‹ Les merveilles divines dans les saints du Moyen ÂgeChapitre 16 sur 54 · MÉPRIS GÉNÉEEUX DES RICHESSES DE LA TERRE · texte numérisé non relu

MÉPRIS GÉNÉEEUX DES RICHESSES DE LA TERRE

Qui pont auriim non abiit, nec speravlt in pecunia et thesaiiris, fecit mirabilia in vita sua. Eccu. 31. 9.

Celui qui n'a point cherché l'or et n'a pas espéré dans l'argent et les trésors, celui-là a fait des merveilles dans sa vie.

C'est avec raison que le Sage nous donne le mépris des richesses comme la pierre de touche de la vraie sainteté. Plus le cœur se vide spontanément de l'amour des biens de la terre, plus il se remplit de l'estime des biens célestes. C'est de quoi nous trouvons un splendide exemple dans saint François de Paule, ce grand amant de la pauvreté.

Ferdinand {", roi de ÎS'aples, ayant entendu vanter sa merveilleuse sainteté, résolut de la mettre à l'épreuve. Il ordonna à son maître d'hôtel de faire rôtir un bon plat de poissons exquis et de les envoyer dans un bassin d'argent au couvent du saint. Le messager pria le saint, avec toute la courtoisie possible, de vouloir bien accepter le présent que le roi lui faisait de sa table. Mais le saint répondit sur-le-champ : Dieu me garde d'accepter jamais des mets si peu convenables aux pauvres de Jésus-Christ. Reportez-les au roi; pour nous, quelques légumes nous suffisent. — Après cette réponse, il donna sa bénédiction au plat et renvoya le messager.

Cette conduite inspira une profonde vénération à Ferdinand pour le saint. II le fit donc prier de venir au palais, où le roi l'accueillit avec toute sorte de respects et lui offrit un bassin rempli d'or pour servir à la construction d'un monastère à Naples. Mais François prit de là occasion de remontrer doucement au roi qu'il pressurait trop ses vassaux. 11 ne convient pas, dit-il, que j'accepte en aumône le fruit de leurs sueurs ; il ne convient pas de dépouiller les uns au profit des autres ; cet or est le sang des peuples. — Et pour prouver ce qu'il disait, il prit une pièce d'or et y enfonça un stylet, qui en Gt jaillir aussitôt du sang, à la grande stupéfaction du prince et de totite la cour. Jérémie avait dit que le sang des pauvres se trouvait dans le palais des riches. Sa parole se vérifia en cette rencontre.

Mais le fait suivant qui eut lieu à la cour de France, est encore plus mémorable. Louis XI, comme on sait, portait l'attache à la santé et à la vie au de là des bornes. Ayant ouï parler des guérisons miraculeuses que le saint opérait, il souhaita passionnément de le posséder dans sa capitale, 11 dépêcha donc un ambassadeur à Ferdinand, roi de Naples, et un second au souverain pontife Sixte IV, afin que, par son autorité apostolique, il obligeât le serviteur de Dieu à condescendre à sa requête et à entreprendre le voyage. Le saint qui n'avait eu aucun égard aux instances de Ferdinand, se rendit aussitôt au commandement du Pape. A son arrivée, Louis X! vint en personne à sa rencontre, se prosterna devant lui et le reçut comme un ange descendu du ciel. Le saint n'obtint pas un aussi bon accueil du premier ministre, Jacques Cortier. Comme

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il avait la réputation d'un médecin halnle, ce ministre était en grande iaveur auprès du roi qui payait ses soins jusqu'à dix mille écus par mois. François lui parut un rival dangereux. 11 se mit donc en devoir de le décrier. Il dit secrètement au roi que ce moine lui avait l'air d'être un hypocrite, qui étalait sa pauvreté pour mieux quêter la fortune. EnQn il lui persuada de le tenter par quelque offre brillante.

Le conseil plut au monarque. 11 envoya donc au saint un magnifique buffet, chargé de vaisselle d'argent, en le priant d'en faire usage ou pour lui-même ou pour son église. Le pauvre de Jésus-Christ fut trèssurpris du cadeau et le refusa avec humilité, en disant que des vases si précieux ne convenaient pas à leur cuisine, et qu'une écuelle de bois valait mieux à ses yeux qu'une coupe d'or. La première épreuve ayant manqué, le roi, sur l'avis de son conseiller, en tenta une seconde. Le docteur italien , disait celui-ci au prince, n'a point accepté, parce qu'il a bien vu qu'il aurait préjudicié à son renom de pauvreté. Faites-lui donc des présents plus en harmonie- avec son état. Le roi possédait une très-belle statue de la sainte Vierge, d'un or très-pur, enrichie de joyaux précieux, et estimée dix-sept mille écus. Il chargea son aumônier de l'envoyer à François pour orner son oratoire. Mais le Saint ne- fut pas plus accessible à la seconde offre qu'à la première. 11 remercia beaucoup le roi de l'honneur ■qu'il lui faisait, ajoutant qu'on ne met pas de lambris d'or à une cellule blanchie à la chaux. J'ai, dit-il, une image de Notre-Dame en papier; elle sert beaucoup à m'inspirer de la dévotion.

EnQn notre courtisan sugcréra à son maître une troi-

sième expérience plus adroite que les précédentes. Jaloux de parvenir à discréditer le saint, il fit remarquer au roi que, pour faire accepter ses dons, il fallait les faire en secret et à l'insu de tout le monde. Si François, disait-il, est sûr de n'être pas connu et de ne pas être réputé ami des richesses^ il ne refusera pas ce que vous lui offrirez. — Le roi entra encore dans les vues du courtisan. Un jour donc, prenant le saint en parliculieV, il lui remit un sac d'or qu'il tenait caché sous son manteau royal, l'engageant à l'accepter et à s'en servir pour bâtir un monastère ; il l'assura qu'âme qui vive n'aurait connaissance de ce don. A ces mots, le saint retira la main, comme s'il eût touclié des charbons ardents, et prenant un air d'indignation : Sire, dit-il, vous feriez mieux de payer vos dettes, et de ne pas accabler vos sujets de tant de tributs et d'exactions. La charité envers les sujets est plus agréable à Dieu que la libéralité envers les étrangers. — Le monarque ne s'offensa pas du ton de François; il reçut au contraire très-bien l'admonition.

S'étant assuré par tant de preuves de son incorruptible détachement, il conçut la plus haute estime pour lui, et plein de vénération pour sa vertu, il lui confia le soin de son âme, de sa cour et de son royaume, qu'il dirigea dès lors par les conseils du saint.

Qu'elle est donc vraie cette parole d'Isaïe : Celui qui refuse d'accepter les présents, méritei'a d'habiter au haut des cieux 1 Qui exculit manus suas ab omni munere, iste in excelsis kabitabit. (cap. 33. 15.)

P. Godefridus Heusch£n. S. J. ex Chronic.

Minim. 2 uprilis.

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