‹ Les merveilles divines dans les saints du Moyen ÂgeChapitre 17 sur 54 · LES JEL'X DE LA PORTU.NE SONT DES DÉCRETS DE LA DIVINE SAGESSE · texte numérisé non relu

LES JEL'X DE LA PORTU.NE SONT DES DÉCRETS DE LA DIVINE SAGESSE

In te speravi. Domine; in 7niinibus tuis sors mea. ps. 30. 15.

J'ai espéré en vous. Seigneur : mes destinées sont dans vos malus.

Que d'événements nous paraissent les effets du hasard, qui cependant sont une disposition de la divine Providence ! Nous en avons une preuve admirable dans la vie d'Erenfrid, aussi appelé Ezon, comte .palatin du Rhin. L'impiratrice Théophanie, veuve d'ûtton II et mère d'Otton III, se trouvait à Aix-la- Chapelle, d'oii elle "gouvernait l'empire par les conseils et la valeur d'Erenfrid. Un jour, Otton 111, qui se piquait de n'avoir point d'égal au jeu d'échec, invita le comte à faire sa partie. Celui-ci ne refusa pas, bien qu'il reconnût son inférioi'ité. Avant de se metti-e au jeu, ils convinrent entre eux que le vainqueur pourrait demander au vaincu la chose qui lui serait le plus agréable. 11 fallait pour cela gagner trois parties. Le palatin, levant les yeux au ciel, supplia la très-sainte Trinité de lui accorder la triple victoire. Ses prières ne furent pas sans effet. Contre toute attente, il joua si heureusement, qu'il finit par donner l'échec à Otton. Surpris de sa défaite, le prince n'omit rien pour pren-

dre sa revanche ; mais une seconde et une troisième fois, il succomba devant son adversaire.

Reconnaissant dans cette circonstaQce une intervention providentielle du Ciel : Mon cher comte, lui dit-il, ce n'est pas là votre fait; c'est un dessein du Ciel qui veut sans doute que j'acquiesce à un désir qui vous occupe. Dites-moi donc quels sont vos vœux; me voici prêt à les remplir. — Erenfrid réfléchit un moment : Sire, répondit-il, ma demande vous semblera peut-être téméraire; mais puisque le Ciel me fraie la voie, je la ferai. Je vous prie de me faire la grâce de m'accorder la main de votre sœur Mathilde. — En parlant ainsi , ses joues se colorèrent d'une rougeur modeste. La requête parut trop prétentieuse à Otton. Il jugeait inconvenant de marier à un seigneur de sa cour une princesse, petite-fille, fille et sœur, de trois empereurs. Cependant, considérant qu'avant de jouer, il avait engagé sa parole impériale, que d'ailleurs le palatin avait rendu de brillants services à l'empire, il se détei'mina à tenir sa promesse. 11 tendit donc la main au comte, et s'engagea à ne rien négliger pour la conclusion du mariage. 11 en entretint l'impératrice mère et les conseillers de l'empire, si bien que tout marcha au gré de ses désirs.

Erenfrid, au comble de la joie, courut avec une brillante escorte au monastère illustre d'Essen où se trouvait Mathilde, et après lui avoir exposé les engagements de son frère, ratifiés par sa mère, il lui offrit l'anneau nuptial. Les noces furent célébrées à Braviller qui était une magnifique résidence du comte. Lorsque la princesse y arriva, le comte cueillit un rameau en fleurs et le présentant à sa fiancée, il lui

fit don de toute cette terre, comme surcroît Jde dot. Mais Matliilde, entrant dans une chapelle dédiée à saint Moinliard, offrit le rameau et la terre à l'église. Du prix de cette terre, on érigea un des pins célèbres iBonastères de Germanie. Quant au rameau, par un miracle manifeste, il conserva très-longtemps sa verdure et ses fleurs, comme pour témoigner combien roiTi ande avait été agréable au Seigneur.

Celte alliance ne fut pas, comme on pourrait croire, le résultat d'un coup de dé, mais un dessein particulier de la divine Providence. Nous en avons la preuve manifeste dans les émiaentes vertus que ces deux fortunés époux pratiquèrent comme à l'envi ; car ils mirent toute leur satisfaction à bâtir des églises, à ériger des monastères, à promouvoir le culte divin. Aussi ont- ils mérité l'un et l'autre le titre de bienheureux dans leur patrie, et leur sépulcre y est en grande vénération, à cause de divers miracles qui s'y sont opérés. Le dessein de la Providence parut surtout, en ce que ce mariage fut la souche d'une lignée très-pieuse. Trois garçons et sept filles en furent le fruit. Ludolphe, Olton et Ilerman héritèrent, aussi bien des vertus que des domaines de leur père ; ils ont laissé une mémoire bénie, surtout Herman, qui fut créé archevêque de Cologne, et dont les vertus illustrèrent ce siège important.

Parmi les filles, six se consacrèrent au service de Dieu par le vœu de perpétuelle virginité, et devinrent abbesses de six monastères célèbres, et ce qui vaut mieux encore, toutes furent de grandes servantes de Dieu. L'aînée seule, nommée Richezza, demeura dans le siècle. Elle fut mariée à Mécislas, loi de

Pologne, et de sa race, sortit une famille de princes fort recommandables aussi par leur piété.

Enfin Mathilde elle-même, pour couronner toutes ses magnifiques entreprises en Thonneur de la foi, fit don de tous ses joyaux à l'église de Braviller; puis elle reçut le voile i^eligieux et mena une vie si sainte qu'elle a été jugée digne d'être inscrite dans le catalogue des bienheureux.

Cette mémorable histoire nous montre avec combien de raison nous pourrions dire d'Erenfrid et de Mathilde, qu'ils furent la tige d'une sainte famille. Genus etecium et gens sancta. Filii sanclonim el dômeslici Dei.

p. Daniel Papebroch. S. J. ex Gelenio. 21 maii. Vila SS. Erenfndi, et Mathildis.

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