LE RAFFINAGE DU PÉTROLE. LES APPLICATIONS DU
PÉTROLE A L'ÉCLAIRAGE. — LES NOUVELLES LAMPES A PÉTROLE. — LAMPES ANGLAISES, FRANÇAISES, AMÉ- RICAINES ET BELGES.
Le pétrole est un liquide prodigieusement complexe. C'est un mélange, dans les proportions les plus variables, d'un grand nombre de carbures d'hydrogène, de densité, de fusibilité et de points d'ébullition différents. De toutes les substances quïl renferme, une seule, Y huile à brûler, distillant entre j igoo et + 280 °, est utilisable pour l'éclairage; les autres produits, si l'on en excepte l'essence, qui est employée comme liquide éclairant, dans certaines conditions, sont impropres à l'éclairage. Il faut donc purifier, en d'autres termes, raffiner le pétrole, pour en retirer le produit servant à l'éclairage, c'est-à-dire le liquide qui distille entre + 130° et + 280 degrés.
C'est par la distillation opérée à la vapeur, dans des cornues de fonte, que l'on sépare les différents produits composant le pétrole brut. Nous avons donné, dans la Notice des Merveilles de la science (1), le dessin de l'appareil distillatoire en usage dans les nombreuses raffineries de MM. Deutsch. Nous n'avons qu'à renvoyer le lecteur à ce dessin, la disposition de l'appareil n'ayant point subi de changements. Il sera bon seulement de rappeler la série de produits successifs que Ton recueille, quand on soumet le pétrole brut à la distillation, dans les cornues des raffineries.
Ces produits sont :
1° Des gaz combustibles, mêlés à un véritable éther, Yéther de pétrole. C'est le liquide le plus volatil de ce mélange, car il bout entre -f- 45° et + 70°. Sa densité n'est
(1) Tome- IV,. page 196, fig. 113.
que de 0,65. Il forme avec l'air des mélanges explosifs; de sorte qu'il faut prendre de grandes précautions quand on recueille les premiers produits de la distillation.
2° U essence de pétrole; c'est le produit qui distille de + 75° à -f 120<\ Sa densité est faible (0,702). Elle est, enmême temps, très inflammable. C'est ce produit qui corn-? munique au pétrole mai rectifié l'inflammabilité que l'on redoutait tant autrefois. On le sépare aujourd'hui, avec le plus grand soin, dans la distillation.
3° L'huile à brûler; c'est le produit essentiel du pétrole xlestiné à l'éclairage. Distillant, comme nous l'avons dit, entre 4- \ 50° et -f-2800, ce liquide n'est pas inflammable par lui-même, il ne brûle que par l'intervention d'une mèche, comme les huiles végétales ; il est d'une couleur jaune clair, et nè se colore pas par l'acide suif urique.
4° Les huiles lourdes , distil lant entre -|- 280° et-J- 4000, que Ton emploie pour le graissage des machines. Certaines usines, en Russie, les consacrent au chauffage.
5° De la paraffine en petite quantité.
Yoici, d'après M. Tate, chimiste américain, la proportion de ces substances, pour le pétrole de Pensylvanie :
Éther et essence de pétrole'. 14,7 à 15,2 p. 100
Huile à brûler 41,0 à 35,5 —
Huile de graissage 39,4. à 38,4 —
Paraffine. 2,0 â 3,0 —
Résidu charbonneux. 2,1 à 2,7 —
Perte..... 0,8 à 1,2 —
En distillant le pétrole brut, dans l'appareil que nous avons figuré dans les Merveilles de la science, on obtient les différents produits qui viennent d'être énuméré s.
U huile à brûler recueillie entre-)- 150° et | 280°, est mise à part, pour l'éclairage; mais, avant de là livrer au commerce, il faut la purifier, en la traitant par l'acide sulfurique à 66°, ensuite par une lessive de soude caustique, qui neutralise les traces d'acide sulfurique restées après le lavage.
SUPPLÉMENT À L'ART DE L'ÉCLAIRAGE
Cette dernière purification s'exécute dans l'appareil que nous avons représenté dans
[es Merveilles de la science 1 (1), et qui n'a pas subi de notables perfectionnements. Nous
donnons seulement, dans la figure 386, la vue d'ensemble de la raffinerie de pétrole de MM. Deutsch, à Pantin -(Seine)*
U huile de pétrole obtenue à la suite de
(1) Tome IV, page 197, flg. Ui<
MO
ces opérations, est un liquide incolore, dont la densité est au moins de 0,800, et qui ne doit pas donner de vapeurs inflammables à la température de + 35°.
Le Conseil d'hygiène et de salubrité du département de la Seine a publié une Instruction, à laquelle il faut se rapporter, pour caractériser le pétrole pur, propre à l'éclairage.
L'huile de pétrole, dit cette Instruction, ne doit pas peser moins de 800 grammes le litre, c'est-à-dire avoir 0,800 pour densité. Elle ne doit pas prendre feu par le contact d'un corps enflammé.
Pour constater cette propriété fondamentale, on verse du pétrole dans une soucoup e, et Ton y jette une allumette enflammée, qui doit s'y éteindre. Toute huile minérale destinée à l'éclairage , qui ne soutient pas cette épreuve, doit être rejetée, comme pouvant donner lieu à des dangers.
L'huile de pétrole, alors même qu'elle ne renferme plus les essences légères, qui lui communiquent la propriété de s'allumer au contact d'une flamme, n'en est pas moins une des matières les plus combustibles que Ton connaisse, quand on la brûle dans les conditions voulues. Si Ton en imbibe des tissus de lin, de coton ou de laine> son inflammabilité est remarquable. Aussi son emmagasinage et son débit exigent-ils une grande circonspection. L'huile de pétrole doit être conservée ou transportée dans des vases en métal, parfaitement clos. Les magasins qui serrait de dépôts, doivent être éclairés par des lampes placées à l'extérieur, ou par des lampes de sûreté.
Avant d'allumer une lampe à pétrole, on doit remplir complètement le réservoir, et le fermer ensuite avec soin. Lorsque l'huile est sur le point d'être épuisée, il ne faut pas ajouter du liquide, pendant que la lampe brûle, mais l'éteindre et laisser refroidir la lampe, avant de l'ouvrir, pour la remplir à
nouveau. Dans le cas ou Ton voudrait introduire l'huile dans la lampe éteinte, avant son entier refroidissement, il est indispensable de tenir éloignée la lumière avec laquelle on s'éclaire, pour procéder à cette opération.
Il règne encore, en France, beaucoup de craintes et de préjugés contre l'éclairage au pétrole. L'énorme consommation dé ce liquide, qui se fait aujourd'hui en Allemagne, en Angleterre et en Belgique, est une première réponse à cette crainte. Mais il faut aller plus loin, et expliquer comment les accidents se produisent avec le pétrole servant à l'éclairage.
Ce n'est que lorsqu'il est mal purifié que le pétrole est inflammable spontanément, Le naphte brut d'Amérique ou d'Asie, renferme, en effet, comme on vient de le voir, des matières volatiles, des essences, qui sont inflammables par elles-mêmes, c'està-dire par l'approche d'un corps en ignition. Mais le pétrole, quand il est pur, ne peut brûler que par l'intermédiaire d'une mèche, à l'instar des huiles grasses. Quand il a été débarrassé, par la distillation, de toutes essences étrangères, il n'est pas plus inflammable par lui-même que l'huile d'o-. live, ou l'huile de colza. Un boulet rouge peut y être plongé, sans qu'il s'allume; on peut en approcher une allumette enflammée, sans qu'il brûle. On peut même éteindre dès bûches incandescentes dans du pétrole bien pur. En un mot le pétrole purifié n'est pas plus inflammable que les corps gras liquides.
En France, les épiciers vendent quelquefois, sous le nom de pétrole, des liquides contenant beaucoup d'essence très volatile; et c'est cè qui occasionnait autrefois, tant d'accidents. . Crest pour cela que le pétrole s'enflammait, et que la lampe se brisait, répandant son liquide embrasé, et lorsque, par imprudence, on voulait verser
du nouveau liquide dans le réservoir, pendant que la lampe brûlait.
En Angleterre > en Allemagne ët en Belgique, les droits qui frappent le pétrole sont insignifiants ; les marchands peuvent, dès lors, livrer à un prix minime, un pétrole parfaitement reetifié. Aussi, les accidents d'incendie ou d'inflammation par le pétrole servant à l'éclairage, sont-ils excessivement rares en Allemagne et en Angleterre.
Il n'y a donc, en résumé, aucun danger à redouter de l'emploi du pétrole comme liquide éclairant, quand .il a été convenablement rectifié.
Les perfectionnements, apportés, au raffinage du pétrole, ont donc assuré à l'emploi de ce liquide comme agent d'éclairage, une nouvelle cause de sécurité. Mais ce qui est venu augmenter encore, la généralisation de, l'éclairage au pétrole, c'est le perfectionnement dés lampes dans lesquelles on le brûle, et qui, telles qu'on les construit aujourd'hui, donnent une clarté très brillante, et ne dégagent aucune odeur, ni pendant leur combustion, ni au moment de leur extinction.
Nous allons passer en revue les nouvelles lampes en usage pour brûler le pétrole.
Commençons par rappeler la ]ampe primitive, que nous avons décrite dans notre Notice des Merveilles de la scimce (1) et à laquelle le lecteur est prié de se reporter. Il verra que la première lampe à pétrole, d'origine américaine, se composait simplement d'une mèche de coton tressée, trempant dans le liquide. Le récipient était large et évasé, et le verre fortement bombé, en une sorte de demi-globe.
Cette forme était disgracieuse et encombrante. Les lampes américaines avaient, en outre, le défaut d'éxhaler une très mau-
(J) Tome IV, pages 20Ï, fig. 117.
vaise odeur, au moment de leur extinction.
C'est pour remédier à ce double défaut que fut inventée, vers 1870, la lampe dite allemande^ que l'on construit encore aujourd'hui, en quantités considérables, en Prusse et en Allemagne, d'où nos fabricants la font venir. Ce genre de fabrication est toujours resté dévolu à l'Allemagne, en raison de l'excessif bon marché de la maind'œuvre, en ce pays.
. La lampe à pétrole allemande est caractérisée par l'emploi d'une mèche de coton plate, mais qui devient circulaire en s'enroulant autour du porte-mèche, et qui s'élève et s'abaisse au moyen d'une crémaillère. Elle est pourvue d'un appel d'air très actif, provoqué par une fente latérale, pratiquée au bas du foyer lumineux.
Nous représentons dans la figure 387 (page 512) le bec de la lampe à pétrole allemande, vu en perspective , et dans la figure 388 une coupe, montrant l'ouverture latérale qui donne accès à l'air:
La légende qui accompagne chacune de ces figures, explique l'effet de ces principaux organes.
Pour affranchir l'industrie française du tribut payé à l'Allemagne, et pour rendre l'éclairage au pétrole économique et brillant, M. Peigniet-Ghangeur a imaginé, en 1883, une disposition extrêmement ingénieuse, dont nous allons expliquer le mécanisme.
Le défaut capital des premières lampes à pétrole, c'est qu'au bout de quelques heures, le niveau du pétrole contenu dans le réservoir ^ ayant baissé, par suite de la combustion, et n'étant pas renouvelé, la capillarité, seule force qui déterminait l'ascension du liquide minéral, n'était plus assez active pour élever ce liquide en quantité suffisante jusqu'au bec. C'est ce qui faisait que la mèche, mal alimentée, charbonnait, devenait fumeuse, et répandait une odeur dé-
sagréable, en même temps qu'elle perdait sensiblement de sa puissance éclairante.
M. Peigniet-Changeur, l'inventeur de la lampe qu'il a appelée aittorégulatrice et à courant constant, est arrivé à obtenir l'alimentation constante et régulière de la mèche en élevant le liquide par une petite
Fig. 387. — Bec de lampe à pétrole allemande. (Vue extérieure).
A, clef faisant mouvoir la mèche. — B, mèche plate devenant circulaire. — C, galerie supportant le verre. .— D, porte-mèche, siège de la combustion.
pompe foulante, analogue à celle des lampes Garcel. Par un mécanisme ingénieux adjoint à la petite pompe foulante des lampes Carcel, M. Peigniet-Changeur arrive à faire monter l'huile contenue dans le réservoir, au fur et à mesure de sa combustion ; de telle sorte que le jeu de la pompe foulante, placée au bas de l'appareil, n'amène à la mèche que la quantité de pétrole strictement nécessaire pour produire une belle flamme.
L'avantage de la lampe Peigniet-Chanr
geur, c'est que le liquide est toujours à une grande distance du brûleur. La mèche trempe dans un petit réservoir placé près du bec, et quand ce petit réservoir est plein, un flotteur en liège, ferme l'orifice supérieur du tube d'ascension de l'huile minérale, et arrête ainsi l'arrivée du li-
Fig. 388.— Coupe et vue intérieure du bec de la lampe à pétrole allemande.
Df bec tu en coupe à sa partie supérieure. — A, clef de l'engrenage faisant monter et descendre, par pression, la mèche. — F, fente latérale formant la prise d'air. — G, ouverture communiquant avec le réservoir de pétrole. — C, galerie supportant le verre. — B, mèche plate devenant circulaire.
qui de. Il le laisse monter, quand le niveau a diminué. Ainsi, le pétrole n'afflue dans le réservoir, par le jeu de la pompe aspirante et foulante, que quand le liquide a baissé, par suite des progrès de la combustion; et la pompe qui élève l'huile, ne fonctionne que quand le petit réservoir situé près du bec, s'est vidé en partie. De cette manière, la mèche est toujours baignée de pétrole ; dès lors, il ne peut jamais s'y faire
de champignons,, et on ne peut avoir ni fumée, ni odeur.
On voit dans les figures 389 et 390 l'en-
Fig. 389. — Lampe à pétrole Peigniet-Changeur.
semble et la coupe de la lampe Peigniet- Changeur.
B, est le petit réservoir supérieur, dans lequel plonge.ta mèche. Un flotteur en liège, H, suiLles mouvements du liquide, et vient, , quand le réservoir est rempli, fermer l'orifice d'arrivée de l'huile minérale, et interrompre le jeu des pompes ; I, est le tube
S. T. II
d'ascension du pétrole, qui est vertical, dans le modèle que nous représentons ici, mais qui peut être incliné, replié, infléchi à vo-
Fig. 390. — Coupe verticale montrant le mécanisme de la lampe Peigniet-Changeur.
B, récipient contenant : 1° le moteur d'horlogerie; 2° la pompe ; 3° la quantité de pétrole, dont le niveau est constant. — H, flotteur^ limitant le niveau de pétrole. — O, tube d'aspiration du liquide. — EE', clapets d'aspiration et de retenue. — C, moteur d'horlogerie. — G, clef de remontage du moteur, C. — I, tube d'aspiration du liquide. — K, bec à mèche ronde. — LL', porte-verre enveloppant le récipient et le bec. — J, galerie décorative. — M, bouton pour manœuvrer la mèche. — ON, O'W, diaphragme de la pompe aspï- rante.
lonté, c'est-à-dire prendre toutes les formes
que le fabricant veut donner à la lampe.
La légende qui accompagne la coupe do
la lampe (fig. 390), donne l'explication des autres pièces du mécanisme.
On remarquera que le réservoir principal de pétrole étant placé à la partie inférieure, très loin du bec, contrairement à ce qui existait dans les lampes à pétrole primitives, on peut emmagasiner dans le corps de la lampe la quantité d'huile minérale que l'on désire, sans avoir à redouter le voisinage de la flamme. En outre, on peut, quand la lampe est vide, la remplir sans l'éteindre : il suffit d'en dévisser la partie supérieure et de verser de nouveau liquide dans le réservoir principal.
Nous ajouterons que le tube d'ascension du pétrole étant très étroit, on peut donner à cette lampe toutes les formes que Ton désire, et éviter l'aspect disgracieux que présentaient les premières lampes à pétrole, avec leur volumineux réservoir. On peut réaliser les dispositions artistiques les plus variées, comme on le fait pour les lampes Carcel et modérateur.
La lampe Peigniet-Changeur brûle pour 3 centimes d'huile par heure, pour un modèle de première grandeur . Sur l'éclairage à l'huile, c'est une économie de 80 pour 100, à clarté égaie.
En 1884, a été inventée, en Angleterre, une nouvelle lampe h pétrole, caractérisée par l'emploi :
i° D'un extincteur, qui supprime instantanément la flamme, et empêche ainsi toute odeur, au moment de l'extinction;
2° D'un élévateur , qui, par un simple levier à bascule, mû par le doigt, élève le globe et le verre, et découvre le bas de la mèche, pour permettre l'allumage.
Ajoutez à ces deux organes, une double mèche plate, et vous aurez les éléments essentiels de la lampe Hinks, ou lampe duplex, qui jouit en Angleterre et en France, d'une grande vogue.
Les quatre dessins que le lecteur a sous
les yeux, expliquent le double mécanisme de la lampe Hinks, c'est-à-dire de Vélévateur et de Y extincteur .
La figure 391 donne la vue extérieure du bec de la lampe. La clef B, étant tournée à la main, élève le porte- verre, E, ainsi que le globe, G, pour permettre l'allumage.
On voit sur la figure 392, le porte-verre, E et le globe G, lorsqu'ils ont été élevés
Fig. 391- — Vue extérieure du bec de la lampe Hinks.
A A', clefs faisant mouvoir les mèches. — B, clef de l'élévateur. — C, levier à bascule faisant mouvoir l'extincteur. — D, tige dirigeant le mouvement de l'élévateur. — E, galerie supportant le verre. — F, galerie supportant le globe, t- G, bei bonibé, avec deux fentes pour le passage des deux, mèches.
par la tige H, quand la main a tourné la clef B. Avec Fautre main, on présente l'allumette à l'extrémité libre, JJ;, de la double mèche, K. -
Les figures 392, 393 montrent le jeu des extincteurs. Au moyen du levier à bascule, G, les extincteurs, JJ', étréignent la mèche, et l'extinction est subite.
\1 extincteur, JJ', est constitué par une enveloppe en clinquant de cuivre, qui, lorsqu'elle est pressée, serre, comme dans un
SUPPLÉMENT A L'ART DE L'ÉCLAIRAGE
étau, la double mèche, et l'éteint instantanément, ^ans que les vapeurs odorantes puissent se répandre.
La lampe Hinks est portée généralement sur uii pied de cuivre assez élevé, et orné d'une manière plus ou moins artistique. Le
Fig. 392. — Mécanisme de l'élévateur.
H, levier élévateur. — extincteur. — JJ', extincteurs. — mèche vue. de côté. — E, galerie supportant le verre. — P, galerie supportant le globe. — G, verre bombé.
globe lui-même reçoit diverses formes originales, selon le gôut du fabricant.
On voit dans la figure 395 (p. 516), l'ensemble de la lampe Hinks, avec son pied et son globe.
La lampe Hinks était à peine connue en Angleterre qu'elle provoquait diverses imitations, modifications ou perfectionnements, dans l'examen desquels il serait superflu d'entrer ici. ( Contentons-nous de dire qu'à Londres, on fabrique en grand la lampe de M. Messenger, et la lampe de M. Eyered, toutes deux fondées sur les
mêmes principes que la lampe Hinks, et qui se vendent en France, comme en Angleterre. .
Là lampe de M. Hinks, étant formée de la réunion de deux mèches plates, a l'incon vé~
Fig. 393. — Mécanisme de l'extincteur.
JJ', extincteurs levés. — H, élévateur. — L, support d'une mèche j pliée en deux, pour faciliter l'ascension du pétrole dans les mèches latérales. — K, mèche plate. — Bf clef faisant mouvoir l'élévateur, H. — C, levier à. bascule faisant mouvoir l'extincteur.
nient inhérent à cette forme de mèche, c'està-dire qu'elle n'éclaire bien que par les A A . A
Fig. 394. — Détail du mécanisme moteur des mèches.
JJ% becs vus en plan. — À, clef faisant mouvoir la mèche de gauche par les engrenages M. — A\ clef faisant mouvoir la mèche de droite par les engrenages N'.
deux faces et très peu par les deux tranches Une mèche circulaire a seule l'avantage d'éclairer uniformément autour d'elle. La
MERYE1LLES DE LA SCIENCE.
lampe à pétrole que l'on construit en Amé-
Fig. 395. — Vue d'ensemble de la lampe ïïinks avec son pied et son globe..
rique, sous le nom de lampe Rochester, porte une mèche circulaire, comme la lampe alle-
mande, et donne, par conséquent, un éclairage préférable à celui des lampes anglaises. Mais la lampe Rochester, produit une lumière éblouissante, peu en harmonie 'avec les besoins ordinaires de l'éclairage
Fig. 396- — Vue extérieure de la lampe Sépulchre.
A, clef faisant mouvoir la mèche. — B, clef faisant mouvoir l'élévateur. — C, galerie supportant le verre. — F, galerie supportant le globe. — D, diffuseur d'air. — E, enveloppe amenant l'air extérieur dans le tube I (fig. 397) et empêchant le pétrole contenu dans le réservoir de s'échauffer au contact de la mèche.
domestique. Aussi dégage-t-elle une chaleur souvent intolérable.
La lampe Rochester est d'un grand usage en Amérique, terre natale du pétrole, où ce liquide est à très bas prix, mais elle con-
sommé une trop grande quantité pour être d'un grand usage en Europe.
Un ingénieur belge, M. Sépulchre, a, fort, ingénieusement combiné toutes les dispo-
Fig. 397. — Coupe de la lampe Sépulchre.
Db', diffuseur d'air vu en dessus et ea dessous du bec. — A, engrenages faisant monter et descendre la mèche K. — I, chemise métallique cylindrique enveloppant la mèche, et formant un tube à l'intérieur duquel arrive l'air extérieur qui monte dans le diffuseur. — J, petit tube, traversant l'enveloppe E ; il fait communiquer la mèche avec le réservoir à pétrole. — K, mèche vue en coupe. — G, support du verre. — F, galerie supportant le globe. — B, clef faisant soulever le bec à l'aide du levier H, pour permettre l'allumage facile. — E, tube isolant le pétrole du réservoir, de la mèche, et conduisant l'air extérieur dans le tube I et le diffuseur DD'.
sitions mécaniques imaginées jusqu'à ce jour, pour composer une lampe dans laquelle le pétrole brûle avec le plus vif éclat. La figure 398 donne la vue perspective,
et la figure 397, la coupe explicative delà
Fig. 398. — Vue d'ensemble de ia lampe Sépulchre avec son pied et son globe.
lampe Sépulchre, que fabriquent, à Paris, MM. Schlossmachér et Aumeunier.
La mèche est protégée par une chemise, qui empêche toute explosion. Un réservoir intermédiaire, communiquant avec l'air extérieur, par la clef même de là lampe, assure le départ des vapeurs de pétrole, sans qu'il puisse y avoir d'inflammation ; à l'intérieur même de la flamme, un diffuseur introduit l'air nécessaire à la combustion. Un élévateur, semblable à celui des lampes Hinks, soulève le globe et le verre, quand il faut allumer. Malgré l'absence de Y extincteur Hinks, l'extinction ne s'accompagne d'aucune odeur, grâce à l'occlusion parfaite de la mèche à l'intérieur de son tuyau.
La lampe Sépulchre, fort répandue en France et en Belgique , donne , suivant les dimensions du bec, une intensité lumineuse de 10, 20, 30, 40 et 60 bougies.
Disons, toutefois, que la lampe à laquelle MM. Schlossmacher et Àumeunier, qui la fabriquent à Paris, conservent le nom de lampe Sépulchre, a subi de nombreux perfectionnements de la part de ces fabricants. Dans la lampe Sépulchre la mèche est enveloppée d'une toile métallique, qui empêche les parties de la mèche qui sont en ignition de communiquer le feu au pétrole du réservoir. Mais comme la mèche est en contact direct avec le pétrole, celui-ci s'échauffe et il y a là une source de danger.
Dans la lampe Schlossmacher , la mèche est complètement isolée du liquide par une enveloppe métallique E(fig. 397). Si par hasard la mèche venait à brûler, comme elle n'est point en contact . avec le liquide, il ne peut
v avoir d'accident.
La chambre ou réservoir intermédiaire, qui, dans la lampe belge, reçoit les vapeurs du pétrole et les fait élever à l'extérieur par un tout petit trou pratiqué dans l'axe même de ïa clef de mèche À (fig. 396), cette chambre est dans la lampe Schlossmacher, en contact direct avec l'air extérieur par une
série de trous percés dans l'enveloppe, d'où résulte une aération complète.
Par suite de toutes ces dispositions, si la lampe vient accidentellement à se renverser, il n'y a aucun accident à redouter. Le pétrole se sépare de la mèche et la lampe s'éteint aussitôt.
L'essence de pétrole qui, mélangée au pétrole mal rectifié, causait les dangers de l'ancien éclairage par ce liquide, n'est pas bannie de la pratique. On a su l'approprier, par des dispositions spéciales ; à un éclairage qui garantit toute sécurité, malgré l'extrême volatilité de ce liquide.
Uessence de pétrole sert à alimenter de petites lampes portatives, avec lesquelles on circule dans les appartements.
Le récipient de ces kmpes est garni d'un corps spongieux (éponge, bourre de coton, etc.), qui absorbe l'essence, et alimente la mèche, par contact.
L'essence ne doit pas être en excès dans le récipient; il faut pouvoir renverser celui-ci, sans que le liquide s'en échappe. Si cette précaution est bien observée, on n'a aucun accident à craindre. On peut même présenter une allumette enflammée au-dessus du brûleur dévissé; l'essence brûle légèrement, et il suffit de boucher l'ouverture, pour obtenir l'extinction.
La lampe de M.Besnard, la lampe Pigeon, présentent ces qualités. Elles sont d'un usage courant dans les ménages pauvres, et y rendent de très nombreux services, grâce à l'économie qu'elles procurent et à la facilité avec laquelle on les déplace.
Les appareils de M. Rakowski, construits par M. L. Meyer, reposent sur le même principe. Ils ont la forme extérieure d'une bougie, avec cette supériorité qu'ils ne coulent pas et ne tachent pas les objets ou les vêtements, tout en produisant un éclairage fort économiqiie;
Il faut ranger dans cette même série le
SUPPLEMENT A L'ART DE L'ECLAIRAGE
bougeoir de M. Chandor, de New-rYork, qui, bien qu'il consomme de l'huile de pétrole, est destiné aux mêmes usages. que les lampes à 'l'essence minérale; mais le principe dè combustion en diffère essentiellement. C'est le gaz produit. par la volatilisation de l'huile minérale, qui donne la flamme, et non la mèche elle-même.
, Nous ne devons pas manquer de citer une catégorie toute particulière d'appareils pour brûler le pétrole : nous voulons par- , 1er des \ carburateurs , au moyen desquels on produit un. mélange d'air et de vapeurs d'essence de pétrole, qui possède des pro- ■ priétés combustibles et éclairantes au moins égales à celles du gaz de houille.
L'essence de pétrole employée dans cè but, est connue sous le nom de gazoline. Elle est caractérisée, commercialement, à l'état liquide, par une densité de 0,650 ; ses vapeurs, mélangées à l'air, brûlent avec une belle flamme, lorsqu'on emploie des becs convenables.
La -variété des types de carburateurs, établis tous, d'ailleurs, sur le même principe, s'explique par les services qu'ils rendent dans les ateliers, les fermes, et, en général, dans tous les établissements situés hors du périmètre des canalisations de gaz. ! Ils fournissent un moyen simple, économique, et relativement sûr, de fabriquer sur place, et à froid, un combustible gazeux éclairant..;
Les carburateurs au pétrole de MM. Faignot, Êourd et Dubois, que l'on peut considérer comme les types de ce genre d'appareils, comprennent trois éléments principaux : 1° un aspirateur, faisant fonction de pompe à air; il est actionné par un treuil mis en mouvement par une corde, à l'extrémité, de laquelle est suspendue un poids; 2° une cloche gazomètre, qui emmagasine l'air venant de l'aspirateur et l'envoie dans les carburateurs; 3° le carbura-
teur proprement dit, ou récipient de gazoline, dans lequel l'air se charge de vapeurs carburées. -
Les récipients, en nombre variable, sont munis de mèches, ou tampons, en feutre, qui favorisent l'évaporation : ils sont, en outre, divisés en plusieurs compartiments, par des cloisons qui se chicanent, et entre lesquelles l'air est forcé de circuler. L'air ainsi saturé de vapeurs de gazoline, est conduit par des tuyaux en plomb, aux appareils d'éclairage.
Le carburateur Ch. Siefert est basé sur un principe identique; il se distingue de l'appareil précédent par l'enveloppe du réservoir de gazoline, qui est entièrement immergée dans l'eau froide.
L'appareil Lothammer est aussi destiné à opérer la carburation de l'air, au moyen de \& gazoline; mais il présente cette particularité que la carburation s'y effectue au furet à mesure de la consommation, et sans nécessiter une provision de gaz emmagasiné. L'aspiration de l'air est produite, non par un ventilateur actionné par un poids, comme dans les appareils précédents, mais par une pompe, que met en jeu un petit moteur alimenté à l'air cai-buré. Enfin la gazoline soumise à l'évaporation, se trouve renfermée dans un récipient où son niveau reste constant, grâce à la présence d'un siphon qui communique avec le réservoir, d'alimentation.
Un autre point à signaler dans ce dernier carburateur, c'est la propriété qu'il possède, de donner une pression que l'on peut régler suivant les besoins, et qui est supérieure à celle des autres appareils du même genre ; de telle sorte que les condensations dans les conduites sont, dans une certaine mesure, atténuées. Il en résulte la possibilité d'employer des tuyaux d'assez faible diamètre, et de leur donner, quand les circonstances l'exigent, une direction quelconque, sans avoir à user de siphon.
Tous les carburateurs de pétrole dont nous venons de parler, se trouvaient rassemblés dans les galeries de l'Exposition universelle de 1889. La même exposition renfermait plusieurs autres types de carburateurs, tels que : celui de M. Jaunez (gaz soleil), qui produit la volatilisation de la gazoline par échauffement ; — celui de M, Monier (néo- ! gaz), où l'aspiration de l'air se fait au moyen d'un courant d'eau sans pression, ou d'un courant de vapeur; — celui de M. Piépla, le plus ancien en date ; — celui de M. Quittet (gaz des villages) — enfin l'appareil Méneyeau, assez recherché pour sa forme élégante et le peu de place qu'il occupe.
L'éclairage au pétrole serait le plus économique de tous, si, en certains pays, particulièrement en France, ce liquide n'était pas grevé de droits de douane et d'octroi excessifs, qui atteignent quelquefois jusqu'à 300 pour 100 de sa valeur. Si ces droits étaient supprimés, le pétrole se vendrait, à Paris, 20 centimes le litre.
Le pétrole est à vil prix en Amérique et en Russie. En Belgique, il vaut à peine 45 centimes le litre. L'abaissement des droits, en France, assurerait à nos populations le bienfait d'un éclairage brillant et à bon marché.
Disons, pour terminer ce sujet que deux . industries auxquelles se rattachent les intérêts les plus considérables, sont, en ce moment, en lutte ouverte. Le gaz et l'électricité se trouvent en présence, le premier se flattant de demeurer en possession d'un privilège dont il jouit depuis un demisiècle; le second, se parant de la brillante auréole du progrès scientifique. On se de-
mandait qui Remporterait, dans cet homérique combat scientifique et industriel, et si l'électricité parviendrait à remplacer le gaz dans nos demeures, sur les places publiques, dans les ateliers, dans les théâtres. Au plus fort de cette lutte, un troisième champion, le pétrole, est entré, dans la | lice. Ce nouveau produit naturel n'a pas, comme l'électricité, l'appui d'une énorme quantité de recherches et de travaux, dus aux physiciens des deux mondes. Il est modeste et de basse origine ; il sort d'un trou de la terre, et ses amis, ses défenseurs, ses clients, humbles, comme lui, sont le travailleur et le pauvre. Mais il a en sa faveur, l'apanage essentiel, l'avantage fondamental : le bon marché. Le pétrole est beaucoup moins cher que le gaz, moins cher que l'électricité, et si les droits énormes qu'il supporte, en France, étaient supprimés, il nous donnerait la lumière avec une économie fabuleuse. Quant aux dangers qu'on reprochait autrefois à son emploi dans l'éclairage, le perfectionnement de sa rectification dans les raffineries, d'une part,^ et, d'autre part, les appareils irréprochables dont nous ont doté les lampistes allemands, anglais, américains, et français, ont dissipé toute crainte, et assuré à l'usage universel de ce liquide une sécurité complète.
En résumé, depuis la publication de notre Notice sur Y Art de F éclairage, dans les Merveilles de la science , cet art, d'une utilité fondamentale dans les sociétés, a fait des progrès considérables. Il a été dans quelques-unes de ses branches le théâtre d'une véritable révolution. C'est ce que nous sommes heureux d'avoir signalé dans -ce Supplément.