ACCUSATIONS DU DÉMON CONTRE LES MORTS
Salcinas expetivit vot ut crlbraret sicut trit cum : Satan a dem indé à vous cribler couicr. ou crible le froment. {Luc, xxii,31.)
Le démon poursuit au tribunal de Dieu, avec une cruelle instance, les âmes qui viennent de quitter leurs corps et qui entrent dans la vie éternelle. 11 veut les entraîner au naoins dans le purgatoire, quand il ne peut obtenir contre elles l'enfer et la damnation. On se fera une idée de ce combat d'après le récit de S. Anselme, au sujpt d'un de ses moines appelé Osbern, qu'il avait rappelé à la parfaite observation des règles, après une vie peu édifiante. Le converti vécut plusieurs années dans les meilleures dispositions, à la grande joie du saint abbé, qui l'aimait beaucoup. Au bout de ce temps et quoiqu'il fût encore jeune, il fut visité par la maladie qui le devait mettre au tombeau. Anselme, plein de chagrin, le veilla comme un père; puis, le voyant près d'expirer, il lui demanda en grâce de lui faire savoir,! après sa mort, quelque chose de l'état oh il se trouverait.-j Le moribond le promit, et expira.
Or, pendant que la communauté chantait les prières ordinaires autour du corps, l'abbé s'était retiré dans un coin pour n*être pas distrait, et pouvoir implorer avec plus de recueillement la miséricorde divine sur le défunt. Là, versant beaucoup de larmes, multipliant
LT* MERVEILLE. i7^
PS soupirs et ses supplications, il implorait le salut de cette .me avec toute l'ardeur dont il était capable. Le sommeil e surprit dans cette œuvre de cliarité ; alors il eut une 'ision : il voyait entrer dans la chambre du défunt )lusieurs personnages vénérablos, vêtus de blanc, qui l'asseyaient pour prononcer la sentence; mais il n'entenilait rien, et se demandait avec anxiété quelle elle serait, orsque le religieux lui apparut lui-môme, le visage rouble, inquiet, bouleversé, comme quelqu'un qui sort î'un combat ou qui échappe à peine à un danger. — « Qu'y a-t-il, mon fils? lui dit l'abbé; qu'est-ce qui a Hé prononcé? ; ïl répondit: « L'antique serpent s'est evé trois fois contre moi ; trois fois il a voulu m'aballre ; Tiais les oiirsiers du Seigneur m'ont délivré... i Le saint j'éveilla et ne vit plus rien.
Anselme comprit que cette vision avait un sens. Il 'interpréta. Osbern avait été trois fois poursuivi par le iémon devant le Juge suprême : la première, pour les oéchés commis depuis son baptême, avant son entrée en •eligion ; la seconde, pour ceux dont il s'était rendu ioupable depuis sa retraite dans le monastère; la troisième, depuis ses vœux jusqu'à la mort. Mais trois fois l'ennemi avait dû faire retraite : car les premières fautes ivaient été effacées par la foi et la générosité d'un adieu volontaire au monde; celles du noviciat, par la ferveui avec laquelle il avait prononcé ses engagements définitifs ; celles de la dernière époque, par les sacrements pieusement reçus et la pénitence courageusement embrassée, (.'accusateur maudit avait donc ('•lé confondu sur touf les points, et, en fin de compte, il avait dû retirer son opposition. Quant à ces oursiers du Seigneur qui avaient délivré le défunt, Anselme entendait par là les bons