position au moyen de balancines frappées à leur extrémité et faisant retour à bord (fig. 280).

Suspendu au bout de tous ces arcs-boutants, le filet tombe par son propre poids à la mer. Entourant le navire, qui se trouve comme dans un bassin, le filet se rejoint à l'avant et à l'arrière, au moyen de nouveaux arcs-boutants installés de la môme façon, mais placés dans le sens de la quille.

Pour le replier, une cargue est installée à l'extrémité de chaque tangon et agit comme pour une voile. Le filet se trouve alors former une sorte de bourrelet allongé suspendu au bout des arcs-boutants. On replie ceux-ci en les faisant tourner tous ensemble dans le même sens ; ils viennent donc s'appliquer le long des flancs du navire, comme une ceinture (fig. 279).

Les filets sont composés de mailles rondes, enfilées les unes dans les autres dans tous les sens, comme les mailles d'une bourse, laissant à peine la place de passer le poing d'un homme.

Le défaut de ce genre de défense est dans le, poids relativement considérable du filet et dans la lenteur avec laquelle il se manœuvre. Il exige au moins dix minutes et les bras d'une grande partie de l'équipage pour se mettre en place, alors qu'une torpille peut, en quelques secondes, fondre sur le bâtiment.

Il ne peut guère fonctionner qu'au

mouillage, car en marche, cédant sous l'effort de l'eau, il perd toute son efficacité, en absorbant une grande partie de la vitesse du navire.

Son poids est d'environ 60 à 70 tonnes pour un. grand cuirassé.

On a, sur quelques navires étrangers, remplacé ce filet par des chaînes reliées au moyen de plaques de tôle mince, qui formaient une ceinture tout autour du bâtiment.

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