‹ Les merveilles de la science, ou Description populaire des inventions modernes. Suppléments. 6Chapitre 87 sur 130 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

l'éclairage électrique 'dans les théâtres de paris, des départements et de l* étranger.

Le gaz employé pour l'éclairage des théâtres, a été reconnu comme une cause de tant d'inconvénients et de dangers, que sa suppression totale a été décidée partout. Aucune salle de théâtre ne se construit aujourd'hui, sans que l'électricité y soit introduite; et pour les anciens théâtres, on s'efforce, toutes les fois qu'on le peut, de substituer l'électricité au gaz.

Le gaz présente dans une salle de spectacle de notables inconvénients, et sur la scène, il expose à d'immenses dangers. Une grande quantité de décors, c'est-à-dire de toiles recouvertes de peintures, résinifiées par le temps, et inflammables comme des allumettes, sont accumulées dans les frises, où règne, d'ailleurs, une température pro-

digieusement élevée, qui accélérerait singulièrement la combustion des toiles.

Qu'un coup de vent vienne pousser un lambeau de draperie contre un des becs d'une herse, aussitôt tout s'enflamme. C'est ce qui arriva au théâtre de POpéra-Comique, en 1887. Les cintres étaient encombrés de toiles, au milieu desquelles montaient et descendaient, en se balançant, des herses, qui portaient cinquante à soixante becs de gaz allumés. Les portants et les fermes étaient garnis de tuyaux, donnant des jets de gaz. Partout les matières les plus inflammables étaient au voisinage du feu. Un bec de gaz embrasa une toile flottante , et telle fut la cause de la catastrophe qui fit un si grand nombre de victimes, et qui, terrifiant le public, détermina les autorités supérieures, en France et à l'étranger, à proscrire le gaz de l'intérieur des théâtres.

Dans la salle, le gaz, disons-nous, présente, non des dangers, mais de notables inconvénients. Pendant l'été, il provoque une chaleur étouffante, et en tout temps, il vicie sensiblement l'air. Nous avons montré que la combustion du gaz, à l'intérieur des appartements, est une cause manifeste d'altération de l'air. Le même effet se produit nécessairement pour les salles de théâtres.

Pour se rendre compte exactement du degré de cette altération, il suffit de remarquer que la combustion d'un seul bec de gaz absorbe, par la formation de l'acide carbonique et de Feau, autant d'oxygène que sept à huit personnes. Or, dans les salles de théâtre bien éclairées, on n'allume pas moins d'un bec de gaz par spectateur, et le plus souvent par deux spectateurs. L'air est ainsi appauvri en oxygène autant que s'il y avait dix fois plus de personnes dans la salle.

On a fait, en 1885, au Théâtre-Royal de la Cour, à Munich, des expériences, qui ont

permis de comparer les résultats de l'éclairage électrique et de l'éclairage au gaz, au point de vue hygiénique. Dans la salle complètement remplie de spectateurs et éclairée à l'électricité, la température ne s'élevait, pendant la représentation, que de -h 7°, 7 au parterre et de + 7°,.4 dans les galeries. Quand la salie était éclairée au gaz, la température s'élevait à -h 11°, 7 et à 12°, 8 dans les galeries. La quantité d'acide carbonique de l'air était, avec l'éclairage électrique, de 1,40 pour 100 au parterre et dans les galeries de 1,85; elle était de 2,61 et 3,28 pour 100 avec l'éclairage au gaz.

Si la combustion du gaz est incomplète, par suite d'un défaut de réglage des flammes, elles débordent, fument, et il se forme des produits accessoires, tels que l'acétylène, dont l'odeur est facile à reconnaître. Les particules de charbon qui ont échappé à la combustion, s'ajoutent alors aux poussières ordinaires, et s'introduisent dans les poumons.

Toutes ces causes d'altération, jointes à la respiration des spectateurs, finissent par rendre absolument malsain l'air d'une salle éclairée au gaz.

L'électricité, qui ne dépose, en éclairant, aucun corps étranger dans l'atmosphère de la salle,, et qui ne peut communiquer l'incendie aux décors de la scène, est donc le plus merveilleux agent d'éclairage que l'on puisse rêver pour les théâtres.

Il serait superflu d'insister davantage sur une question au sujet de laquelle tout le monde est d'accord aujourd'hui. Il importe seulement de donner les règles générales de l'installation de l'éclairage électrique dans les salles de spectacle.

En premier lieu, on ne doit pas établir, à l'intérieur de la salle, des lampes à arc, en raison des fragments de charbon enflammé qui tombent souvent des bougies Jablochkoff, et qui peuvent devenir, pour

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les spectateurs, une cause de panique. II faut réserver les bougies électriques pour lés façades, les terrasses extérieures, les escaliers, etc. Les becs à incandescence doivent seuls être placés dans la salle et les couloirs.

Le courant électrique qui alimente les becs, doit être produit loin du théâtre, et non dans ses sous- sols ou dépendances, comme on le fait trop souvent. L'usine mécanique doit en être éloignée autant que possible, et si une usine centrale est à peu de distance, c'est à cette source qu'il faut s'adresser. Les machines à vapeur et les générateurs sont, en effet, sujets à des accidents qui peuvent constituer un danger pour les théâtres.

Pour produire les effets variables d'éclairage de la, scène et de la rampe, on se sert, comme dans les installations des maisons, de régulateurs à spires de maillechort, tels que nous les avons décrits et figurés (1). Les régulateurs, grâce à leurs résistances en maillechort, produisent toutes les gradations de lumière désirables, depuis la demiobscurité jusqu'à l'éclatante clarté. Si l'on veut diminuer l'intensité lumineuse des lampes à arc, sans les éteindre, on peut glisser, devant le globe, des écrans dont l'épaisseur et la couleur varient suivant les besoins. Pour faire l'obscurité complète, on éteint les foyers, et on les remplace par une résistance équivalente, afin de ne pas changer le régime de marche du moteur.

Nous énumérerons maintenant les théâtres qui possèdent aujourd'hui l'éclairage électrique.

La première introduction de l'électricité dans les théâtres de Paris, remonte à l'année 4878, époque à laquelle les bougies Jablochkoff commencèrent à populariser cet éclairage. L'Hippodrome reçut alors la

(1) Page 435, figure 354.

belle installation que nous avons déjà signalée. Dix ans après, l'électricité était employée dans une cinquantaine de théâtres, tant en Europe qu'en Amérique. Citons, à Paris, le Grand-Opéra, le théâtre du Châtelet, les Variétés et le Palais-Royal ; à Londres, les salles du Prince, Empire, Syrie et Haymarket; à Bruxelles, l'Alhambra et la salle Molière ; à Milan, la Scala et la salle Philodramatique; à Saint-Pétersbourg, FAlexandra; à Anvers, le théâtre Flamand et le Grand-Théâtre ; et peu après , les théâtres de Prague, de Briinn, de Stuttgart, de Cologne, de Munich, de Carlsbad et de Magdebourg.

Les terribles incendies du théâtre des Arts, à Rouen en 1876 , de Montpellier en 1879 , de Nice en 4880, de Vienne (Autriche) en 1881, de l' Opéra-Comique de Paris, en .1887, d'Exeter (Angleterre) en ï 887, émurent profondément l'opinion publique.' Les municipalités obligèrent alors les directeurs de théâtres à substituer l'éclairage électrique à l'éclairage au gaz.

La plupart des directeurs de Paris se mirent les premiers à l'œuvre, pour obéir aux nouvelles prescriptions.

Aujourd'hui, les théâtres encore éclairés au gaz, ne sont à Paris, que des exceptions. L'Opéra, l'Opéra-Comique, la Comédie- Française, le Palais-Royal, le théâtre du Châtelet, le Vaudeville, les Variétés, l'Odéon, l'Eden, etc., sont éclairés par l'élec-, tricité.

Nous donnerons quelques détails sur les plus intéressantes de ces installations.

Le théâtre du Châtelet est entièrement éclairé à l'électricité ; Je gaz en est complètement banni. La salle est garnie de lampes à incandescence. Il y a 4 lampes à bougies Jablochkoff, sur la terrasse qui surmonte la grande entrée du théâtre. Quand cela est nécessaire, des portants mobiles, munis de bougies Jablochkoff, sont mis en place, et allumés par un commutateur.

SUPPLÉMENT À L'ART DE L'ÉCLAIRAGE

Une machine à vapeur, de la force de plus de 100 chevaux, est établie dans le spussol répondant au péristyle du théâtre, du côté de la place du Châtelet.

Le théâtre des Variétés avait fait, en 1882- 1883, des essais d'éclairage électrique, au moyen des accumulateurs. Suspendus le 1er mai 1883, en rai son des mauvaises affaires de l'entrepreneur, ils furent repris, trois ans après, à la suite de la catastrophe de rOpéra-Comique, et le lep juillet 1887, ce théâtre faisait sa réouverture avec l'éclairage électrique.

La machine dynamo-électrique, qui engendre l'électricité, sert à la fois à éclairer le théâtre des Variétés et quelques boutiques du passage des Panoramas, qui lui est contigu.

Cet ensemble d'éclairage se compose actuellement de près de 600 lampes à incandescence de Woodhouse et Rawson (de Londres), de 98 volts, La salle du théâtre comprend 90 lampes de 16 bougies ; la rampe, 44 lampes de 20 bougies; les cinq herses, 23 lampes, chacune de 12 bougies; les portants, 3 lampes, chacune de 20 bougies. Le reste des lampes se trouve réparti dans les couloirs, foyer, façade et loges d'artistes. Dans le passage des Panoramas, les cafés et magasins, comprenant, jusqu'à ce jour, environ 1200 lampes, sont éclairés par des lampes de 10 bougies.

Le courant électrique est produit par des générateurs de vapeur, du système Collet, produisant 1000 kilogrammes de vapeur chacun, par vingt-quatre heures. L'alimentation d'eau de ces chaudières est faite par une petite machine à vapeur.

Les chaudières envoient leur vapeur dans deux machines à vapeur à condensation, du système compound, de la force de 75 chevaux-vapeur, chacune.

Chaque machine à vapeur actionne directement, par une courroie, une machine dynamo -électrique Gramme, de 400 am-

pères et 110 volts, tournant à 625 tours par minute.

Une batterie d'accumulateurs, pour servir de secours, et pouvant alimenter 1200 lampes, est toujours prête à agir.

Une pompe sert à élever l'eau d'un puits, creusé à l'effet d'alimenter les condenseurs.

Toutes ces machines à vapeur et à électricité, installées dans les caves d'une maison de la rue Montmartre (n° 161), composent la petite usine centrale, dont nous avons donné la description et le dessin dans la figure 361 (page 445).

Le théâtre du Vaudeville est éclairé par l'usine centrale de la cité Bergère, appartenant à la Société Edison.

Depuis le mois de septembre 1886, le théâtre du Palais-Royal est entièrement éclairé par l'électricité. Tous les appareils, machines à vapeur, chaudières et machines dynamo-électriques, sont en double; et la moitié d'entre elles est toujours gardée en réserve, prête à remplacer l'autre, le cas. échéant.

L'installation comporte 430 lampes à incandescence, dont 285 de 10 bougies, et 145 lampes de 20 bougies. Elles sont réparties sur cinq circuits différents, dont les extrémités aboutissent à un tableau de distribution, placé dans la salle des machines. Ces circuits desservent : le premier, le lustre de la salle, avec 165 lampes de 10 bougies; le second, la scène, avec 32 lampes de 20 bougies en verre dépoli sur la rampe, 100 lampes de 10 bougies sur les herses et 24 lampes de 20 bougies sur les portants; le troisième, les loges d'artistes et le magasin des costumes, et le quatrième, le vestibule d'entrée, l'escalier et les loges de la première galerie; le cinquième circuit renferme une batterie de 27 accumulateurs et est destiné à fournir la lumière en cas d'arrêt accidentel des machines.

SUPPLÉMENT À L'ART DE L'ÉCLAIRAGE

La salle des machines est placée dans le sous-sol, au-dessous du péristyle. Elle com-

porte, comme nous l'avons dit, une double installation. Deux machines dynamo-éiec-

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