UÉSIR DE LA COMMUNION MIRACULEUSEMENT SATISFAIT
Esnrlentes tmplevlt bonis. l^vc. 1. 53.
Il a comblé de biens les affamCs.
Le Sauveur du monde désire avec ardeur de se communiiiuer à ses disciples dans le festin eucharistique : Desiderio desideravi hoc pascha manducare vobiscum. (Luc 22. 15.) Aussi accorde-t-il des grâces signalées à ceux qui sont afîamés de ce céleste alimenl. Ce pain, dit saint Augustin, demande qu'on s'en approche avec une vraie faim spirituelle. Panis iste esuriem quœril hominis interioris. Et c'est ce que nous verrons dans l'histoire suivante.
Dans une ile de l'Irlande, nouimée Iniscat, vivait saint Senan avec plusieurs moines dont il était abbé. Cette communauté, d'autant plus unie au ciel qu'elle était séparée de la terre, olTrait aux Anges le spectacle de toutes les vertus. Or dans le môme temps, il y avait, dans une autre contrée de l'Irlande, une grande servante de Dieu, du nom de Brigitte, qui habitait un petit ermitage au bord du fleuve appelé Sengu. Cette sainte fille trouvait toutes ses délices dans son désert ; elle regrettait seulement de ne pouvoir communier, comme elle en avait le plus vif désir : Unus dolor erat hac esca privari, comme dit la bouche d'or, (llomil. GO.)
Xm'' M EH VEILLE. 2 i ;)
Pour adoucir sa peine, clic se mit à confectionner de ses propres mains une cba:suble superbe, pensant l'envoyer à saint Senan, afln qu'il en fît usage dans la célébration des saints mystères. Mais la difficulté était de la lui faire parvenir, car elle n'avait ni barque, ni porteur à sa disposition. Dans cet embarras, elle mit sa confiance dans la divine Providence. Ayant donc construit un panier, elle y déposa la cbasuijle, après l'avoir bien enveloppée, et écrivit quelques mots pour prier le Saint de lui envoyer la sainte communion. Knsuite elle lança le panier à la rivière, en y faisant le signe de la croix, pour le confier à la garde de Dieu. Cliose admirable! Cette étrange embarcation s'acbemina sans guide au travers du bras de mer qui séparait l'Ile du continent et alla s'arrêter sur le rivage contigu à l'église de saint Senan. Celui-ci, infoi'mé d'en baut de l'arrivée du merveilleux panier, dit à son diacre d'aller aussitôt le tirer de la mer. Le messager revint cbargé du précieux fardeau. L'abbé, ayant pris connaissance de la lettre, accueillit avec plaisir le présent de la Sainte, et se sentit inspiré de lui envoyer, comme gage de reconnaissance, la divine Eucharistie ; car, à cette époque, les saints canons n'avaient pas interdit ce genre de communication. Ayant donc mis la sainte hostie dans un ciboire décent, entouré de festons précieux, il remit le panier à l'eau et lui fit signe de regagner l'ermitage. La Sainte l'attendait ; elle courut à sa rencontre. Elle l'ouvrit et y vit le ciboire contenant l'adorable Eucharistie. Qui peut dire quelles furent ses larmes d'amour, de joie et do tendresse à cette vue! Avec quel respect elle l'adora, avec quel transport elle se nourrit de ce pain divin
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dont son cœur était si avide! C'est de la sorte que Dieu daigna remplir pour sa servante la promesse énoncée par la Reins du ciel dans son sublime cantique : Il a rempli de biens les affamés.
Le fait que nous allons raconter paraîtra plus surprenant encore. Cannera était une jeune fille trùspieuse qui menait une vie angélique dans un ermitage situé dans la partie méridionale de l'Irlande. Une nuit qu'elle était en contemplation, elle vit en esprit plusieurs églises comme embrasées par un grand incendie et lançant des flammes vers le ciel. Parmi ces églises était celle de saint Senan. Elle brillait d'une lumière plus éclatante; une colonne de feu s'élevait de son sein dans les hauteurs du firmament. C'était le symbole manifeste du Dieu caché d,^ns l'Eucharistie et dont les saintes Ecritures nous disent qu'il est un feu dévorant. A ce spectacle, la vierge conçut un ardent désir de le recevoir, afin de s'enflammer de ce feu sacré. Elle résolut donc d'aller finir ses jours dans la petite île de saint Senan, oîi elle avait remarqué que le feu était plus vif, ce qui signifiait la vivacité de l'amour dont ce Saint brûlait pour Dieu. Elle ne connaissait pas la roule et n'avait point de guide; mais forte de sa confiance en celui qui est la voie, la vérité et la vie, elle se mit en voyage. Dieu récompensa sa foi en lui donnant pour guide celte même lumière qui l'avail frappée dans son extase. Elle fut ainsi conduite au terme, comme jadis les Israéhtes par la colonne de feu. Arrivée au bord de la mer, elle fut saisie d'une nouvelle extase et se mit à marcher sur les eau.^ comme sur la terre ferme, et atteignit ainsi l'île.
Cependant le saint abbé qui était alors eu oraison,
la vit des yeux de l'esprit approcher du rivage, et il courut à sa rencoutre pour l'arrêter. Après l'avoir saluée poliment : Arrêtez, lui dit-il, et ne vous avancez pas plus loin, vous qui êtes une vierge consacrée à Dieu. Si vous désirez une solitude pour y vivre éloignée du tumulte du siècle, dirigez-vous plutôt vers le rivage opposé; il s'y trouve un ermitage conforme à vos goûts. — Mais Cannera, se tenant toujours debout sur les eaux, appuyée sur son bâton, lui répondit d'un ton résolu : C'est ici que Dieu m'appelle; ici que je veux finir mes jours pour avoir part à vos prières.
— Non, non, reprit l'abbé, en rigide observateur de la règle monastique, il n'est pas permis aux femmes de mettre ici le pied ; il ne s'y trouve que des moines entièrement séparés de tout commerce humain. — La vierge insista de nouveau, en disant que Dieu s'était incarné pour le salut des femmes aussi bien que des hommes; que Jésus-Christ avait bien accueilli la Madeleine, la Samaritaine, bien que pécheresses; que d'ailleurs les disciples du Sauveur n'avaient pas refusé les visites, ni la compagnie des femmes, quand elles venaient pour s'instruire de la science du salut. Enfin elle conclut en disant qu'elle ne désirait autre chose, sinon de pouvou' communier, et d'obtenir quatre palmes de terrain, à l'extrémité du rivage, pour y vivre et y mourir. Le Saint répliqua qu'il lui serait impossible de trouver un refuge sur ce rivage, parce que les ondes furieuses ne cessaient de le bouleverser en tous sens.
— Soyez sans inquiétude, repartit Cannera; j'ai confiance que la divine Providence, à qui les vents et la mer obéissent, me permettra d'y vivre en sûreté.
Alors l'abbé (jui voyait cette vierge immobile sur
M. s. II. l'J
jes eaux par un miracle continu, comprit que c'était la volonté de Dieu qu'il l'accueillît. 11 lui permit donc de prendre terre. A peine eut-elle abordé qu'elle sollicita avec de vives instances la faveur de communier. Le saint abbé satisfit enfin son ardent désir et elle en fut comblée de consolation. Oi", pendant qu'à genoux sur le lùvage, elle faisait la plus fervente action de grâces, la violence de l'amour dégageant son âme de ses liens, elle rendit son âme innocente à son Créateur.
C'est de la sorte que la divine bonté concilia les désirs contraires de ces deux saints, en faisant que l'une pût recevoir l'adorable Eucharistie, et que l'autre ne fût pas obligé de donner l'hospitalité à une femme dans une île exclusivement occupée par des moines. La communauté donna la sépulture au saint corps, en chantant des hymnes et des cantiques. Il fut inhumé au bord de la mer, comme la Sainte l'avait désiré. A dater de ce moment, selon la prédiction qu'elle avait faite , cette rive cessa d'être labourée comme auparavant par le flux. Les vagues venaient la baiser pour ainsi dire et se retiraient aussitôt avec une sorte de respect. Là était la borne marquée à leur impétuosité par le doigt du Tout-Puissant.
On voit manifestement par ces deux événements combien est cher à Dieu le désir ardent de la sainte communion. La remarque de saint Augustin est donc bien fondée : C'est à force de la désirer qu'on en devient digne. Desiderando capax efjicieris, ut implearis. (Tract. 4. in ep. t. S. Joan.)
P. Godefrid. llensctienius, S. J. S Martii. Vila S. Senani, abb.
XLUl^ MERVEILLC. 219
XLLll'' MERVEILLE.
L'iiNNOCENCE VIRGINALE HONORÉE DE GRACES MERVEILLEUSES.
Posuit immaculatamviammeam. elprœcinxll mevirtute. Ps. 17. 33.
Il m'a donné une vie sans tache, et m'a environné de force.
Si jamais la pureté des anges a brillé sur la terre, ce fut assurément dans la séraphique sainte Colette, qui ne connut pas plutôt les plaisirs sensuels qu'elle les eut en abomination. Elle était douée d'une si rare beauté qu'elle ravissait d'étonnement et d'amour tous ceux qui la voyaient; mais à cette beauté, elle joignait une si grande modestie qu'elle ignorait ses propres charmes. Un jour pourtant, ayant laisser tomber ses regards sur un miroir, elle remarqua la beauté de son visage, et elle en conçut un tel dîplaisir qu'elle conjura le Seigneur de la lui ûter. Sa prière fut exaucée. En un clin d'oeil, la pourpre qui colorait ses joues disparut, et fut remplacée par une pâleur qui la rendait vénérable et qui inspirait l'amour de la pureté à ceux qui la voyaient ou lui parlaient. Souvent même un regard de sa part suffisait pour dissiper les tentations impures, comme saint Ambroise le dit en parlant de la Reine des vierges : Tania erat virginis gralia, ni Us qnos inviseret, integritatis insigne confcrret.
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Parmi les saints, Colette aimait et honorait spécialement ceux qui avaient gardé une virginité perpétuelle. Elle chérissait surtout l'apôtre saint Jean qui avait été privilégié du Sauveur à cause de son insigne pureté, comme le chante l'Eglise. De son côté, ce grand Saint, l'ami des vierges, favorisa Colette de grâces extraordinaires. II lui apporta du ciel au nom de Jésus-Christ un anneau précieux, qu'il lui mit au doigt pour sceller ses épousailles avec le Sauveur du monde. Colette se plaisait à regarder cet anneau; elle le gardait avec un soin extrême, et elle le faisait toucher aux personnes affligées ou tentées, ce qui les remplissait de joie et les délivrait des tentations.
Or, pour revenir à notre sujet, la Sainte était si affectionnée à la pureté, qu'elle l'aimait jusque dans les créatures privées de raison. Aussi préférait-elle la tourterelle et l'agneau qui sont des animaux très-purs. On vint un jour lui offrir une alouette, tout récemment sortie du nid. Ce don lui plut beaucoup, parce qu'elle y vit un symbole de pureté et de reconnaissance; car l'alouette célèbre les louanges du Seigneur par ses chants gracieux. Elle la nourrit donc soigneusement et la garda dans sa cellule. L'oiseau devint si familier qu'il la suivait partout. Quand Colette se mettait en prières, l'alouette de son côté y joignait ses chants pour bénir Dieu et louer sa providence. Quand elle allait à table prendre sa pauvre réfection, elle se tenait à ses côtés, becquetant gentiment les miettes ou même le plat. EnQn elle paraissait ne pouvoir vivre sans sa maîtresse.
Une autre fois, on lui offrit un petit agneau blanc comme ncise. L'animal devint aussi bientôt fort fami-
lier, tellement, qu'il la suivait et riraitait partout. Celte imitatiou en vint jusqu'au prodige. En effet, quand Colette entrait au chœur, l'agneau j se mettant au milieu, écoutait modestement la psalmodie. Quand, à la messe, le prêtre élevait la sainte Hostie, il ployait les genoux en signe de respect et restait dans celte situation jusqu'après l'élévation; après quoi il repre- . nait une posture modeste. La chose était d'autant plus admirable qu'il en agissait ainsi par instinct, sans qu'on l'y eût dressé. En cela, dit saint Bonaventure, il peut servir d'exemple à ces indévots qui témoignent si peu de respect pour l'adorable sacrement.
Mais voici un autre trait plus curieux encore et plus instructif. Une hermine pénétra un jour dans le monastère et jusque dans la cellule de la Sainte, sans qu'on pût découvrir d'où elle venait. Belle et pure comme un lis, elle réjouissait les regards de la Sainte par sa blancheur, se tenant sous ses yeux, surtout le matin et le soir, quand elle était en oraison. Elle allait ensuite se cacher dans les feuillages du jardin ou dans quelque coin de l'église. Les religieuses, qui la voyaient aller et venir, cherchaient quelquefois à la joindre pour caresser ce beau symbole de la pureté des vierges. -Mais quelle que fût leur adresse, l'hermine leur échappait toujours. Une fois Colette se concerta avec ses sœurs pour la guetter et la saisir ; toutes se mirent donc à sa poursuite ; mais l'hermine disparut soudain à leurs regards. Cette déception leur fît comprendre qu'une main terrestre ne peut effleurer la pureté céleste.
Belle leçon pour les vierges consacrées à Dieu I Qu'elles soient donc jalouses de leur pureté^ au point
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de ne pas souffrir le plus léger contact, et de s'éloigner le plus possible de tout commerce avec un monde contagieux. C'est l'enseignement que donnait saint Bernard à une vierge : Fuyez le monde, lui disait-il, et même vos parents, éloignez-vous des amis et des ennemis. Soyez solitaire, afln de vous conserver tout entière pour celui-là seul que vous avez choisi entre tous. 0 anima sancta, fuge publicum, fuge et ipsos. domesticos; secede ab amicis et inimicis; sala eslo, ut soli omnium serves teipsam, quem ex omnibus libi elegisti.
Non-seulement les créatures ixTaisonnables, mais les êtres même privés de sentiment rendirent témoignage à l'innocence sans tache de notre Sainte. En voici un exemple. En face de sa cellule, naquit à l'improviste un magnifique grenadier, tout chargé de ces fruits dont le divin époux déclare faire ses délices et auxquels il compare son épouse, en disant que ses œuvres sont comme un parterre de grenadiers. Les fleurs de cet arbuste étaient d'un coloris admirable et exhalaient les parfums les plus suaves. Elles signifiaient combien la fleur de sa virginité et l'odeur de ses vertus étaient agréables au Seigneur. Quant aux fruits, ils se composaient de grains blancs et rouges, unis par une jointure de couleur d'or, comme pour marquer qu'il se trouvait là une foule de vierges blanches de pureté, vermeilles de charité, que Colette devait tenir unies ensemble sous la règle de Sainte-Claire. Mais ce qu'il y avait de plus merveilleux dans cet arbuste, c'est qu'il était mobile et n'avait pas ses racines fixées dans le sol; ainsi on le transportait d'un lieu à un autre. Par là, le Seigneur indiquait le parfait détachement dans
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lequel vivait sainte Colette. En effet, toutes ses aÏÏections étaient au ciel. Par là encore, il signifiait que Colette irait en diverses provinces fonder des monastères de l'ordre séraphique , comme ce mystérieux arbrisseau transportait çà et là ses fleurs et ses fruits.
P. Godefrid. Henschenius, S. J. ex Ste[iliai-o Juliaco, 6 martii. Vila B. Coletœ.
PRIÈRES lUPUUDENTES EXAUCÉES POUR LE MALUEUU DES IMPRUDENTS.
Verba sapientis gratia, et labia iiisipientis prœcipitabunt eum. Eccli. 10. 12.
Les paroles du sage sont utiles, et les lèvres de l'insensé causeront sa ruine.
Que le Sauveur eut raison de dire à ses disciples Jacques et Jean : Vous ne savez ce que vous demandez! Une foule d'exemples nous montrent en effet que quand le Ciel exauce les prières imprudentes, c'est pour le malheur de ceux qui les font. En voici une preuve.
Vers l'an 680, il y eut en Irlande une grande disette, non pas tant à cause de la stérilité de la terre, qu'à raison de la population excessive de la contrée. On fut donc obligé d'assigner aux cultivateurs une certaine portion de terrain inculte, à charge de le faire fructifier. Cette mesure ne sullit pas pourtant
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aux besoins de la multitude. Les deux rois qui se partageaient alors le pays, Derniice et Blainacus, convoquèrent une assemblée des principaux de leurs royaumes, ecclésiastiques et laïques, afin d'aviser au remède. La majorité fut d'avis qu'on fit des jeûnes et des prières, pour qu'il plût à Dieu d'envoyer une épidémie qui emporterait l'excédent de la population. Que les conseils des hommes sont vains et que leurs vues sont incertaines ! Pourtant, avant d'en venir à l'exécution , l'assemblée désira d'avoir l'avis de deux saints abbés, Gérard et Fechin, qui étaient en grande réputation à cause de leurs miracles. On raconte du premier qu'il avait, d'un coup de pieri'e, brisé un rocher du voisinage contre lequel les pêcheurs venaient souvent échouer. On dit du second, qu'ayant planté son bâton dans un étang , il lui avait commandé de traverser une colline située à l'opposé , et qu'il avait ainsi obtenu un aqueduc pour sou monastère privé d'eau.
Or, les deux saints, requis de dire s'il convenait oui ou non de demander au Ciel une épidémie, furent partagés de sentiments. Saint Gérard prétendit qu'une telle demande n'était ni juste, ni raisonnable, et qu'il fallait plutôt prier Dieu de multiplier les moissons et les subsistances. 11 a coutume, disait-il, de pourvoir aux besoins par des moyens extraordinaires. C'est ce qu'il fit pour le peuple d'Israël dans le désert, en fai' sant pleuvoir la manne. C'est ce que fît Jésus-Christ, en multipliant les pains pour rassasier une multitude affamée. — Fechin, au contraire, qui était d'une grande simplicité, fut d'avis qu'on devait suivre le conseil des deux rois et de la majorité de l'assemblée
et qu'on pouvait justement demander à Dieu une maladie (jui décimât la population, d'autant plus qu'on se disposerait bien à une mort prévue. Le roi David, disait-il, n'a-t-il pas préféré la peste à la famine? Et le Seigneur n'a-t-il pas envoyé une peste qui fit périr soLxaute et dix mille hommes?
Enfin, l'avis de saint Fechin prévalut, comme conforme au sentiment du plus grand npmbre. On jeûna donc et on pria pour obtenir la peste. Cependant un ange révéla à un saint religieux que ces prières là n'étaient point agréables à Dieu ; que le Seigneur aurait plus volontiers envoj'é l'abondance que la peste, si on la lui avait demandée ; mais qu'en punition de cette demande imprudente, il aurait fait mourir, non pas tant le petit peuple, que les deux rois avec les principaux seigneurs qui avaient donné le conseil. Ainsi dit, ainsi fait. Survint dans le pays une maladie contagieuse qui surprit d'abord et enleva de ce monde les deux rois Dermice et Blamacus. A leur suite, tombèrent les principaux du royaume, puis un grand nombre de personnes de distinction, et bientôt toute la province fut désolée par le fléau. Le saint abbé Fechin ne fut pas à l'abri de ces atteintes ; mais avant d'en être ft'appé, il reconnut et déplora sincèrement l'imprudence qu'il avait commise.
Saint Gérard, au contraire, fut épargné. L'ange avait dit de lui qu'il était selon le cœur de Dieu et que son conseil était le plus sage. Il en fut récompensé, en échappant à la mort. Et non-seulement lui-même fut préservé de la maladie commune , mais il eut encore le bonheur d'en garantir beaucoup d'autres. Etant allé au pays de r.orand, il y trouva une foule de
personnes attaquées du fléau. Ezzan, duc de la contrée, alla au devant de lui, accompagné de ses fils et d'une multitude de peuple, et le supplia de vouloir bien interposer sa puissante médiation auprès de Dieu , afin d'obtenir leur délivrance. Le Saint leur répondit avec affabilité qu'ils n'avaient qu'à se couvrir de sa tunique, et qu'ils obtiendraient cette grâce. Le duc ayant commencé , tout le peuple l'imita , et chacun tint l'abbé par sa tunique qui , trop courte pour la circonstance, s'allongea miraculeusement au point de couvrir ou de toucher toute la multitude. Les malades guérirent sur-le-champ et ceux qui n'étaient pas atteints, furent préservés.
On peut donc appliquer à la tunique de saint Gérard ce que l'Evangile rapporte au sujet de celle du Sauveur : Les malades demandaient de pouvoir seulement toucher la frange de sa robe, et tous ceux qui la touchaient recevaient leur guérison. Rogabant eum ut tel fimbriam vestimenti ejus langèrent. Et qnicumque tetigerunt, suivi facti sunt. (Matth. 14. 36.)
Nous voyons par là combien il importe de mettre de la discrétion dans nos demandes. Souvent en effet on demande des choses préjudiciables. 11 faut donc être fort réservés à demander les biens temporels, et s'en remettre au bon plaisir de Dieu qui sait mieux que nous ce qui peut nous être salutaire. Pour les biens éternels, on peut les demander hai'diment. C'est l'avis de saint Augustin : Le chrétien ne doit pas se soucier des biens temporels, mais diriger toutes ses prières dans le but d'obtenir l'éternelle béatitude. Qui vero chrisLiamis est, non ista temporalia pclere débet, sed totum pondus orationis suce ad petenâam œternam
bentitudiniim débet impendere. (Serm. 2 de Vei'bis
Domini.)
P. Godefrid. Henschen. S. J. i3 martii. Vila S. Gerardi abb. — et P. J. Bolland. 20.Januar. Vila S. Fechini.