‹ Les merveilles divines dans les âmes du purgatoireChapitre 16 sur 62 · ON NE SORT DD PURGATOIRE QU*APRÈS UNE EXPIATION ENTIÈRE ET COMPLÈTE · texte numérisé non relu

ON NE SORT DD PURGATOIRE QU*APRÈS UNE EXPIATION ENTIÈRE ET COMPLÈTE

Non exles indé donec reddat novissimum quadrantem : Vous ne sortirez point de là sans avoir ncquittéjusqu'à la dernière obole, {Uatth. T, 26.)

Il ne faudrait pas croire que les grandes fautes seulement rn)us conduiront dans le lieu de l'expiation, et que nous en sortirons aisément si nous n'avons [»as fait tout ce qui est nécessaire pour éviter le mal. Les moindres imperfections des justes eux-mêmes seront puriûées par le feu, suivant la parole du prophète Malachie : • Purgabit filios Levi, et colabil eos quasi aurum : Le Seigneur purifiera, les enfants de Lévi, et il les passera au creuset cotiime l'or. > Nous lisons de S. Séverin, archevêque de Cologne, dont l'admirable vie avait été illustrée par le don des miracles, qu'il se Ht voir, après sa mort, à l'un des chanoines de sa cathédrale pour réclamer le secours de ses prières, parce qu'il avait été condamné au purgatoire. — « Et comment cela se peut-il? s'écria le prêtre consterné. Vous si pieux, vous si zélé pasteur, qui avez accompli tant de bien dans ce diocèse! vous que nous invoquons tous comme notre protecteui au ciel ! — Ah 1 répondit le prélat, Dieu m'a fait la grdct de le servir de tout mon cœur, et de travailler longtemps dans son héritage j mais je l'ai ofTensé souvent par la

manière pressée dont je récitais mon bréviaire. Les affaires de la cour occupaient mon esprit et mon temps, et, quand je devais m'acquitter de ce devoir de la prière, c'était sans assez de recueillement, quehjuefois à une autre heure qu'à l'heure marquée par les règles de rKgii^c. Maintenant, j'expie ces inGdélités, et le Ciel me permet de venir réclamer vos prières. Me les refusercz-vous? » C'est S. Pierre Damien, qui rapporte ce fait, dans sa lettre 14® à l'abbé Désidérius, chap. 7.

Durand, premier abbé d'un monastère, puis évoque de Toulouse, nous offre un autre exemple du mCme genre. Il avait une singulière piété, beaucoup de zèle pour son avancement spirituel, l'esprit de mortification, la régularité; cependant, il avait aussi le défaut de veiller trop peu sur sa langue. Lorsqu'il était simple religieux, il se livrait volontiers à une excessive gaîté dans la conversation, disant des plaisanteries, des bons mots, des histoires amusantes qui prêtaient à rire. Son supérieur, l'abbé Hugues, l'avertit plusieurs fois de modérer cet entrain qui le portait à la dissipation; il lui représentait que ces jovialités conviennent peu dans la bouche d'un moine qui est en môme temps prêtre, dont les lèvres lioivent être vouées aux choses utiles et saintes, selon le précepte des livres sacrés : Lnbia sacerdolis cuslodient scienlidtn (Malachie ii, 7). Il l'avertit même un jour que s'il ne se corrigeait pas, il aurait infailliblement des peines à souffrir en purgatoire pour ces fautes quotidiennes. Durand attacha peu d'importance à ces avis, et continua, même étant évêque, à aimer le mot pour rln et les facéties d'une conversation enjouée. Quelques personnes en étaient mal édifiées.

Lorsque le prélat fut mort, la prédiction du supérieur

se réalisa. 11 apparut à un moine de ses amis, le P. Séguin, et le chargea de prier l'abbé, dont il avait si mal écoulé les conseils, d'intercéder pour lui. Celui-ci, qui était plein de charité, assembla les religieux, leur dit ce qu'il venait d'apprendre, et leur demanda de s'imposer pendant toute une semaine, en faveur de cette âme souffrante, un rigoureux silence. Ils y consentirent. Cependant, l'un d'eux n'observa pas si bien sa promesse qu'il ne laissât échapper quelques paroles. Le défunt apparut de nouveau et se {)laignit de cette infraction, qui le privait du fruit de la bonne œuvre. On recommença donc une autre semaine, avec beaucoup de prières. A peine s'achevait-elle, que Durand se fit voir à l'abbé, revêtu de son costume pontificiil, la joie peinte sur le visage; il lui exprima sa reconnaissance envers tout le couvent, et ajouta que Dieu le recevait à l'instant même parmi ses élus.

Ce trait est une leçon pour les personnes consacrées à Dieu ; on peut l'appeler le commentaire vivant de ce passage du livre de la Considération de S. Bernard : c Parmi les séculiers, les plaisanteries ne sont que des plaisanteries : parmi les ecclésiastiques, ce sont comme des blasphèmes. Votre bouche a été consacrée à l'Evangile : il ne faut donc point l'ouvrir à de telles inutilités. »

(V. Vincent de Beauvais, Specul. hist., liv. xxvi. ch. 5; Alexandre Ségala, Thiumph. animarum, 2e part , ch. 17.)

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