‹ Les merveilles divines dans les saints du Moyen ÂgeChapitre 19 sur 54 · B. S. II. 1S · texte numérisé non relu

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\'(vu à l'époux céleste. Mais son père ne cessait de l'importuner pour l'engager dans le mariage ; déjà, malgré elle, il avait tout disposé pour ses noces. Le jour venu, lorsque déjà le banquet nuptial était prêt, la jeune personne s'enfuit fiu'tivement de la maison paternelle et alla se réfugier dans le cloître de sainte Brigitte, comme dans un sanctuaire inviolable. Le père s'en étant aperçu, la poursuivit avec bon nombre d'autres cavaliers, dans le but de l'en faire sortir de force. La Sainte les vit en esprit, qui accouraient à toute bride. Elle fait le signe de la croix dans leur direction, et au même moment, hommes et chevaux devinrent immobiles comme s'ils eussent été de marbre. Frappé de ce prodige et reconnaissant la main de Dieu, le père se repentit de sa témérité. Il rebroussa chemin, laissante sa fille toute liberté de suivre sa sainte vocation.

Nous venons devoir l'effet d'une grâce miraculeuse; citons un trait de vertu héroïque. Sainte Brigitte avait une élève nommée Derdulaca, d'un extérieur gentil, q,ui se trouvait tourmentée par des pensées sensuelles, pour y avoir donné occasion, par des regards indiscrets. Hélas I que de fois les yeux donnent entrée au poison qui tue l'âme ! Derdulaca égarée avait donc des intelligences avec ce jeune homme et recevait ses visites. En faîlait-il davantage pour attiser le feu de la passion que le démon d'ailleurs ne manque jamais d'exciter? En somme, elle était à deux doigts de l'abîme; tant il importe de garder la porte des sens, par où la mort pénètre dans l'âme. Elle serait infailliblement tombée, si la Sainte, à qui le danger fut révélé, n'eût fait pour elle de ferventes prières. En effet, un soir que la pauvre enfant prenait

son repos dans la cellule même de la Sainte, elle fut assaillie avec tant de violence que, se levant, elle se disposait à sortir du monastère. Mais la crainte de Dieu la retint. Voyant en même temps des charbons allumés dans un réchaud, elle y mit ses deux pieds jusqu'à ce que le feu extérieur eût éteint les ardeurs de la concupiscence. De retour dans la cellule de Brigitte, celle-ci qui connaissait déjà tout, lui dit : Vous avez généreusement combattu ; désormais vous serez à l'abri du feu impur et vous ne tomberez pas dans celui de l'enfer. — La prédiction s'accomplit ; jamais plus, Derdulaca ne fut troublée par aucun mauvais fantôme, ni par aucun mouvement déréglé. La Sainte ayant prié et fait le signe de la croix sur elle, elle fut même guérie incontinent de ses brûlures, au point qu'il n'^in resta aucune trace. Depuis, elle mena toujours une vie pleine d'innocence qu'elle couronna par une sainte mort. On célèbre en Ecosse la fête de sainte Brigitte et de sainte Derdulaca, le même jour. Voici un troisième trait qui est bien digne aussi d'être mentionné. Un seigneur écossais ayant remarqué la beauté d'une jeune fille de condition inférieure , voulut l'entraîner au mal ; mais , comme après un entretien avec cette fille, il vit qu'elle était d'une vertu incorruptible, il eut recours à la ruse. Pour lui témoigner sa confiance, il la fit dépositaire d'un joyau pi'écieux que la fille accepta simplement, sans se douter d'aucune malice; puis il fit en sorte de le lui enlever fuitivement de l'endroit où elle l'avait caché. Pour se compenser ensuite de sa prétendue perte, il voulait obliger la fille à servir dans sa maison, invoquant en sa faveur celle maxime : que celui qui n'a rien, doit sol-

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der par son travail. Après cela, il ne doutait pas que tôt ou tard, elle ne consentît à offenser Dieu. En conséquence, il s'empressa de redemander le joyau qu'il savait bien n'être plus entre les mains de la fille. Celle-ci ût d'inutiles recherches. Désespérée, pour ainsi dire, d'une telle perte, elle alla s'excuser 'de son mieux j mais le seigneur ne voulut rien entendre et ne lui laissa d'autre alternative que de rendre le joyau ou de se mettre à son service. La GUe vit bien à quoi tendait le manège.

Dans une conjoncture si délicate, elle crut ne pouvoir prendre de meilleur parti que de recourir à sainte Brigitte, le refuge commun de tous les affligés. Elle lui raconta en détail sa disgrâce et le danger où elle se voyait de perdre son innocence, si elle mettait le pied dans la maison de cet homme corrompu; elle la pria de l'aider de ses conseils et surtout de ses piùères. La Sainte l'ayant encouragée à mettre sa confiance en Dieu, leva les yeux au ciel et conjura instamment le Seigneur d'y mettre la main. Elle n'avait pas terminé sa prière, qu'un étranger qu'on n'avait jamais vu, se présenta à la porte du monastère pour offrir un panier de provision. Brigitte l'accepta, et en l'ouvrant, elle trouva au milieu le joyau perdu. La Providence le lui ■ renvoyait de cette ïnanière. Elle le remit à la pauvre fille, en lui disant : Rendez grâces à Dieu. Reportez le joyau à cet homme, et dites-lui qu'il cesse à l'avenir de vous molester et qu'il renonce à ses dessei'as pervers^ s'il ne veut pas attirer sur sa tète les vengeances du Ciel. — La jeune fille coui'ut remettre le joyau au propriétaire, en présence de plusieurs témoins. Tous furent frappés, en apprenant de quelle manière il avait

Ole retrouvé; mais le plus surpris fut le gentilhoinme lui-même. Il ne pouvait se lasser de regarder un objet qu'il croyait avoir si soigneusement caché. Touché au fond du cœur, il se rendit sur-le-champ au monastère de sainte Brigitte, lui avoua avec larmes son mauvais dessein, en fît pénitence et changea de vie. C'est ainsi que ce joyau, par le moyen duquel il songeait à corrompre l'innocence, servit à le ramener lui-même à lavertu et au salut. Vous qui faites le larron, vous serez vous-même la proie des voleurs, a dit Isaie.

Mais qu'y a-t-il d'étonnant que sainte Drigitte ait pu mettre à couvert la pureté des vierges, elle qui savait même inspirer des affections chastes à des êtres irraisonnables. On raconte dans sa vie qu'un faucon alla s'établir sur la tour de son église; aussi l'appelait-on le faucon de sainte Brigitte, et en cette qualité, il était respecté et presque vénéré des paysans avec qui il était fort familier. Or, on remarque que cet oiseau chassait les femelles qui venaient dans la tour, comme s'il avait eu le sentiment du respect qui est dû au lieu saint. Seulement, à une certaine saison, il quittait sa résidence et allait dans les bois voisins ; puis il revenait à son gîte, où il continuait à vivre solitaire et chaste. Voilà, certes, une belle leçon pour les hommes consacrés au service du Seigneur. C'est la réflexion de l'historien.

P. J. Rollaiidus, s. J. 1 februarii. VitaS.^Drigitiœ, virg.

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