‹ Les merveilles divines dans les âmes du purgatoireChapitre 46 sur 62 · NE MEURT POINT AVF.C EUX · texte numérisé non relu

NE MEURT POINT AVF.C EUX

Charilas nunqitàm excidit : La charité ne meurt point. (7 Cor. xni, 8.)

. L'amour véritable n'est point une flamme qui s'cHeigne au moment où la personne qui en fut l'objet cesse de paraître à nos yeux; il l'accompagne au delà du tombeau et lui survit aussi profond, si ce n'est aussi vivement exprimé. En voici un bel exemple :

la vénérable Catherine Paluzzi, fondatrice d'un monastère de Dominicaines, dans le diocèse de Népi, qui fait partie des Etats-Romains, avait contracté une intime amitié avec une autre vierge du nom de Bernardine, aussi avancée qu'elle dans les choses de la piété. Elles étaient comme deux charbons emflammés de l'amour divin, échangeant et se communiquant leurs ardeurs, ou comme deux lyres accordées pour le [nème et perpétuel hymne au Seigneur. (À't te sainte union ne devait pas se limiter au temps si court de la vie terrestre : car

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elles s'étaient promis que, si Dieu le leur daignait permettre un jour, elles continueraient après la mort à 8*aimer et à s'assister, celle qui aurait été appelée la prenoière devant apparaître à l'autre et lui parler des mystères de la vie éternelle.

Ce fut Bernardine. Une maladie mortelle ne tarda guère de l'emporter, à la grande douleur de Catherine, qui l'entretint encore, au dernier moment, de la parole donnée, et la conjura d'y être Gdèle. c Je vous demande surtout deux choses, lui dit-elle : d'abord, de me fairr savoir où se trouve votre âme après son jugement, aOn que, si elle a besoin de suffrages, je prie et mérite pour elle, en quoi je vous assure que je ne m'épargnerai pas un seul instant; la seconde, si la vie que je mène et l'ensemble de mes actions sont agréables à Dieu, pour lequel seul j'entends vivre et mourir. » La mourante répondit qu'elle n'oubliait point son engagement, qu'elle demanderait la grâce de pouvoir le tenir; après quoi, elle expira dans les sentiments de la plus parfaite et de la plus douce résignation. ^

Catherine espérait bien que l'apparition ne se ferait point entendre, et néanmoins elle ne perdit pas un moment ni une occasion de prier pour son amie ; elle ne cessait d'intercéder pour sa délivrance, au cas où ell^ gémirait en Purgatoire : elle savait bien à quel degré d'extrême pureté nous devons parvenir pour entrer au , ciel. Bea.ucoup de mois se passèrent, les semaines suc^ cédaient aux semaines, sans que le moindre signe lui fît entendre que son amie songeait encore à elle. Elle suppliait jour et nuit Notre-Seigneur de ne point refuser à Bernardine la permission aue sans nul doute elle lui demandait : car elle était trop Udèle pour ouljiier voloii'

tairoment sa parole. Or, juste une année après, le jour anniversaire de sa mort, comme Catherine se tenait profondément recueillie dans une dévote oraison, il lui sembla qu'elle était conduite en esprit par un chemin qui menait à l'église des Frères réformés de Saint-François. Là, dans un angle, ses yeux découvrirent un puits, d'où sortiront d'abord des torrents de fumée épaisse et comme emflammée, et ensuite une personne enveloppée de ténèbres qui peu à peu s'éclaira, se débarrassa de la fumée, et enfin parut brillante, glorieuse d'une beauté extraordinaire; à sa rencontre venait aussitôt une troupe d'anges et d'esprits célestes.

Ce spectacle étonnait la sainte, qui s'arrêtant à considérer mieux le visage, reconnut son amie Bernardine. Joyeuse alors de la fin qu'avait eue une vision premièrement si effrayante, elle courut au-devant d'elle et lui demanda comment elle avait pu rester si longtemps sans venir, d'oiîi elle sortait, et que signifiait tout cela, si elle achevait seulement son purgatoire. L'âme lui répondit qu*en effet elle était depuis une année retenue dans le lieu d'expiation, et qu'à cette heure seulement elle était introduite dans là céleste Jérusalem. — « Rendons grâces à Dieu pour votre bonheur, reprit Catherine ; je m'en réjouis autant que s'il était le mien ; mais ce n'est que la première partie de votre promesse : vous ne médites point si je suis agréable à mon Sauveur dans la vie que j'ai embrassée, et si, en continuant à marcher par cette voie, j'arriverai à partager votre félicité. — Oui, certainement, vous êtes dans le bon chemin, répondit l'âme; réjouissez-vous, ma sœur bien-aimée : le Seigneur vous aime, et il vous réserve à de grandes entreprises pour sa gloire; il a daigné m'appliquer une

[iartie de vos m(''rites, p irce <jiie vous me traitiez comme une autre vous-même. De longs jours vous restent à passer sur la terre, et votre couronne n'est pas encore prête; vous avez à faire tant de. choses 1 » En aclievni:! ces paroles, l'âme bienheureuse reprit son vol vors le paradis, laissant Catherine inondée de consolation, autant de savoir positivement que son amie était à jamais réunie à Dieq, que de l'assurance d'être cllomême en grâce avec le céleste époux qu'elle servait uniquement.

Au reste, cette digne amie de Dieu n'était pas dévouée aux seules âmes qu'elle avait connues ou qui lui étaient attachées par les liens du sang; elle priait pour toutes celle du purgatoire en général. Ce n'est pas qu'elle n'eftt un zèle particulier pour le salut de ses proches. Lorsque son père mourut, elle passa huit jours entiers, sans interruption, dans d'ardentes prières et dans des péni. tenccs rigoureuses, jeûnes, cilices, disciplines, pour attirer sur lui toute la divine miséricorde. Elle oCVit plusieurs fois, dans la môme intention, à la très-sainte Trinité, les mérites du sang et de la passion du Sauveur. Elle conjura la Mère des miséricoi'des, au nom de ses douleurs et de son agonie au pied de la croix, de s'interposer pour cette âme qui lui était si chère, et au titre le plus sacré. A la Gn de cette octave, elle Ct célébrer un offioi.' funèbre, avec un grand nombre de messes auxquelles elle voulut assister. Alors elle fut de nouveau ravie en contemplation, et elle vit le Sauveur, accompagné de sa patronne S*'' Catherine de Sienne, qui la conduisit par des chemins inconnus jusqu'au Purgatoire : là elle entendit la voix lamentable de son père, qui du milieu de flammes consumantes, la suppliait en gémissant de

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continuer ses suffrages jusqu'à ce qu'elle eût obteriU sa parfaite dt^Iivrancè. A ce spectacle, à ces accents de dou- 1. ur, 1.1 pieuse fille fut émue d'une inexprimable angoisse; les larmes mouillèrent son visage, et, se tournant vers iNotre-Seigneur et S'^ Catherine, qui s'étaient un peu éloignés d't'lle, elle les invoqua avec effusion, l'un pour qu'il daignât laisser cours à son infinie miséricorde et ne point se souvenir de sa justice, l'autre pour qu'elle interposât sa puissante méditation, qui mettrait un terme à ce supplice. Mais, comme elle savait qu'il est toujours nécessaire que la satisfaction soit accomplie, elle s'offrit à subir elle-même, dans son corps, ce qu'il restait k expier dans la vie de celui de qui elle tienait le jour. Jésus parut ému de ces supplications filiales; il jeta un regard sur les flammes, un de ces regards tout-puissants qui commandent au ciel et à la terre; à l'instant même les flammes s'écartèrent, l'âme fut délivrée, et le Sauveur, la prenant par la main, l'emporta avec lui dans la gloire. Catherine, toute consolée, revint à elle, et elle ne cessa de bénir la bonté divine qui avait si promptement exaucé ses vœux.

(V. Diario Domenicano, 16 octobre.)

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c'est une erteur de s'en remettre sur les autres

DU SOIN d'apaiser LA COLÈRE DE DIEU.

Super quem habes fiduciam ? eue con/idit super baculum arundincum : En qui rnettez-vous votre confiance? Voilà que vous vous appuyez sur un roseau ! (Isale, xxxvi, 6.)

La bienheureuse Catherine de Cônes avait coutume de dire cette mémorable parole : « Celui qui se purifie de ses fautes dans la vie présente satisfait avec un sou à une satisfaction de mille ducats, et celui qui attend pour s'acquitter au jour de l'autre vie se résigne à donner mille ducats pour un sou, qui lui aurait suflî en temps opportun. » Ce qui veut dire qu'ici-bas nous pouvons aisément apaiser la colère divine, par des œuvres peu coûteuses, tandis qu'alors c'est à peine si nous le pourrons faire avec une expiation qui fait frissonner la nature. Il ne s'agit pas non plus de mettre sa confiance dans leî autres, et de se dire tranquillement qu'ils prieront pour nous, lorsque nous n'avons pas le courage de le faire dans notre intérêt personnel. Oui, il vaut infiniment mieux dire une seule fois, pendant la vie, Miserere met Dcus, que de répéter cent fois, étant mort i « Misèremini, sallèm vos amici met, miseremini meil Ayez pitié de moi, ayez pitié de moi, vous du moins qui fûtes mes amis ! » David, après sa chute, récita utilement le Miserere qu'il avait composé ; le mauvais riche de l'Evangile

le répéta inutilement quand il fut mort; ce cri de douleur ne lui servit de rien, parce qu'il n'était plus temps. Cette réflexion doit être suggérée principalement aux gens du monde, qui s'occupent si peu de leur salut; elle n'est pas inutile aux bons chrétiens, ni même aux religieux, qui trop souvent perdent de vue, dans la pratique, les saintes terreurs du jugement final.

Le vénérable Denys-le-Chartreux, également illustre oour sa science et pour sa sainteté, assista à la mort d'un pieux novice, dans la chartreuse de Ruremonde.

Ce jeune homme, averti de songer au suprême départ, montra une grande terreur du purgatoire, parce qu'il se souvenait de n'avoir pas accompli l'obligation, contractée par lui volontairement, de réciter deux fois le psautier tout entier. Afin de l'encourager dans ce pénible moment, Denys lui promit qu'il s'acquitterait lui-même, en son nom, de ce vœu, et il en avait très-sincèrement l'intention. Mais la multitude de ses afTaires, comme supérieur, les correspondances assujettissantes et sans nombre que son zèle pour les âmes lui faisait entretenir, lui firent oublier bientôt sa promesse. L'àme du défunt le vint trouver alors, toute triste, toute désolée, disant ces simples mots : c Pitié, pitié! Miserere mell • Etonné et en même temps confus, le bon Père voulait expliquer la cause de son omission et montrer que ce n'était point défaut du cœur; mais l'âme lui cria aussitôt d'un ion suppliant : « Ahl si vous enduriez la millième partie de mes tourments, vous n'admettriez pas plus que moi l'excuse en apparence la plus légitime, et en ce moment môme vous me difTéreriez pas d'une seconde. •

Le même religieux tomba dans un autre oubli, dont l'histoire ne paraîtra pas moins remarciuable. Lorsqu'il

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reçut la nouvelle de la mort de son père, il en ressentit une vive affliction à cause du grand amour qu'il lui portait et de la reconnaissance qu'il lui avait vouée pour le bienfait de son éducation. Désireux de savoir en quel état se trouvait par delà le tombeau, cette chère âme pour laquelle il eût tout fait, il supplia le Ciel de le lui faire connaître. Un soir principalement qu'après l'oflice des vêpres il s'était retiré dans l'oratoire de sa cellule, et que là, seul, il priait avec une ferveur tout extraordinaire la divine bonté de ne lui pas refuser cette consolation, il entendit clairement une voix qui lui disait : « Pourquoi donc te laisser tenter de cette vaine curiosité? combien il vaudrait mieux employer le m.érite de tes oraisons, non plus à savoir en quel état se trouve ton père, mais à le délivrer s'il est dans les flammes du Purgatoire I Ces oraisons lui seraient utiles alors, et à toi aussi. » Cette réflexion lui fut un avertissement précieux; il changea de pensée, et appliqua toute son ardeur à demander la délivrance de cette âme et son admission dans le séjour du repos. Certes, il ne tarda pas à s'assurer que ce parti était de beaucoup le meilleur : car, la nuit suivante, il vit en songe l'ânie de son père, que deux démons plongeaient au milieu d'une fournaise brûlante, et qui, se tournant vers lui, criait de toutes ses forces : f Miserere meï! pitié, pitié! ô mon cher fils, ayez compassion de mon état et que vos bonnes prières me viennent promptement en aidol Accomplissez pour moi des pénitences, des œuvres pieuses; hâtez-vous, ne perdez pas de vue, un seul instant, cette intention de piété filiale. • Le religieux redoubla de ferveur, jusqu'à ce qu'il sût avec certitude, et par une voie miraculeuse, qu'il avait procuré cette délivrance.

Ces apparitions, et d'autres du même genre, augmentèrent la dévotion de Denys pour les âmes du purgatoire, et il chercha toujours à l'inspirer à ses moines par ses exhortations quotidiennes. A la mort du célèbre Jean de Louvain, bien que la sainte vie qu'il avait menée fît espérer qu'il n'avait pas grand besoin de suffrages (il avait été un prélat de mœurs exemplaires, défenseur incorruptible de la justice, propagateur zélé do l'Evangile, préférant toujours le bien des autres à son avantage personnel), les Chartreux ne man(iuèrent pas de prier beaucoup pour son âme. Il avait été leur bienfaiteur, comme celui de plusieurs autres monastères, auxquels il distribuait une partie des aumônes dont il disposait. L'abbaye de Ruremonde avait reçu beaucoup de ces sommes. Il avait voulu y être enterré, au milieu du chœur, afin de jouir encore en quelque façon, de la compagnie des Chartreux après sa mort. Un personnage de tant de vertu et de charité ne put cependant éviter l'épreuve du purgatoire, peulr-tre à cause des nombreux bénéfices qu'il avait possédi's, sources d'obligations aux«juelles on peut ne pas songer, et au sujet duquelles on se repaît d'illusions. Ce qui est certain, c'est que deux fois il fut montré manifestement 1 ses amis qu'il avait besoin d'intercession. La première, pendant l'ofTice môme de ses funérailles, od une nuée épaisse et en même temps enflammée environna tout à coup le catafal(|ue. Denys, à cette vue, resta tout interdit, ne sachant s'il devait interpréter ce feu comme celui de l'enfer ou comme celui du purgatoire. Le démon ne manqua pas de lui suggérer que c'était le feu de la damnation, afin de le faire désister de ses prières en faveur du défunt. N'éanmoins il les continua toute l'année, sans interrompre aucune des bonnes œuvres qu'il

avait entreprises dans ce but. Comme il y avait fondation annuelle, au jour anniversaire on chanta encore l'ofilce pour Jean de Louvain. Au môme moment que la première fois, c'est-à-dire au Bencdictus, la nuée et le globe de feu apparurent encore de la môme manière, mais beaucoup moins épais et moins effrayants : d'où le saint religieux inféra à bon droit que Dieu faisait connaître par ce signe l'adoucissement apporté aux souffrances du défunt, quoiqu'il fût retenn encore loin du ciel. Les suffrages furent donc continués avec plus de confiance, et en effet, au second anniversaire, une belle et éclatante lumière brilla sur le catafalque et remplit toute l'église de ses rayons. Le prélat était donc admis dans la troupe trois fois bénie des élus.

Songeons, nous qui lisons ceci, qu'il faut préparer nous-mêmes notre jugement, et ne point laisser aux autres la charge de l'adoucir : car ce serait un calcul à la fois imprudent et trompeur.

(V. Acta Sanclorum des BoUandistes, 2 mars, Vie de Denys-le Chartreux.)

Sancta ergô et salitbris est cogitatio pro defunctis exorare : Donc, c'est une sainte, une salutaire pensée de prier pour les mortsi (Mach. XII, 46.)

Puisse ce recueil d'exemples exciter en plusieurs, et renouveler en d'autres, la piété envers ceux qui nous ont précédés au tribunal de Dieu 1 La variété de ces faits, l'autorité que leur donnent les graves auteurs auxquels nous les avons empruntés, oflVent une ample matière à nos réflexions, et il ne sera pas qu'ils ne nous portent à un grand sentiment de compassion pour les âmes qui gémissent dans l'expiation. Que si le plus haut degré de la perfection chrétienne réside dans la charité envers Dieu et envers le prochain, et que sur ces deux amours, comme sur les deux pôles du monde, tourne le ciel de la vertu accomplie, en quelle estime ne devra pas être auprès de tout chrétien le zèle pour la délivrance de ces pauvres âracsl

D'abord, les suffrages par lesquels nous y travaillons montrent un grand amour pour Dieu lui-même, dont c'est imiter le plus admirable attribut, celui de la miséricorde. Notre-Seigneur n'a-t-il pas dit (Luc, vi, 36) ; « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux : EsLole miséricordes sicuC et Pater vesler misert' ccrs a/? » Texte au sujet duquel S. Grégoire a écrit

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celte réflexion : « Faites en sorte d'être comme un Dieu envers celui qui souffre, en imitant la miséricorde de Dieu. » Or, envers qui cette miséricorde s'txercerait-elle mieux qu'envers des âmes destituées de tout secours, âmes d'ailleurs extrêmement chères au Seigneur, ses filles, ses épouses, les héritières de son royaume, à la possession duquel elles aspirent légitimement? Le grand docteur S. Thomas d'Aquin n'a-t-il pas établi avec solidité que les actes de miséricorde spirituelle l'emportent de beaucoup sur la miséricorde purement corporelle? Si donc la nourriture donnée à qui a faim, le vêtement à qui est nu, la visite faite à un prisonnier, sont choses agréables au Maître souverain, combien plus considérera-t-il l'acte qui a pour objet d'adoucir les peines si cruelles d'âmes réduites à l'impuissance pour elles-mêmes, d'apaiser la soif qu'elles ont de voir Dieu, de les tirer de leur ténébreuse prison pour les introduire dans la céleste béatitude!

C'est, en second lieu, un grand amour envers le prochain. Si S. Pierre Nolasque mérita comme Jérémie le beau titre d'ami de ses frères {fratrurn amntor), parce qu'il consacra sa personne, son temps et ses biens à briser les chaînes des esclaves chrétiens sur les côtes de Barbarie, ce titre magniOque n'appartiendra-t-il pas, à bien meilleur droit encore, aux fidèles dont les aumônes, les prières, les mortifications, ouvrent à leurs frères gémissants la porte du cachot horrible, pour les envoyer aux joies de la parfaite et éternelle liberté ! Certes, c'esî une digne et sainte préoccupation que celle de soulager les misères variées dont nous sommes partout environnés ici-bas, dans les pauvres, les malades, les affligés; mais, évidemment, il est plus parfait encore de se cous-

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titucr le bienfaiteur de ceux qui sont bien autrement torturés, et sans rien pouvoir pour eux-mêmes. Tel est l'ordre de la vraie diarité. La charité est essentiellement ordonnée et réglée selon le Sage : Ordinavil in me charitalem. Eh bien ! les docteurs nous l'apprennent, cet ordre exige que l'on envisage dans la charité : {° oh est la plus grande obligation ; 2° où est la plus pressante nécessité ; 3° le plus grand mérite des personnes qui en sont l'objet; et autres circonstances du môme genre.

Or, quelle plus grande obligation que de subvenir à une nécessilé extrême telle que la nécessité de ces âmes cruellement tourmentées dans des flammes dévorantes? Quel plus grand mérite que celui de ces âmes élues, confirmées en grâce malgré leurs imperfections passées, et prêtes à monter au ciel pour entrer en possession de la gloire céleste? Quel acte de miséricorde plus généreux que d'employer tout notre pouvoir à leur procurer un bien au-dessus de tous les biens?

Enfin, si c'est notre intérêt propre que nous envisageons, il ne saurait y avoir d'acte qui nous soit plus profitable et qui nous attire plus de grâces. Dieu récompense ordinairement cette charité dès la vie présente par de grands avantages, par des faveurs temporelles et spiri- Inellos, une constante augmentation de la foi, une espérance plus présente et plus vive, une charité plus ardente, plus féconde, la consolation intérieure dans les peines, une protection spéciale dans les périls : on n'a plus de prétexte pour en douter, après la lecture des pages qui précèdent, et où nous avons recueilli quelques-uns seulement des traits consignés dans les écrivains ecclésiastiques. Souvenons-nous, par exemple, de la protection miraculeuse accordée à Ji^das Machabée en récompense

-NfERV. prlîa. lo

de sa piété envers les morts. C'est après son offrande ai temple de Jérusalem que le Seigneur lui envoya un épée avec laquelle il devait être victorieux dans les corn bats; et, pour qu'il n'y eût point de doute que c'étai le prix de son souvenir des défunts, il la lui Ot présente par deux morts, le grand-prétre Onias et le prophèt Jérémie. Ce dernier lui dit : i Recevez ce saint glaive présent du Seigneur, par lequel vous renverserez le ennemis de mon peuple d'Israël : Accipe sanctum glndim munus à Deo, in quo dejùies adversarios populi nu Israël. » (Il Mach., xv, 16). Ce dont il fit promptemer la brillante épreuve, en tuant 35,000 ennemis avec ur petite armée de fidèles. Si donc nous imitons ce religieu capitaine, pourrions-nous n'être pas comme lui favorisd de grâces particulières contre nos ennemis spirituel; dans la guerre incessante et perfide qu'ils nous livrer toute la vie?

Nous ne saurions terminer mieux que par les pieuse paroles de S. Bernard : — « Levez-vous donc au secou] des âmes; intercédez par vos gémissements, conjun par vos soupirs, multipliez vos prières, offrez la satisfai tion de l'auguste sacrifice. » Courage, chrétiens! que v« prières, vos jeûnes, vos aumônes, votre ferveur au pie de l'autel et pendant qu'on immole la Victime saint viennent en aide aux pauvres âmes : et à leur tour ell accourront au chevet de votre agonie pour vous souteni vous animer, vous suggérer les sentiments qui prépare) à paraître devant Notre-Seigneur; et enfin, si Died voi en fait la grâce, vous introduire elles-mêmes dansl'assen blée des bénis du Père. Pourriez- vous mettre en dou leur fidélité, leur gratitude, leur pouvoir, leur affectic pour qui les aime? Non. cela ne se peut pas, et les pi

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simples notions chrétiennes s'y opposent. Le livre inspiré de l'Ecclésiastique vous adresse cette leçon qui clora toutes les nôtres : t Benefac justo, et invenies relrihutionem magnum : Faites du bien au juste, et votre récompense sera grande 1 •

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