‹ Les merveilles divines dans les âmes du purgatoireChapitre 15 sur 62 · CELUI QCI SODFFRE PIEUSEMENT ICI-BAS VA TOUT DROIT AU REPOS ÉTERNEL · texte numérisé non relu

CELUI QCI SODFFRE PIEUSEMENT ICI-BAS VA TOUT DROIT AU REPOS ÉTERNEL

Usqnè in lempus susliuebit patiens, et posteà redditio jucundilatit : L'homme patient attendra la fin de ses maux jusqu'au temps destiné de Dieu pour les faire cesser, et après cela la joie lui sera rendue. [Eccli i, 29.)

L'empereur Maurice était bien inspiré lorsque, interrogé miraculeusement par le Sauveur s'il préférait expier ses fautes ici-bas ou dans le purgatoire, il répondit avec empressement : i Ici-bas, Soigneur 1 j'aime mieux souffrir ici-bas 1 » Un autre personnage n'eut pas la môme sagesse. C'était un religieux de S. François. Un ange se manifesta à ses yeux, et lui dit de choisir entre une longue maladie et un purgatoire très-court. Il se détermina pour celui-ci, parce que déjà depuis longtemps il était malade, en proie à une extrême tristesse, et à cbai-ge, lui paraissait-il, à ses frères : il jugeait donc meilleur d'abandonner la terre et la prison de son corps. < 0 mon Dieu, disait-il, par pitié, appelez-moi hors de ce monde ; secourez votre malheureux serviteur. Je ne trouve de repos ni le jour ni la nuit, tant sont cruelles les douleurs qui me tourmentent; elles augmentent sans cesse; je n'ai plus la force de les supporter. Si mes fautes me rendent indigne d'être délivré, ayez égard. Seigneur, aux mérites de mes frères qui se sacriflent autour de mou lit d'agonie. Ayez pitié d'eux et de moi;

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et s'il^^n'y a point d'autre voie, vienne plutôt la mort,! je raccucillerai comme envoyée par votre clémence. »

C'est alors que l'ange descendit du ciel pour le fortifier et lui proposer l'alternative : i Puisque vous vous fatiguez de souCTrir dans cette vie, vos prières ont été entendues. Dieu vous permet de décider vous-même votre départ immédiat de ce monde, ou le prolongement de vos douleurs terrestres. Si vous adoptez ce dernier parti; vous avez encore une année de maladie, après laquelle vous monterez au ciel directement; mais, si vous prélérez mourir, vous aurez à subir trois jours de purgatoire, pour achever de vous purifier de vos fautes : choisissez Ubremenl. » Le pauvre religieux, tout à sa souffrance présente, qui lui paraissait insupportable, et ne songeant point à ce qui l'attendait dans le lieu de fexpiation, répondit : < J'aime mieux mourir, au risque d'être tourmenté dans le purgatoire, non pas seulement trois j jours, mais autant qu'il plaira à Dieu : car ma vie pré sente est une mort de chaque minute, et je ne pense pas que je puisse trouver rien de comparable. — Eh bien I répondit l'ange, il sera fait comme vous le souhaitez. Vous allez mourir aujourd'hui. Munissez-vous donc des sacrements au plus tôt. » Le malade raconta sa vision et réclama les secours de la sainte Eglise; puis il expira, fct son âme fut portée au purgatoire.

Au bout d'un temps qu'on peut comparer à la durée d'un jour, si toutefois cette expression de temps et de jour convient à l'éternité, le même ange vint le visiter et lui demanda que lui semblait de l'épreuve à laquelle il était soumis, si elle lui paraissait moins paisible que ses souffrances de la terre, t Oh ! combien j'ai été aveugle ! répondit l'âme ; mais combien aussi vous avez été

XXXII® MERVEILLE. iOÎ)

cruel, VOUS qui m'aviez parlé de trois jours et qui me laissez ici des siècles! Qu'elles sont longues les années dont je vois se dérouler pour moi l'interminable série! et encore rien ne m'annonce une délivrance prochaine! — Eh quoi ! repartit l'ange, est-ce donc ainsi qu'une âme infortunée peut tomber dans l'erreur ! il n'y a pas vingt-quatre heures que vous êtes au purgatoire, et vous vous lamentez de la sorte, et vous m'accusez de vous avoir trompé! Ce n'est point le temps, c'est la rigueur de la peine qui vous fait raisonner ainsi. Un instant vous paraît un siècle. Croyez donc bien qu'il n'y a pas encore un jour que vous souffrez ; votre corps n'a f pas reçu encore la sépulture. Toutefois, si vous vous repentez de votre choix. Dieu consent à ce que vous retourniez sur la terre pour y subir l'année de maladie *qui vous était réservée. — Oh! oui, s'écria l'âme avec Joie, oui je préfère ce parti, je le demande en grâce! L'expérience a changé mes pensées. Plutôt deux, trois, quatre années de maladies affreuses, qu'une seule heure dans ce séjour d'inexprimables angoisses! >

L'ange alors reporta l'âme dans la corps, qu'elle anima

de nouveau, à la vue de la communauté saisie d'étonnc-

ment et de crainte. Dès que le ressuscité put parler, il

révéla tout ce qui lui était advenu, et en prit texte pour

I exhorter ses frères à faire une plus rigoureuse pénitence

I de leurs moindres fautes, afin d'éviter les tourments que

la divine justice leur a préparés dans l'autre monde.

Pour lui, il supporta avec joie les souffrances diverses

de son infirmité, trop heureux de racheter par là les

instants plus courts mais si affreux dont il avait connu

l'amertume. Au bout d'un an il mourut, et on a tout lieu

i de croire qu'il monta droit au séjour du bonheur promis.

no XX XII1« MERVEILLE.

Ce trait, qui parait certain, justifie pleinement le mot de S. Augustin au sujet du purgatoire : « Un seul jour dans ce lieu d'expiation peut être comparé à mille ans de supplices terrestres. » Et il ajoute ailleurs (in ps. 75) : ( Le feu y est plus insupportable que tout ce qu'on peut endurer ici-bas : Gravior eril ille ignis quàm qiiicquid polest pâli homo in hdc vilà. »

(V. Luc de AVadding, Ann. Minor., anno 1183, n. 9.)

iAINTE L'SLRE DE CEUX QUI APPLIQUENT LEURS ŒUVRES AU SOULAGEMENT DES DÉFUNTS.

Benefac juslo , et invenict retribulionem magnam : Faites du bien au juste, et vous aurez une grande récompense. {Eccli. xii, 2.)

Il ne faut pas oublier combien de mérites, de prières et de grâces s'assure à lui-môme celui qui offre ses bonnes œuvres pour racheter les âmes du purgatoire, les mettre en liberté et les envoyer au ciel. On peut dire qu'il travaille à peupler le ciel, mais qu'en môme temps il s'y prépare des avocats, intéressés par la reconnaissance à lui obtenir à la fois ce qui lui est nécessaire "ci-bas et ce qui assurera son salut dans l'autre vie. Je jirai môme que les anges gardiens de ces âmes se trouvent en quelque sorte obligés à le favoriser, à cause de ce qu'il a fait pour leurs pupilles. Les bienheureux le ":egardent avec des yeux pleins d'affection, parce qu'il a

XXXIII" MERVEILLE. Hl

augmenté leur nombre. La divine Marie le cache sous son manteau, pour avoir contribué à la couronne de CCS âmes qui ont coûté tout le sang de son Fils. Jésus- CuRisT lui-même, quelles bénédictions, quelles faveurs, quelle rémunération, ne versera-t-il pas sur celui qui coopère généreusement à son œuvre de Rédempteur! Voici à ce sujet une petite histoire.

Il y avait, au récit de Denys-le-Chartreux, une vierge rcmphe de piété, nommé Gertrude, qui, chaque matin, par une charité singulière, faisait donation aux âmes du purgatoire de tout ce qu'elle acquerrait de mérite! devant Dted pendant la journée, sans en rien retenir pour elle, bonnes œuvres, aumônes, prières, mortiOcations, etc. Bien plus, dans sa grande foi, elle suppliait Notre-Scigneur, de vouloir appliquer lui-môme ce trésor suivant ses divines lumières. Jesus-Christ lui fît plusieurs fois connaître miraculeusement les âmes qui en avaient le plus besoin, et alors elle redoublait pour elles de ferveur, de pénitences et de prières, et ne s'arrôlait point qu'elle ne crût avoir procuré leur délivrance, quelques travaux qu'une semblable pratique coûtât à la nature. Souvent ces âmes lui apparaissaient au moment de se réunir ay^ Seigneur, et la comblaient de bénédictions.

Elle arriva ainsi, chargée de mérites plus encore que d'années, à la vieillesse. Couchée sur son lit de mort, elle fut assaillie de tentations du démon, qui cherchai! à lui persuader qu'elle avait délivré tant d'âmes du purgatoire justement pour aller occuper leur place et souffrir plus qu'elles. II lui représenta les horribles supplices auxquels elle serait soumise par la justice divine pour l'expiation de ses moindres fautes, puisqu'elle n'avait réservé pour elle-même rien de tous les mérites de sa

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vie, les prodiguant à des étrangers et à des inconnus. Elle commença donc à gémir. — a Oh I que je suis malheureuse I se disait-elle : dans peu d'instants je vais mourir; je vais rendre de toutes mes actions le compte le plus rigoureux et le plus sévère. Comment pourrai-je être délivrée, après que je n'ai rien gardé pour moi de mes bonnes œuvres depuis tant d'années? J'ai donc en perspective un effroyable purgatoire, sans adoucissement, sans espérance de compensation actuelle ! Mon Dieu, le permettrez-vous? »

Pendant qu'elle était en proie à cette angoisse, elle voit paraître devant elle Notre-Seigneur, son éfoux céleste, qui lui adresse la parole : « Quel est donc, ô Gertrude, le sujet de ta tristesse? » Elle répond : « Seigneur, je m'aifligo parce que je me vois sur le point de mourir, sans aucun capital de bonnes œuvres qui puissent satisfaire pour tant d'offenses que j'ai commises : car je me suis dépouillée en faveur des âmes souffrantes, vous le savez bien 1 » Alors le Sauveur, lui souriant doucement, la consola. — « Ma fille Gertrude, lui dit-il, afin que tu saches combien m'a été agréable ta charité envers ces âmes et ta dévotion, je te remets en ce moment môme, sans exception, toutes les peines qui t'eussent été réservées. De plus, moi qui ai promis cent pour un à ceux qu'anime mon amour, je veux encore te récompenser en augmentant le degré de gloire qui t'attend là-haut. Toutes les âmes que tu as soulagées viendront par mon ordre à ta rencontre, et t'introduiront dans la Jérusalem éternelle, au milieu de leurs cantiques de joie. »

L'allégresse de la sainte ne put se contenir à cette belle et toute divine assurance. Elle eut à peine le temps

ÎXXlV MERVEILLE. HS

d'en faire part à ses sœurs, qu'elle expira le sourire sur les livres, les yeux animés d'une clarté merveilleuse, comme une prédestinée qui ne doute point de son sort.

{Denys-le-Charlreux , cité par le P. Martin de Roa dans son livre De statu anlmarum, 20.)

XXXIVe MERVEILLE.

Lli SANG DE NOTRE-SEIGNEDR DANS l'EL'CHARISTTE.

Lavit nos à peccatis noitrlt in sanguine tuo : II nous a purifiés dans son sang. {Apocal. i, 5.)

Nous avons eu déjà l'occasion de rappeler au lecteur que, de tout ce qu'on peut entreprendre en faveur des âmes du purgatoire, il n'est rien d'aussi précieux que l'immolation du divin Sauveur à l'autel. Outre que c'est la doctrine expresse de l'Eglise, manifestée dans nombre de conciles, des laits miraculeux, authentiques, ne laissent point de doute à cet égard.

Il y avait à Cologne, parmi les étudiants des cours supérieurs de l'université, deux religieux dominicains d'un talent distingué, dont l'un était le bienheureux Suzô. Les mômes études, le môme genre de vie, et par-dessus tout le môme goût pour la sainteté, leur avaient fait contracter une amitié intime, et ils se faisaient confidentiellement part des faveurs spirituelles qu'ils recevaient du ciel. C'est ainsi ({ue le bienheureux dévoila à son ami un fait qu'il tenait caché. Un jour qu'ils s'entretenaient ensemble des mystères de la vie de Notre-Seigneur, il lui fit voir le nom de Jésus qu'avec

H4 XXXlV MERVEILLE.

une pointe de fer il s'était gravé au vif sur la poitrine, afin de ne l'oublier jamais dans les mouvements de son rœur. Le bon frère en fut si frappé, si ému, qu'il demanda et reçut la permission d'appliquer ses lèvres sur cette plaie glorieuse, et il la mouilla de ses larmes. Quand ils eurent terminé leurs éludes, se voyant à la veille de se séparer pour retourner cbacun dans leur couvent, ils convinrent et se promirent mutuellement que le premier des deux qui mourrait serait secouru par l'autre, une année entière, de deux messes par semaine : le lundi, une messe de Requiem, selon l'usage, et le vendredi celle de la Passion, autant que le permettraient les rubriques. Ils s'y engagèrent, se donnèrent le baiser de paix et quittèrent Cologne. Pendant plusieurs années ils continuèrent, chacun de leur côté, à servir Dieu avec la plus édifiante ferveur. Le frère fut le premier appelé au jugenient, et Suzô en reçut la nouvelle avec de grands sentiments de soumission à la divine volonté. Quant à l'engagement qu'il avait pris, le temps le lui avait fait oublier. Il priait beaucoup pour son ami, s'imposait en sa faveur des pénitences nouvelles et bien des œuvres saintes, mais ne songeait point à dire les messes convenues. Un matin qu'il méditait à l'écart dans une chapelle, il voit tout d'un coup paraître devant lui son cher défunt, qui, le regardant tendrement, lui reproche d'avoir été infidèle à une parole donnée, acceptée, sur laquelle il avait droit de compter. Le bienheureux, surpris, chercha à s'excuser de son oubli involontaire, sur les oraisons et mortifications qu'il avait faites et faisait encore pour un ami dont le salut lui était aussi précieux que le sien même. « Oh I non, non, mon frère, reprit l'âme souffrante; non, cela

ne me suffît pas I c'est le sang de Jésds-Curist, qu'il faut pour éteindre les flammes dont je suis oonsnmé; c'est l'auguste sacrifice qui me rachètera do ces tourments épouvantables : je vous conjure de tenir votre parole. Ne me refusez pas cette justice, ô mon frère ! » Suzô s'empressa de lui dire qu'il s'acquitterait, et qu'il dirai! encore plus de messes tju'il n'en avait promis, afin d( rtîparcr sa faute involontaire, autant qu'il était en lui.

Dès le lendemain, plusieurs prêtres, avertis par lo bienheureux, s'unirent à lui au saint autel, et continuèrent plusieurs jours cet acte de charité. Le défunt revint au bout de ce temps, mais non plus dans la tristesse et l'abattement; la joie brillait sur son front, une vive et pure lumière l'environnait, et il paraissait parfaitement heureux. — « Je vous rends grâces, mon fidèle ami, lui dit-il, du soulagement que je vous dois. Me voici, grâce au sang du Seigneur, délivré de l'épreuve, et je monte au ciel, où je pourrai contempler Celui que nous avons si souvent adoré ensemble sous les voiles eucharistiques, et dont le sang vient encore de me purifier. » Suzô se prosterna à son tour pour remercier le Dieu de toute miséricorde, et il comprit mieux que jamais l'inestimable prix du sacrifice auguste de nos autels.

(V. Ferdinand de Castille, Hislor. S. Dominlci 2«p., 1. 2, c. 1.)

MEKV. PU KO.

IL VAUT MIEUX MOURIR AVEC LA CERTITUDE D*ALLER EN l'URGATOiaiî QUE DE VIVKË EN DANGER DE PÉCDÉ.

Elegerunt magls mori quàm infringere legem Dei : Ils ont mieux aimé mourir que de violer la loi de Dieu. (I Mach. i, 65.)

Le trait qne nous allons rapporter convaincra le lecteur chrétien qu'on doit envisager la mort comme un avantage, même en étant assuré de souffrir beaucoup dans les flammes expiatoires, en comparaison d'une vie exposée à l'offense de Dieu. Il y verra, de plus, la confirmation manifeste de la doctrine catholique sur le purgatoire et sur la prière pour les- morts : car le miracle a eu pour témoin non pas telle ou telle personne, mais toute une ville.

S. Stanislas, évêque de Cracovie (vers l'an lO'TO), avait j acheté, d'un paysan nommé Pierre, un bien de campagne pour son église : il paya intégralement le prix convenu, sans toutefois exiger de reçu en forme. Depuis trois ans déjà le vendeur était passé de vie à trépas, lorsque ses héritiers, voyant que le roi Boleslas, prince injuste et cruel, était fort irrité contre le saint, à cause des remontrances qu'il lui faisait sur sa conduite scandaleuse, songèrent à mettre à profit cette circonstance. Ils intentèient à l'évèque un procès, l'accusant de s'être emparé sans aucun titre d'un héritage qui leur appartenait à eux-mêmes. Le roi admit très-volontiers la cause;

et, comme le saint avait effectivement négligé les formalités ordinaires, ne pouvant prévoir tant de mauvaise foi, il fut condamné à payer de nouveau ce qui lui appartenait légitimement, ou à faire aussitôt restitution pure et simple de la propriété. Stanislas, mû par une inspiration, déclara que, puisqu'il ne pouvait obtenir justice des vivants, il Tobtiondrait des morts, dont le témoignage trancherait la question. C'est pourquoi il demanda un délai de trois jours, à l'effet d'invoquer la disposition du vendeur Pierre, que l'on savait défunt depuis plusieurs années. Les juges se moquèrent d'une pareille réclamation, qui leur parut une folie, et cependant y firent droit, au milieu de plaisanteries et de paroles offensantes. Rentré dans sa maison, Stanislas assemble ses prêtres, les invite à prier avec lui et à jeûner durant trois jours, sans goûter le sommeil, afin d'obtenir de Dieo qu'il prenne en main la cause de la justice. Le troisième jour donc, après avoir célébré solenrfy?lement le saint sacrifice à cette intention, gardant ses ornements pontificaux, il se mit en marche vers le cimetière, suivi de tout son clergé et d'une foule de peuple que ce spectacle avait attiré. Arrivé auprès de la tombe, il ordonna d'ôtet la pierre sépulcrale et de creuser jusqu'au cadavre, qui n'était plus que des ossements arides et sans forme. Quand ils eurent été mis à jour, l'évoque s'agenouille, lève les yeux au ciel et conjure le Seigneur de faire un miracle devant cette ville attentive, pour la glorification de son saint Nom et pour le triomphe de l'équité; pais, touchant de son bâton pastoral ces restes inanimés, il leur dit, comme autrefois le prop'ttte Ezéchiel : « Ossa ari.la, audite verbum Doviini : Ossements dessécliés, écoutez la parole du Seigneur Dieu ! » Il leur commande, au

nom du Père, da Fils et du Saint-Esprit, de s*animer de nouveau et de rendre témoignage à la vérité. 0 merveille ! aussitôt ces restes sans nom s'agitent, la poussière se change en chair; le mort se dresse sur ses pieds, et, sortant du sépulcre, s'avance vers le pontife, qui le conduit d'abord à l'église pour remercier Dieu, au milieu du peuple, puis au tribunal.

Dans ce moment-là même, le roi s*y trouvait, entouré ries grands et de tous les magistrats. On lui annonce que Stanislas arrive processionnellement, avec son clergé et avec Pierre ressuscité ! Le prince n'en veut rien croire ; mais il faut bien se rendre à l'évidence, lorsque le prélat entre dans la salle, s'arrête en face du trône et parle ainsi : i Je vous amène, Sire, l'homme qui m'a vendu cette terre : il a quitté la région des morts pour rendre hommage à la vérité. Interrogez-le : il parlera lui-même, il vous dira si j'ai réellement acheté son héritage-et si je lui en ai remis la valeur. L'homme est connu ; son tombeau est encore ouvert : Dieu l'envoie confondre l'imposture. Sa déposition vaudra plus, je le pense, que la dénégation des autres témoins et que toutes les signatures imaginables. » Pierre alors, élevant la voix, attesta qu'il avait reçu le prix entier de la terre vendue au saint prélat pour son église, et que ses trois neveui, Pierre, ^ Jacques et Stanislas, n'avaient aucun droit à le troubleï dans sa possession. Ensuite, se tournant vers ceux-ci, qui étaient présents dans l'auditoire, il les menaça de laj justice de Dieu, qu'on ne peut tromper, et d'une mort' malheureuse avant peu, s'ils ne cessaient de réclamer ce qu'ils savaient bien ne leur point appartenir. La stupéfaction de l'assistance ne se peut rendre ; tous restaient cloués par la terreur à la place où ils se trouvaient. Les

héritiers demeurèrent confondus, pendant que le roi rendait une nouvelle sentence en faveur de S. Stanislas.

Le ressuscité était toujours là. L'évoque lui demanda s'il désirait vivre encore quelques années; il espérait en obtenir la grâce de Celui qui l'avait ressuscité pour peu de moments. Mais il répondit qu'il préférait rentrer au sépulcre et mourir de nouveau, plutôt que de rester dans une vie si misérable et si périlleuse. Il assura néanmoins que son âme était encore en purgatoire, et qu'il lui restait quelque temps à souffrir pour se puriOer des dernières souillures de ses fautes ; que, nonobstant les supplices cruels auxquels il allait être rendu, il les préférait de beaucoup à l'incertitude oii Ton est ici-bas do plaire à Dieu et de faire son salut. Il termina en disant que la plus grande grâce que le saint lui pouvait accorder, c'était de prier le Seigneur d'abréger le temps de son épreuve et de le recevoir plus tôt parmi les élus, puisqu'il avait l'assurance d'y être admis un jour. Stanislas le lui promit, puis l'accompagna au cimetière avec tout le clergé et la foule du peuple; on récita sur lui les prières ordinaires de la recommandation de l'âme, pendant qu'ils se couchait dans la tombe. Il renouvela à tous les assistants la demande de prier pour lui. Ses ossements se séparèrent de nouveau, la chair tomba en poussière, et on n'eut plus devant les yeux que les restes informes de la matinée. C'est une croyance dans le pays que S. Stanislas obtint trôs-promptement la délivrance de cette âme*.

De tout ceci nous devons conclure, avec un saint

(1) Ce saint mourut plus tard, tuè à l'autel par Boleslas II. le Hardi, et son cadavre, traîna hors de l'église, fut mis en pièces par les i>ateltites du rui. {Nflf^. du Traduct.)

auteur, combien nous sommes insensés de tant aimer la vie, lorsque nous connaissons les dangers qui nous y menacent du côté du salut. Nous ne savons pas si nous persévérerons jusqu'à la fin, si nous mourrons dans les conditions nécessaires de contrition et de ferveur : et cependant nous nous attachons à cette existence fragile rX dangereuse comme s'il n'y en avait pas d'autre pour yious. Quel aveuglement étrange I quelle insensibilité injusliQablc!

(V. Laurent Surlus, Vies dés Saints; et de plus

les Acta Sanctorum des Bollandistes, 7 mai. Vie

de S. Sla)iislas.)

XXXVP MERVEILLE.

LES JUSTES EUX-MÊMES NE SONT PAS IRRÉPRÉnE.NSIBLES DEVANT DIEU.

Tfon justl/lcabiltir in eonspectu tuoomnisvi' vcns : Aucun homme n'est juste devant vous. (Pi.cxm, 2.)

Le livre de l'Ecclésiastique compare le juste au soleil : Jluasi sol refulgens. Mais, de môme qu'on découvre des taches dans cet astre lumineux, les saints ont aussi leurs imperfections, dont ils doivent être purifiés dans les flammes du purgatoire, avant de recevoir la couronne do l'immortalité et de jouir pleinement de Dieu. 11 n'y a point d'homme si parfait qui ne touche la terre des pieds, tout en ayant les yeux élevés au ciel.

Dans le couvent des Frères Mineurs de Paris, mourut un religieux que sa piété éminente avait fuit surnommer

XXXVl» MERVEILLE. 121

V Angélique. Et c'était véritablement un ange de perfection spirituelle, dans une chair mortelle et fragile. Il y avait parmi ses confrères un lecteur de théologie, savant dans les choses de l'âme, lequel, bien qu'il n'ignorât pas l'obligation commune de célébrer trois messes en faveur de chaque moine qui mourait dans la maison, omit de s'acquitter de ce devoir dans cette circonstance : il lui semblait inutile d'intercéder pour une âme dont la vie avait été si vertueuse, et qui devait être dès maintenant, pensait-il, au plus haut degré de la gloire. Mais, au bout de quelques jours, comme il se promenait un matin dans les allées dujardin, tout en vier à ses méditations théologiques, il voit subitement le défunt se présenter devant ses yeux, et il l'entend lui dire d'un ton lamentable : « Cher maître, je vous en conjure, ayez compassion de moi ! »

Sur[)ris de cette apparition et de cette demande : « Eh quoi! âme sainte, répondit-il, quel besoin as-(u de mon secours? — Je suis retenu dans les feux du purgatoire, reprit le défunt, dans l'attente des trois messes que vous deviez célébrer pour moi. Si vous vous acquittiez de cette obligation, je serais tout aussitôt introduit dans la Jérusalem céleste. — Ah ! répondit le religieux, je l'aurais fait avec bonheur si j'avais [)u penser que vous en dussiez éprouver du soulagement; mais, en songeant ù la vie si sainte que vous aviez menée parmi nous, je m'imaginais que la couronne vous avait été donnée tout de suite au sortir de ce monde. N'étiez-vous pas le premier et le plus édlDant au chœur, au chapitre, à l'oraison? Y avait-il un seul point de la règle auquel vous ne fussiez scrupuleusement fidèle? Chacun vous admirait et se proposait de vous imiter, estitnant que, s'il y arrivait, il atteindrait la perfection de sa vocation religieuse. Ne faisiez-vous

pas, en outre de vos obligations, des prières et des pénitences sans nombre, qui rendaient votre vie un acte de vertu continuel? Non, je n'aurais pu croire qu'il y eût encore à s'inquiéter pour vous. — Hélas I hélas! dit le défunt, personne ne croit, personne ne comprend avec quelle sévérité Dieu juge et punit sa créature. Son inOnie sainteté découvre dans nos meilleures actions des côtés par où elles pèchent et lui déplaisent. Les cieux mômes ne sont pas exempts d'imperfection devant lui : commenf l'homme le serait-il? Il veut qu'on lui rende compte jus» qu'au dernier denier, usquè ad novissimum quadrantem (Malth. V). Au reste, cette justice rigoureuse n'est encore que de la miséricorde, puisqu'elle nous assure la possession de cette éternité de délices qu'on ne saurait acheter au prix de trop de sacriQces et de souffrances. Nous ne nous plaignons que de nous-mêmes dans le purgatoire. Si, avec toute votre science, vous aviez compris la sainteté divine, vous me m'auriez point si cruellement traité, i 1

Le théologien courut aussitôt à la sacristie ; il célébra, ce jour-là et les deux jours suivants, avec une grande dévotion, en faveur de cette âme, qui, au troisième jour, lui apparut de nouveau pour le remercier. Elle lui annonça que l'épreuve était finie pour elle, et que la récompense sans fin allait commencer.

Est-il nécessaire d'ajouter J'imprcssion opérée par cette, vision sur le religieux? Il ne trouva plus, dès lors, qu'il en fît assez pour Diec, et il s'appliqua à perfectionner chacune de ses actions et de ses pensées, persuadé que cela est beaucoup plus nécessaire que les hautes spéculations de la science.

(V. Fr. Marc, Chroniques des Frères Mineuri 2« part. liv. iv, ch. 7.)

XXXVII" MERVKILLE.

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