RECUEIL DE PRATIQUES ET DE PRIERES EN FAVEUR DES AMES DU PURGATOIRE
C'est une des plus admirables lois de la divine Providence que celte union intime des trois Eglises, triomphante, souffrante et militante, qui n'en fait qu'une seule famille, la famille bénie des enfants de Dieu. Ceux-là seuls en sont exclus qui ont librement choisi la réprobation et la mort éternelle. Les élus couronnés servant à la fois de modèles et de protecteurs à leurs frères qui combattent encore, ceux-ci se souvenant des douleurs d'autres frères qui subissent le feu de la dernière purification, e1 voulant user du privilège de travailler à leur délivrance, de sorte qne du ciel à la terre, de la terre au purgatoire et au ciel, la chaîne d'or de la charité lie toutes les créatures ensemble, sous le regard paternel de Celui qui leur a donné la vie : quel divin spectacle! et quelle belle explication de cet enseignement évangélique, que toute la religion est charité 1
Uni, nous sommos tous frères, et rien de ce qui regarde tel ou tel membre de la grande maison paternelle ne nous peut être indiiïérent.
Toutefois, il peut et il doit y avoir dans nos intentiom un ordre, ainsi que nous venons de le dire : Ordinnvii in tne ilmrilalcm. En priant pour les âmes du purgatoire, le chrétien observe une gradation, qui rentre d'ailleurs dans la volonté divine et dans la nature des choses. Nous plaçons ici, pour la commodité de nos pieux lecteurs, quelques indications auxquelles il leur sera bon de rattacher successivement leurs suffrages, et dont la liste attentivement parcourue ne sera même pas sans utilité pour rappeler à leurs cœurs d'utiles vérités ou de saintes directions de pensées.
i'^. Nous prierons pour nos proches parents, père, mère?, frères, sœurs, enfants. Qui sait si ce n'est pas à cause de nous, par excès de tendresse, par faiblesse, par scandale de notre part, qu'ils gémissent dans les flammes expiatoires! Cela étant, ils ont un droit mc-il- Icur encore à notre souvenir devant Dieu. Les oublier une fois qu'ils ont disparu à nos yeux corporels serait à la fois une violation des saintes lois de la nature et une profanation des plus nobles besoins du cœur. Les pauvres infidèles du monde, vivant comme s'il n'y avait point de Dieu ni d'éternité, sont seuls capables de cette abdication morale.
2°. Nous prierons, en second lieu, pour les parents un peu plus éloignes, grand-père, grand'mère, ancêtres, oncles et tantes, cousins, neveux et nièces. L'affection nous attache aussi à eux, et nous n'avons plus que ce moyen de la leur témoigner.
3**. Nous prierons pour nos vères spirituels, auxquels
on pense malheureusement si peu : le prêtre qui nous a baptisés, ceux qui nous ont instruits au catéchisme, qui nous ont fait faire notre première communion, l'évoque qui nous a confirmés, les confesseurs qui nous ont absous, dirigés, consolés; les auteurs des livres qui ont fait du bien à notre âme; les prédicateurs des retraites ou des sermons qui nous ont rappelés à la vertu ou fortifiés dans nos bonnes résolutions.
4". Nous prierons pour nos bienfaiteurs, ceux de qui nous tenons quelque avantage, temporel ou spirituel ; qui nous ont donné de bons exemples ou de bons conseils; qui ont prié pour nous, qui nous ont rendu quelque service, légué leurs biens; qui nous ont protégés, défendus, mis en état de nous instruire; nos maîtres, dont la patience a dû être si grande : un misérable salaire n'est pas la récompense due à un tel dévoûment. Nous penserons aussi à ceux qui, sans nous faire du bien eux-mêmes, nous en ont souhaité ou fait faire pour d'autres.
5°. Nous prierons pour nos amis, ceux avec qui nous avons passé notre jeunesse, qui nous ont accompagnés sur les bancs de l'écoje, dans nos jeux, et plus tard dans les difficultés de la vie. N'ont-ils pas droit de compter sur un souvenir?
C°. Nous prierons pour tous ceux à qui nous avons été un sujet de scandale ou de mauvais exemple, par des actions, des paroles légères, conseils, des livres prêtés, une tenue peu convenable à l'église, ou de toute autre manière, peut-être même sans le savoir. Leur accorder nos suffrages est devoir de justice.
7". Nous prierons pour tous nos inférieurs en général, ouvriers, serviteurs, élèves etc-
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8°. Pour ceux qui sont détenus dans le purgatoire pour es mêmes fautes qui remplissent notre propre vie et qui nous font craindre Icjugementde Ditu : mollesse, orgueil, avarice, colère, ti('deur habituelle, immortification, et ce qui s'ensuit, etc. Pratique excellente pour nous assurer en haut des protecteurs.
9°. Pour ceux en faveur de qui personne ne prie, qui sont abandonnés et oubliés de tous. Aimable charité, digne d'un cœur vraiment instruit à l'école de Jésus-Christ.
10°. Priez enGn pour ceux qui ont droit à votre souvenir et à vos bonnes œuvres, mais que vous ignorez. Acquérez pour eux des mérites, gagnez des indulgences, que vous déposerez entre les mains de la Sainte Vierge, afin qu'elleniôme les applique. Quelle garantie que celle d'avoir Marie pour trésorièrel
Ces intentions embrassent à peu près tout. On pourrait les parcourir successivement, une par jour, pendant dix jours : ce. qui les ferait passer sous les yeux trois fois par mois. Nous recommandons vivement cette pratique si aisée.
Mais quelles sont les œuvres les plus profitables aux pauvres âmes? Nous en indiquerons quelques-unes.
1. — Il y a la sainte aumône, sous ses différentes for mes : pauvres, malades, ignorants auxquels on donne le pain de l'instruction, affligés que l'on console, cœurs abattus que l'on relève. La bénédiction du pauvre est
une pluie rafraîchissante à ceux que consume le feu de l'expiation. « C'est l'aumône, dit l'Ecriture-Sainte, qui couvre la muliitude des péche's, »
2. — I.e saint sacriCce de la Messe, l'auguste Victime, qui est la rançon du monde, offerte à son Père pour l'acquittement des dettes humaines.
3. — la prière, la prière fervente, ce cri du cœur qui est auprès de Dieu une toute-puissante supplication. Non pas quelques paroles prononcées sans attention et sans confiance, mais une véritable oraison, toute réfléchie, tout ardente, toute sainte. La prière, assure Notre- Seigneur, obtient tout. Ah! si les âmes du purgatoire pouvaient prier pour elles-mêmes d'une manière efficace, avec quelle victorieuse ferveur elles le feraient 1 Or, elles attendent que nous les remplacions...
4. — La njortification corporelle : jeûnes, privation?, positions gênantes, travail prolongé, partie de plaisir sacrifiée, satisfaction légitime repoussée; à plus forte raison, discipline, psaumes de la pénitence les bras en croix, etc. On peut appliquer aux mômes intentions les peines que Diku nous envoie, en les acceptant avec résignation et bonheur. C'est s'unir aux souffrances de Jksus, et mieux expier les satisfactions illicites qui ont attiré le châtiment sur ces âmes. Oh! qu'on les soulagerait facilement par ces petites choses que le sentiment de la piété indique tout seul : une couche moins douce, un aliment moins recherché, de l'eau à son repas, etc.
5. — Ne jamais passer devant un cimetière sans réciter une prière pour les morts. De môme à la rencontre d'un convoi. De môme encore pour toutes les mnrls que l'on apprend, de quelque façon que ce soit, dans les
conversations, dans les feuilles publiques, etc. Ces habir tudcs sont faciles à prendre, et une fois prises, elles ne coûtent rien.
6. — Des pèlerinages aux sanctuaires les plus révérés, principalement de la Sainte Vierge, avec la fatigue corporelle.
7. — S'associer plusieurs personnes ensemble, dans le but de soulager les âmes du purgalcàre, et s'exciter mutuellement à la ferveur. Avoir un jour marqué chaque semaine pour s'examiner là-dessus.
8. — Avoir dans sa chambre un objet quelconque, croix, chapelet, image, buis bénit, auquel on attache le souvenir de cette dévotion et qui la rappelle chaque fois qu'on le regarde.
9. — Ajouter à la récitation du chapelet une sixième dizaine spécialement pour ces âmes. Plusieurs communautés le font.
10. — Visiter pour elles le Saint-Sacrement, le soir surtout, dans le moment où l'indifférence des hommes laisse Notre-Seigneur presque seul dans les tabernacles. Que n'obliendrail-on pas si on allait, à cet instant, implorer sa clémence pour les âmes que sa justice châtie !
11. — 11 y a une autre pratique, très-sainte, trèsautorisée, qu'on peut appeler héroïque. Nous la mentionnons avec les autres, mais en .l'expliquant un peu plus au long parce qu'elle est moins connue. Celte pratique consiste à faire le vœu d* abandonner entièrement à ces âmes toutes les œuvres satisfactoires qu*on fera durant sa vie. Vœu d'ailleurs n'obligeant point sons peine do péché, et malgré cela donnant droit à des [)riviléges singuliers . concédés oar le pape Benoît Xlll le 23
avril i728, conOrmés par Pie VI, et par Pie fX le 30 septembre 1852 : — ce vœu assure aux pi'ôlres qui l'ont fait l'autel privilégié personnel; — aux fidèles une indulgence plénière chaque fois qu'ils communient; — une indulgence plénière, avec délivrance d'une ûme du purgatoire, .tous les lundis de l'année, en entendant simplement la sainte Messe à cette intention, et puis en visitant une église ou un oratoire public, et y priant quelques instants, la valeur de cinq Paler et Ave, aux intentions du pape. — H n'y a point, du reste, do formule particulière pour ce vœu; mais on pourrait employer la suivante, qui en exprime très-bien l'esprit et la pensée :
c Afin de concourir à votre plus grande gloire, ô Seigneur mon Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit; afin aussi de mieux imiter mon doux Rédempteur Jésus; pour manifester enfin ma dévotion envers Marie, mère et consolatrice de tous les fidèles souffrants..., je promets et fais le vœu de coopérer à la délivrance des âmes du purgatoire qui doivent encore à la divine justice les peines de leurs péchés ; — sans toutefois m'obliger moi-même sous peine d'aucun péché. — C'est dans cette intention que je remets entre les mains de la Reine des saints, toutes mes œuvres satisfactoires, ainsi que celles qui me seraient appliquées par les autres durant ma vie, comnje à ma mort et après mon passage à l'éternité. Daignez Seigneur accepter cette offrande, inspirée par la charité que vous êtes venu enseigner au monde. Que si toutes mes œuvres satisfactoires réunies ne suffisent point pour acquitter les dettes des âmes que la Mère des miséricordes veut délivrer, ainsi que celles qui me restent à moi-môme pour mes propres
fautes, lesquelles fautes je hais et déteste sincèrement, je m'offre, mon Dieu, avec votre bon plaisir, à y suppléer un jour dans les épreuves du purgatoire, m'abandonnant en cela entièrement entre les bras de votre tendresse. Ainsi me soient en aide la foi qui sauve et l'espcTance qui console I • »
i2. — Gagner en faveur des âmes le plus d'indulgences que l'on peut, et, à cet égard, on peut beaucoup. Nous recueillons ici un certain nombre de prières auxquelles sont attachés de grands privilèges ; en rappelant la doctrine de l'Eglise, que, quand on gagne par exemple cenL jours d'indulgence pour les défunts, cela ne veut pas dire cent jours de moins en purgatoire, mais < cent jours de la pénitence que l'on imposait autrefois aux pécheurs, » selon l'antique discipline de l'Eglise.
< Quand, par nos suffrages, écrit S*^ Brigitte, nous délivrons une âme du purgatoire, nous faisons une chose aussi agréable et aussi chère à Jksds-Christ que si nous l'avions racheté lui-môme. Et quand le temps en sera venu, pour notre récompense il nous rendra entièrement ce bien. » La môme sainte entendit un jour une voix du
(1) Ce vœu a été fait par Ste Gertrude, S'e Thérèse, S^e Lidwine, S** Catherine de Sienne, le pieux cardinal Ximénez, etc. Notre- Seigneur apparut à S^« Gertrude, et lui dit qu6 par-là elle lui avait été si agréable, qu'il lui remettait absolument tous ses péchés. — V., ci-dessus, xxvie et xxxa^ Merveilles.
purgatoire qui disait : « Qu'il soit béni et dignement récornponsé, celui qui nous soulage dans nos souffrances! r> Et une autre fois : i Dieu tout-puissant, daignez employer votre pouvoir à rendre cent pour un à ceux qui nous aiderit de leurs suffrages, et qui contribuent à Dous réunir à vous ! i •
Le De profwidis, est un psaume de David que l'Eglise I met sur les lèvres de ses enfants pour les défunts. Bien t; qu'aucune indulgence ne soit, que nous sachions, attachée à sa récitation, le choix qui en a été fait le rend la prière la plus précieuse que nous ayons à recommander : c'est alors, en quelque sorte, l'Eglise t<'ut entière qui prie avec le simple fidèle. Les sentiments qu'il renferme sont d'ailleurs d'une confiance, d'une contrition, j d'une humilité toutes célestes .
c C'est du fond de l'abî- » De profundis clamavi
me que je crie vers vous, ù ad te, Domine : Domine,
Dieu : Seigneur , entendez exaudi vocem meam. |
mes supplications.
» Que vos oreilles devien- » Fiant aures tuœ in-
nent attentives à la voix de tendcntes in vocera depre-
ma prière. cationis meœ.
» Ah! Seigneur, si vous » Si iniquitates obser-
pesez les iniquités , qui vaveris. Domine, Domine,
pourra, mon Dieu, soutenir quis sustinebil? vos regards?
> Mais plutôt la miséricor- » Quia apud te propi-
de règne auprès de vous et tiatio est ; et propter le- ,
au nom de votre loi. Seigneur gem luam suslinui te,
j'ai espéré en vous. Domine.
» Mon âme s'est appuyée » Sustiimit anima mca
PRIERliS.
in vcrbo ejus; speravit auima mea in Domino.
• A custodià matutinâ usquè aJ noctem speret Israël in Domino :
» Quia apnd Dominum niiscricordia, et cO[)iosa apud eu m redemplio.
» Et ipse rcdimet Israël ex omnibus iniquitaliljus ejus. n
y. Requiem œternain dona eis, Domine, et lux perpétua luccat eisi
i^. Requiescant in pace.
Aracn.
sur la divine parole; mon âme a espéré dans le Seigneur.
» Que depuis le lever du soleil jus(iu'à son coucher Israël espère ainsi dans le Seigneur :
» Car auprès du Seigneur est la bonté, et près de lui se trouve l'abondante miséricorde.
» C'est lui-môme ijui rachètera le peuple élu de toutes ses iniquités. »
f. Mon Dieu, accordez à ces ûmes le repos éternel, et que la lumière immortelle luise à leurs yeux !
i^. Qu'elles reposent donc en paix. Ainsi soit-il.
ODEilL'S.
Fidelium, Deus, omnium ConditorelRedemptor , animabus famulorum famularumque tuaruin remissionerii cunctorum tribue peccatorum, ut indulgontiam quara semper optavcrunt, piis supplicationibus consequaîitur : qui vivis et re-