‹ Les merveilles de la science, ou Description populaire des inventions modernes. Suppléments. 6Chapitre 86 sur 130 · AIR V · texte numérisé non relu

AIR V

en lit

GALOJ

dégag

A l'électricité par

incandescence , . .

A l'huile. ..........

A l'essence miné-

On voit, d'après ce tableau, que, seule, la lumière électrique ne consomme pas d'oxygène et ne produit pas d'acide carbonique. Elle ne dégage aucune chaleur sensible, ce qui est un avantage en été, et n'a d'autre inconvénient, en hiver, que de nécessiter ie chauffage de l'appartement. Il est per-

mis de dire que la lumière électrique est, au point de vue hygiénique, une lumière parfaite.

En effet : 1° elle ne consomme pas d'oxygène et n'ajoute à Tair ni gaz acide carbonique, ni vapeur d'eau, ni parcelle de charbon, ni substance étrangère d'aucune sorte. N'ayant pas besoin, pour se produire, de l'oxygène de l'air, elle n'a rien à prendre à l'atmosphère ni rien à lui céder. Le filament de charbon, hermétiquement renfermé dans une clochette de verre, ne laisse rien échapper au dehors. Et non seulement l'air extérieur n'intervient point dans sa production, mais si, par accident, par exemple, la clochette de verre vient à se briser, et l'air à s'y introduire, aussitôt le courant est interrompu et la lumière s'éteint.

2° Le gaz et les autres moyens d'éclairage exposent à l'incendie. À combien d'accidents les fuites de gaz ne donnent-elles pas lieu ? Le pétrole causait autrefois des malhexirs sans nombre, et les lumières à feu libre, lampes et bougies, que l'on transporte dans les appartements, sont une cause permanente d'incendie. Avec l'électricité, aucune crainte de ce genre. La lampe à incandescence échauffe à peine l'air. On peut la tenir à la main, sans se brûler; l'entourer d'une étoffe légère, sans que l'étoffé roussisse. Aussi, jamais une lampe électrique n'a-t-elle causé d'incendie. Voilà un. de ses plus grands avantages.

3° La lumière électrique est le plus obéissant des serviteurs. Elle s'allume ou s'éteint, à la volonté du maître de l'appartement, qui, même couché dans son lit, peut, en tournant simplement un robinet, s'éclairer ou se plonger dans l'obscurité, autant de fois qu'il le désire. Pouvant varier d'intensité, selon la volonté de celui qui l'emploie, la lumière électrique peut être éclatante comme le soleil, si l'on fait usage de Tare voltaïque, ou réduite à l'état de veilleuse, si l'on prend une lampe à incandescence de

MERVEILLES DE LA SCIE3NGE

petit modèle. C'est donc le plus docile des luminaires.

Prenons un exemple. Autrefois, à bord des navires, le passager, renfermé dans sa cabine, ne pouvait, quand la nuit était venue, faire usage de lampe ou de bougie : telle était la règle formelle du bord. Mais dans les navires qui sont aujourd'hui éclairés à l'électricité, chaque cabine contenant sa lampe électrique, le passager a la faculté

tfig. 366. — Lampe Edison , pour bureau.

de tenir sa lampe allumée toute la nuit, s'il le désire, et de charmer ses veilles par la lecture ou le travail.

4° Disons enfin que la lumière électrique n'est pas beaucoup plus chère que le gaz. On peut dire même que, tout en étant d'un prix supérieur à celui du gaz, cette différence est amplement compensée, si l'on tient compte de tous les dégâts que le gaz occasionne, dans les appartements, en altérant les métaux et les peintures, ce qui entraîne à autant de dépenses, pour les réparations.

Un électricien célèbre, M. Preece, directeur des télégraphes électriques de l'Angleterre, a installé dans sa maison la lu-

mière électrique, et il en parle avec enthousiasme.

« Dans mon jardin, écrit M. Preece, j'ai fait construire une jolie petite maison, pour le moteur,

Fig. 367. — Lampe électrique de salon Edison, • avec suspension.

et j'y ai logé une machine à gaz, de la force de 2 chevaux- vapeur, qui commande une petite machine dynamo Gramme, du poids de 400 kilos environ. Celle-ci me donne un courant suffisant pour mes besoins, 36 ampères avec 42 volts, soit

SUPPLÉMENT A L'ART DE L'ÉCLAIRAGE

4512 watts. Ce courant est envové dans des batteries secondaires ou accumulateurs formés de simples plaques carrées de plomb, plongées dans l'acide sulfurique étendu; il y a M accumulateurs. Le matin, mon jardinier met en marche le moteur à gaz qui travaille "de neuf heures à une heure, et emmagasine dans les accumulateurs assez d'électricité pour la soirée et même la nuit suivante.

A l'intérieur de la maison, le courant est distribué par de gros fils de cuivre avec enveloppe isolante de caoutchouc* Des lampes sont posées dans chaque chambre, aux endroits utiles, de manière à répondre à toutes les exigences. Les montures des lampes fixes sont très simples et ingénieuses, pour perjnettre les remplacements lorsque le filament de charbon est usé. Il y a aussi des lampes mobilespour descendre à la cave, circuler dans le jardin, ou plus simplement éclairer les recoins des appartements.

Ces dernières sont alimentées au moyen d'un câble qui se déroule plus ou moins suivant la longueur du trajet.

Pour éviter tout accident, j'emploie des lampes qui n'ont besoin que d'une force électro-motrice de 30 volts. A la porte de chaque pièce est un commutateur qui permet, avant d'entrer, d'éclairer l'intérieur, et d'éteindre quand on sort. C'est la suppression complète des allumettes.

Je n'ai pas visé à l'économie, car je tenais avant tout à assurer le service, et j'ai organisé l'éclairage complet de mon habitation. J'estime qu'une maison comme la mienne peut être dotée de la lumière électrique pour une dépense moyenne de 187f;S0 par lampe. »

Dans une conférence, faite en 1886, à la Société des arts de Londres, dont il était président, M. Preece a déclaré que son installation électrique lui occasionne une dépense annuelle de 1500 francs, alors que l'éclairage au gaz ne lui coûtait que 750 francs. Mais il ajoute :

« Si maintenant, rïous mettons en regard de ce supplément de dépense, la valeur d'une lumière fixe, la pureté de l'air, la suppression de la chaleur, des allumettes, de la bougie et de l'huile, le bien-être des gens," la conservation des peintures, des motifs de. décorations et des livres, la propreté, la gaieté, la santé, la prolongation de l'existence, il n'y a pas à chercher de quel côté doit pencher la balance. »

M. Preece s'est toujours déclaré partisan décidé de l'éclairage domestique par l'électricité. Dans une conférence faite au

Canada, il déclara <( qu'ayant substitué l'électricité au gaz, dans sa maison, il avait la conviction de vivre trois ou quatre années de plus qu'il n'aurait vécu sans cela ».

Disons, en terminant l'examen de cette question, que ce n'est pas au point de vue de l'économie qu'il faut conseiller l'éclairage électrique des appartements. Il faut considérer la lumière électrique comme une lumière de luxe, d'exception, d'une propreté extraordinaire , d'un usage éminemment hygiénique et d'une sécurité absolue, mais non d'un véritable bon marché. Dans sa brochure sur Y Éclairage électrique , que nous avons déjà citée, le Dr Hammont disait ;

« Quelle est la mère, qui donnerait à son enfant une nourriture qu'elle saurait dangereuse pour sa santé, parce qu'elle l'aurait à meilleur compte? Et cependant c'est ce que nous faisons chaque jour, en nous éclairant au gaz! »

Nous ne terminerons pas ce chapitre sans traiter un point essentiel concernant l'usage de la lumière électrique dans les maisons particulières, les magasins ou ateliers. Nous voulons parler du mode de paiement de cet éclairage.

Quand on éclaire une voie publique par l'électricité, le prix de cet éclairage est arrêté, une fois pour toutes, par les administrations municipales, d'après l'étendue des rues ou places à éclairer. Mais pour les magasins, les appartements ou les ateliers, on ne peut songer à un abonnement. Il faut nécessairement que chaque consommateur paie son éclairage, conformément à la lumière qui lui a été distribuée. Les Compagnies d'éclairage électrique ont donc créé des compteurs d'électricité, qui, à l'instar des compteurs de gaz, indiquent à l'abonné la fraction qu'il a consommée de l'énergie totale produite à la station centrale.

Il existe quatre à cinq compteurs d électricité. Le compteur inventé par M. Aubert,

constructeur de Lausanne , a pour principe î la mesure exacte du temps pendant lequel passe le courant. Le compteur Cauderay, plus compliqué, se compose, d'une horloge mise en mouvement par l'électricité-, de plusieurs organes particuliers indiquant l'intensité du courant, enfin d'un mécanisme opérant la multiplication des deux facteurs du temps et de l'énergie électrique, et effectuant la totalisation des produits obtenus. Le compteur Aron repose sur le retard ou l'avance que peut produire un courant électrique sur la vitesse d'oscillation du pendule.

Le compteur Caudway est le plus employé en France.

LaSocie'té Edisonî&itusdige d'un compteur de l'invention du célèbre électricien de New- York, et qui est fondé sur un principe tout différent de ceux qui viennent d'être énumérés.

Le compteur Edison est basé sur la mesure de Faction chimique du courant. La même quantité d'électricité traversant un bain de substance saline décomposable, comme le sulfate de cuivre ou le sulfate de zinc, précipite toujours le même poids de métal.

Supposons que nous coupions en deux un circuit fermé, dans lequel circule un courant, que nous terminions les deux bouts par deux plaques de zinc, et que nous plongions les deux plaques dans une dissolution de sulfate de zinc. Une partie du métal de l'une des plaques (la plaque positive) se dissoudra, tandis qu'une quantité de zinc rigoureusement égale, se déposera sur la plaque négative. Or, la quantité de zinc déposée est proportionnelle à l'intensité du courant, et par suite, à la quantité d'électricité qui traverse la solution.

On voit dans la figure 368 deux flacons remplis de dissolution de sulfate de zinc, dans lesquels plongent deux lames de zinc, A, B, d'un poids connu. Une fraction déterminée du courant de l'abonné, est dérivée,

et envoyée à travers chacun des flacons. Il suffira de peser les plaques de zinc au bout d'un certain temps, pour connaître, par leur augmentation de poids, la quantité d'électricité fournie à l'abonné pendant ce temps. Comme, d'ailleurs, la force électromotrice a toujours été maintenue constante au moyen du régulateur, cette quantité d'électricité est proportionnelle à la quantité d'énergie consommée.

Le compteur électro-chimique Edison est d'une exactitude rigoureuse. Pour le faire comprendre, nous aurons recours à une comparaison.

Supposons une chute d'eau* servant de force motrice; ce que Ton fera payer à l'abonné à cette force, ce ne sera pas le débit du cours d'eau, mais la quantité d'énergie fournie par la chute et utilisée. Or, cette énergie est à la fois proportionnelle à la quantité d'eau qui tombe, et à la hauteur d'où elle tombe. Quand la hauteur de chute est constante, on voit que le travail est précisément mesuré par le débit.

Des deux flacons A, B, que l'on voit dans le dessin représentant le compteur Edison, l'un sert à établir la somme à toucher tous les mois par la Compagnie, l'autre sert de contrôle. Il faut que l'indication que donne au bout de l'année le flacon A, cadre avec la somme des indications fournies par le flacon B.

La lampe électrique / qui se trouve au bas de l'armoire, sert à empêcher l'eau de geler en hiver, et voici par quel ingénieux moyen elle produit cet effet.

En temps ordinaire, lalampe ne brûle pas.

Dans notre dessin on aperçoit au-dessus de la lampe, /, une plaque a, composée de deux métaux (cuivre et zinc) superposés, et qui sont de dilatation différente. A mesure que la température s'abaisse, la plaque métallique composée de ces deux métaux, se contracte; au moment où l'eau est sur le point de geler, la plaque a. se contracte,

SUPPLÉMENT A L'ART DE L'ÉCLAIRAGE

Fàg. 368. — Compteur électro- chimique Edison.

touche le bouton fixé au socle métallique de la lampe, s, et établit ainsi la contact et lé courant électrique. Alors, la lampe s'allume, s'échauffe, et elle donne assez de chaleur pour empêcher l'eau de geler. Dès que la température adoucie revient au degré ordinaire, la plaque se dilate, le contact cesse et la lampe s'éteint.

Des essais exécutés en 1890, aux Etats- Unis, ont mis parfaitement en évidence l'exactitude de cet appareil. Dans une première expérience, qui fut prolongée pendant six mois, avec six compteurs, on constata que les écarts entre leurs indications respectives n'atteignaient pas 1,5 pour 100. Dans une autre, faite à New-Brimswick, par M. W. S. Howell, on plaça sept compteurs sur un branchement qui alimentait dix lampes. D'après les relevés, les variations de mesurage correspondaient à une différence de prix de 0f, 075 seulement, pour la consommation totale.

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