‹ Les merveilles divines dans les âmes du purgatoireChapitre 22 sur 62 · XI.V" iMi:ilVLiU.E · texte numérisé non relu

XI.V" iMi:ilVLiU.E

LA DIVINE EUCUARISTIE.

Parâs'i in conspectu meo men.tam adversù» eos qui tribulant me : Vous avez jiréparé pour moi un banquet contre ceux qui m'oppriment. (P«. XXII, 5.)

Puisque nous avons parlé de la sainte Communion, nous sommes amené naturellement à dire aussi quelque chose de colle qui se fait chaque mois dans les églises de la Compagnie de Jtsus pour le soulagement des âmes du purgatoire. Les docteurs ont vu le symbole du divin Sacrement dans i l'arbre de vie planté au milieu du paradis, S. Jean [\poc. xxii), et qui donnait chaque année douze fruits, un par mois; ses feuilles môme étaient utiles au salut des nations : Lignum vitœ offerens fruclus duodecim, per mcnses singulos reddens fruclum suum ; et folia iigni nd sanitatem genlium. » C'est, en particulici, l'interprétation de S. Thomas d'Aquin [Opusc. de Sacr. nll. vi) : ( De môme, dit-il, que la corruption et la mort nous sont venues d'une nourriture défendue, c'est-à-dire de l'arbre de la science du bien et du mal, ainsi la justification et la vie doivent commencer en nous par une nourriture sainte, celle de l'arbre de la vie, qui est le corps du Seigneur, i Si donc TEucharistie est bien représentée par ces douze fruits annuels de l'arbre, on voit combien est convenable et sainte la pratique de la communion mensuelle dont il s'agit, à laquelle est attachée uao

indulgence plénière. Les âmes délivrées de celte manière se font auprès de Dieu les avocates de leurs libérateurs. Telle est l'assurance du pape Adrien VI : « Quiconque prie pour les âmes du purgatoire (à plus forte raison communie pour elles) les oblige à la reconnaissance et \ des services égaux. » C'est pourquoi cette pratique est Extrêmement recommandable et très-agréable à Dieu, comme on le sait tant par l'autorité de plusieurs saints que par diverses apparitions miraculeuses. J'en citerai une. L'archange S. Michel, spécial protecteur de l'Eglise militante, et pour ainsi dire lieutenant du Seigneur, s'est fait voir plusieurs fois assistant à cette sainte cérémonie. L'an 1615, comme les Pères de la Compagnie célébraient solennellement cette communion mensuelle dans l'église de Sainte-Marie-au-delà-du-Tibre, à Rome, une foule immense de peuple y accourut. Il s'y trouvait un étranger, d'une autre province d'Italie, qui visitait en ce moment-là les merveilles de la ville éternelle. Cet homme, se promenant sur la place qui précède le portique, vit sortir de l'église et venir à lui un pauvre de bonne appaence, qui lui demanda l'aumône pour l'amour de Dieu; A la lui refusa. Mais celui-ci, selon l'usage des mendiants, nsista jusqu'à trois fois, employant les formules de jupplication les pins touchantes. A la Qn, poussé par je ne sais quel sentiment intérieur, l'étranger le rappela, ouvrit sa bourse et lui donna une pièce de monnaie. Alors le pauvre, changeant ses prières en un langage de maître : t Gardez votre argent, lui dit-il : je n'ai paî besoin de vos largesses, tandis que vous avez grand besoin, vous, de la divine miséricorde pour vous convertir et changer de vie ; car vous êtes un pécheur bien coupable. Sachez que je suis venu depuis le mont Gargano à la

cérémonie qui s'accomplit dans cette église, avec le dessein de vous avertir de réformer votre conduite. Voici vingt années que vous menez une existence déplorable, excitant contre vous la divine justice, sans qu'une seule confession vous ait lavé de toutes vos souillures. Hâtezvous de faire pénitence. L'épée du souverain juge est suspendue déjà sur votre tête, et elle tirera vengeance 3e tant d'infidélités et d'outrages. »

Le pécheur, à ce discours, demeura tout interdit; ses cheveux se dressèrent sur sa tête, en voyant connues d'une créature humaine les iniquités qu'il croyait sues de DiED seul. Son émotion fut bien plus grande encore, quand il vit ce pauvre disparaître de ses yeux comme une nuée qui se dissipe, la grâce agissant, il entra dans Téglise, se jeta à genoux en versant un torrent de larmes, et vint supplier son confesseur de l'entendre et de le purifier de ses crimes passés. Il le conjura en même temps de publier ce fait, de l'annoncer du haut de la chaire et d'en prendre texte à confirmer les fidèles dans leur sainte dévotion : car il ne doutait point que ce ne fût quelque âme délivrée tout à l'heure qui lui eût obtenu cette grâce de conversion.

Le mont Hargano est célèbre dans toute l'Italie pour nne apparition de l'archange S. Michel, auquel on y a élevé un magnifique sanctuaire. Quelques-uns ont cru que ce ticndiant, qui disait venir du Gargano, n'était autre que l'archange lui-même. Quoi qu'il en soit, la conversion de ce pécheur par un tel miracle, et dans le moment même où l'on priait et communiait solennellement pour les âmes du purgatoire, montre que cette dévotion est sainte, recommandable, et qu'elle profite égulcmcn» «uix vivants, la charité pour le prochain élant

MERV. ruBQ. G

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l'essence môme de la vie chrétienne, comme Jésus-Cdrist le répète plusieurs fois dans l'Evangile.

{V. Jacques Ifamin, Patroc. animar., 1. m, lit 1, art. 3.)

AE PARDON d'une OFFENSE SOULAGE LKS AMHS SOUFFRANTES.

Dimitte, et dimillemini : Rcmeltez, et l'on vous remettra à vous-mêmes. (Luc- vi, 37.)

Les saints docteurs Augustin et Grégoire réduisent à quatre espèces les suffrages que l'on offre pour les défunts : saint sacrifice, prière, jeûne et ajmône. Des théologiens plus récents en ajoutent une cinquième, qui est de pardonner dans la même intention une offense | reçue; et, comme cet acte a quelque chose de plus héroïque et de surnaturel, il est par là môme d'une grande efficacité. Voyons-en la preuve dans le miracle suivant.

Dans une ville d'Italie, à Bologne, une veuve noble et riche avait un fils unique qu'elle aimait tendrement et i qui était pour elle comme la pupille de ses yeux. Ce jcuue enfant avait coutume de jouer sur la place publique, avec ceux de son âge, à un jeu qu'il affectionnait beau- ! coup. Un jour, un étranger qui passait par là troubla la partie avec un mauvais vouloir évident. L'enfant, qui était vif et emporté de nature, lui cria de rester tranquille, et ajouta quelques expressions un peu dures. Celui-ci n'était pas moins irascible : il dd;5alne aussitôt,

court sur le malheureux enfant, l'atteint, lui plonge son épée dans la poitrine et le jette à terre sans vie. ÏI n'eut pas plus tôt accompli ce crime, qu'il en sentit toute l'horreur, et, son épée sanglante à la main, se mit à courir devant lui, jusqu'à ce que, voyant une porte ouverte, il s'y précipita. C'était la maison de sa victime! Il monte rapidement l'escalier, sans savoir où il aboutirait, et arrive dans l'appartement de la malheureuse veuve, qu'il ne connaissait point. Pour elle, à la vue de cet homme, de ce sabre nu et couvert de sang, elle demeura tout interdite. Ce fut l'affaire d'un court moment: cat aussitôt, entendant l'étranger lui demander au nom de Dieu asile contre ceux qui le poursuivaient, sa piété se laissa attendrir ; elle l'enferme dans une cachette, en promettant de ne point le livrer. Elle croyait à un meurtre involontaire ou de simple imprudence, et en ignorait totalement l'occasion et la victime.

Cependant, les officiers de justice l'avaient suivi de près; ils le virent entrer dans cette maison et y pénétrèrent eux-même, peu après lui, en le demandant à haute voix. Ils le cherchèrent dans tous les coins, sous tous les meubles, mais inutilement. Ce que voyant, comme ils allaient se retirer, l'un deux dit : « Cette dame doi'i savoir que celui qui a été tué est son propre Cls : elle ne voudrait donc pas, je m'imagine, soustraire à la justice un tel meurtrier. »

A ces paroles, qui furent aussitôt confirmées par tous les autres, la pauvre mère se sentit le cœur percé d'ut coup mortel ; elle tomba évanouie. Quand elle revint à elle, on crut qu'il serait impossible de la sauver, tant ce coup l'avait fra[)pée au vif. Mais bientôt une grande force descendit en elle, et, s'en remettant à la Providence, elle

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adora ses éternels décrets, promettant de pardonner pour l'amour de Dieu cette cruelle injure. y Bien plus, la grâce agissant de plus en plus sur son cœur, elle résolut de rendre le bien pour le mal, et de faire pour le meurtrier de son Ois ce qu'elle aurait fait pour son propre CIs. Sans tarder, elle va le trouver dans sa cachette, ne lui fait pas un reproche, lui remet* une bourse, avec un cheval qu'elle avait fait préparer, et l'engage à se soustraire par la fuite aux conséquences de \'assassinat.

Quelle fut la récompense d'un si beau trait de magnanimité chrétienne? La pieuse mère, toute à sa douleur, s'était retirée dans sa chambre, devant une image de Notre-Seigneur, et elle y priait pour son cher défunt, lorsqu'il se fait voir à elle brillant comme un soleil, le visage heureux, tenant à la main la palme du triomphe : a Bonne nouvelle, chère mère, lui dit-il 1 séchez vos larmes; mettez un terme à votre douleur. Il ne faut point me plaindre, mais envier mon sort. La générosité chrétienne dont vous avez fait preuve hier m'a tiré immédiatement du purgatoire. Oh ! que je vous dois bien plus pour m'avoir enfanté ainsi à la vie éternelle que pour m'avoir donné la vie du corps! La justice divine m'avait condamné à de longues années de souffrances pour mcj fautes; mais votre pardon a complété en un instanl l'expiation, et je suis auprès de mon Dieq, où je resterai' pendant l'éternité. Réjouissons-nous donc et chantons ses bienfaits. »

(V. Nicius Erjthrseus, exemple viii ; le P, Sôgneri, Christ. Instr., part, i, dise. 20.) .i

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Valeur du salnt sacrifice en faveur des âmes du purgatoire.

Sacriflcate tacrificium justitiœ et sperate t.. Domino : Offrez le sacrifice de la sainteté et espérez au Seigneur. (P». it, 6.)

Quoique nous ayons plusieurs fois traité ce sujet, nous ne craignons pas d'y revenir, parce qu'il est inépuisable et qu'aucun ne mérite plus notre attention.

Dans le monastère de Clairvaux, gouverné par S. Bernard, vivait un religieux peu observateur de la règle, peu attaché à sa solitude et ayant beaucoup de goût pour en sortir. Il n'y a point à s'étonner que dans un grand nombre de pièces d'or il s'en rencontre une qui n'ait pas le même éclat. Ce religieux mourut. On faisait la cérémonie des obsèques avec toute la solennité accoutumée, et la communauté se tenait autour de la bière chantant les psaumes et les prières, lorsque l'un des moines, vieillard d'une sainteté peu commune, crut voir une troupe de démons qui se réjouissaient et disaient : « EnfiL nous y voilà ! de cette indigne vallée (allusion au nom de Clairvaux) nous n'avons encore pu tirer pour nous qu'une seule âme; mais celle-là nous l'aurons I »

La nuit suivante, le saint vieillard vit en songe le défunt, qui lui apparut sous les livrées de la douleur, le visage abattu, poussant de tristes soupirs. — i Vous avez eu conDaisi>ance hier^ lui dit-il^ de mon supplice et de

la joie des esprits mauvais : voyez maintenant les tortures auxquelles je suis dévoué par la divine justice pour les fautes que je n'ai pas suffisamment expiées sur la terre. » ]l le conduisit en esprit à un puits large, immense et profond : i Voici, ajouta-t-il, où les démons pleins de rage jnt commission de me précipiter continuellement;. ils m'en retirent pour m'y jeter de nouveau, sans me laisser un instant de repos. » Le bon moine, à cette révélation, qu'il avait lieu de croire autre chose qu'un rêve; fut saisi de tristesse. De grand matin il courut instruire de tout S. Bernard, lequel, de son côté, avait eu une apparition semblable; il en avait gémi une partie de la nuit, voyant bien que les fautes du défunt avaient dû être considérables, pour avoir mérité un tel châtiment.

Le saint abbé convoqua le chapitre et raconta ce que Dieu avait permis au pauvre religieux de faire connaître touchant son état présent; il s'en servit pour rappeler à tous de quelle importance il est de demeurer fidèle jusqu'au scrupule aux petites choses, et de se garder avec le plus grand soin des pièges dressés par le démon, principalement contre les serviteurs de Dieu qui vivent en communauté. Il termina en demandant des prières aussi ferventes que possible en faveur de cette âme infortunée, avec des jeûnes et des macérations, mais surtout avec l'oblation du divin sacrifice, afin que la colère céleste se laissât fléchir. On s'y mit le jour môme, et plusieurs messes de Requiem furent dites.

Peu de jours après, la vision revint. Le vieillard fut visité par le défunt, cette fois-ci tout différent de ce qu'il avait été, resplendissant de lumière, livré à l'allégresse. Interrogé sur l'état oh il se trouvait ; « Très-heureux, répondit-il, grâ^-^ à la bonté divine p* à mes charitables

confrères, i Interrogé de nouveau sur l'œuvre d'expiation qui lui avait profité davantage, au lieu de répondre, il prit le vieux moine par la main et le conduisit à l'église, où Ton célébrait en ce moment la sainte Messe. « Voici, dit-il, les armes qui ont le mieux opéré pour ma délivrance ; voici le prix de ma rançon ; c'est l'hostie salutaire qui efface les péchés du monde. A de telles armes, à un tel trésor, à une telle vertu, il n'est rien qui résiste, rien, sinon le cœur endurci qui s'est enfoncé dans l'abîme de sa perversion, i L'apparition fut annoncée à tous les religieux, qu'elle confirma merveilleusement dans la dévotion au saint sacrifice.

(V. Henri Grandgermain, Magn. spec. exemp., dist. m, exerap. 16.)

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