‹ Les merveilles de la science, ou Description populaire des inventions modernes. Suppléments. 6Chapitre 91 sur 130 · PÉTROLE D'ASIE · texte numérisé non relu

PÉTROLE D'ASIE

La Chine et le Japon possèdent des gisements de naphte, qui sont connus depuis

un temps très reculé. Un voyageur, M . Benjamin Smith, dans un mémoire publié en 1877, au Tonkin, sur les Pétroles du Japon, dit que l'exploitation de ces sources a pris aujourd'hui une certaine importance. Ce voyageur vit des ouvriers japonais creuser des puits, qui avaient jusqu'à 100 mètres de profondeur, et y puiser de grandes quantités d'un pétrole visqueux.

L'Inde, dans les monts Himalaya, possède des gisements d'huile minérale.

La Birmanie et plusieurs îles situées près de la côte d'Arracan, en fournissent également.

Un voyageur anglais, le docteur Robertson, qui visitait l'Indo-Chine vers 1870, compta plus de 800 puits, sur une surface de 200 hectares. On y exploitait une couche pétrolifère, d'une épaisseur de 2 mètres, située à 150 mètres de profondeur. Ces divers gisements paraissent en rapport de continuité avec ceux de la Chine.

Mais c'est au nord-ouest de l'Asie, c'est-àdire entre la mer Caspienne et la mer Noire, que l'on a découvert les sources de naphte les plus riches de l'univers. Leur abondance surpasse de beaucoup celle des plus importants districts de l'Amérique. On sait aujourd'hui, d'une façon certaine, qu'un vaste bassin souterrain d'huile minérale s'étend de la mer Caspienne à la mer Noire, en passant sous les montagnes du Caucase, et qu'il se prolonge même bien au delà de la mer Caspienne, dans le Turkestan.

Nous avons parlé, dans les Merveilles de la science , de l'exploitation des sources de pétrole à Bakou, sur la rive gauche de la mer Caspienne. Ces gisements étaient déjà singulièrement abondants, en 1870, mais ils ont été considérablement dépassés par ceux .que l'on a découverts postérieurement, dans le district de Kouba, au bord occidental de la mer Noire. Dans la péninsule de Taman, des rivières de pétrole

SUPPLÉMENT A L'ART DE L'ÉCLAIRAGE

furent mises à jour, g, la même époque et tout le pays devint le théâtre d'une véritable inondation d'huile minérale, dont on avait peine à contenir les torrents.

Des sociétés se sont formées, en Russie, pour exploiter régulièrement ces richesses nouvelles. Des conduites de fonte, semblables à celles d'Amérique, ont été posées, pour amener le naphte de Kouba au port de Noworodisk, sur la mer Noire. "

Pendant que le pétrole de la mer Noire apparaissait. au jour, celui de la mer Caspienne, c'est-à-dire le pétrole de Bakou, jaillissait par de nouveaux forages, produisant des débits prodigieux; de sorte que les régions de cette partie de la Russie méridionale devinrent le siège d'un véritable déluge d'huile minérale, que l'on ne savait comment recueillir, et dont la plus grande partie se perdait dans les rivières et les lacs de la région de Bakou.

C'est ainsi qu'en 1882 une fontaine jaillissant subitement, près de Bakou, donna une gerbe de 10 mètres de hauteur, égalant les plus puissantes de l'Amérique. Cette fontaine j aillissante n'était pas , d'ail leurs , un phénomène accidenter et passager, car, en 1884, lorsque M. Arthur Arnold, membre du Parlement d'Angleterre, visita Bakou, le jet n'avait rien perdu de sa puissance.

En 1887, un heureux coup de sonde faisait émerger, à Bakou, un torrent d'huile minérale, fournissant 5000 hectolitres par heure, et qui s'élançait à une hauteur supérieure à celle de la colonne Vendôme, à Paris. A ce jet formidable, lèvent arrachait du sable, imprégné d'huile, qui allait recouvrir les maisons de Bakou, quoique la ville soit située à près de 5 kilomètres de la source. 11 fut impossible d'arrêter cette rivière minérale, dont le courant augmenta pendant huit jours, et qui, après avoir donné jusqu'à 110 000 hectolitres d'huile par jour, diminua jusqu'à 10 000. On es-

time à 500 000 le nombre d'hectolitres d'huile qui furent perdus, faute de réservoirs.

Depuis cette époque, les sources de naphte, tant à Bakou que sur les bords de la Mer Noire, se sont tellement multipliées, que l'on a fini par ne savoir qu'en faire. Heureusement, le chemin de fer, de la longueur de 885 kilomètres, ouvert de Bakou à Batoum, en 1882, a permis de commencer les expéditions de pétrole brut sur la mer Noire ; et en même temps, les propriétaires ont pris les mesures nécessaires pour exploiter régulièrement le produit. Une flotte traverse aujourd'hui la mer Noire et là Méditerranée, pour transporter le pétrole brut en Europe, où il fait une concurrence avantageuse aux pétroles d'Amérique.

, L'exploitation du pétrole asiatique a pris aujourd'hui une importance considérable. On en jugera par les chiffres suivants :

Pétrole ou naphte par pouds de 16 kilogrammes.

Années.

Production.

Exportation.

Il va sans dire que les industriels russes de Bakou ou de Kouba procèdent à l'exploitation des sources de naphte en se servant des mêmes procédés et appareils dont l'expérience a consacré les avantages en Amérique.

Le derrick de Pensylvanie a été transporté, sans aucun changement, aux bords de la Kouba et à Bakou. Le forage des puits s'opère de la même façon.

Nous représentons dans les figures 383 et 384, d'après des photographies, le derrick de Bakou. On voit dans la première gravure, la descente de la sonde dans le trou du forage, et dans la seconde, la machine à vapeur horizontale qui actionne l'arbre autour duquel la chaîne s'enroule, pour faire

Fig. 383. — Un derrick à Bakou.

descendre et pour relever l'outil foreur.

À l'imitation de l'Amérique, on a installé, dans le Caucase, des tubes de fonte, pour transporter le pétrole brut des puits jaillissants aux ports d'embarquement sur la mer Caspienne, ou sur les wagons de la voie ferrée de Bakou à Batoum.

Les wagons-citernes que nous avons décrits, en parlant de l'exploitation et du transport du pétrole américain, servent, sans aucun changement, à l'exploitation, et au transport du pétrole.

C'est le chimiste suédois Nobel, le célè-

bre inventeur de la dynamite, qui organisa le premier l'exploitation du naphte de Russie.

La question du transport du pétrole des bords de la mer Caspienne aux usines distillatoires de Bakou, préoccupa longtemps M. Nobel. Au début, pour amener le naphte on n'avait que de petits bateaux à voile, qui faisaient des voyages très irréguliers sur la mer Caspienne, et qui transportaient le liquide dans des tonneaux. M. Nobel fit construire en Suède des bateaux à vapeur, où le pétrole était transporté dans de grands

SUPPLÉMENT A L'ART DE L'ÉCLAIRAGE

■Fig. 384. — Machine à vapeur et transmission du mouvement à l'arbre de la chaîne du forage d'un puits d'huile

minérale, à Bakou.

réservoirs de tôle. Ces bateaux traversèrent le réseau des canaux de la Russie, pour arriver à la mer Caspienne. Douze de ces bateaux sillonnent aujourd'hui cette mer. Grâce à cette organisation , le pétrole du Caucase a supplanté le pétrole américain, sur tous les marchés de la Russie.

L'huile est également transportée en Europe, par le chemin de fer du nord du Caucase. ,

Il est question d'établir, au sud de la chaîne du Caucase, un tuyau gigantesque, d'une longueur de 500 kilomètres, avec un diamètre qui permettrait de laisser passer chaque année, en neuf mois, 6 à 7 millions d'hectolitres de pétrole. Ce travail coûterait 50 millions de francs ; mais le prix de transport ne dépasserait pas lfr,50 par hectolitre, depuis les environs de Bakou jusqu'à Batoum, ou Poti, les deux ports d'embarquement sur la mer Noire, s. t. n.

Parmi les exploitations de naphte, situées sur le versant nord du Caucase, celle dTllsky est de beaucoup la plus importante, par sa production, autant que par sa situation près de la mer, avec laquelle les communications se trouvent facilitées au moyen d'une ligne de tuyaux.

Il existe sur le versant méridional de la chaîne principale du Caucase, un territoire à pétrole et des sources semblables à celles du versant nord, dont nous allons donner la description, au point de vue géographique et pittoresque.

A Kourilla, sur la ligne de Batoum à Tiflis, se trouvent d'énormes amas de minerai de manganèse, que Ton fait descendre des mines sur des chars, pour les transporter par chemin de fer.

En allant vers le nord, le chemin longe un torrent rapide, le Kourilla, traversé par un pont. En remontant la vallée, on trouve les mines de manganèse. En les laissant à

gauche, on entre dans une gorge étroite, formée de rochers calcaires. Le chemin passe ensuite en un lieu où le torrent a creusé sa voie à 30 mètres au-dessous du sol, en formant une arche suspendue, enguirlandée de fougères- couleur d'émeraude. Une rivière souterraine déhouche en ce point dans le Kourilla.

En continuant à parcourir les montagnes, on atteint la.forêt de Tchâla. Ici, le territoire à huile est situé à la surface d'une chaîne de montagnes qui sépare la vallée du Kourilla de celle du Riou.

L'altitude est de 1800 mètres; il y a quatre puits à huile, de 10 à 12 mètres de profondeur. Le roc est un trachyte dur, d'origine volcanique. En creusant un de ces puits, le fond du rocher éclata avec explosion pendant l'absence des ouvriers, et l'huile jaillit hors du puits.

Dans cette forêt, on voit plusieurs sources de pétrole ; celles plus à l'est sont ferrugineuses, et près d'elles se trouve une source d'eau fraîche, très chargée d'acide carbonique. En ce point, l'huile est lourde, de couleur gris clair, aussi épaisse et visqueuse que l'huile de ricin. Ces sources sont à 1800 mètres plus bas que celles dont il vient d'être question, et à 160 kilomètres de la mer Noire. On y trouve les signes d'une formation d'huile, qui s'étend très loin dans ]a vallée du Riou.

Des sources d'huile existent aussi au sommet d'une montagne, entre Talaf et Signakh, à 1600 mètres d'altitude. Elles paraissent à la surface, dans un schiste argileux. De très grands volcans de boue se rencontrent encore dans cette localité; ils coulent dans la vallée de l'Alazan.

A quinze kilomètres au-dessous de Tiflis, sur les bords de la rivière Koura, on trouve beaucoup de puits à huile,, ayant 25 mètres de profondeur. Le pétrole, qui . est épais, filtre lentement dant ces puits, et est puisé dans des seaux. On le fait bouillir, et on

s'en sert pour rendre imperméable les outres qui servent à conserver le vin du pays.

Dans le désert de Shahari, au sud-est de Signakh, sont de nombreuses sources d'huile minérale dont les plus importantes sont celles de Zarskoé-Kolodshy. Là, des puits ont été creusés, et sont devenus productifs; mais, à cause des difficultés de communication, ils n'ont jamais pris beaucoup d'importance. Entre cette localité et l'extrémité sud-est du Caucase, où l'on trouve les plus vastes champs d'huile, il doit exister encore d'autres sources.

Mais la région de Bakou est encore de beaucoup la plus importante de toutes celles d'Europe et d'Asie, pour l'exploitation du naphte naturel. Les travaux de cette exploitation sont limités, pour le moment, à la péninsule d'Apchéron, formant l'extrémité orientale des monts Caucase.

L'huile émerge à la surface du sol, en plusieurs localités, depuis la péninsule de Taman, sur la mer Noire, jusqu'à la péninsule d'Apchéron, sur la mer Caspienne.

Quand l'huile ne surgit pas à fleur de sol, il suffit de creuser à quelque profondeur, pour la faire jaillir.

Le pétrole de Russie est un liquide épais et de couleur brune, avec de légers tons verts ; il diffère, sous certains rapports, de celui qu'on trouve en Amérique. Ainsi, la pesanteur spécifique du pétrole brut américain est de 0,826, tandis que celle du pétrole du Caucase est de 0,872. Le pétrole de Russie est beaucoup moins riche que celui d'Amérique en huile propre à l'éclairage : le pétrole américain en donne 70 à 72 pour 10Ô, tandis que celui de Russie n'en contient que de 25 à 30 pour 100. En revanche, le pétrole du Caucase contient en plus grande proportion l'huile propre à lubrifier les organes des machines

Pour être livré au commerce, le pétrole

SUPPLÉMENT A L'ART DE L'ÉCLAIRAGE

de Russie doit être soumis a la distillation. Recueilli dans dé grands cylindres de tôle, dès sa sortie du sol, où il est reçu dans des

usine pour la distillation du pétrole brut, à Bakou.

Après cette distillation, le naphte russe

canaux en bois, il est amené, par un chemin de fer spécial, à l'usine de distillation. Nous représentons dans la figure 385 une

est conservé dans des entrepôts et docks , d;où il est expédié en Europe.

Page 1