‹ Les merveilles divines dans les saints du Moyen ÂgeChapitre 42 sur 54 · DEVOTION · texte numérisé non relu

DEVOTION

Veniat dilcctus meus in hortum siiiim, et comeû'il fruclum pomorum siiorum. Cantic. 5, 1

Que mon bien-aimé vienne dans son jardin, et mange du fruit de ses arbres.

î-a poche, dit-on, est le symbole de l'amour, à cause qu'elle a la figure d'un cœur. S'il en est ainsi, elle convient très-bien pour exprimer l'affection vraiment cordiale qui régna entre la Mère de Dieu et son serviteur, saint André Avellin, cette grande lumière de l'ordre des clercs réguliers. 11 se servit de ce symbole pour marquer sa dévotion envers elle, et réciproquement la Mère de Dieu voulut bien prouver par un miracle qu'elle agréait son hommage.

Le Saint avait en face de sa cellule un petit parc où il planta un pêcher qu'il dédia à la Reine du ciel. L'arbuste grandit en peu de temps, parce qu'André en avait grand soin. Quinze beaux fruits, cori^espondant précisément aux quinze mystères du rosaire pour lesquels il avait grande dévotion, furent la récompense de sa culture. Panachés de blanc, de rouge et d'or, ces fruits semblaient s'harmoniser avec les mystères joyeux, douloureux et glorieux. 11 est vrai que cette merveille resta inconnue du vivant du Saint ; ce fut sans doute

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parce que riiuruilité le rendait ingénieux à cacher les faveurs qu'il recevait du Ciel. Mais après sa mort, sa cellule étant passée à un autre religieux, on découvrit bientôt le prodige. En effet, chaque année, après la floraison, on voyait se former les quinze pêches, ni plus ni moins, et leur vue inspirait les plus tendres sentiments de piété.

Or en Fan ICI 2, il arriva qu'un tourbillon de vent en jeta plusieurs à terre. Le religieux s'émut de l'accident et se dit : voilà que mon rosaire est désorganisé. Mais levant les yeux, il fut tout étonné de voir que les quinze pêches s'y trouvaient encore, sans qu'il en manquât une seule. Un de ses confrères, un peu incrédule, voulant se convaincre de la merveille, en cueillit une pour la donner à un malade. II se mit ensuite à compter, et retrouva le nombre de quinze.

Le bruit s'en répandit et produisit une sensation qui s'accrut encore, lorsque, en 1C13, un grand nombre de pères vinrent vérifier cette particularité, que l'arbre donnait constamment ses quinze pêches, et qu'après en avoir détaché une, on retrouvait encore le même nombre. A ce spectacle, tous de concert louèrent le Seigneur et sa sainte. Mère, de ce qu'ils daignaient ainsi glorifier la piété de leur serviteur et recommander la dévotion du saint Rosaire.

Depuis, cette plante demeura toujours un objet de vénération, comme une chose consacrée à la Vierge, d'autant plus que ses feuilles mêmes opéraient des ■ miracles. On eût dit que la Vierge prenait plaisir à en faire comme autant de langues pour publier ses miséricordes. On les appliquait aux malades, et elles leur rendaient la santé, guérissaient les ulcères, et dissi-

paient les Oèvres. Il est donc permis de dire de ce merveilleux arbuste ce que nous lisons dans l'Apocalypse, qu'il fut un arbre de vie dont les feuilles mêmes étaient un remède pour l'humanité souffrante. Lignum vitœ reddens fnictum suum, et folia ligni ad sanitatem gentium. (32. 2.).

P. J. B Castaldus. Vila S. Andreœ AreUini. cap. 47. — P. Jo. S J.Var. virt. Hisl. l. 3. c. 3. §•7.

LXXVIIIe MERVEILLE.

PRÉDICTION d'une MOUT GLORIEUSE EN JÉSUS-CORIST.

Prœntincinns cas quœ. in Christo stinl passiiincii,et posteriorcs glorias. 1. Pétri. 1. 11.

Il annonça les souffrances du Christ et le» gloires qui en seraient la suite.

Pour animer ses serviteurs à la généro.sité, le Seigneur a souvent coutume de les préparer aux épreuves par certains pressentiments. Nous supportons plus aisément les maux de la vie, remarque saint Grégoire, lorsque nous pouvons nous prémunir contre eux par le bouclier de la prescience.

Or, voici comment une communauté entière de religieux dominicains mit cette maxime en pratique. Les Tartares assiégeant la ville de Sandomir en Pologne, et ne pouvant s'en emparer par la force, eurent recours au stratagème. Sous prétexte de négocier la paix, ils

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envoyèrent trois d(''putés au gouverneur de la forteresse, nommé Pierre Créai pa. Celui-ci fît suspendre les hostilités, et se fiant imprudemment aux apparences, consentit à aller traiter de capitulation avec Nogai, chef des barbares. Cependant, la nuit d'avant le jour fixé pour la signature du traité entre les Tartares et les Polonais, pendant que le bienheureux Sadoc et quarante-huit de ses religieux étaient à psalmodier matines, à la lecture du martyrologe, le novice chargé d'annoncer l'ofTice du jour suivant, vit ces paroles écrites on caractères d'or : à Sandomir, passion de quarante neuf martyrs. Etonné de ce qu'il voyait, le lecteur était en suspens. 11 se décida pourtant à lire. Une annonce si inattendue frappa vivement la communauté. Tous voulurent s'assurer de leurs propres yeux de ce qui leur était annoncé. Le novice leur passa le livre et ils furent convaincus. Alors saint Sadoc, poussé par un esprit prophétique , dit à ses religieux : c'est de nous sans doute, mes frères, que parle le martyrologe , car nous sommes justement quarante-neuf. Ainsi disposonsnous au glorieux martyre qui nous attend demain. Munissons-nous des sacrements pour combattre avec vaillance. — Ils passèrent donc le reste de la nuit et la matinée suivante à prier et à se préparer à une sainte mort.

Cependant Crempa et sa suite ne tardèrent pas à être les victimes de leur aveugle confiance. A peine eurentils mis le pied dans le camp tartare qu'ils furent assaillis et taillés en pièces; puis les barbares coururent donner un dernier assaut à la ville qui se reposait tranquillement sur la foi de la capitulation. Elle tomba entre leurs mains, et ils mirent tout à fou et à sang.

LXXVlll" MERVEILLE. 307

Nos fervents religieux venaient de réciter complies. Ils s'acheminaient processionnellement suivant la coutume vers la nef de l'église pour y chanter l'antienne Salve, Ilcgina. Une troupe de ces barbares, ennemis jurés du nom chrétien et plus encore des religieux, pénètrent en ce moment dans le temple, pleins de fureur, et frappant à grands coups de cimeterre, ils les firent tous passer au fil de l'épée et inondèrent le lieu saint de leur généreux sang. 11 y en eut un cependant parmi eux qui, effrayé d'une mort si cruelle, s'enfuit et alla se cacher dans un coin de l'éghse; mais voyant que ses bienheureux compagnons continuaient , bien qu'ils eussent la tête tranchée, à chanter d'une voix sonore et mélodieuse le Salve, Regina, commencé, il déposa toutes ses craintes et alla se jeter au milieu de ses frères, bravant le fer des barbares dont il fut bientôt atteint lui-même. ,

Tum super exanimes sese projfcit amicos.

Confossus, placidaque ibi demiim morte qiiievit (.Tînoid. 9.)

C'est ainsi que ces heureux cygnes s'envolèrent au ciel, en chantant les louanges de leur auguste Mère, qui les reçut tviompliants au sein de l'éternelle gloire et les couronna du diadème de Timmortalité.

P. Dominicus Maria M.irchesius. f)iar. .Sutr. Dùiiunic. tom. 3. Junii 2^ ex Bzovis. Ibid. cit.

308 LXXIX" Ml.nVEILLE.

riEUSE INDUSTItlE l'OUR AMENER LES PÉCHEOnS A LA PÉ.NITKNCE.

Astiitus omnia agit cum consilio.

L'homme prudent agit en tont avecdisccrment. Prov. 13. 16.

Si le ser[jciil infernal déploie quelque part tous ses artilices, c'est pour empêcher les fidèles de profiter du sacrement de Pénitence. On connaît la célèbre réponse qu'il fut contraint de donner par la bouche d'un énerguraène. Sommé de déclarer qui il était et quel était son emploi : Nous sommes trois, dit-il, dans le corps de cet homme. Moi je m'appelle, claudens cor, lu serrure du cœur, et j'empêche la contrition d'y entrer. Mon compagnon se nomme claudens os, la serrure de la bouche, et il fait en sorte qu'elle ne s'ouvre pas à la confession. Le troisième porte le nom de claudens bursnin, le cadenas de la bourse, et il travaille à ce qu'on ne paie point ses dettes. Or, l'un ou l'autre de ces trois défauts rend inutile le sacrement de Pénitence.

Mais quelle que fût la malice du démon, elle ne put résister à la sage et sainte adresse d'un saint moine bénédictin, pour vaincre l'obstination d'un grand personnage, qui était encore plus grand pécheur, et que les démons portaient à ne point se confesser.

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Après une vie qui n'était qu'un tissu d'iniquités, cet homme tomba enOn dans une maladie mortelle. Le danger ne put le tirer de son indifférence. Visité par de pieux amis, en vain était-il pressé de mettre ordre à sa conscience et d'assurer son salut par la digne réception des sacrements. II branlait la tète et se contentait de répondre qu'il avait plus besoin de remèdes que de sacrements. Cependant le mal faisait des progrès. On appela des prêtres et des religieux qui lui dirent ouvertement que les médecins désespéraient de sa vie, et tâchèrent de le déterminer à se confesser, soit en le menaçant des peines de l'autre vie, soit en excitant sa conOance dans les miséricordes de Dieu. Tout fut inutile. L'endurci répondit à tout, qu'on ne faisait qu'empirer son état par toutes ces funestes instances.

La famille était extrêmement désolée de voir cette obstination. Enfin, pour dernière ressource, elle recourut à un moine bénédictin qui jouissait d'une grande réputation de sagesse et de vertu. Le religieux s'approche du lit du malade, et s'ingénie à lui ouvrir le cœur par les paroles les plus insinuantes et les plus charitables. Mais c'était chanter devant un sourd. 11 changea donc de méthode, et lui dit d'une voix terrible qu'il ne lui restait plus que peu de temps à vivre, que s'il ne se confessait sans retard, il allait perdre avec la vie l'éternité et le paradis, que les démons étaient déjà tout prêts à l'entraîner dans l'enfer. — Alors cet obstinéj soupirant amèrement : A quoi bcm, dit-il, me confesser , moi qui n'ai rien fait de bon, qui ai au contraire tant péché, et qui suis hors d'état de satisfaire à la justice divine? — A ces mots, l'habile

confesseur se hâta de lui dire : S'il n'y a que cela qui vous embarrasse, je veux assui^er votre salut éternel à mes dépens, sans qu'il vous en coûte. Faisons un échange : Je prends sur moi tous vos péchés et j'en répondrai au tribunal de Dieu, et je vous abandonne toutes mes bonnes œuvres, mes jeûnes, mes oraisons et toutes les messes que j'ai célébrées depuis tant d'années que je suis religieux. Acceptez-vous? — Le malade, surpris d'une telle générosité, n'osait y croire. Le saint prêtre ajouta : Je proteste devant Dieu et en présence de toute la cour céleste, que je fais sincèrement cet échange, autant qu'il est en mon pouvoir. Que Jésus-Christ daigne l'accepter au ciel, comme je vous l'offre sur la terre.

A une déclaration si extraordinaire, le pécheur s'attendrit un peu ; il répondit qu'il acceptait de grand cœur un échange si charitable. Le serviteur de Dieu, pour le consoler et l'encourager d'autant plus, en dressa aussitôt l'acte authentique qu'il signa avec le malade et les témoins, et qu'il remit entre les mains du pauvre pécheur. Celui-ci se sentit comme déchargé du poids énorme de ses péchés et enrichi au contraire d'une foule de mérites, il s'affectionna grandement à son charitable bienfaiteur, et alla jusqu'à dire qu'il loi était plus obligé qu'à aucun homme du monde, et que, s'il revenait à la santé, il se ferait un devoir de le servir le reste de ses jours. S'emparant de ces l)onnes dispositions , le prudent confesseur lui dit alors : Maintenant que nous avons fait cet accord que mes mérites sont à vous et vos péchés à moi, en sorte que c'est à Qjoi à les expier, la raison veut que vous me donniez secrètement connaissance de leur qua-

Vdà et de leur nombre. Sans cela, comment pourraisje savoir à quoi je suis tenu vis-à-vis de l'éterneUe justice?

La demande parut très-raisonnable au malade : rien de plus juste, se dit-il, que de faire connaître à mou ami l'étendue de son obligation charitable, pour qu'il s'en acquitte dès ce monde. Mon père , lui dit-il , il vous reste à faire une grande pénitence; car mes crimes sont très-nombreux et très-griefs; et là-dessus, il se mit à raconter l'hisloire de sa vie, à commencer de sa jeunesse. Le bon religieux l'écouta paisiblement, €t de temps en temps , il faisait quelques prières jaculatoires pour le recommander à la miséricorde divine et lui obtenir la componction du cœur. A la fin, il lui dit que pour le délivrer tout à fait de ces péchés, il voulait lui donner l'absolution sacramentelle, et qu'afm de la recevoir avec fruit, il n'avait qu'à ratifier sa confession, en y joignant un vrai regret d'avoir offensé la souveraine Bonté. 0 merveille de la divine grâce ! Soudain ce cœur obstiné est changé, il s'attendrit, il fait des actes de la plus vive contrition et répand une abondance de larmes. Ensuite, de lui-même, il demanda et reçut avec une tendre piété les autres sacrements. Ils lui furent administrés par son confesseur. Les ayant reçus, il ne savait comment lui exprimer sa reconnaissance. La mort, jusque-là sa terreur, devint l'objet de ses désirs. Et en effet, il rendit heureusement son àrae à son Créateur, en laissant à tous l'espérance consolante de son salut éternel.

La joie que ressentit le confesseur d'une telle conversion, fui immense, d'autant plus qu'elle avait été

plus combattue par les démons. Dieu la combla en daignant lui faire voir cette âme portée par les anges au séjour du salut. De retour au monastère, il serait aussitôt à satisfaire à la divine justice pour les péchés dont il s'était chargé, multipliant ses jeûnes, ses disciplines et ses autres austérités. 11 y avait une année entière qu'il persévérait dans ces exercices de pénitence, lorsqu'une nuit, pendant qu'il était en oraison, il entendit un ange qui lui dit : Serviteur du Très-Haut, sache qu'en récompense de cette charité avec laquelle tu fais pénitence depuis un an pour les péchés d'aulrui, le Dieu de toute clémence te remet toute la peine qui leur serait due et qui devrait durer au moins quarante ans. Je t'assure en outre que ta charité a été très-agréable à ses yeux; tu as renoncé au fruit de tes bonnes œuvres pour racheter ce pécheur; en revanche, le Seigneur en double le prix, et il veut que dans le ciel tu en aies une double récompense.

Trait admirable où se voient réunies de la manière la plus parfaite les deux qualités requises d'un bon confesseur par les saints Conciles , c'est-à-dire la prudence et la charité. Prudens et benevolus ; la prudence d'abord qui fait trouver les moyens convenables : Invertit média ad finem ; puis une charité désintéressée, qui, comme le dit l'xVpùtre, s'oublie elle-même pour le bien du prochain. Benigna est, non qnœrit quœ sua siint. (1 Cor. 13.)

F. Valerius Venetus. In pralo florum. L. 5. cap. 33. Cœsarius, /n Dialog. ihid. cit.

l'innocence vengée d'LNE ENORME CALOliXIE.

Feci judicium et juslitiam, non tradas m-' calumniantibus me. Ps. 118. 12.

J'ai pratiqué la justice et la vériti*, ne rre livrez pas à mes calomniateurs.

On verra plus tôt un corps sans ombre que la vertu à Tabri de la calomnie. C'est ce dont l'illustre Bouaventure Toloraéi fit personnellement l'expérience. Entré dans l'ordre de Saint-Dominique, il fit une guerre active aux vices par ses éloquentes prédications. 11 n'en fallut pas davantage pour exciter contre lui la rage de l'enfer. Les esprits de ténèbres se réunirent en conseil et résolurent de l'accuser des deux crimes contre lesquels il s'élevait le plus souvent, c'est-à-dire Timpudicité et l'injustice. L'un d'eux s'étant donc transformé en une jeune débauchée de Sienne, choisit, pour ourdir sa trame, le moment, où deux séculiers, atteints sans doute de la lèpre flétrie par le serviteur de Dieu, se trouvaient au voisinîige de son couvent. Alors la rusée, guettant du regard et paraissant vouloir se dérober, mais tout en se faisant bien remarquer^ s'élança d'un bond dans l'intérieur du monastère. Nos deux hommes épièrent ses démarches et la virent entrer dans la cellule du bienheureux. C'en fut assez pour leur persuader qu'ils avaient pris le renard au

filet. A l'instant, ils vont trouver le prieur, et affectant de l'indignation ;, ils accusèrent le saint prédicateur de relations infâmes. Ils l'engagèrent à aller sur-le-champ s'assurer de la chose par ses propres yeux. Le prieur fut bien éloigné de croire à ce rapport ; toutefois pour mieux éclaircir la chose, i! alla aussitôt avec eux à la cellule du serviteur de Dieu. 11 eu ouvre la porte brusquement, et au lieu de la débauchée, ils voient le Saint agenouillé devant le cruciOx, environné d'une splendeur céleste, s'entretenant pieusement avec le Sauveur. Frappés de ce spectacle, ils reconnurent riUusion diabolique, firent des excuses au prieur et se retirèrent confus.

Mais les esprits malins, fâchés de ce que les deux séculiers, au lieu de diffamer le saint homme dans la ville, étaient allés découvrir leur manège au couvent, au grand avantage de leur ennemi, voulurent se venger sur les maladioits. A peine étaient-ils hors du monastère, qu'ils les attaquèrent sous la forme de nègres et leur donnèrent une rude bastonnade. Oh 1 si les calomniateurs des religieux étaient souvent châtiés de la sorte, combien on en verrait diminuer le nombre 1

Cet échec ne sufTit pas pour engager les démons à cesser leurs tentatives. Ils s'avisèrent de discréditer le Saint, en le taxant de vol. Il était arrivé au couvent de Sienne un célèbre docteur de théologie qui y avait apporté avec lui quantité délivres de choix. Un démon en prit occasion de répandre des nuages sur l'intégrité de notre Saint. Il alla secrètement à la cellule du docteur, ,et s'emparant de ses plus précieux ouvrages, il les transporta et les cacha dans celle de Bonaventure.

LXXX* MERVEILLE. o7j

Le docteur, s'élant aperçu du vol, alla se plaindre au prieur, et lui dit qu'il n'aurait jamais cru que dans une maison aussi sainte, il se fût trouvé un voleur assez audacieux pour lui dérober ses meilleurs livres. Le prieur, à cette nouvelle inouïe, convoque aussitôt tous les frères au chapitre, afin de faire une exacte perquisition. Là, il ordonne à chacun de lui remettre toutes ses clés. Puis, accompagné des deux pères les plus respectables du monastère, il alla visiter une à une toutes les chambres. Enfin on découvre les livres cachés sous d'autres petits objets dans l'armoire du bienheureux. Etourdis de la découverte, ils retournent au chapitre, et fixent des regards mécontents sur le frère Bonaventure , lui montrant ainsi qu'on l'avait surpris en faute. Pour lui, sûr de son innocence, il pensa soudain que Dieu le voulait éprouver, et il résolut de ne point ouvrir la bouche pour se disculper et d'abandonner sa cause à la divine Providence.

Mais ensuite voyant le scandale, les reproches, les murmures qui circulaient dans le couvent, et craignant avec raison qu'ils ne transpirassent en ville, il jugea devoir recourir à l'intervention du Ciel par de ferventes prières : C'est à vous, Seigneur, dit-il, à vous, notre secours dans les tribulations qui nous accablent, qu'il appartient uniquement de défendre mon innocence. Je vous supplie, non pour ma satisfaction, mais pour votre gloire et pour la confusion de l'ennemi, de daigner manifester le véritable auteur de ce vol. Faites qu'il soit forcé de reporter publiquement ces livres à l'endroit d'où il les a enlevés. — Sa prière à peine terminée, il fut exaucé. Le menteur infern.il fut contraint d'opérer publiquement le transpoi't. Il

comparut au chœur ou au chapitre où les frères étaient réunis; il avait la figure d'un maure hideux, avec une tête monstrueuse armée d'une corne, et avec la queue d'un renard. U tenait sous les bras les volumes dérobés, les regardant de travers et faisant entendre des hurlements sauvages. En passant, il s'écria : Maudit celui qui me force à faire cette restitution ! Je croyais l'avoir abattu sous le poids de l'infamie, et voilà que je contribue à sa gloire. Ayant reporté les livres à la chambre du docteur, il se précipita avec un fracas horrible dans les gouffres les plus profonds de l'enfer, laissant toute la communauté atterrée de ce spectacle. Le bienheureux Bonaventure les anima à ne point craindre les embûches et les menaces du démon ; il leur montra que rinnocence est pour les serviteurs de Dieu comme un boucher impénétrable qui renvoie les flèches du tentateur et les fait tourner à sa honte et à son préjudice. Justitia reclorum liberabil eos, et in insidiis mis capienlur iniqui. (Prov. H . 6.)

P. Domitiic. Mariée Marchesius. In Sacr. Diar.

Domin. 26 decembr. et Fast. Senens. Ibid. cit.

LXXXl" MERVEILLE.

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