LES INDULGENCES
In pra-scnti tcmpore, vcstra abnndnnlia illo rum inopiam suppléât : Qu'en ce momeni votre abondance supplée à tout ce qui leui manque. (// Cor. 8, \A.)
Pour faire comprendre le prix des indulgences en faveur des ânnes du purgatoire, nous mettrons ici le trait admirable du bienheureux l3erthold, prédicateur de l'ordre S. François. Il venait de faire un sermon très-émouvant sur l'aumône, et il avait accordé à ses auditeurs dix jours d'indulgence, selon le pouvoir qu'il en avait reçu du Souverain-Pontife, lorsqu'une dame de condition, qui n'avait conservé de son ancien rang que la crainte d'avouer sa misère présente, vint la lui exposer secrètement. Le bon père lui fît la môme réponse qu'autrefois S. Pierre au boiteux de Jérusalem : < Je n'ai m argent ni or; mais ce que j'ai, je vous le donne. Je vous renouvelle l'assurance que vous avez ga«^né dix jours d'indulgence en assistant à ma prédication ce matin, car le Saint-Père m'a honoré de ce privilège poui le bien des âmes que je suis appelé à évangéliser. Alle2 donc chez tel banquier, lequel n'a guère eu souci jusqu'à présent des trésors spirituels, et offrez-lui, en retour de l'aumône qu'il vous fera, de lui céder votre mérite, afin que les peines qui l'attendent dans le purgatoire en
soient diminuées. J'ai tout lieu do croire qu'il vous donnera quelques secours. »
La pauvre femme s'y rendit en toute simplicité et avec hcaucoup de foi. Dieu permit que cet homme l'accueillît avec bonté : il lui demanda combien elle prétendait recevoir en échange de ses dix jours d'indulgence. — « Autant, répondit-elle, qu'ils pèsent dans la balance 1 • Elle se sentait animée par une force intérieure. — « Eli hien, reprit le banquier, voici des balances : écrivez sur un papier vos dix jours et le mettez dans l'un des plateaux : je pose sur l'autre un réal^ » 0 prodige! le premier plateau ne s'élève pas, mais au contraire entraîne celui de l'argent. Etonné, l'homme ajoute un réal, qui ne change rien à ce poids. 11 en met cinq, dix, trente, enfin autant qu'il en fillait à la suppliante dans sa nécessité actuelle; alors seulement les deux plateaux s'équilibrent. Ce fut une leçon précieuse pour le banquier : il sentit enfin la valeur des intérêts célestes. Mais les pauvres âmes la comprennent bien mieux encore ; pour la plus légère indulgence elles donneraient tout l'or du monde.
C'est pourquoi elles les appellent de tous leurs soupirs, nous conjurant de les leur procurer par charité, nous à qui la bonté divine les prodigue. La bienheureuse Marie de Quito fut ravie en extase, et elle vit, au milieu d'une grande place, une table chargée de monceauj d'argent, d'or, de rubis, de perles, de diamants; en môme temps elle entendit une voix qui disait : « Ces richesses sont publiques : chacun peut s'approcher et en recueillir autant qu'il lui convient. » Died lui Gt connaître que c'était une image des indulgences. Combien
(I) Petite monnaie espagnole valant environ 27 centimes.
lUU XXIX" MERVEILLK.
donc ne somnnes-nous pas coupables, dans une abondance pareille, de rester pauvres et dénués pour nous-mêmes, et do ne point songer à ceux qui dans le purgatoire pourraient être enrichis par nous, qui nous supplient avec larmes, au milieu de leurs tourments ! Ce trésor exige-t-il des efforts pénibles, des jeûnes, des voyages, des privations insupportables à la nature? Quand mémo cela serait, il faudrait nous y résoudre, comme le disait éloquemment l'illustre P. Ségneri, qui oppose à notre insensibilité le zèle d'un amateur des arts s'exposant au milieu d'un incendie pour sauver une toile. Mais la bonté infinie de Died n'en demande pas tant; elle attend de nous des œuvres simples, communes, courtes : un chapelet, une prière, une communion, la visite d'un sanctuaire voisin de notre habitation, une petite aumi^no, un mot de catéchisme à des enfants abandonnés, etc. Et nous négligeons l'acquisition aisée d'un tel trésor, et nous n'avons point d'ardeur pour l'appliquer à tous ces malheureux qui gémissent dans les flammes!
Un second exemple. S^" Madeleine de Pazzi avait dans son monastère de Florence une religieuse d'éminente vertu. Elle l'assista avec la plus grande charité pendant sa dernière maladie et lui ferma elle-même les yeux. Quand le corps eut été porté à l'église pour les funérailles, la sainte se retira dans la salle du chapitre, d'oij elle voyait la bière, et priait pour sa chère défunte. Elle fut, à ce moment, favorisée d'une vision : elle aperçut l'âme de la religieuse, plus belle aue le soleil, s'élever au ciel enivrée de bonheur. — « Adieu, ma sœur, s'écria Madeleine; adieu, âme bienheureuse : vous vous en allez donc en paradis, m'abandonnant dans celte vallée de larmes! Ohl que grande- est votre gloire 1 qui pourrait exprimer
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l'éclat de ce triomphe ! et comme l'ëpreiive du purgatoire a pour vous été courte ! Vos restes mortels ne sont point encore dans leur dernière demeure, et déjà vous entrez dans l'éternelle patrie 1 Vous voyez maintenant la vérité de ce que je vous disais : que les misères de colle vie et l'expiation passagère du purgatoire ne sont rien, comparées à ce que l'éponx vous réservait auprès de lui I i II lui fut révélé par Notre-Seigneur que cette âme n'était restée que quinze heures dans le purgatoire, en vertu des indulgences dont on lui avait appliqué les mérites. Pendant toute la cérémonie de l'enttrrement, Madeleine ne put distraire sa pensée d'un si beau et si consolant spectacle.
(V. Chronique dea Frères Mineurs, 2^ part. liv. II. ch. SO ; Vie de S'c Madeleine de Pazzi, Ke part, ch. 2.)
LA rPOTF.CTION DRS SAIXTS UTILE, APRÈS LA MORT, A QUI l'a invoquée ICI-BAS.
Ad aliqiiem sanctorum convertere : voca »i est qui ti.ii respondeat : Tournez vous vers quoiqu'un lies saints; appelez pour qu'on vous réponde. {Job. v.)
La dévotion envers les saints qu'elle a eu la fidélité d'invoquer souvent pendant la vie est une source d'avantages [)récieux pour l'une soumise au feu du purgatoire. Nous avons sur ce point une miraculeuse vision de la bienheureuse Jeanne de la Croix, religieuse de S. -François et fidèle épouse de Jésus -Curist.
Un prélat éminent, après avoir eu pour elle, pendant quelque temps, de l'affection et du respect, changea entièrement de sentiments et ne la vit plus qu'avec [)eine et répugnance, à la suite d'une admonition charitable que la servante de Dieu avait été inspirée de lui faire. Cet ecclésiastique, oubliant parfois les devoirs de sa profession, tombait dans certains défauts de langue, dans une démarche trop fîère et dans l'oubli des âmes qui lui* étaient confiées. Il mourut bientôt. A peine la vertueuse (iile l'eut-elle appris, que, voulant rendre le bien pour le mal, elle s'employa à procurer à cette âme tous les suffrages en son pouvoir.
• Une nuit qu'elle se livrait plus spécialement à la prière dans cette intention, le défunt lui apparut avec un visage 1 abattu et lamentable. Il avait à la bouche des chaînes; ^ ses vêtements n'étaient que de misérables haillons; il j! était humilié au delà de toute expression, et, comme il ne pouvait parler, les soupirs qu'il laissait échapper ^* manifestaient ses tourments. On voyait sur son front et sur sa tête certaines taches, indices des péchés qu'il avait commis. Derrière lui suivaient quelques âmes qu'il avait portées au péché par ses exemples de relâchement. Les démons l'environnaient aussi et le tourmentaient, de mille façons à la fois douloureuses et humiliantes. La bienheureuse Jeanne en fut toute consternée, et avec d'autant pjus de raison qu'elle ignorait si c'étaient les peines de l'enfer ou celles du purgatoire. Elle s'adressa ^ à son ange gardien, dont la présence lui était sensible ; mais il lui répondit : « Dieu vous le fera savoir en temps | utile. » '■
Elle persévéra donc à prier, à conjurer la clémence divine d'avoir pitié de cette âme infortunée, pour laquelle ;
elle psp<5rnit encore. Elle aimait à se rappeler les bonnes œuvres qu'elle avait accomplies durant sa vie, et surtout la tendre dévotion qu'elle avait eue envers un saint dont l'historien ne nous a pas conservé le nom. o Seigneur, disait Jeanne, vous savez avec quel empressement et quelle confiance ce prélat servait le saint patron qu'il s'était choisi, quels devoirs il Itii rt^ndait, avec quelle tendresse il implorait ses suffrages; il avait fait dessiner son image et la tenait toujours près de lui, afin de n'en point perdre le souvenir. Ayez égard, je vous en conjure, à ces bonnes pratiques de sa foi, et le délivrez des supplices où vous me l'avez fait voir, s Pendant plusieurs jours elle redit cette prière. Tout à coup la porte de sa cellule s'ouvre, l'image du saint se présente, et derrière elle l'âme du prélat, mais non plus dans le même état de désolation et de souffrance. Après avoir salué Jeanne, elle lui dit : « Je suis celui pour lequel vous avez tant prié. Grâce à votre intercession et à celle de mon bienheureux patron, dont vous voyez ici l'image, le Dieu de toute bonté a usé envers moi de miséricorde. Cette image a été mon bouclier contre les assauts du démon. Le Seigneur allège mes tourments, mon épreuve touche à sa fin, et j'espère que vous travaillerez encore à l'abréger, ô ma sœur, vous que j'ai autrefois méconnue! — Qu'il en soit ainsi, s'écria Jeanne; et que béni .soit Dieu pour la consolation que j'éprouve à vous savoir préservé de l'enfer! J'avais redouté ce sort affreux quand vous m'êtes apparu pour la première fois. » Le défunt lui demanda de nouveau pardon pour les chagrins qu'il lui avait causés, et la remercia de ses saintes prières. Jeanne continua d'intercéder en sa faveur, jusqu'au moment où elle connut par révélation sa délivrance. C'est elle qui fit tout
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c^ récit à ses religieuses, aDn d'augmenter en elles tout à la fois la crainte des jugements de Dieu, la dévotion aux saints et le zèle pour les âmes du purgatoire.
(V. Chroniques des Frères Mineurs, par Ciraarello, 4e p. 1. n, chap. 18 ; Triomphe des âmes, par Ségala, 2e p., ch. vil, n. 4.)