OBÉISSANCE A LA VOLONTÉ DIVINE
Qui in monuincntis tnnt audient vocem Filii Lei,et procèdent : Ceux qui sont couchés dans les tombeaux entendront la voix du Kils de Dieu, et ils marcheront... {Joan. v, 25)
On lit, en plusieurs endroits des saintes Ecritures, que .«a Providence s'est servie des morts pour instruire les Ignorants, secourir les nécessiteux, ramener à l'observation des divins commandements ceux qui vivaient révoltés contre eux. Voici un prodige fameux, qui eut pour héros S. Golhard, évoque d'Hildesheim, en Hanovre. Ce prélat avait dans sa ville épiscopale plusieurs hommes couverts de crimes, scandaleux, uleif^ fl'orgueil, toujours disposés
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à violer les antiques immunités ecclésiastiques. Il essaya toutes les voies du zèle, de la persuasion, de la douceur, pour les convertir; mais ce fut vainement : ils résistaient à toutes les exhortations comme aux monitoires solennels; en sorte que le saint pontife se vit contraint de formuler contre eux une sentence d'excommunication.
Ces malheureux, enfoncés dans leur corruption, n'en tinrent point: compte, et, dès le lendemain, au monicnt où l'évêque prenait les ornements sacrés pour monter à l'autel, les plus osés d'entre eux pénétrèrent audacieuse-, ment dans l'église, qui leur était interdite. Gotbard, témoin de cette arrogance, se tourne vers eux et prononce à haute voix ces paroles : « J'ordonne, au nom du Saint- Esprit, en vertu de l'obéissance chrétienne, à tous ceux qui sont excommuniés de quitter immédiatement ce saint lieu, qu'ils profanent. » Les impies ne bougèrent point, au grand scandale des Odèles qui étaient là à prier Dieu. Mdis voici que tout à coup plusieurs des tombeaux qui étaient dans l'église s'ouvrent, et on en voit sotiir les défunts, qui se dirigent vers la porte, comme si l'ordre^ les concernait. A cette vue, les criminels s'éch;ippent| eux-mêmes, épouvantés de cette leçon miraculeuse. Il y avait, en efl'et, parmi ces morts, plusieurs hommes] qui, atteints par les censures pour des fautes secrètes,* avaient été enterrés dans le lieu sainl parce qu'on ignorait^ leur état ; ils n'avaient pas été damnés cependant, commej on va le voir, parce qu'en expirant, leur sincère contri*^ tien les avait réconcihés avec Dieu.
Le saint évoque demeura lui-même tout ému de ce prodige, et, dès que l'auguste sacriQce fut achevé, il sortit pour s'assurer de tout. Les morts ressuscites l'atteuddieut à la porte, dans la posture la plus humble,
comme s'ils eussent sollicité leur absolution, en faisant acte de soumission au ministre sacré. Alors le pontife, s'adressant à eux en présence de la foule accourue au premier bruit de cette merveille, les loua de ce qu'ili faisaient avec la permission de Dieu pour l'instructioCi de ce peuple, et il ajouta : « Par l'autorité que je tienf de Notre-Seigneur Jésus-Christ, je vous relève de l'ex* communication que vous aviez encourue de votre vivant^ et au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit je vous délivre, aDn que cette sentence ne soit plus un obstacle à votre entrée au ciel. Que vos corps retournent en paix attendre le dernier jugenient. » Les morts, qui s'étaien\ a.^enouillés, les mains jointes et la tête inclinée, se relevèrent aussitôt, et, sans prononcer un seul mot, rentrèrent dans leurs sépulcres.
(V. les Acta Sanctorum, au 4 mai, n. 70.)
Xl.IXe MERVKII.I.E.
DÉLIVRANCE d'une AME.
Venlt mifii gaudinm à sanctn super miseri cordid : Celui qui est souverainement snin m'inspire de la joie, dans la vue Je sa mis<*r corde. (Daruch. iv, 22.,»
La salutation que !os M.ichaliérs de Jérusalem adrca sèrent à leurs frères d'Egypte, Fralribus qui suiit pe\ JEgyptum salutem diiunl frntres qui sunl Jerosolyrnù, esl appliquée par le cardinal Hugues aux âmes du purgo toire : il suppose qu'elles l'envoient continuellement à leurs frères ^.ourQun''s dans le ciel, aOn qu'ils intercèdent
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fraternellement pour elles; comme de leur côté ceux-ci répondent à leurs sœurs souffrantes de l'Egypte. L'histoire que nous allons rapporter entre bien dans cette pensée.
A Récanati, petite ville des Etats-Romains, voisine do Lorette, une pieuse dame avait deux fils, qu'elle recommandait incessamment à la protection du bienheureux luchésio, religieux de S. François, en vénération depuis ja mort, et de plus, elle leur avait inspiré à eux-mêmes une grande dévotion pour lui. Ils grandissaient en vertu comme en âge, lorsqu'une question d'intérêt pécuniaire fit naître entre eux une division, qui en vint au point de les exciter à des voies de fait; la dispute s'échauffant, l'un dorma un soufflet à l'autre, qui saisit à son tour une épée et en perça la poitrine de son frère. Ceci se passait en i542.
Ce fratricide nccompli, il prit la fuite, mais pas assez promptement pour échapper aux mains de la justice : elle s'empara de lui, le jugea et le condamna à un affreux supplice. Les assassinats étaient devenus si fréquents dans la province, que les magistrats avaient résolu d'appliquer aux meurtriers une peine exceptionnelle : comme le cruel Mézence, dont parle Virgile (Enéide VI), ils faisaient attacher l'assassin au corps de sa victime, et on '^s enterrait ensemble. Le jeune homme entendit pro- .noncer contre lui cette sentence épouvantable, qui fut ?xécutée la nuit, dans le cimetière de l'église des Frères- Mineurs, sans que ces religieux ni le public en fussent avertis. Le lendemain, dès le matin, des enfants qui jouaient auprès de la tombe s'aperçurent que la terre tremblait sous leurs pieds, que tantôt elle s'abaissait et lantôt se relevait légèrement. Effrayés, ils se mirent à
pousser des cris et à appeler les moines, alors au chœur ' chantant l'office. Ils viennent au bruit, vérifient de ivurs yeux ce que racontaient les enfants, et se décident À creuser la terre à cet endroit. Quelques soupirs étouffés, qui arrivent à leurs oreilles dès les premiers coups de bôche, les encouragent; ils parviennent enQn à une souche de terre d'où une voix les supplie distinclemenf d'aller avec précaution. Bref, ils trouvent les deux frères, itt.'ichés encore par leurs liens, mais vivants l'un et l'autre. On comprend la stupéfaction des assistants. " Le bruit, grâce aux enfants, avait déjà fait le tour de Récanati. Le gouverneur, la noblesse, l'évêque, comme le clergé, étaient accourus. On se demandait anxieusement quel miracle s'était opéré. On interrogea les jeunes gens, et le premier qui répondit fut celui qui avait été tué. € Lorsque je me suis senti mortellement frappé, dit-il, j'ai pardonné de bon cœur à mon frère, et me suis recommandé avec ferveur à Dieu d'abord, puis au bienheureux Luchésio, pour lequel j'ai professé une particu- Uère dévotion dès mon enfance. Et lui, non-seulement il m'a assisté dans ce terrible passage, mais il m'a obtenu d'être délivré du purgatoire, et d'être renvoyé dans mon corps faire pénitence. — Quant à moi, dit le second, me voyant attaché au cadavre de mon frère et destiné à mourir ainsi, je me suis adressé également à ce sainl protecteur, et, excitant dans mon âme les sentiments de la plus profonde contrition, j'ai fait vœu, s'il me sauvait de cette extrémité, d'entrer dans l'ordre séraphique, et je veux maintenant accomphr ma promesse, si la justice humaine me pardonne. >
Leur mère aussi était venue, et des premières. Elle fondait en larmes, sans pouvoir prononcer une parole.
Quand il lui fut possible de parler, elle raconta de son côté comment elle avait mis sa confiance dans le bienheureux Luchésio, lui rappelant que le salut de ses deux enfants le regardait, puisqu'ils lui avaient été confiés dès leur naissance, qu'elle les remettait absolument entre ses mains, et qu'il ne devait pas permettre qu'ils périssent éternellement. Le saint avait donc tout fait.
Je laisse à penser de quelle émotion était saisi tout ce monde, et comment on loua Dieu d'une pareille merreille. Les magistrats déclarèrent que leur sentence avjiit ;eçu son exécution, et qu'il ne leur restait plus qu'à s'incliner devant la volonté du Ciel. Le ressuscité se rendit donc à la maison paternelle, où il pratiqua les plus constantes austérités, et l'autre entra comme religieux au couvent des Mineurs, et il y devint le modèle de communauté.
(V, Bonif. Bagatta, De. admir. Orb. Christmni, t. II, 1. 8, c. 2; Annales Minor., an. 1542, n. 15.)
lONTÉ DES ANGKS POUR LES PAL'VHES AMES DU PURGATOTnE.
Mlttet angcloi xuos, et congregabuni electo suos : Dieu enverra ses anges, qui rassemble root ses élus. i^Muttli. xui, 27.)
C'est une opinion assez commune parmi les saintj docteurs, que le Seigneur envoie de temps eu temps les anges du ciel au purgatoire, visiter ces âmes souffrantes et les consoler. Aucun adoucissement, sans doute, ne leur saurait être plus précieux que la vue des habitants
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dp la Jérusalem céleste, dont ils partageront un jour ' Imirable et éternelle félicité. Les Révélations de
Brigitte sont remplies de traits de ce genre, et on en
luve ailleurs encore, celui-ci par exemple.
La vénérable sœur Paule de Sainte-Thérèse, de l'ordre 1 s Dominicains du monastère de Sainte-Catherine à ^ !r)les, était d'une merveilleuse dévotion envers l'Eglise ;„jCrrante, et elle en fut récompensée, dès ici-bas, par des visions miraculeuses. Un jour, pendant qu'elle faisait dans cette intention une fervente oraison, elle fut conduite en esprit au purgatoire, et elle y vit une foule d'Ames plongées dans un feu. Tout auprès se tenait le Sauveur, escorté de ses anges, qui en désignait l'une après l'autre quelques-unes pour le ciel, oi!i elles montaient aussitôt avec une joie inexprimable. A cette vue, la servante de Dieu s'adressant à son divin Epoux, lui dit : a 0 Jésus, pounjuoi ce choix, dans une si grande multitude? — J'ai délivré, daigna-t-il répondre, celles qui pendant leur vie ont produit de grands actes de charité et de miséricorde, et qui ont mérité que j'en use de même à leur égard : car c'est moi qui ai dit : Miséricordes mise^ ricor'htim conseiiuefilur : Les miséricordieux obtiendront misérirorde. »
Sreiir Paule avait coutume, le samedi, de s'adrcsseï spécialement à la divine Marie, toujours en faveur d( CCS âmes si dignes de notre compassion. Un de ces jouri donc, elle fut encore ravie en extase au milieu du purgatoire. Mais quel est son étormement de le trouver transformé comme en un paradis de délices, avec une grande lumière au lieu des ténèbres habituelles! Comme elle se demand.iit la raison de cet heureux changement, elle aperçut Marie, entourée d'une infinité d'anges, auxquels
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elle ordonnait d'aller délivrer les âmes qui lui avaient été dévotes, et de les amener au ciel. Cette vue lui causa une allégresse profonde, mêlée toutefois de compassion pour celles qui n'étaient point choisies et qui continuaient de" souffrir, chacune selon ce qu'elle avait mérité par ses péchés. € Pro mensurâ peccati est et plagarum modus, dit l'Ecriture : Le châtiment est proportionné aux fautes, t Ce qui a failli par l'orgueil, par l'ambition des honneurs, est condamné à l'humiliation et à l'opprobre; celui qui a satisfait ses sens révoltés par des plaisirs criminels se voit consumé par les flammes, etc. C'est aussi l'avertissement exprès de l'Apocalypse : t Quantum glorificavit se et in deliciis fuit, lanlùm date illi tormenlum et tuclum. » Mais, non-seulement Paule vit les anges descendre au purgatoire et consoler les âmes; elle les entendait encore élever la voix et suppher en leur faveur. C'était, dans ce fervent monastère de Sainte-Catherine, une pieuse coutume de réciter chaque jour, le soir avant le coucher, les vêpres de l'office des morts; il semblait aux bonnes religieuses convenable de procurer le repos aux pauvres âmes en prenant elles-mêmes le leur. Un soir cependant, par suite de je ne sais quel travail prolongé, on omit la sainte pratique. Le Seigneur alors, pour ne point augmen- . 1er la peine de ses servantes, et en môme temps assurer .; aux âmes l'adoucissement qu'elles recevaient ordinairement à cette heure-là, envoya du ciel on chœur d'anges, qui, se plaçant au môme endroit que les religieuses, récitèrent d'une voix douce et toute céleste l'ofîîce accou-! tumé. Notre sainte dominicaine, étant en oraison, entendit l'admirable psalmodie : étonnée, elle prête l'oreille, ouvre la porte de sa cellule, et aperçoit la troupe angéli- j que, en nombre exactement pareil à celui des religieuses, ■
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ifin de bien montrer que c'était pour les remplacer. i^aiile en bénit Dieu de tout son cœur, et comprit mieux encore le [irix de la dévotion à laquelle elle s'était consa- :véc. On a fait sur ce miracle des vers latins dont voici le sens :
f Pendant que la communauté fatiguée s'abandonne m repos, les anges réunis à sa place chantent la prière des morts. Ce sommeil, je m'imagine, était le fruit des supplications des âmes elles-mêmes, heureuses de se procurer de tels intercesseurs:
Virgineus dùm membra chorus dat languida somno, Funèbres cantat cœlica turma preces.
Virginibus mânes credo hune orâsse soporera,
Et precibus superùra substituisse chorum. •
LP RIKRVEILLE'.