‹ Les merveilles divines dans les saints du Moyen ÂgeChapitre 41 sur 54 · DIEU RÉCOMPENSE AVEC LIBERALITE LE BIEN QU'ON FAIT A SES SERVITEURS · texte numérisé non relu

DIEU RÉCOMPENSE AVEC LIBERALITE LE BIEN QU'ON FAIT A SES SERVITEURS

Benefac jiisto, et inverties retribiitionem ma- {;nam. Eccli. 12. 2.

Faites du bi«n au juste, et vous en serez bien récompensé.

Le séraphi(iue père saint François a promis à ses enfants spirituels que Dieu serait leur perpétuelle providence et qu'il récompenserait richement leurs bienfaiteurs. Cette promesse, on la vit s'accomplir admirablement dans la persoime du Père Bernardin Pallio, général des Capucins.

Ce grand serviteur de Dieu fut accompagné d'une multitude de merveilles dans les différents voyages qu'il Qt, soit pour la visite de ses maisons, soit pour prêcher la parole de Dieu. Plus d'une fois, étant en route, il était emporté par un mouvement intérieur si puissant qu'il parcourait jusqu'à deux milles, sans imprimer de traces sur la terre. On eût dit que l'ange de l'Apocalypse lui avait prêté ses ailes. A son arrivée dans les hôtelleries, souvent il trouvait tout prêt pour

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sa réfection, comme s'il eût envoyé un courrier à l'avance. Toutefois les mets qu'on lui avait prépai'és, servaient bien moins au soutien de son corps qu'à l'exercice de la morliflcation, car il s'abstenait de ce qu'il y avait de meilleur, et en faisait un sacrifice à Dieu.

A ce propos, nous ne pouvons passer sous silence lo fait merveilleux qui lui arriva dans une hôtellerie. Il avait longtemps voyagé. Ses compagnons et lui entrèrent fatigués dans une auberge de campagne ; et notre saint pria l'aubergiste de vouloir bien leur donner à manger. Celui-ci s'empressa de les servir. Le repas terminé, il (^^manda paiement. Mais comme les voyageurs étaient sans argent, Bernardin répondit qu'au lieu d'argent, il le paierait en prières, et que le Seigneur n'aurait pas manqué de le récompenser amplement de sa charité. L'aubergiste ne se tint pas pour satisfait; il dit que c'était de l'argent et non des prières qu'il lui fallait, et il se mit à témoigner de l'humeur et à proférer des menaces. Bernardin, voyant les voisins s'attrouper au bruit, prit une plume et écrivit la prière suivante sur du papier: Seigneur, daignez rendre la vie éternelle à tous ceux qui nous font du bien: Pietribuere dignare, Domine, omnibus nobis bona facientibusvitam œlernam. Puis, présentant le papier à l'aubergiste: Mettez cela sur une balance, lui dit-il, et pesez-le contre la somme que vous réclamez, et vous verrez combien cette prière l'emporte. — ■ A ces mots, l'aubergiste et toute l'assistance partirent d'un éclat de rire. Si elle pèse moins, dit l'intéressé, me paierez-vous autrement qu'en paroles? — Oui, repartit l'homme de Dieu avec une sainte assurance. — On va chercher

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une balance et on pèse. 0 prodige I le plateau chargé du papier fit monter Tautre chargé d'argent comme si c'eût été une plume. Etourdi à ce coup, l'aubergiste changea à plusieurs reprises les plateaux, et toujours le papier l'emporta sur l'argent, à la grande surprise des spectateurs. Alors, saisi d'une sainte frayeur, l'aubergiste prit des sentiments différents et fit vœu qu'à l'avenir, il ne réclamerait plus un sou de quiconque, après avoir logé chez lui, s'engagerait à réciter en sa faveur la prière en question.

Il s'écoula bien du temps avant qu'on vint éprouver la fidélité du religieux aubergiste. A vrai dire, I<i plupart des hommes ne ressemblent que trop à ces vils animaux qui se repaissent de glands sous un chêne, et ne songent pas à lever les yeux vers l'arbre qui leur donne la pâture. Enfin pourtant vint à passer en ce lieu un illustre cardinal avec sa suite. Il s'y fit donner à dîner. L'hôte regarda cette visite comme une bonne fortune, et, en conséquence, il fit préparer le meilleur repas possible, afin de traiter convenablement son noble visiteur. Après le dîner, le cai'dinal se levant dit à haute voix : Retribuere dignare, Domine. Seigneur, récompensez par le don de la vie éternelle tous ceux qui nous font du bien. — Pour le coup, l'aubergiste faillit s'évanouir, comme si une grêle subite avait dévasté ses champs. Il maudit sa profusion, en voyant que son vœu l'empêchait de rien recevoir. Pendant quelques moments, il resta incertain sur le parti qu'il devait prendre. Mais enfin la grâce l'emporta, et il résolut de refuser tout paiement. En effet, le trésorier du cardinal ayant demandé la note, il lui répondit qu'il ne lui devait rien et qu'il se trouvait trop honoré de la

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visite. Toutes les instances furent inutiles ; il ne prétendit pas touclier un denier.

On informe le cardinal de l'aventure. La chose lui parut inexplicable, surtout de la part d'un homme qui semblait dépendre de son état pour vivre. 11 le fait appeler, et lui demande la raison d'un tel désintéressement. L'aubergiste lui avoua naïvement que c'était un , vœu, et lui raconta à quelle occasion il l'avait fait. Le sage cardinal fut d'autant plus émerveillé, et après avoir donné de justes éloges à sa piété, il l'assura que Dieu ne manquerait certainement pas de le récompenser, et que pour sa part, il ne voulait pas se laisser vaincre en générosité. Ce ne furent point de vaines paroles. De retour à Rome, le cardinal obtint pour un des fds de l'aubergiste une riche abbaye ou prébende dont le revenu montait à plusieurs centaines d'écus d'or, de sorte que, selon la parole évangclique, cet homme reçut le centuple de sa charité.

Trois belles vertus se donnent ici la main : confiance en Dieu du côté de Bernardin, fidélité religieuse au vœu de la part de l'aubergiste, gratitude du côté du cardinal. Apprenons de cet exemple à rendre grâces à Dieu après nos repas, selon qu'il est écrit au Deutéronome : Cum coinederis et satiatus fueris, benedic.os Domino Deo ttto. (Cap. 8. 10.) Après que vous aurez mangé et que vous vous serez rassasié, bénissez le Seigneur votre Dieu.

P. J. Rob. S. J. Var. vin. l. 1 . c. i . n. 20. etc. 9. n. 4.

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L.\ VIERGE Est TOliTE PLEINE DE BONTÉ POUR SES DÉVOTS StRVlTEL'RS. '

ligo dilecto meo. et ad me conversio ejits. Cantic. 7. 10.

. Je suis à mon bien-aimé, et il est tout à moi.

Je ne sais s'il y eut jamais plus tendre échange d'affections entre des amants, qu'il n'y en eut entre la Reine du ciel et un de ses plus humbles serviteurs, le bienheureux Herman, de l'ordre des Prémontrés. Il avait sept ans à peine, que déjà, plein de maturité, il lui consacra tout son cœur. 11 visitait assidûment son église, et là, à genoux devant son image, il la priait comme il eût parlé à une personne vivante. Un jour qu'il avait un fruit à la main, il l'offrit avec une touchante simplicité à la statue, et celle-ci étendit la main pour le recevoir. Une autre fois, c'était au milieu do l'hiver, il se rendit pieds nus à l'église, car il était pauvre, pour rendre ses hommages à sa bonne avocate, et celle-ci le voyant frissonner, lui demanda pourquoi il venait ainsi, pieds nus? C'est que je n'ai ni souliers, ni argent pour en acheter. — Allez à cette pierre, lui répondit la Vierge en lui marquant l'endroit, levez-la, et vous trouverez l'argent nécessaire pour vous acheter des souhers. — L'enfant fît ce qui lui était ordonné, puis retourna l'emercier sa bienfaitrice. Quand vous

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aurez besoin d'argent pour vos habits, vos livres ou d'autres objets nécessaires, revenez à la pierre, lui dit l'image, et vous y trouverez toujours pour le besoin. — Herman profita de la promesse, et au grand étonnement de ses camarades qui, voulant jouir du mémo privilège, cherchaient toujours en vain, il trouva constamment de quoi se pourvoir.

Quand il fut avancé en âge, il prit l'habit des Prémontrés, aûn de se consacrer plus parfaitement au service de sa sainte Maîtresse. On le chargea bientôt du soin de la sacristie. Cet office lui plut extrêmement, comme lui donnant des rapports plus étroits avec Marie. 11 goûtait une joie sensible à chanter ses louanges, et c'était sa coutume de se prosterner chaque fois qu'il entendait son saint nom ; il baisait même la terre assez longtemps, lorsqu'il se trouvait à l'écart. Un de ses intimes lui en témoignant de la surprise, il lui avoua que Marie lui faisait alors la grâce de ressentir un parfum tout céleste qui semlilait s'exhaler du sol. Il travaillait un jour à orner un autel de la Vierge, Surpris de la lièvre au milieu de son travail, il fallut le saigner. Or s'étant couché par mégarde la nuit suivante sur la plaie, il y avait danger que la veine ne se rouvrit. La bonne Vierge ne permit pas que les jours de son serviteur fussent ainsi compromis. Elle lui apparut et l'appelant par son nom : Herman, lui dit-elle, prenez garde de vous appuyer sur le bras qui a été saigné. — Et en même temps, elle l'aida à se placer du côté opposé. Quel excès de bienveillance I mais il sera encore surpassé. Un matin que le bon serviteur de Marie, tout absorbé dans de pieuses pensées, descenduil lo5 escaliers de l'égli-c, il fit une chute et alla

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donner du menton contre une balustrade. Leclioc fui tellement violent qu'il se cassa deux dents. S'étant relevé, il ramassa ses dents, et le visage tout meurtri, il s'en alla à la sacristie. La clémente Vierge vint à sa rencontre et lui dit avec une bonté exquise: qu'as-tu, Ilerman? Comme tu as le visage contrefait 1 — C'est que je viens de faire une terrible cbute, répondit-il, et je me suis cassé deux dents. — Donne-les-moi, reprit la Vierge, et elle les lui remit de ses propres mains. En raCme temps, elle fit disparaître les taches de sang et lui enleva la douleur. Elle y fit même succéder une joie tout extraordinaire, et lui laissa ses deux, dents plus fermes et plus belles qu'auparavant.

Ilermau répondit à ces marques de tendrecse par un redoublement d'affection. Toutefois, distrait par la multiplicité des occupations, il lui arriva une fois de laisser ralentir cette ferveur et d'interrompre ses pratiques accoutumées. Cette négligence déplut à la Vierge, et en punition, elle le priva des apparitions dont elle le favorisait fréquemment; de plus elle résolut de l'avertir et de l'amender. Elle se montra donc à lui, mais sous un aspect tout autre que de coutume. Elle avait des vêtements usés, une face ridée et pâle. Effrayé do l'apparition, Herman lui demanda qui elle était. — Je suis la gardienne de celte église. — Au ton de voix, il reconnut la Vierge: quoi! c'est vous, la rose du paradis ? — C'est ainsi qu'il avait coutume de la nommer. — Hélas ! comment vous vois-je Ilétrie, pleine de rides et si vieillie? — Je me montre à toi, reprit la Vierge, telle que tu m'as faite dans ton cœur. Ta tiédeur et ta négligence dans mon service et mon amour m'ont défigurée. Où sont ces saiulalious q^ue tu l'edisais si

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souvent ? Comment s'est éteinte cette flamme d'amour filial dont tu brûlais pour moi? Où sont ces exercices de piété que tu m'offrais auparavant et qui nourrissaient dans mon cœur et dans le tien la fleur de la jeunesse? Le soin de cette église ne doit pas t'empèclier de me rendre'les hommages que tu m'as promis. ConQemoi la garde de mon temple, et reprends la dévotion à mes sept allégresses, et de la sorte, tu me feras rajeunir à tes yeux.

Herraan, corrigé par ces célestes avertissements , s'appliqua avec une nouvelle ferveur à servir et à honorer la Vierge. 11 avait si constamment ses louanges à la bouche, que c'était là l'unique objet pour ainsi dire de ses pensées et de ses entretiens. C'est ce qui porta ses confrères à le surnommer Joseph par allusion à l'époux de la divine Mère. Comme il en témoignait de la peine, s'estimant indigne d'un si beau nom, il résolut de les accuser au prochain chapitre, pour les obliger à se taire. Mais la nuit suivante, pendant qu'il faisait oraison après matines, il vit paraître au chœur une trèsbelle Vierge, ornée d'un manteau fort riche, ayant deux anges à ses côtés. L'un de ces anges disait : à qui donnerons-nous pour épouse cette excellente Vierge? Le second répondit : à ce religieux ici présent. — Puis l'appelant par son nom, cet ange lui dit: Herman, c'est à toi que cette noble Vierge va être donnée pour épouse. Heirnan flt signe qu'il, en était par trop indigne. Mais le céleste paranymphe le prit par la main et lui Qt prendre la main droite de la Vierge en disant: je le donne cette Vierge pour épouse, comme elle a été donnée jadis à Joseph. Reçois le nom de l'époux avec l'épouse, et désormais sois appelé Joseph.

Ce mariage céleste accompli, la vision disparut. Notre bienheureux en demeura plein de confusion et de joie. Sa joie reçut bientôt un nouvel accroissement. Une autre nuit, après ses prières accoutumées, la glorieuse Mère lui apparut de nouveau avec son divin Fils entre les bras, et elle l'appela. 11 s'approcha d'abord avec une crainte respectueuse, puis, s'animaiit à la confiance, il osa supplier la divine Mère de lui accorder pour un moment son petit Jésus. Oui, porte mon fils, lui répondit la Vierge, comme le fit autrefois mon époux Joseph, afin qu'ayant la même charge, tu puisses aussi avoir l'honneur de porter son nom.

Nous serions ti'op long , si nous voulions énumércr ici toutes les faveurs dont Marie daigna gratifier son époux d'adoption. Nous en avons assez dit pour montrer combien il est vrai que cette auguste Vierge aime ceux qui l'aiment. Ego diligentes me diligo. (Proverb. 8. 17.)

Laur. Surius. 8 April. Vila F. Hennanni. Canon. Sieinfeld.

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