‹ Les merveilles du corps humain; précis méthodique d'anatomie, de physiologie et d'hygiène dans leurs rapports avec la morale et la religionChapitre 35 sur 70 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'Jiomine étant une intelligence v?nie à des org^s, §e trouve pourvu d'excellents eonducre^rs, qui insmettent à l'âme toutes les impressions que le fps reçoit de la matière : ces conducteurs sont les

Xi^s impre^ions qui arrivent à Tâme par çles ents intermédiaires constituent les sensations ; les iprçssiops susceptibles d'être produites en l'abpce d^ objets sensibles constituent les senti-fjits. Le dirai je ici? le contre-coup nerveux ré- Itant des sen^tions , m'a semblé retentir davange dans le cerveau ; et celui des sentiment^ , dans ^ entrailles , dans le cœur.

Le plaisir et la douleur accotnpagnent le plus ►uvept les opérations des sens, qui sont, comme I Iç s^it, au nombre de cinq.

La joie et la tristesse sont au^si les compagnes $épar4|)les des sentiments, moins passagers, moins rconsprits , moins grossiers enfin qu^ les sensa- >ns : on éprouve donc une sensation plus ou moins ;ïéable en goûtant un n^ets bien préparé , tandis l'on éprouve un sentiment plus ou moins vif à la te d'un beau tableau , au récit ou au souvenir seul \ine belle action. Voilà pourquoi nous avons dé-

2U0 PONCTIONS IMS RELATION.

fini ailleurs le goût physique un sens, et le goiit intellectuel un sentiment * .

lies sensations et les sentiments exercent entre eux une réaction réciproque, qu'il ne faut jamais perdre de vue. En général , on est triste quand on ressent de la douleur, et joyeux quand on éprouve du plaisir ; puis , par une harmonie toute physiologique, la joie accourt doubler le plaisir , de même que la tristesse vient accroître et entretenir la douleur.

Dans l'analyse si difficile , si hasardeuse de nos sensations et de nos sentiments, n'oublions donc jamais que leur influence mutuelle et leur intioie union tiennent à celles de Tâme et du corps , conservant jusque dans leurs combats uiie mystérieuse solidarité. Permis sans doute à notre faible nature de séparer ces deux éléments pour les mieux étudier; mais reconnaissons bien, et ne cessons pas d'admirer l'harmonieux concours qui atteste l'unité divine qu'ils avaient dans le plan primitif de la création.

Les appareils des sensations, servant particulièrement à la perception des objets du dehors , vont nous présenter une série de pièces du travail le mieux fini , reliées par des conducteurs spéciaux à un centre commun , qui est à la fois le siège principal de la faculté de sentir et l'instrument visible des déterminations, de la volonté. Ces cordons conducteurs, nous l'avons dit, ce sont les nerfs sensoriaux chargés de transporter les impressions de l'extérieur;

* Voir notre Théorie morale du Goût, à laquelle nous empruntons ici quelques passages.

DKS SENSATIONS. 2U\

çeA organe central, c'est le ceîveau , dont Toffice est de recueillir l'excitation produite par la matière, et de la communiquer à Tàme j à qui seule est départie la puissance de percevoir. Les théologiens , aussi bien que les physiologistes , peuvent donc considérer le cerveau comme une sorte de foyer où viennent s'unir la vie de l'âme et la vie du corps.

Instruments de nos sensations , ou plutôt serviteurs dévoués I puisque ce sont des organes vivants, les cinq sens se concertent pour notre conservation en nous signalant, à l'envi , ce qui nous est utile et ce qui peut nous nuire. Ainsi, le toucher proprement dit nous avertit du contact immédiat des corps; toucher avant-coureur, \ odorat nous transmet les particules gazeuses qui s'en échappent ; toucher interne , toucher de nutrition , le goût nous fait connaître la saveur des aliments destinés à entretenir la vie ; enfin, deux sortes de touchers à distance, Vouie et la r«e, comme des sentinelles avancées, nous signalent, l'une les diverses vibrations des corps, l'autre leur volume, leur distance, leur situation , leur forme avec les couleurs qui les distinguent.

Remarquons aussi avec quelle admirable prévoyance les organes des sens se trouvent placés dans Tordre de leur destination, de leur importance, de leur dignité, de leur beauté : les yeux, au poste le plus élevé, pour mieux avertir l'âme de ce qui se passe, même au loin ; les oreilles, pour rassembler les sons qui nous frappent ; le nez, pour recueillir les particules odorantes émanées des corps; la langue et le palais, précieux dégustateurs, occupant la

cavité qui donne entrée aux aliments ; la peau enfin, organe du toucher, déployée sur tout le corps avec une sensibilité plus exquise encore vers l'extrémité des mains.

Si rien ne nous venait que par l'entremise des sens, comme on Ta souvent répété d'après l'autorité d'Âristote, les animaux, qui ont des sens plus exquis que ceux de l'homme , devraient par cela même avoir une intelligence pour le moins aussi développée que la sienne. Et pourtant, quelle différence! Qu'on détruise les sens de l'homme, dit Bufîfon, il perdra la connaissance des qualités des corps; rame n'en subsistera pas moins, les fonctions intérieures subsisteront , et la pensée se manifestera toujours en dedans de nous-mêmes ; oui, le plus stu^ plde des hommes suffit pour conduire le plus spirituel des animaux. La parole ou voix intelligente, la puissance d'induction, la volonté libre, l'amour du vrai, le désir des sciences, Tidée de la mort et celle de Dieu n'appartiennent qu'à l'homme *.

§ I. Du Toucher.

Si l'on nous demande pourquoi nous commeu-çons l'étude des sens par celle du toucher , nou» répondrons : parce qu'il est réellement la base de? tous les actes de l'organisation, parce que les quatre autres sens ne sont en définitive que des touchers

^ Voy, la Physiok^ig élémentadre de Vhomme, par M. Bracbet, le sauvant ouvrage de Bérard de Montpellier, et les diverses publications do pro- Tcfiseur Lordat, l^ine des iUustraUons de cette Ëcole célèbre.

médiats ou immédiats y dont il rectifie souvent les illusions; enfin, parce que c'est lui qui nous fait distinguer dans les divers corps de la nature le plus grand nombre de propriétés, telles que la température^ la pesanteur, la dimension, la forme, la consistance, le mouvement ou le repos.

Le toucher, dont aucun animal n*est privé, comprend le tact et la palpation , qu'il ne faut pas confondre. Le tact , en quelque sorte passif, résulte de Tapplication d'un corps sur un point de la peau ou des membranes muqueuses ; la palpation , au contraire, est un tact dirigé et intelligent, qui a pour instrument spécial la main , véritable chef-d'œuvre anatomique, dont nos fourches, nos fourchettes, nos pinces et le compas ne sont que de bien pauvres copies.

Appareil du Toucher,

La peau , que nous avons déjà signalée comme organe de sécrétion et d'absorption , se présente ici comme ot^ane du toucher. Étudiée sous ce dernier point de vue, l'enveloppe extérieure du corps va nous offrir deux parties principales : le derme, composé de trois couches ; et Yépiderme , d'une seule.

Le derme ou chorion, partie la plus profonde et la plus épaisâe de la peau, est une membrane blanche, d'une force considérable, formée de fibres et de lamelles entrelacées d'une manière inextricable, avec tJes orifices nombi^eux livrant passage à une arté- Hole, à une veine, à des vaisseaux lymphatiques et à fies nerfs. Les anatomistes modernes appellent corps

2kti FONCTIONS DE RELATION.

muqueux la couche molle et grisâtre, d'une organisation peu connue, qui recouvre le derme et renferme le pigment ou matière colorante de la peau, si différente dans les races humaines * . Ils ont encore distingué, sous le nom de corps papillairey la troisième couche formée par Tépanouissement des filets nerveux, et en rapport avec la face interne de Tépiderme.

Uépiderme est une sorte de vernis protecteur, tombant sans cesse, et sans cesse renouvelé par la sécrétion du derme , sur lequel il se moule sans lui rien ôter de sa souplesse. Production inorganique, c'est-à-dire dont la structure écailleuse ne laisse apercevoir ni nerfs ni vaisseaux, il se trouve jeté sur les papilles nerveuses comme une gaze demi*» transparente et insensible , au travers de laquelle passent les poils ainsi que les fluides de la transpiration et de l'absorption.

Terminons ce qui est relatif à l'appareil du toucher par quelques notions sur les ongles et sur les poils, dont l'organisation délicate embarrasse encore les plus habiles anatomistes.

Ijes ongles sont de petites lames cornées , demitransparentes , placées à l'extrémité des doigts et des orteils , du côté de leur face dorsale. On distin-

* Voir, à la fin du volume, la note G, sur les différentes races de Vespèce humaine.

On a donné le nom à'alhinos, du mot latin albus (blanc), à des individus qui, plus ou moins dépourvus de ce pigment, ont la peau d'un blanc fade, les cheveux et les poils blancs, et dont les yeux sont tellement sensibles qu'ils ne peuvent supporter la lumière du jour. Les nègres sont sujets à cette maladie comme les Indiens et la race caucaslque; on aurait tort toutefois de croire que les albinos existent en peuplades.

DES SENSATIONS. 2ft5

giie dans chacun d'eux : une racine , qui s'enfonce dans un pli particulier de la peau ; un corps , dont la face interne adhère fortement à la superficie du derme; une extrémité libre, qu'on est dans l'usage de couper à mesure qu'elle croît. Les fonctions des ongles sont de soutenir la pulpe des doigts, de la garantir contre l'impression des corps durs, d'aider la main à saisir les corps très-petits et à diviser ceux qui n'offrent que peu de consistance. Quant aux ongles des orteils, ils contribuent à affermir la marche, par leur texture en général plus dense et moins élastique.

Les poilsj filaments flexibles sortis de la peau , recouvrent spécialement quelques parties du corps qu'ils semblent destinés à protéger. Selon la région sur laquelle ils croissent, on les appelle cheueux, sourcils, cils y barbe.

Un cheveu, ainsi que tout autre poil, offre à considérer : i®une extrémité terminale, appelée /?o/W/e, dont la bifurcation annonce le dépérissement ; i"* une partie moyenne ou corps ; 3"* une extrémité adhérente, sorte de racine bulbeuse, renfermée elle-même dans une petite gaine ou follicule, constituant la poche génératrice du cheveu. Cet isolement du bulbe et du follicule explique comment, jusqu'à un certain âge, les cheveux peuvent repousser quand ils ont été arrachés ou qu'ils sont tombés après une iiialadie. Considérés relativement à leur structure. Ces petits organes se composent d'une couche exté- ^ieure ou épidermique, de nature cornée, exhalant J>ar la combustion une odeur désagréable ; et d'une substance propre ou pileuse, sorte de canal séparé

2k^ rONGTIOUS DB RELATION.

par de nombreux compartiments dans lesquels se trouve contenue la moelle. C'est cette matière huileuse qui donne aux cheveux leur diversité de coloration. En soumettant la moelle à l'analyse, Vauque^ lin a reconnu que sa couleur brune verdâtre est due à la présence du fer et du manganèse ; que sa couleur blonde provient du soufre uni aux composés ferrugineux ; que sa couleur rousse est déterminée par une grande proportion d'oxyde rouge de fer : analyse chimique y remarque le docteur Massé y confirmée par la pratique des Chinois, qui, à Taide de pi*éparations ferrugineuses administrées à l'intérieur^ par* viennent à faire redevenir noires les chevelures déjà notablement blanchies.

Les cheveux ne servent pas uniquement à orner la tête; faisant encore l'office de palissade, d'ombrelle, de coussin, de bouclier, ils amortissent la violence des chocs qu'elle peut éprouver, et l'abritent un peu contre les variations de l'atmosphère et l'intempérie des saisons; enfin, ce sont probablement autant de petites pointes servant de dégagement à l'électricité vitale qui tend sans cesse à s'accumuler vers le cerveau. On ne devra donc rien négliger pour la conservation de ces précieux organes, qui réclament surtout de l'air et de la propreté.

Mécanisme de la fonction*

Le tact, ainsi que nous l'avons dit, résulte de la simple application d'une substance matérielle sur la peau ou sur les membranes muqueuses, lesquelles ne sont qu'une peau interne plus délicate, plus irri-

HES &ENâATiOMS. 2A1

table. Aussi , bien autrement rapide que Téclair» Timpression reçue par les papilles nerveuses est renvoyée au cerveau par ses conducteurs , et , de cet organe central, est transmise à Tâme, seule ca< pabie de sentir et d'apprécier la nature de la sensation.

Dans la palpation y qui ne saurait avoir lieu , comme le tact, sans l'entière participation de Tindividuy la main se met à parcourir la surface des corps y pour que l'âme attentive en saisisse mieux W diverses propriétés. A défaut des membres supérieurs ^ la nécessité, qui tire parti de tout, ne dédaigne pas de demander aux pieds, à des organes de support, de devenir organes spéciaux du toucher proprement dit. C'est ainsi que l'artiste Ducornet, auteur de plusieurs tableaux de mérite, n'est guère plus embarrassé qu'un autre pour peindre ou pour écrire avec ses orteils. Je conserve dans ma collection d'autographes une lettre précieuse de ce peintre, non pas seulement manchot, mais privé des deux mains. Toutefois, cet exemple, qui atteste ce que peut une volonté persévérante, est loin de prouver que le pied puisse remplacer la main, le plus admirable, le plus parfait des outils.

Organe de sustentation^ le pied de l'homme est destiné à fouler la terre. Oi^ne de préhension^ la main lui sert d'abord pour manger, s'habiller, s*abriter, se défendre ; puis, s'élevant à d'autres foac* tions, elle devient l'auxiliaire ou le suppléant de la voix et du langage, soit qu'elle tire des instruments les sons les plus propres à charmer l'oreille, soit que, fixant la pensée sur le papier, sur la pierre, sur

le métal ou sur la toile, elle se charge de la titansmettre aux générations les plus éloignées *.

La raison physiologique de ces diverses destinations, nous la trouvons dans les grandes variétés de formes que peut prendre la main, grâce à sa division en doigts plus longs que les orteils, et surtout à la faculté d! opposer le pouce à tous les autres doigts : ce privilège exclusif de l'homme établit l'un des caractères distinctifs de sa main, et en fait comme le sceptre de la création.

Les singes sont dénués d'un aussi précieux avantage : ces hideux porteurs du masque humain ont tous le pouce séparé aux pieds de derrière ainsi qu'à ceux de devant ^.

On sait que chez Téléphant le sens du toucher réside d'une manière exquise dans la trompe ; mais qu'il est loin d'y avoir dans cette espèce de main les ressources industrielles qui se trouvent dans la main de l'homme !

^ Galien a beau s'évertuer à trouver dans le pied un organe de préhen' sion, comme, par exemple, quand on monte à une échelle, le pied est avant tout un organe de support, de sustentation. En effet, moins longs que les doigts, les orteils se trouvent disposés sur un même plan à la suite les uns des autres, de telle sorte que le gros orteil, au lieu de servir à ToppositloD, contribue seulement à élargir et à consolider le pied^ base de rédiûce humain.

' Malgré les efforts tentés pour rapprocher l'intervalle qui sépare les dernières races humaines des premières familles des quadrumanes, cet intervalle restera toujours Immense : l'homme peut bien s'abrutir, mais la brute ne s'^èvera jamais jusqu'à riiumanité.

Dans son beau traité sur V Utilité des Parties du Concis Humain, traduit récenmient par le docteur Daremberg, Galien consacre le premier livre tout entier à la main ; nous citerons les chapitres v, vi et vn , où il s'attache à démontrer les avantages qui résultent de la division de la main en doigts, de l'opposition du pouce avec les autres, puis de la conformation des ongles. {Voir, à la fin du volume, la note complémentaire H.)

Remarquez en outre la finesse de la peau des mains; tâchez d'y apercevoir les corpuscules électriques de Paccini *, la quantité de papilles nerveuses épanouies à l'extrémité ainsi qu'à la partie interne des doigts; puis comptez chez ces derniers les trentehuit articulations dont la mobilité leur permet d'occuper une grande ou une petite surface, selon qu'ils s'étendent, se raccourcissent, se plient, se se* parent, se joignent, soit pour les besoins, soit pour les agréments de la vie. C'est surtout par sa prodigieuse mobilité que la main se rend l'interprète de nos pensées et de nos sentiments : il semble en effet que chacun de ses mouvements parle; aussi, est-elle la langue usuelle des sourds-muets, et ses gestes accompagnent-ils tout naturellement nos paroles.

a Avec la main, dit Montaigne, nous requérons, nous promettons, appelons, congédions, menaceons, prions, supplions, nions, refusons, interrogeons j admirons, nombrons, confessons, repentons, craignons, vergoignons, doubtons, instruisons, commandons, incitons, encourageons, iurons, tesmoignons, accusons, condemnons, absolvons, iniurions, mesprisons, desfions, despitons, flattons, applaudissons, bénissons, humilions, mocquons, réconcilions, recommendons, exaltons, festoyons, resiôuïs« sons, complaignons, attristons, desconfortons, désespérons, estonnons, escrioiis, taisons, et quoy non?

^ Voir, à la fin du volume, la note I sur ces corpuscules, regardés par ^ . Ândral comme les ganglions du tact, et par Paccini, comme autant de l^etites batteriet électriques analogues ù celles de la torpille et d'autres t^Ciissons.

d'une variation et multiplication à Tenyy de la langue. » {Essais, 1. Il, ch. 12.)

Mais, prenant l'effet pour la cause, n'allez pas attribuer à la perfection de la main la supériorité de Tintelligence humaine ; pensez plutôt j avec Anaxagore, Àristote et Galien , que si Tinstrument est aussi parfait ^ c'est qu'il doit obéir à une intelli«gence infiniment supérieure à celle de l'animal le plus intelligent.

Le toucher, le plus essentiel de tous nos sens, parait acquérir d'autant plus de précision que les autres ont moins de développement : ce qui a fait penser que les polypes palperaient en quelque sorte l'air et la lumière. On sait, du reste, à quel degré de perfection les aveugles parviennent à porter la palpation : il en est qui peuvent distinguer la forme des plus petits objets, certains caractères d'imprimerie et même jusqu'aux couleurs des étoffes , par l'impression que produisent à la pulpe des doigts les inégalités différentes de chacun de ces corps. Les biographes rapportent que l'artiste Ganivasius étant devenu aveugle, ne continua pas moins de pratiquer la sculpture avec succès, en se guidant par le ioyx-' cher seul , et que l'antiquaire Saunderson , presque aveugle de naissance, reconnaissait une médaille contrefaite, parmi une suite de ces témoignages historiques*.

^ Voir, à la fin du volume , la note J , sur un sculpteur aveugle et d'une grande dextérité^ mort en 1853, près d'Inspruck.

DES SENSATi(»(& 251

Conseils hygiéniques sur le Toucher.

I. I^ tact, ré[>arti, coinuie nous l'avons vu, à la surface des deux enveloppes externe et interne du corps, n'a guère besoin de perfectionnement; on p^i^it même dire que sa délicatesse est d'ordinaire plt is nuisible qu'utile.

la. La délicatesse du tact se trouvant en rap|>ort avec ia finesse de la peau, nous l'augmentons par tout ce qui contribue à entretenir la souplesse de celle-ci : les bains tièdes, les onctions, les vêtements doux.

3. Veut-on , au contraire, émousser la sensibilité générale trop éveillée parle tact, il suffit d'épaissir l'épiderme par des frottements répétés , par le contact des poussières et des corps durs, par l'usage habituel de la grosse toile on d'une laine rugueuse, comme celle qui sert à confectioiuier les chemises des carmélites; enfin , par des travaux corporels, des exercices et des voyages poussés jusqu'à la fatigue.

4. La meilleure des complexions étant celle qui résiste le mieux aux causes morbifiques , habituons de bonne heure et graduellement les enfants aux ^^tempéries des saisons : nous les rendons d'autant plus impressionnables, d'autant plus faibles, que '^ous les accoutumons à des précautions plus minu* ^*eusés.

5. N'oublions pas toutefois que l'enfant nou- ^^au-néetle vieillard doivent être vêtus chaudement, ^^ qu'un froid prolongé leur devient souvent fatal.

6. Quant au toucher manuel, à ]a palpation , les ^^lîividus non assujettis à de rudes travaux ne de-

vront rien négliger pour lui conserver sa délicatesse naturelle, et, au besoin, pour la perfectionner; Tusage des gants peut leur être fort utile *.

7. C'est par une grande propreté, et par un long et intelligent exercice, que les aveugles parviennent à porter ce sens à un degré de perfection qiii élonne.

8. Le toucher étant d'autant plus sûr que l'épi— derme est moins épais, on a pu conseiller à ces in — fortunés de ne tenter publiquement certaines épreuves difficiles, qu'après avoir un peu usé avec une pierre — ponce cette enveloppe insensible.

§ II. Da Goût.

he goût est le sens chargé de nous faire connaîtra la saveur des corps, notamment celle des substances alimentaires. C'est à bon droit qu'on l'a surnommé? sens chimique, ainsi que l'odorat, son voisin et son auxiliaire : tous les deux, en effet, ne s'exercent que sur des molécules détachées des corps, avec cette différence que le goût procède par i^oie humide; et l'odorat, par x^oie gazeuse. Ce sont, du reste, deux sentinelles placées aux avant -postes de Testomac pour reconnaître les matériaux de la nutrition.

Fidèle à notre plan , nous allons nous occui)er successivement des saveurs, de M appareil du goiit, de

^ « L'usage des gants doit être recommandé, dit le docteur Pointe ; les gants préviennent le développement des engelures, ils donnent des habitudes de propreté , enfla ils contribuent à la conservation de la sensibilité du derme, conditions indispensables au parfait exercice du toucher. » {Hygiène des Collèges.)

son mécanisme, enfin des moyens hygiéniques les plus propres à conserver ou à parfaire ce sens, lié à l'appétit d'une manière si intime.

Des Saveurs.

JjGs saveurs résultent uniquement des impressions faites par les corps solubles sur l'organe du goût. Que l'impression soit agréable ou désagréable, pourvu qu'elle soit franche, distincte, les corps sont dits sapides; l'impression est -elle purement mécanique, nous qualifions les corps cVinsipides. Tout corps insoluble mis en rapport avec l'appareil dégustateur produira sans doute un contact quelconque, mais il ne saurait jamais déterminer une saveur. Nous le répétons : pas de sapidité sans solubilité. En dehors même des aliments, en général d'autant plus digestibles qu'ils ont plus de saveur, la sapidité est un caractère important sur lequel les chimistes interrogent souvent le goût, avant de déterminer par l'analyse la nature d'une substance soumise à leur examen. Le nombre des saveurs est infini : on a essayé de les classer en douces, amères, acerbes, acidulés, sucrées^ etc. ; qualifications qui se résument par les deux suivantes, agréables ou désa^ gréables, selon l'attrait ou la répugnance éprouvée par le contrôleur des aliments.

Appareil et Mécanisme du Goût,

Cet appareil sensitif a pour organe spécial la l(inguef si richement pourvue de nerfs , tels que le lingual, l'hypoglosse^ le glosso - pharyngien et des

25& FONCnOWS DE RELATION.

filets ganglionnaires. En seconde ligne, viennent les lèvres, les gencives, les joues, le palais, avec leurs dépendances glandulaires ou folliculaîres, dont l'office est de sécréter des fluides doués de propriétés dissolvantes.

A peine un corps sapide, introduit dans la cavité buccale, est-il dissous par le mucus et la salive accourus à sa rencontre , qu'il est mis en rapport avec les papilles nerveuses de la langue. Au même instant, l'impression reçue par cet organe est envoyée au cerveau, et, par lui, transmise à Tâme, seule appréciatrice de la qualité de la saveur. D'ordinaire, l'appréciation du juge se montre d'autant plus sûre que son attention a été plus soutenue, plus concentré^ : aussi est-il assez difficile de distraire un gourmet pendant qu'il déguste un vin fin , ou qu'il est occupé à raisonner un bon morceau.

£n s'épanouissant à la face supérieure de lalangue^ pour la doter de nombreuses papilles coniques, 1^ brancbe linguale de la cinquième paire semble étr^ le nerf spécial de la gustation. Toutefois , d'autre^ branches nerveuses, ses voisines, lui viennent eC^ aide, et, au besoin, s'efforcent de la suppléer. C'es^ ainsi que, dans la mutilation de la langue, ou er^ l'absence congéniale de cet organe, le sens du goû^ n'est pas détruit , seulement il n'a plus la mém^ perfection. Pour que ce sens continue à s'exerce^ d'une manière normale, il ne suffit pas que le ner J lingual soit sain , il faut qu'il n'existe aucune alté^ ration des organes auxiliaires , ni des liquides servant à la dissolution des corps sapides. Personne n'ignore que, dans les maladies de la bouche et du

DES SfiMSATIOllB. S55

canal intestinal , le goût se trouve d'ordinaire diminué, altéré, parfois même aboli. Dans le coryxa ou catarrhe nasal, si improprement appelé rhume de cetveaUy la gustation se montre aussi notablement modifiée par Tirritation de la muqueuse olfactive. On sait, du reste, qu'il suffit de se serrer le nez en mangeant pour ôter aux aliments une partie de leur saveur, et rendre même la sensation tout à fait obscure.

A rencontre de l'odorat , le goût est beaucoup plus développé chez l'homme que chez les animaux , et il ne perçoit guère qu'une saveur à la fois ; comme le toucher, il peut acquérir par Texercioe une délicatesse remarquable. Il n'est pas rare, dans la haute Bourgogne , de rencontrer des dégustateurs qui , tioti-«eulement reconnaissent le terroir de chacun des produits composant un vin mélangé, mais qui vont jusqu'à désigner l'année de la récolte et, parfois, les vignobles particuliers ajant fourni chaque sorte de vin. D'autre j^rt, certains buveurs d'^iu distinguent une saveur spéciale à telle ou telle eau ^éné^ ralement trouvée insipide : à l'appui de leur assertion, ils indiquent) sans le contrôle de la vue, à quelle source on a réellement été la puiser. Ges exemj^es suffisent pour démontrer à quel degré de finesse Thomme pourrait porter ce sens, s'il employait à le perfectionner ie temps qu'il consume et l'argent qu'il perd si souvent à le blaser.

ConseilB hygiémiques sur le Goût.

I * L'appétit étant judicieusement reconna comme le meilleur des cuisiniers, et le goût se trcMivant in*

titneuient lié à Tappétit, la nutrition réclame que nous les conservions tous deux dans Tentente cordiale la plus parfaite.

a. Le sens du goût, dont le nouveau-né est tout prêt à faire usage, se montre très*impressionnable pendant les premières années de la vie : c'est ime raison pour ne pas accoutumer les enfants à des saveurs fortes, qui d'ailleurs leur inspirent naturellement de la répugnance.

3. Ne perdons pas de vue que les corps légèrement sapides développent le goût, tout en le ménageant, tandis que les aliments et les boissons d'une saveur fortement prononcée l'usent et l'émoussent bientôt.

4. C'est une loi physiologique que l'usage continu des mets recherchés en fasse désirer d'autres encore plus savoureux; et voilà comment le goût se blase à force d'être imprudemment flatté.

5. Cîonservons les mets relevés et les boissons toniques pour les vieillards, chez lesquels le sens qui '^ nous occupe a souvent besoin d'un peu de stimula^ tion.

6. Ne contractons pas l'habitude de boire ni de manger très-froid : ces extrêmes sont on ne peut plus nuisibles aux dents, et, par suite, au goût.

7. Ce n'est pas seulement chose utile, mais chose nécessaire que d'entretenir la propreté des dents: rien n'altère la pureté du goût comme la mauvaise odeur de la bouche.

8. Laissons la chique, le cigare et la pipe aux marins, aux prisonniers, aux individus asthmatiques, scorbutiques ou scrofuleux, en un mot, à ceux qui

DBS' SENSATIONS; 9ST

se trouvent dans U malheureuse nécessité d*ttoir recours à des excitants aussi fétides que dispen* dieux * .

§ III. De roderai.

Avant-coureur du goût , Yodorat ou olfaction est le sens à Taide duquel nous distinguons certaines molécules invisibles détachées des corps et tenues en suspension dans Patmosphère.

Nous l'avons vu précédemment , sans la participation de l'odorat, point de dégustation complète. Le savant et spirituel auteur de la Physiologie du Goût va plus loin : il est tenté de croire que l'odorat et le goût ne forment qu'un seul sens, dont la bouche est le laboratoire et le nez la cheminée : l'un servant à la dégustation des corps tactiles; l'autre, à la dégustation des gaz. Ce système semble d'autant plus admissible qu'on peut réduire les cinq sens à un seul , le toucher. Quoi qu'il en soit , l'odorat, aussi bien que le goût , a pour fonction spéciale de pressentir lés qualités salutaires ou nuisibles des aliments et de l'air au milieu duquel nous nous trouvons. Quant au plaisir attaché à l'exercice de ces deux sens , il paraît se concentrer dans leurs appareils; l'âme n'en conserve qu'un bien faible souvenir; de là, l'attrait toujours nouveau qu'ont pour nous les odeurs et les saveurs agréables : si nous les

' Voir la note complémentaire K, sur Torigine da tabac et sur sa consommation en France, depuis 1814, jusqu'au 1" janvier 1854.

%(| FONCTION» PB HEULTION.

r^bfrebona nvw tant d'empi^essenient > c'est eaeoFe plu» pour les sf»)9«tian9 délicieuses qu'elles noua promettent que pour celles qu'elles nous ont pro* curées.

Des Odeytrs.

On a donné le nom di odeurs à des particules subtiles qui se dégagent sans cesse de la surface des corps, et qui se dissolvent dans l'air , comçaç les substances sapides dans le mucus et la salive.

L'évaporation plus ou moins active de ces co^ puscules dépend du degré de chaleur auquel ^nt soumis le^ corps odor^uts. Ce uiorçeau d'ambre jaune, par esiemple , vous semble inodore \ frottez-le s,eulemeut pendant une demi-oainute , et , grâce a^ calorique développé , il répsiud uue odeur des plus suaves,

Voici un infusum de caf^, préparé avec du naoka de première qualité ; le grain était réceçament tor^ réfié et d'une belle couleur; \infusion a eu lieu d'une uianière lente, et pourtant la liqueur n'a pas encore acquis tout l'arôme désirable. Mais faite^rlji mijoter dans une cafetière bien çlosie, c'est-à-dirç laissez-la frémir légèrement sur des cendres chaudes, ou à quelque distance du feu \ le mijotagey qu'il faut bien se garder de confondre avec Vél^ullUion\ va marier les pxincipes encore un peu isolés de votrç caféj, dégager son huile volatile, et donner le fini à sou bouquet, Ainsi , selon la nature des corps, le^ odeurs se dégagent sous des influences diverses, telles que le frottement, l'humidité et surtout la chaleur. •

ja& 8BN9ATfONa. 25»

Ces corpuscules odorants se répandu^, se fondent dans Tair à un tel état de ténuité que leur dégagement prolongé} même pendant des années, ne diminue pas d'une manière appréciable le volume de certaines substances. Quelques centigrammes de musc, déposés dans une pièce inhabitée, suffiront pour répéter cette expérience sur La prodigieuse divisibilité de la matière.

Tous les essais tentés jusqu'à ce jour n'ont pu parvenir à donner une classification exacte des odeurs ; leurs variétés sont par trop nombreuses, pour qe pas dire infinies, chaque créature ayant son odeur spéciale, laquelle est encore susceptible de mainte modifications Les minéraux ne donnent guère que des odeurs désagréables et irritantes ; les animaux fournissent un petit nombre de parfums ; mais les végétaux eh exhalent beaucoup et de trèssuaves, surtout à l'époque de la fécondation. Enfants de la chaleur, les aromates sont d'autant plus pénétrants qu'ils naissent plus près du ciel ardent des tropiques. Vers les pôles, la nature est presque sans odeurs ; aussi , les peuples voisins de ces contrées > indifférents aux parfums les plus recherchés par les voluptueux Orientaux, flairent et avalent avec délice le poisson pourri, l'huile et le lard rances des phoques ou dQS baleines.

Appareil olfactif.

Cet appareil, assez compliqué, se trouve placé sur les voies de la respiration et au-dessus de l'organe du goût ; il comprend le nez et \es fosses nasales.

260 FONCTIONS DE RELA^lOn.

— Le nez, partie extérieure de Tapparei), est une éminence pyramidale, formée par les deux os propres, qui s'articulent ensemble et avec le frontal par deux petits caitilages réunis à celui de la cloison qui sépare les fosses nasales ; \i^v quatre fibro-cartilages, servant à limiter l'ouverture des narines et à constituer les ailes du nez; par quatre muscles, que nous avons déjà signalés (p. 29J; par la peau, qui la revêt au dehors; enfin, par la membrane pituitaire, qui la tapisse en dedans.

En se réunissant, les faces latérales de cette émi

nence dessinent une ligne plus ou moins saillante^^ appelée le dos du nez; et elles se terminent par \^3m portion molle connue sous le nom de lobe.

La direction .normale du nez est celle de la ligni^^ médiane du corps; toutefois, chez un très -grand nombre d'individus, l'organe est manifestement dé — jeté à droite, ce qui tient à l'habitude qu'on a de s^-^ moucher de la main droite plutôt que de la maiv^ gauche.

Les diverses configurations du nez peuvent étr^ rapportées à trois, savoir: le nez aquUin, allongé 9 un peu pointu et incliné en bas, comme le bec d^ l'aigle {aquild)\ le nez camard ou épaté, qui sembla avoir été écrasé, et dont les ouvertures sont tournée^ plus ou moins en avant; le nez retroussé , dont 1« lobe se relève avec un certain air d'enjouement eXde malice.

C'est principalement la configuration du nez qt»"* fait la physionomie. Aussi , de tout temps , les n^^ trop grands, trop courts ou de travers, ont-ils ét^ un objet de dérision. C'est pourquoi le législatei^

DBS SENSATIONS. 261

des Hébreux avait cru devoir exclure du sacerdoce tout porteur d'une de ces malencontreuses difformités. (Let^it.j XXI, i8.)

On sait que les anciens regardaient le nez comme le siège de la colère; ils l'appelaient aussi la partie la plus Iionnéte du visage, parce que sa tuméfaction et sa rougeur trahissent habituellement les écarts de régime *.

— hes/bsses nasales sont deux grandes cavités,

d'une forme irrégulière, creusées dans l'épaisseur

des os de la face. Elles communiquent au dehors par

Jes narines, et, au dedans, par les arrière-narines, qui

s'ouvrent dans le pharynx. L'amplitude de ces fosses

est augmentée par plusieurs sinus ou cavités anfrac-

tueuses et évasées, ainsi que par des lames osseuses

roulées en cornets : ingénieux artifice, qui permet à

Vorgane de présenter aux molécules odorantes de

nombreux points de contact dans l'espace le plus

resserré possible.

La membrane fibro-muqueuse, connue sous le nom de pituitaire, tapisse complètement l'étendue des fosses nasales, s'appliquant sur les divers feuillets osseux, dont elle augmente l'épaisseur. Rouge et comme fongueuse sur les parois des cavités, elle devient blanchâtre et très-mince dans les sinus. Une multitude de vaisseaux sanguins et de filets nerveux <1 origine différente rampent dans la pituitaire ou membrane de Schneider, Mais c'est surtout par les expansions du nerf olfactif ou ethmoïdal et du filet

^ Fotr la Médecine des Passions, notamment les chapitres consacrés à ^ Shnéiohgie et à VIvrognerie,

262 FONCTIONS DB RELATIOIf.

de la cinquième paire qu'elle est constituée le siège de l'odorat. Quant à ses nombreux follicules muqueux, ils sont la source de l'humeur abondante qui réclame l'emploi, du mouchoir chez tout homme civilisé.

Mécanisme de V Olfaction. ou Odoration.

Attirées par l'inspiration avec l'air qui leur sert de véhicule, les molécules odorantes gagnent la partie supérieure du nez , et tendent à se précipiter vers les Voies pulmonaires. Mais, pendant leur court trajet, ces corpuscules raréfiés, sublimés par notre chaleur animale , sont contraints de stationner à la voûte nasale, où le mucus de la pituitaire les fixe sur l'épanouissement des nerfs olfactifs. C'est alors que l'impression reçue par le réseau nerveux est instantanément communiquée au cerveau, et, par l'intermédiaire de cet organe, transmise à l'âme, qui perçoit la sensation, comme principe immatériel; le* juge, comme intelligence; la recherche ou la fuit, comme isolante.

Les odeurs flattent-elles la pituitaire, la bouche se ferme, et l'on inspire par le nez en y faisant entrer l'air par des inspirations courtes, mais répétées; quant à Y expiration^ elle a lieu par la bouche, afin de ne pas troubler le plaisir de la sensation. Sommesnous placés dans une atmosphère altérée par une odeur fétide, le contraire a lieu, c'est-à-dire qu'après avoir suspendu la respiration le plus longtemps possible, nous inspirons instinctivement par la bouche, et expirons par le nez.

Les individus qui ont perdu le nez sont privés de

hEB 6£fl6ATI0198. il5

Folfaction ^ ce qui prouve la nécessité de ce conduit pour dirige les corpuscules odorants Ters la voûte nasale. D'un autre côté , ce qui démontre que les odeurs ne peuvent être senties qu'en traversant les narines de dehors en dedans, c'est que les punais ne s'aperçoivent pas combien ils sentent mauvais.

Le rôle important que joue le mucus nasal est journellement constaté par la suppression ou l'altération de l'odorat, qui survient chaque fois qu'un coryza aigu supprime ce fluide ou en altère ia qualité. L'anatomie comparée semble pmiiver que la perfection de ce sens est en raison du dévelo^ pement relatif des cavités nasales et des sinus qui en dépendent. La longueur du groin chez le cochoh et l'ampleur des sinus frontaux chez le chien , cof- ^respondent en effet à la subtilité d'odoration dont sont doués ces animaux domestiques; Quelle que soit l'importance attachée à l'étendue des surfaces impressionnables, il faut toujours mettre en première ligne le développement normal des nerfs olfactifs, spécialement chargés de la transmission des odeurs avec le concours du nerf trifacial ou de la cinquième paire.

On sait combien l'odorat des animaux est en général supérieur à celui de l'homme : c'est que, pdilr choisir leur nourriture ou poursuivre leur proie, les brutes avaient besoin d'une perfection organique que le favori de la création peut remplacer par les nessources de son intelligence. Toutefois, dans l'admirable répartition de ses dons, la Providence, si libérale envers le corbeau et le vautour, ces grands flaireurs de cadavres, n'a donné qu'un odorat très-

faible aux oiseaux granivores ; aussi , ne jugent-ils guère des aliments que par la forme ou la couleur, a Une poule, dit Bernardin de Saint-Pierre, ne flaire pas son grain; mais, s'il lui est étranger, elle Téparpille avec son bec et ses pattes , et le considère de tous côtés avant de l'avaler : c'est peut-être pour, cette raison qu'elle ne mange pas pendant la nuit. Le cheval , au contraire, se repaît dans l'obscurité comme à la lumière; mais, lorsqu'on lui présente son avoine, il ne manque pas de la flairer ; et , si l'odeur lui en déplaît, il s'en abstient. Le chat, dont l'odorat est bien plus subtil, comme celui de tous les animaux carnassiers, parce qu'ils ne cheixhent leur proie que la nuit, ne reçoit pas même la nourriture immédiatement de la main de son maître : il semble qu'il craigne de confondre les odeurs de l'une et de l'autre ; il faut la lui mettre à terre, afin qu'il puisse odorer àpart et juger de ses convenances avec son estomac. » {^Harmonies de la nature.) Ija finesse de l'odorat se rencontre unie à la délicatesse du toucher dans la trompe de l'éléphant ; ce qui a fait dire à Buffon que ce volumineux et intelligent quadrupède a le nez dans la main.

Les cavités nasales existant à peine chez l'enfant nouveau-né, son olfaction ne s'exerce que d'une manière très-incomplète. Mais, à mesure que l'homme avance dans la vie, le développement de ce sens suit le développement des sinus maxillaires et frontaux, et se perfectionne jusque dans la vieillesse, à cet âge de décadence où la gourmandise le fait parfois redevenir enfant : on a vu des vieillards aveugles et fins gourmets reconnaître les vins , sans avoir besoin de

DES SEMSÂTiONS. 265

les ^siroter, et préciser même leur terroir et leur âge, rien qu'en les flairant.

Conseils hygiéniques sur l'Odorat.

1 . N'oublions pas que si l'odorat se perfectionne par l'exercice, il ne tarde pas à s'éniousser par Tabus.

2. Voulons -nous conserver à ce sens toute son intégrité, fuyons, autant que possible, les odeurs pénétrantes : elles irritent la membrane pituitaire, l'enflamment, et finissent souvent par paralyser les nerfs olfactifs. On sait que les parfumeurs et les droguistes ont presque tous l'odorat blasé.

3. Méfions-nous en général d'une substance dont l'odeur est désagréable, aussi bien que de celles que nous savons jeter le trouble dans notre économie.

4- Une preuve de l'insalubrité des odeurs, même de celle des fleurs renfermées dans un appartemeqt, c'est la perturbation qu'elles apportent dans le système nerveux, particulièrement chez les femmes: elles énervent le corps , en mêuie temps qu'elles amollissent l'âme, elles donnent des vertiges, et produisent parfois d'effrayantes syncopes qui cessent seulement au grand air.

5. Gardons-nous surtout d'employer, dans un but coupable, les parfums à exalter l'imagination et les désirs erotiques : la religion et la morale assimilent cette pratique à une sorte d'empoisonnement.

6. Laissons au médecin expérimenté, qui connaît notre constitution et nos idiosyncrasies,' le soin de nous prescrire les vapeurs agréables on fétides pro*

près à ramener le calme dans les affections spasmediques, hystériques ou hypochondriaques auxquelles nous pouvons être sujets.

7. N'usons des parfums qu'avec la plus grande discrétion : si leurs émanations annoncent une personne de la société y elles sont loin d'annoncer un individu parfaitement sain*.

8. Quant avons, priseurs ou fumeurs de tabac, dans un triple intérêt d'économie, de propreté et de jouissance (puisque jouissance il y a), laissez du moins votre odorat se reposer pendant la nuit, si vous tenez à ce qu'il retrouve chaque mâtin un peu de la délicatesse primitive que vous lui enlevez tous les jours.

§ l¥. De l'Ouïe ou JLadltleB.

Uouïe est le sens chargé de nous faire cionnaître les sons, c'est-à-dire de transmettre à Tâme l'impression produite sur le nerf auditif par les divers^ vibrations des corps.

Dans ce toucher intermédiaire, le son est l'avan ^' coureur, l'excitant de la sensation ; Vair est le yéï%^'

^ Les personnes toujours parfumées ne sont pas seulement incbmmo^^ pour celles qui les approchent, elles sont encore, et à bon droit, suspec"^^ d'exhaler quelque mauvaise odeur provenant de leur transpiration ou d'i*^® plaie cachée, ce qui a fait dire à Martial :

Posthume, non bene olet , tiui béne semper olet ! Plante vante ainsi les femmes qui n'ont pas d'odeur : iEcBStor, mulier bene olet , ubl nihll clef.

J'ai connu un vieux chirurgien major, fort peu lettre, qui disait, plt^* crûment que le poète comique latin : -« Tu sens trop bon, camarade, dorf * tu pues ! »•

DBS SENSATIONS. 267

cule du son; Voreilk, l'organe qui met le son en rapport avec le cerveau d'abord, puis avec Y âme, qui le perçoit, l'apprécie, l'évite ou le recherche.

L'absence complète du son constitue le silence, lequel ne saurait être entendu, bien que l'auteur du poëme de V Imagination se soit hasardé à dire :

Il ne voit que la nuit , vl entend que le silence.

Du Son.

Pour les physiciens , le son est le mouvement vibratoire que tout corps élastique heurté communique à la couche d'air immédiatement en rapport avec lui : mouvement qui se succède de proche en proche, tout en s'affaiblissant , jusqu'à l'oreille où il vient faire impression. La preuve que l'air est le véhicule du son , c'est que si l'on suspend une sonnette dans le vide, on n'entend rien, quelle que soit la force avec laquelle on l'agite ; tandis que le son devient de plus en plus distinct, à mesure qu'on laisse pénétrer l'air dans la machine pneumatique*

La percussion ou le frottement subit des corps élastiques entourés d'air est donc nécessaire pour produire le son. En vertu de l'élasticité, les molécules d'air en rapport avec les divers points du corps heurté reçoivent une impulsion semblable à celle de ces points ; elles vont et reviennent avec eux : chaque molécule communique son mouvement oscillatoire à celle qui est derrière elle; celle-ci à une troisième, la troisième à une quatrième, et ainsi de suite, de manière à former une multitude de petits flots sonores ou ondulations.

Si le son s'affaiblit à mesure qu'il s'éloigne du corps qui le produit , cela tient à Taugmentation et à la non-inlerriiption de là surface d'ébranlement; car, si la masse d'air dans laquelle le son se propage se trouve hermétiquement contenue dans une longue série de tuyaux, il conserve presque toute sa force. Dans un des aqueducs de Paris, notre savant Biot, placé à l'extrémité d'un cylindre creux en fonte de gSi mètres de long, entendait distinctement tous les mots prononcés à voix basse à l'autre bout de ce conducteur métallique.

Les sons diffèrent entre eux par la force^ le ton et le timbre. La force dépend de l'étendue des vibrations ; le ton , de leur nombre dans un temps donné; le timbre, de la nature du corps qui les produit. Ainsi, plus les vibrations seront étendues, plus le son sera intense; plus il y aura de vibrations dans un temps déterminé, plus le son sera aigu , et réciproquement. Le son le plus grave est formé de 32 vibrations par seconde; le plus aigu, de 70,000. Les vibrations sont-elles confuses, insaisissables, le son perd son nom, et prend celui de bruit. Il n'y a pas un son perceptible, notablcy qui ne puisse se rapporter à une des sept notes de la musique, si bien définie par saint Jean de Damas, une suite de sons qui s'appellent. Tout son se composant du double de vibrations d'un autre son est dit à Vocta^^e de ce dernier.

Quant au timbre, lequel résulte non de l'étendue ou du nombre des vibrations, mais de la nature du corps sonore, on distingue en lui : le son fondamental , qui en est la base ; et des sons harmo-

niques, qui l'entourent et se marient avec lui. On a dit que le timbre était la physionomie du son et comme le reflet de Tame ; cette définition est surtout applicable à la voix humaine , le plus beau , sans contredit , de tous les instruments.

Le soii se propage en ligne droite et avec une vitesse égale à 173 loises par seconde ; Tair en est le véhicule ordinaire, bien que les corps solides et même les liquides servent aussi à s^ transmission en raison de leur élasticité. Rencontre-t-il sur son passage quelque surface solide, le son se réfléchit, comme le calorique et la lumière, sous un angle égal à celui d'incidence. Dans le cas de réflexion confuse, il ne produit qu'une simple résonnance , tandis que la réflexion distincte donne lieu au phénomène appelé écho. Monosyllabiques ou polysyllabiques, les échos se rencontrent assez fréquemment , surtout dans les bois et les pays de montagnes. On mentionne Técho du parc anglais de Woodstock, qui répète vingt syllabes pendant le jour et dix-sept pendant la nuit , moment où l'air plus froid est moins élastique. On citait aussi celui du château Simonetta, en Italie, qui répétait le son jusqu'à quarante fois : il était produit par deux murs parallèles, dans l'un desquels était une fenêtre d'où celui qui parlait entendait clairement les nombreux rebondissements de sa voix.

On démontre en physique que si, de deux cordes d'instruments très -voisines et à l'unisson, l'une entre en vibration , l'autre vibre aussitôt par communication. Cet effet, plus ou moins manifeste dans toutes les substances élastiques, est très -sensible dans les membranes, lesquelles se mettent à l'unisson

270 FONCTIONS DE KELàTION.

des corps environnants, bien que le degré de tension, d'épaisseur, de longueur et d'humidité influe siur leur résonnance. . Ces notions d'acoustique rapp^ lées, nous comprendrons moins difficilement le mécanisme d'un sens dont l'appareil se trouve en grande partie composé de membranes et de lames pourvues d'une grande élasticité.

Appareil de VOme.

Organe multiple et spécial de l'audition , l'oreille t humaine consiste en une suite de parties molles et il de cavités anfractueuses , dans lesquelles les ondes 4B sonores sont successivement reçues et renvoyées ^ pour aller faire impression sur la pulpe du nerf au- — ditif. On la divise en trois parties principales : r V oreille externe; V oreille moyenne ou caisse du tym- — pan; V oreille interne Ou labyrinthe.

i** 11! oreille externe comprend tout ce qui paraitzP'i

au dehors, c'est-à-dire le pa^^illon et le conduit au ^

datif.

Uauricule ou pai^illon présente plusieurs saillies et^^

enfoncements dus au plissement de la lame cartila^ ■

gineuse qui entre dans sa composition. En exami^ *

nant son extérieur d'arrière en avant et de haut en^^^ bas, on trouve en effet : V hélix et sa rainure, l'a/i- — '^ thélix et la fosse na^iculaire, Vanêiêragus et Isl^^ conque; au-devant de la conque est le tragus, et, -^ au-dessous, le lobule, qui termine inférieurement:::*' l'oreille externe. — Trois muscles extrinsèques et '^^' cinq intrinsèques servent aux légers mouvements de ^ l'auricule, laquelle se trouve recouverte par la peau.

ina aENaATiQNâ. 371

Xe eonduit auditif ou auriculaire est ce canal mi-^

osseux y mi-cartilagineux , faisant suite à la conque,

et: ciont le fond est fortné par la membrane du ijrm^

pc^^i. Ce conduit y long d'environ lo à ijt lignes

ckiL«z Tadulte, se dirige obliqueoient d'arrière en

^yrsknt et de dehors en dedans. La peau qui le tapisse

e&^ très-fine et parsemée de follicules sébacés, sécré«

tSLi:^t rhumeur épaisse et jaunâtre désignée sous le

nckm de cérumen.

^^ Uoreille moyenne comprend la caisse du tym^^ pcé^ et la trompe d'Euslache.

Ha caisse du tympan est une cavité hémisphéri-» que, creusée à la face externe du rocker de Tos tem* poral , entre le conduit auditif et l'oreille interne* Petite cloison circulaire , mince , nacrée et transpa- 4: ï^nte , la membrane du tympan en forme la paroi ^^terne, empêchant ainsi que Tair n'entre plus avant ^© ce côté.

La cavité tympaniqne offre à considérer plusieurs

^^'Oits, dont les plus importants sont : en arrière^

^^ orifice des cellules masloïdiennes ; en avant , Vort'

fi^e de la trompe d*£ustache ; en dedans, la fenêtre

^^cde et la fenêtre ronde. Elle contient aussi quatre

petits osselets, articulés entre eux et mus par trois

Muscles d'une extrême ténuité. Cette chaînette oSi*

*^se est formée par le marteau, V enclume, Vétrier

^^ Vos lenticulaire. '

L'intérieur de la caisse est tapissé par une mem*.

'^'^ne muqueuse exhalant un fluide dont l'écoulé^

^^ent a lieu de chaque côté du pharynx par les deux

^^tnpes d'£ustache ou plutôt d'Eustachi.

iDécrite, pour la première fois, par Ëustaehi,

célèbre médecin et anatomiste du xvf siècle j la trompe cTEusiache, ou conduit guttural de Vo-> reillcy se dirige obliquement en avant , en dedans et en bas ; sa longueur est d'environ a pouces. Sa portion osseuse, longue de 8 à lo lignes, appartient au temporal; sa portion fibro-cartilagineuse , implantée snr la précédente, augmente progressivement de diamètre, et se termine près de Taile interne ^t Tapophyse ptérygoïde de Tos sphénoïde^ par un petit pavillon, libre, évasé, renfléi Le conduit guttural de l'oreille est constamment ouvert; il établit une communication indispensable entre le fond de la gorge et la caisse du tympan, dont l'air a. besoin d'être continuellement renouvelé.

3** V oreille interne ou labyrinthe est formée par trois espèces de cavités qui existent dans l'épaisseuK* du rocher de l'os temporal, savoir : les canaux dem^^ circulaires y situés en arrière; \eli/naçon, enavaot î le i^estibulcy an milieu. Ces trois cavités , dont le ^^^ deux dernières ont un aqueduc, communiquent em elles, et sont remplies d'un fluide visqueux nommi lymphe de Cotugno , où baignent en filets pulpeu: les membranes subdivisées du nerf auditif . L'ana— tomie comparée démontre que le vestibule est la0 pièce essentielle de l'appareil de l'ouïe ; c'est la seule^ en effet qui existe constamment chez tous les animaux doués de la faculté d'entendre* Les autres pièces ne sont que d'utiles accessoires, propres à modifier la sensation ; aussi , ne les rencontre-t-on pas dans toutes les oreilles, mais les voit-on s'ajouter, dans l'échelle des animaux , à mesure que le sens arrive à sa perfection.

Jka

Mécanisme de l'Audition.

Nous venons de signaler les pièces anatomiques dont la réunion compose Toreille : un pavillon cartilagineux en forme de conque marine ; — des conduits aériens, l'un externe, l'autre interne; — un petit tambour; — une chaînette osseuse; — un labyrinthe renfermant trois canaux demi-circulaires, une rampe en limaçon, un vestibule, enfin deux aqueducs en miniature. Depuis des siècles, ces pièces, d'un fini admirable, ont été préparées, étudiées avec le plus grand soin ; la sculpture et la peinture ont pris à tâche de les reproduire avec un grossissement de quinze fois leur volume naturel, et pourtant, combien nous sommes loin de pouvoir préciser les usages de la plupart d^entre elles ! Force sera donc de nous en tenir aux hypothèses les plus probables sur le jeu d'un appareil aussi délicat que compliqué.

Chez certains animaux, tels que le cheval et l'âne, le pavillon de l'oreille présente une longueur et une mobilité qui lui permettent de se' porter à la rencontre des sons : disgracieux avantage, bien compensé chez l'homme par la forme élégante de cette partie, dont les courbures paraissent géométriquement disposées pour réfléchir le mieux possible les ondes sonores. L'immobilité de notre auricule est encore rachetée par la facilité que nous avons de tourner la tête en arrière, et de nous faire une sorte fle cornet acoustique en portant la main derrière Voreille.

Une fois rassemblées, les ondes sonores affluent

27& FONCTIONS Pi RELATION.

dans le conduit auditifs dont les parois se mettent en vibration, ainsi que l'air cjui s'y trouve déjà. Remarquons en passant que ce conduit a une longueur et une obliquité des plus favorables, et qu'il est en outre muni de cérumen et de poils, afin que la aiembrane du tympan qui en forme le fond soit garantie de l'action trop directe de l'air froid et des corpuscules étrangers,

A peine les oscillations sonores sontelles arrivées à la membrane du tympan^ que celle-ci les partage en raison de sa nature sèche et vibratile. Propagées alors à travers la caisse^ par la chaîne des osselets de rouie, par ses propres parois et par l'air chaud qu'elle contient ^ ces oscillations sont transmises à Yoreille interne^ par les membranes de la fenêtre ronde et de la fenêtre ovale qui communiquent dans les canaux demi - circulaires et le limaçon. £ntin , les vibrations arrivent au fluide visqueux oy plongent les filaments du nerf auditif, sur lequel elles produisent l'impression.

Ainsi que nous l'avons vu plus haut, à l'occasioq du toucher, du goût et de l'odorat, le nerf sensprial transmet immédiatement l'impression au cerveau , et ce viscère, agent fidèle, en fait part à l'âme, qui perçoit le son.

— Le sens de l'ouïe, si souvent amorti pendant la fièvre typhoïde, acquiert quelquefois un surcroit de sensibilité passager dans le cours de certaines affections cérébrales.

La membrane du tympan est-elle devenue tellement épaisse qu'elle amortisse les vibrations, qui ne sont plus transmises au nerf auditif, on a la res-

DES SE2iSATlOflS. ^75

source de la faire perforer; le§ persoqnes opérée^ recouvrent souvent la faculté d'entendre. Du reste, il suffit du progrès de Tàge pour donner au tympan une épaisseur qui Tempéche de vibrer suffisami^ent. Dans ce cas, beaucoup de vieillards» ayant Foreille diire, tiennent instinctivement )a bpuche béante, pour faciliter le renouvellement de Tair, et non pour recueillir les sons par la trompe d'Eiistache : si Ton entend bien les battements d'une montre pl^^cée entre les dents, c'est que leurs vibrations sont transnuses par les os. Quant au bourdonnerpent désagréable que nous ressentons après Tintroduction du doigt dans Toreille, M. Duçoin-Girardin en donne la raison dans ses Entretiem sur la Physique : « Notre doigt fait alors l'office d'un piston qui comprimerait r^ir, et ferait fléchir en dedans )^ membrane du tympan : une colonne d'air plus condensée pèse alors sur le liquide dans lequel iiage le nerf de l'audition. »

La surdité, la perte de la faculté d'entendre, pejit ^ borner k un seul côté; celle qui est héréditaire affecte ordinairement les deux oreilles ; elle est en gé^éral attribuée à la paralysie du nerf auditif. La surdité complète et coQgéniale entraîne, comme on le 3ait, le mutisme. On compte en France :29,5i:2 spqfd^piuets de naissance ; et , chose digne de re- .marque, un grand nombre de ces infortunés soQt le fruit de mariages eqtre cousins et cousipes au premier degré.

L'occlusion accidentelle des conduits aufj^tifç et des trompes d'Eustache est aussi une cause asse? fréquente de surdité. Dans le premier cas , i} suffit

souvent, pour rendre l'ouïe, d'enlever de roreille les bouchons de cérumen que la malpropreté a laissé s'y former. Quand c'est le conduit guttural de la caisse qui se trouve oblitéré, on tente de le dilater en y introduisant une sonde par les narines. Ce procédé, qui exige beaucoup d'habitude, est parfois remplacé avec avantage par l'injection forcée, telle que la pratiquait le charitable curé de Saint-Véran. On conçoit, du reste, que locclusion de la trompe puisse amener la surdité, en se rappelant que c'est elle qui introduit et renouvelle sans cesse l'air dans la cavité du tympan. Aussi, dans l'amygdalite suraigué, est-on affecté d'une surdité passagère, tant que les deux glandes, considérablement tuméfiées , restent appliquées contre l'orifice guttural du tympan.

L'ouïe, si précieuse pour nos fonctions de relation, est encore susceptible d'application à nos fonctions nutritives : certes, l'oreille exercée des peuples chasseurs ne leur est pas d'un médiocre secours pour se procurer des aliments. Il en est de même des animaux : sans parler des cris particuliers de leurs proies, qu'ils reconnaissent à une distance considérable, les sons que plusieurs fruits mûrs rendent dans leur chute, semblent en harmonie avec leur ouïe : « En Amérique, dit Bernardin de Saint-Pierre, les siliques brunes et résonnantes du canéficier appellent, par leur cliquetis, les oiseaux qui ne peuvent les voir de loin. Au sein même de l'obscurité la plus profonde , le fruit du noir genipa , qui fait en tombant le bruit d'un coup de pistolet, invite à la pâture les crabes, qui ne voyagent que de nuit ; et, dans nos forêts, la chute des faines et des glands fait

DES SENSànONS. 277

accourir les sangliers sous les hétrés et sous les chênes. » {Harmonies de la nature y livre i", Har^ monies végétales des animaux.)

— Mettant à profit la remarque que nos sens sont autant àe porte-idées faits pour se suppléer au besoin , Pierre de Ponce , bénédictin espagnol , mort en i585, parvint le premier à instruire les sourdsmuets % en faisant entrer dans leur intelligence, par les yeux, ce qui entre dans la nôtre par les oreilles. Cest encore ainsi qu'en France, deux prêtres, se vouant à Téducation des malheureux sourds-muets j exercèrent avec gloire l'art de faire entendre avec les yeux et de parler avec les mains ^.

Hygiène de l'Ouie.

1. Ce n'est pas sans raison qu'on a appelé l'ouïe le sens de V intelligence : les notions qu'elle nous fait acquérir sont innombrables ; c'est particulièrement elle qui, de concert avec la parole, à l'éducation de laquelle elle préside, établit entre les hommes un commerce de pensées propre à grandir leur être moral.

2. L'exercice intelligent, le perfectionnement de ce sens est particulièrement recommandé au prêtre, au magistrat, au médecin, ainsi qu'aux personnes

^ D'aprèd le recensement de 1851 , le nombre total des aveugles en France ^ de 37,666; et celui des sourds-muets, de 29,512. Voir, à la fin du Tolame, note L, la Statistique comparée des SourdS'Muets et des Aveugles, par M. Dnfoa.

* L'aUié de l'Épée et l'abbé Sicard dirigèrent T Institut des Sourds-Muets de Paris, le premier, de 178Sà 1789; le second, que j'ai eu l'honneur de connaître, de 1790 à 1822, époque de ta mort.

27S Foifcinotvs Me liEL&tioif.

qui trouvant dans ]a musique où plaisir oii profit.

3. Les bruits trop inteiises, les fortes détôUà'' tions surtout peuvent produire dé mauvais effets siit l'organisme et en particulier sur Tàppareil de l'ouïe: ces dernières vont jusqu'à rompre la membrane du tympan des canonniers et à catiser ch^t cts tnilitâirës différents degrés de surdité, par Suite de Tinflattiination de la muqueuse, où de la désorganisation des pièces osseuses qui Tavoisinent. Les itidividtis délicats éviteront donc, autant que possible^ les bruits ou les sotis trop éclataùts.

4. D'Un autre côté, le silence complet rendant Touïe trop impressionnable^ où l^affaibli^atit d*mi(e manière sensible, Texercice gradué de l'organe devient chose nécessaire pour lés nouveau-nés, comme pour les maladeS) les convalescents et les personnes très-irritables.

5. Après une gytiitiastique auriculaire prudèmhient dirigée, les meilleurs tnôyettfe dfe cotiseire Taùditioti intafcte consistent dans la tempérance et 1 propreté. Les vieillards surtout devront, de tempi en té&ps, débarrasser leurs oreilles du cérumen (qui en se concrétant, finit par oblitérer le conduit et prc: duire une surdité, dont, heureusement, la guérisoest facile.

6. Laissons au pavillon de l'oreille sa direction naturelle, et n'allons pas l'aplatir ni le rebrousse d'une manière nuisible et disgracieuse, ainsi que fl font certaines personnes qui mettent mal et qui sec: rent beaucoup trop fort leur bonnet de nuit.

7. L'usage du coton simple ou huilé dans le* oreilles est parfois avantageiu pour prévenir de vio^

DM SEUSATlOlft. S70

lentes douleurs de dents et le retour de rinflâtnma^ tion du conduit auditif; ce n'est pas non plus une précaution inutile pour les nageurs quatid ils se disposent à plonger.

8. Malgré toutes les précautions hygiéniques^ le temps, ce grand destructeur^ porte l'un de ses pre« miers ravages sur Torgane qui nous occupe. Il est rare que Taudition ne commence pas à faiblir vers rage de soixante-cinq ans, et n'amène pas la dyêètéé ou surdité incomplète. On remédie à cette dUrèté d'ouïe en se servant d'un cornet acoustique, qui a la propriété de rassembler et de transmettre les ondes sonores que l'organe appauvri laisse échapper. Toutefois, il est prudent de n'avoir recours à cet auxi« liaire que le plus tard possible^ afin de ne pas tfop £ivoriser la paresse de l'ouïei Ne peut*-on plut s'en passer^ il faut se résigner à en faire usage, en imi* tant la philosophie pratique de l'auteur de GilBlas. Devenu sourd à l'âge de quarante ans, Le Sage était obligé de se servir du cornet acoustique, qu'il appelait son bienfaiteur. « Je m'en sers, ajoutait-il gaie« ment, pour communiquer avec les gens d'esprit, et je n'ai qu'à le poser pour ne pas entendre les ennuyeux et les sots *• »

§ ¥• De la ¥ae.

La Vue, sorte de toucher lointain, est le sens qui

' On rapporte encore que Le Sage, n'entendant plus, s'entoura de la ^'^^^ péor né pfti l'étoiiâtf AU «lenee.

nous signale le volume, la distance, la situation, la forme des corps de la nature , et les innombrables couleurs qui les distinguent.

De tous les sens, c'est celui qui est le plus souvent au service de la mémoire et de l'invention, parce qu'il accumule dans Tintelligence un fonds d'images et d'idées presque ineffaçables.

Nous allons nous occuper successivement : l'^de la Lumière ; a"* de l'Appareil de la vision ; 3® de son Mécanisme ; 4° ^^ l'Hygiène oculaire.

De la Lumière*

La lumière est un fluide impondérable, infinimeKX subtil, qui remplit l'espace, et qui contribue puissamment à la végétation des plantes et à la vie d^^ animaux sur lesquels il verse sa clarté.

On croyait autrefois que la lumière était une substance éthérée, tenue en suspension dans l'espace.^ Depuis Newton, la plupart des physiciens admettenC= qu'elle émane du soleil et des étoiles fixes; ce quil y a de certain, c'est qu'elle vient de Dieu.

Dans l'impossibilité de découvrir la nature intime du fluide lumineux, bornons-nous à rappeler ici quelques notions sur ses propriétés les plus remarquables.

La lumière solaire est dite naturelle ; on appelle artificielle celle qui se dégage des corps en combustion avec flamme. La lumière est encore distinguée en directe et en réfléchie : on la nomme directe quand elle vient en ligne droite du corps lumineux

à notre oeil ; réfléchie, lorsqu'il existe entre elle et nous lui corps renvoyant Téclat projeté.

La lumière tend toujours à se mouvoir en ligne droite, sous forme de rayons, et avec une vitesse telle, qu'elle parcourt à peu près quatre millions de lieues par minute. Cette prodigieuse rapidité, bien supérieure à celle du son, nous explique comment, dans l'explosion de la foudre ou d'une arme à feu, la flamme devance le coup, d'un laps de temps d'autant plus grand que l'observateur se trouve plus éloigné du corps détonant.

Les rayons lumineux traversent certains corps transparents, désignés sous le nom de milieux, tels sont l'air, l'eau, le verre, etc. Tous les rayons qui tombent obliquement changent de direction : ils s'éloignent ou se rapprochent de la perpendiculaire élevée au point d'immersion, selon qu'ils passent d un milieu dense dans un milieu rare, ou d'un milieu rare dans un milieu dense ; cette déviation est désignée sous le nom de réfraction.

Il n'en est pas de même pour les rayons lumineux tombant sur un corps opaque ou non transparent : ces rayons sont alors réfléchis, e est-à-dire renvoyés dans l'espace, en formant un angle d'incidence égal à Tangle de réflexion. Ainsi, les corps transparents réfractent la lumière, tandis que les corps opaques la réfléchissent.

Cependant, les surfaces de ces derniers corps ne renvoient pas toujours la lumière telle qu'elles la reçoivent. Les corps qui absorbent la presque totalité des rayons lumineux sont appelés noirs ; ceux qui les réfléchissent à peu près tous sont dits blancs ;

282 FONCTIONS DE «EI.AtION.

enfin Ton donne le nom générique de colorée i Tinnombrable multitude de ceux qui en abftorbeh une partie, et qui réfléchissent Tautfe. La COUléu n'est donc pas inhérente aux divers corps de Ifl fia ture ; elle dépend de Tespèce de rayons réfléchis pa le corps éclairé.

En traversant les corps transparents et surtou les prismes de verre, chaque rayon lumineux ^ trouve décomposé en trois sortes de rayons : i"* W rayoîïs calorifiques obscurs ^ susceptibles d'échaui fer et de dilater les corps ; 2® les tayons lumtnëm proprement dits , dont l'ensemble projeté sur un écran cotistitue le spectre solaire, image oblongttSy offrant les sept couleurs primitives, dans Tordre stii' vant : le rouge, Vorangé, le jaune, le veri, le èim^ V indigo et le violet ; 3* les rayons capables de pm^ duire des effets chimiques. Ces derniers, qui ne donnent pas de chaleur, sont placés au delà de la portion violette du spectre, tandis que les premiers se troiH vent en deçà de la portion rouge*

lies corps transparents appelés /?ii7r<^e£âr peuvent être plans^ convexes ou concaves^ trois formes qui influent sur la direction des rayons lumineux qui les traversent. Les corps ttansparents plans ne fodl subir à ces rayons qu'une imperceptible déviation : les rayons parallèles gardent leur parallélisme; la rayons convergents, leur degré de convergence; êl les rayons divergents, celui de leur divergence* Les milieux bi-convexes font rapprocher les divers rayoni lumineux du foyer de la rétraction, tandis que lefl milieux bi-concaves les en éloignent. Eu égard i cette différence d'action^ les verres bi*convexes ont

mn sBNftATioifS. S9t

été nommés eonp^rgènts^ parce qu'il concentrent lA lumière; et les Terres bi-con caves, divergents y parce qu'ils Téparpillent.

Il était utile de rappeler somtnaîrement ces Do* tiens de physique, pour mieux comprendre la marohe de la lumière à travers les différentes pièces dont l'œil est composé.

Appareil anaiomique dé la Vision.

Ge merveilleux appareil comprend : i° des organes accessoires ou protecteurs; 2" \e globe de l'œil, ins- ^^Ument spécial de la vision, et dont la perfection surpasse infiniment cqlle de tous les instruments d*op*> tique.

Organes accessoires, — Ce sont : les orbites, les ^o^srcils, les paupières ^ \e% caroncules lacrymales^ les ^oies lacrymales, le canal nasal et les muscles de l'œil.

Orbites k — Ces cavités osseuses, situées au-dessous du fronts ont chacune la forme d'une pyramide quad<*€àngulaire dont la base est située en avant, tandis que le sommet se dirige en arrière et en dedans* Les ^**bites contiennent et protègent une partie des voies ^^ery maies ainsi que le globe de l'œil, ses muscles, ^^s vaisseaux, ses nerfs et le coussin de graisse qui < ^ïivironne toutes ces parties si délicates.

Sourcils. — Au bas du front, et un peu au-dessus ^es paupières supérieures, se dessinent deux arcades appelées sourcilières , lesquelles sont formées par m assemblage de petits poils, dont le nombre, la dimension, la couleur et la disposition varient avec

les races, les constitutions et l'état habituel de Tâme.

Plus foncés et plus fournis chez les peuples méridionaux que chez les septentrionaux, les sourcils ont pour usage : de diminuer l'action trop vive dfc la lumière, en l'absorbant d*autant plus que leur* teinte est plus noire ; — d'arrêter une partie des cor^ puscules étrangers; — enfin de détourner sur chaque côté de la face les gouttelettes de sueur qui tendraien l à tomber du front sur l'œil.

Les mouvements des sourcils sont d'une expression bien significative dans le jeu des diverses passions, dont ils finissent par conserver les traces. G*e^ ainsi qu'ils s'élèvent dans la fureur, tandis qu'il; s'abaissent dans la haine, la tristesse, le mépris comme pendant les méditations prolongées. Le pbri. losophe Herder se complaisait à appeler le sourcil arc-en-ciel de paix dans sa douceur, arc tendu de ic discorde quand il exprime le courroux *.

Paupières. — On nomme ainsi deux espèces de voiles mobiles, doucement tendus au-devant du globe de l'œil. Les paupières sont distinguées en stt^ périeure et en inférieure. La première a beaucoup plus de largeur et de mobilité que la second^* Fixées à la base de chaque orbite, et séparées l'uf»^ de l'autre par une fente transversale, elles offrei*^ deux bords libres, épais, garnis de poils désigaé^ sous le nom de cils. Ces bords, soutenus par d^

* Sarlandière va beaucoup trop loin quand il prétend que les sourcils o^ pour usage exclusif de traduire par leurs différentes inflexions le langage ^ l'àme, et de divulguer les diverses émotions auxquelles notre inipressioDsd)!!:^ ' nerveuse nous rend plus ou moins sujets. C'est là, sans doute, un des usag*^ des sourcils, mais ce n'est pas le seul. (Voir la brochure intitulée Physi^ logie de l*action musculaire appliquée aux arts d*imitation; Paris, W3C^

fibro-cartilages, se réunissent à leui's extrémités en formant deux angles, dont Tinterne, plus ouvert que l'externe, est conununément appelé grand angle de

T^s paupières sont formées : d'une couche der*

naoïde, très*mince ; — d'une membrane nuisculeuse,

dépendance de leur muscle orbiculaire; — d'une

nacmbrane fibreuse particulière, qui n'existe qu'à

leur partie externe ; — des fibro-cartilages tarses; —

d^une membrane muqueuse, désignée sous le nom

d^ conjonctive palpébrale; — des vaisseaux et des

^^rfs palpébraux ; — des follicules sébacés ou glandes

d^ Meibomius, chargés de sécréter la chassie.

La paupière supérieure a, de plus, dans son épais- *^ur, l'aponévrose élargie de son muscle releveur.

I..es muscles palpébraux semblent agrandir le globe <i« l'œil quand ils se contractent dans l'étonnement ^t: dans l'horreur.

Les usages des paupières sont ; de protéger le globe de l'œil, en s'abaissaut au-devant de lui; — •i^arréter, à l'aide du petit grillage formé par les ^^isy les corpuscules qui pourraient gêner la vision ;

[ • de rendre l'œil insensible aux rayons lumineux

^ont l'éclat troublerait le. sommeil: — enfin, dans

l^urs mouvements alternatifs d'abaissement et d'élé-

"^sition, les paupières concourent à étendre le fluide

i lacrymal, et à maintenir ainsi l'appareil dans un

^*^^t permanent de fraîcheur. En revenant sur les

^iJs, si bien espacés, si avantageusement dirigés en

dehors*, et qui, dans le clignotement, permettent

**^ Une des choses les plus admirables, dit Galien, c'egt que la Provi-

de distiuguer les objets comme à travers autant de barreaux filiformes^ pourrions-nous ne pas reconnaître la prévoyante bonté du Créateur ! Non conr tente de ménager et d'orner les yeux avec quatre rideau3^ gracieusement frangés, sa sollicitude les a disposés de manière que nous pouvons les transformer en persiennes pendant le jour, en volets pen* daat la nuit.

— Le^ voies lacrymales nous présentent un appareil secondaire, composé de plusieurs organes, dont les uns forment et versent les larmes au-devant de l'œil, pendant que les autres ont pour fonction de les charrier au dehors. Ces voies se composent de la glande lacrymale et de ses canaux excréteurs ; des points et des conduits lacrymaux; du sac lacrymal, et du canal nasal.

— La, glande lacrymale est un petit corps lobulaire, ayant le volume d'une amande. Elle est Iqgéet à la partie externe et supérieura du globe de l'œil, entre cet organe et la cavité orbitaire. Cettjs glande donne naissance à sept ou huit conduits extérieunj, trèsfins, lesquels vont s'ouvrir derrière la paupière supérieure afin d'y verser les laripes, qui spn}; indispensables pour amortir le frottement du glpbe de

dence n'a dirigé les poils dies paupières ni yers ces n^es paupières, ni vers les joues, ni vers Tintérieur des yeux. Dans le premier cas, Futile destination pour laquelle ils ont été créés n'existerait plus ; dans le second, ils généraient les yeux en empêchant da voir les objets en totalité. Hé quoi ! n'est-il pas également digne de notre admiration cet intervalle si exactement mesuré qui sépare les cils ? Plus écartés, ils laisseraient tomber snr le gloH oculaire bien des objets dont \\s le garantissent ; rapprochés jusqu'à se tvtcher, ils troubleraient la vision ; or ils ne devaient ni la troubler ni n&^ perdre de leur précieuse destination. » (De V Utilité des parties du corp^» ). X, cb. 7, traduction du docteur Paremberg; Paris, 1864, in-8°.)

DES BEMftATlOMft. f 17

Tctil. LiHir sécrétion redoiibie*t-eile d'activité, comme dans le chagrin, on voit alors le flnide déborder les pAupière^ et couler le long des joues : dans cet état il constitue les pleurs^ dont la destination providenli^Ue est de ramener le calme, en enlevant le tropplein du cœur.

Toutefois, si, dans Tétat normal, les larmes contribuent à la conservation de la vue, les pleui*s im<<modérés de la tristesse ne peuvent que Taffaiblir, et ^ir même par la perdre.

Généralement regardés comme un signe de fai* blesse, les pleurs sont bien plus fréquents chez i'enfint que chez TaduUe et chez la femme que chez Vbommet I^ sexe réputé le plus faible craint d'autant ffioins de laisser un libre cours à ses pleurs, qu'il çonniStît mieux la doux soulagement qui leur succède; lu contraire, Thomme, . qui a toujours à cœur de paraître fort, tâche la plupart du temps de retenir les larmes pi êtes à lui échapper : il aurait honte qu'on Ten vît répandre. Et pourtant, ie& pleurs, que fâiqt Augustin appelle le sang de rame, ne diminuent pas seulement le chagrin, ils immèoent Tesprit aux idées religieuses, source de consolations bien ^ autrept^ent durables. Aussi, un poëte contemporain a»t*il dit ayec autant de vérité que de sentiment :

Dieu 88 révèle au cœur quand les yeux ont pleuré !

r— Les points lacrymaux y au nombre de deux pour chaque côté : Tun supérieur, l'autre inférieur, sont de petitas ouvertures arrondies et toujours béantes, ayant pour fonction d'absorber les larmes, que deux

oondaits du même nom mènent dans le sac lacry^ — mal.

— On appelle sac lacrymal une petite poche meim. ^ braneuse, logée au grand angle de Torbite, dans L^ gouttière que forment l'os uuguis et Tapophyse mon^ tant de l'os maxillaire supérieur. En haut, il se termine en un cul-de-sac; en bas, il se continue avec^ le canal nasal ; en dehors, il reçoit les ouvertures isolées ou réunies des conduits lacrymaux.

— Le canal nasal o\\ lacrymal, formé par l'os maxil — laire supérieur, l'os unguis et le cornet inférieur ^ est tapissé par un prolongement cylindrique de Is^ membrane muqueuse du sac lacrymal ; il transmet dans les fosses nasales les larmes que les points k — crymaux ont absorbées au grand angle de l'oeiL ^ Existe-t-il ici quelque obstacle maladif, les larm^^ prennent leur cours le long de la joue, et finisses ^ souvent par réclamer l'opération de la fistule lacry' -^ maie.

Dans ce même angle, près des points lacrymaur ^ apparaît une petite éminence rougeâtre, qu'on ^ longtemps considérée comme la source des larmes; c'était une erreur. La caroncule lacrymale n'est autre chose qu'une réunion de follicules muqueui, recouverts par la membrane conjonctive, et située en partie dans son épaisseur.

Muscles de lœil. — Les derniers organes accessoires dont il nous reste à parler sont les muscles à l'aide desquels nous pouvons mouvoir l'œil et le diriger à notre gré. Ces muscles, au nombre de six : quatre droits et deux obliques^ s'attachent en arrière aux parties profondes de la cavité orbitaire; et, en avant,

DES SENSATimS. 389

à divers points du globe oculaire. Les muscles droits, distingués en élévateur^ abaisseur, adducteur et abducteur^ dirigent la pupille en haut, en bas, en dedans, en dehors, selon celui qui agit. Quant aux deux obliques ou rotateurs y \q grand, V obliqué supé^ rieur, à Taide d'une poulie de renvoi, communique à Toeil un mouvement de rotation qui dirige la pupille en bas et en dedans ; tandis que le petit oblique, ou oblique inférieur, la porte en haut et en dehors.

Ce sont ces six muscles qui, joints aux trois de la r^ion palpébrale, donnent à Toeil tant d'animation, et en font le fidèle miroir de Fâme dans l'expression des sentiments et des passions.

2* Du Globe oculaire. — Ce globe, qui est, non un simple initrument de dioptrique, mais, ée qu'on ne doit pas oublier, un organe vivant, se trouve composé de six enveloppes membraneuses principales, et de trois humeurs transparentes, qui concourent à en faire l'une des pièces les plus merveilleuses du corps humain.

La première des six enveloppes est une membrane muqueuse, très-vasculaire, appelée conjonctii^, parce qu'elle unit le globe de l'œil aux paupières. Déployée en effet sur la face interne de ces dernières, la conjonctive palpébrale se réfléchit sur la sclérotique, sans dépasser la cornée transparente. Vers le grand angle de l'œil, la conjonctive oculaire forme un repli, dit membrane clignotante. Ce repli, peu marqué chez l'homme, l'est beaucoup chez le chat, le chien, et chez certains oiseaux de proie, qui, an besoin, s'en servent comme d'une troisième pau-

290 FONCTIONS DE IBLATION.

pière, pour se garantir de Taction d^une lumièretrop

▼ÎTC.

La deuxième aiveloppe est la cornée, membrane dure, transparente et circulaire, se trouvant enchi»* sée dans la sclérotique comme un veire de montre- Elle est composée d'une demi*douzaine de lames superposées, et présente chez les divers individus une coloration variée qui ne provient pas d'elle, mais de Tiris.

La troisième tunique est la sclérotique y nem* brane fibreuse, d'un blanc bleuâtre, enveloppant les quatre cinquièmes posténeurs du globe de l'œil. Cette membrane, qui constitue ce qu'on nomme vulgairement le blanc de tœily offre deux ouver* tures : l'une antérieure, pour l'enchâssement de la cornée; l'autre postérieure, pour le passage du nerf optique et de lartèi'e ophthalmique.

Au quatrième rang vient la choroïde^ membrane mollasse et très-mince, située à la partie postérieure de l'œil, entre la sclérotique et la rétine; elle esC composée de tissu cellulaire lamelleux et d'une mul"* titude de vaisseaux sanguins. L'enduit noirâti^ qui la pénètre et la tapisse fait paraître la sclérotique blanche; il semble destiné à absorber les rayons lumineux qui ne servent pas à la vision.

La cinquième enveloppe est la rétine^ membrane pulpeuse, blanchâtre, demi-transparente, étendue à la partie interne de la choroïde; on la considère comme l'épanouissement du nerf optique, conducteur spécial de la lumière.

En sixième et dernier lieu, vient Y iris, sorte de cloison circulaii*e, formée de plusieurs lamelles, et

DBS SEMSàTIOIIS. Mi

placée verticalement dans l'intérieur de l'œil , dont elle sépare la chambre antérieure de la chambre postérieure. La circonférence de cette membrane délicate adhère à la face interne de la sclérotique par le ligament ciUaire. Son centre est percé d'un trou connu sous le nom de pupille ou prunelle. Sa face antérieure^ recouverte par la membrane de l'humeur aqueuse, est diversement colorée en bleu, en brun, en vert, en gris, selon les individus. Sa face postérieure, enduite d'un vernis noir, donne attache à de petits appendices membraneux, appelés procès ciliaires, dont on ignore l'usage. — Jusqu'au septième mois de la gestation, la pupille du foetus est fermée par une membrane appelée pupillaire, laquelle, à cette époque, se déchire et disparait entièrement. Par sa dilatation ou par son resserrement, Vins semble destiné à mesurer la quantité de rayons lumineux nécessaire à l'exercice de la vue. Quand on séjourne dans Tobscurité, les contractions de l*iris dilatent la pupille, qui, donnant accès à des rayons perdus, fait distinguer ce qu'on ne distinguait pas d'abord.

Étudions maintenant les trois humeurs de VœU, refermées chacune dans une petite membrane qui leur est propre, ce qui porte à neuf le total des en- ^loppes de ce précieux organe.

— U humeur aqueuse, liquide transparent, limpide, légèrement visqueux, placé, dans la chambre anté^ rieure de Tœil, entre la cornée et l'iris; et, dans h. chambre postérieure, entre l'iris et le cristallin. On évalue sa quantité h 2.^ ou 3e centigrammes. — Le cristallin, corps transparent, de ^orme lenti-

culaire, placé entre l'humeur aqueuse et le corps vitré, à la réunion des deux tiers postérieurs dii. globe de rœil avec son tiers antérieur. Le cristallin^ qui a chez l'adulte 4 lignes de diamètre sur 2 d'é — paisseur, est composé de couches concentriques^ d'autant plus denses qu'elles s'approchent davaa — tage du centre de la lentille. Nous verrons tout a rheure son rôle important dans la réfraction des rayons lumineux.

— Le corps vitré, sorte de gelée d'une blancheuir et d'une transparence remarquables j remplit les trois quarts postérieurs de la cavité de l'œil. IL.a. membrane mince qui retient cette masse tremblo — tante est appelée hjraloïde, à cause de sa ressemblance avec le verre. Elle est en rapport avec la rétine, e*- 1 loge en avant le cristallin.

Combien ces trois humeurs, ces trois natures A ^ milieux ne sont-elles pas admirablement combiné^^s pour prévenir l'aberration de réfrangibilité, tenar=»t à ce qu'une lentille concentre plus ou moins loi :» de son axe les rayons diversement réfrangibles ! Tot:^' tefois, ces humeurs différentes n'ont pas pour uniqi»- ^ usage de produire géométriquement les rayons h^' niineux, elles servent encore à en approprier les iit^" pressions à l'exquise sensibilité de la rétine.

— Les membranes et les humeurs de l'œil décrite^^» il nous reste à parler de l'agent principal de la visioi^ • L'immission de la lumière dans le cerveau e^=^^ due à la seconde paire de nerfs, aux nerfs optique^^^ lesquels ne tirent pas leur origine des couches de c^^^ nom, mais paraissent sorlir des tubercules quadr ^*" jumeaux. Cordons larges et aplatis à leur origine, *^

^ontse rétrécissant et s'arrondissant; arrivés au-devant de la fosse pituitaire, ils se réunissent et s'entrecroisent pour former leur commisswe. Se séparant Jors de nouveau, ils sortent du crâne par le trou )ptique, se portent chacun à la partie postérieure du ^lobe de l'œil ; puis, perçant la sclérotique et la cho- •oïde, ils se terminent en donnant naissance à Texpansion nerveuse appelée rétine.

Telles sont les pièces nombreuses qui constituent L'œil y le plus magnifique appareil de nos sensations, le plus agile de nos apporteurs d'images, et qui en font en même temps le miroir de l'âme , puisqu'il "eflète et la lumière de l'intelligence et les mille Kuances du sentiment. Oui^ comme l'a si bien dit n poète trop peu connu,

L'œil sait toujours du cœur les premières nouvelles ; Cest lui qui, le premier, épouse ses querelles, Qui sert ses passions , qui suit ses intérêts , Qui n*est point en repos, si le cœur n'est en paix ^

Mécanisme de la Vision,

Pour essayer de comprendre, je ne dirai pas la ^sion , mais seulement sa théorie physique , force ^t de revenir sur la marche de la lumière, laquelle ^ trouve soumise pour l'œil, comme pour les autres milieux, aux lois de la réfraction, mentionnées plus ^ut.

ïlappelons-nous d'abord que de tous les points ^i II objet éclairé partent des cônes de lumière, dont

Totr notre Théorie morale du GoûU Paris, Périsse frères, p. 389 et suiv.

la base repose sur la cornée. Maintenant , supposons trois de ces cônes partant de l'objet placé vis-à-vis deTœil : un pour le milieu de l'objet, et deux pour ses extrémités. Chaque cône a nécessairement trois rayons principaux : un central, qui ea est Taxe, et deux autres, qui en forment les côtés.

Le rayon central du cône moyen est désigné sous le nom d'axe visuel ; comme il tombe perpendiculairement sur la cornée, il traverse tout rintérieur de l'œil , et parvient à la rétine sans avoir subi de réfraction. Les deux rayons latéraux, dont la direction est oblique, sont réfractés et rapprochés du rayon central en traversant la cornée, membrane convexe et plus dense que l'air. Conservant une partie de cette convergence dans l'humeur aqueuse, ces deux rayons franchissent la pupille ; puis le cristallin, dont la densité plus forte les rend encore plus convergents. Enfin, légèrement modifiés à leur sortie du corps vitré, ils viennent se réunir sur la rétine, sur laquelle l'impression a lieu. Il résulte de là que les rayons lumineux partant de chaque point d'un objet éclairé forment deux cônes : l'un extérieur, qui a son sommet sur l'objet, c'est le cône objectif; l'autre intérieur, qui a le sien sur la rétine , c'est le cône visuel.

Quant aux deux autres cônes , leur rayon central et leurs rayons latéraux subissent de grandes réfractions dues à l'obliquité de l'incidence, de sorte qu'ils se croisent au delà du cristallin , se séparent, puis s'éloignent pour venir tomber sur des points différents de la rétine, en y peignant l'image renversée.

Au même moment , l'impression reçue par la ré-

0eS SËTiSATlONS. 295

tiiie est transmise au cerveau à Taide du nerf optique . et, par Tinterinédiaire du centre nerveux, elle parvient à l'âme, lumière intellectuelle, unique foyer de toutes nos sensations comme de tous nos sentiments.

Des savants ont prétendu que si nous apercevons droits les objets peints renversés sur la rétine, c'est que, par le toucher, nous avons insensiblement rectifié cette erreur. Ne vaut-il pas mieux admettre que cela tient à ce que nous rapportons l'impression au poiùt de Tobjet qui Ta fait naître? Du reste, Tévéque de Cloyne, Berkley, expliquait ce phénomène de la manière suivante : « Quoique Tirnage de Tobjet soit réellement tracée au fond de l'œil dans une situation renversée, Tame doit la redresser sans le secours de l'expérience, c'est-à-dire voir en haut l'extrémité supérieure, et en bas l'extrémité inférieure. En effet, ces désignations en haut et en bas sont des termes relatifs qui n'ont de valeur que par le terme auquel nous les comparons : c'est-à-dire que nous jugeons en haut tout ce qui correspond à la voûte céleste, et en bas tout ce qui répond à la terre. Or, il est évident que le ciel se peint dans la partie inférieure du fond de l'œil , tandis que la terre se peint dans |a partie supéneure : dès lors , nous rapportons à la Voûte céleste l'extrémité de l'objet qui se peint dans ia partie la plus supérieure ; établissant ainsi entre ces deux extrémités la relation qu'elles ont, nous situons i*objet tel qu'il est en réalité. »

Autre difficulté : l'image est double, et pourtant ^ous voyons simple. Quelques physiologistes attribuent ce phénomène à Tentre-croisement des nerfs optiques; Buffon pense que l'on commence par voir

double, et que le toucher vient rectifier cette erreur. Gall soutient qu'on ne voit d'ordinaire que d'un seul œil , qu'on ne se sert presque jamais des deux yeux à la fois. Enfin, on a posé en principe qu'il ne se produit qu'une seule image toutes les fois que les points lumineux frappent des points correspondants .de la rétine. Cette dernière hypothèse est d'autant plus admissible qu'il y a souvent duplicité d'images chez les individus qui louchent ; et en effet, dans le strabisme y les axes optiques ne tombent pas sur les mêmes points des deux rétines. On sait aussi que dans les accès de fureur, comme dans l'ivresse , où l'homme ne peut plus diriger également ses yeux , les objets apparaissent souvent doubles.

£n partant d'un objet éclairé^ les deux axes optiques forment un angle d'autant plus grand que Tobjet est plus proche de nous. C'est en prenant instinctivement la mesure de cet angle visuel que nous parvenons à juger des distances. Nous apprécions aussi le volume et la forme des corps par l'intensité plus ou moins grande de la lumière réfléchie par ces corps, et par l'étendue de l'impression produite sur la rétine.

— Le cône formé par la convergence des rayons lumineux qui traversent les humeurs de l'œil se trouvet-il ne pas avoir son sommet sur la rétine, il en résulte deux maladies inverses provenant de la réunion trop prompte ou trop lente des rayons. La myopie^ ou vue courte, dépend de ce que la convergence étant trop forte, les rayons se réunissent avant d'arriver à la rétine. \j^ presbytie, ou vue longue, résulte de l'impuissance de l'œil à rapprocher assez les rayons

DES SEKSATiOT^S. 297

pour qu ils viennent former sur la rétine le sommet du cône dont la base est à la cornée. La cornée et le cristallin étant d'ordinaire trop convexes, trop denses chez les myopes, on y remédie par Temploi des verres bi-concaves ou de divergence , tandis que Ton conseille les verres bi*convexes ou de convergence aux presbytes.

La presbytie est très fréquente dans la vieillesse, et ne fait que s'accroître avec les années; la myopie, au contraire, s'observe souvent dans la jeunesse; elle a quelquefois l'avantage de diminuer avec l'âge par l'amoindrissement progressif de la convexité de l'œil ; toutefois , le nombre des myopes qui finissent par ne plus avoir besoin de lunettes est peu considérable. La privation de la vue, survenant comme par l'effet d'un voile qui tomberait sur les yeux, est souvent produite par la cataracte^ affection qui résulte de l'opacité du cristallin ou de sa membi^ne. Dans de bonnes conditioqs, la chirurgie parvient à faire recouvrer la vue par \ abaissement ou Vextraction de l'organe devenu inutile. Ces deux procédés opératoires, qui ont chacun leurs avantages et leurs inconvénients, sont mis en usage par les chirurgiens les plus distingués. I^e célèbre Marc-Antoine Petit, de Lyon, donnait généralement la préférence à l'extraction. On a attribué la fréquence de la cataracte chez les Turcs à l'abus continuel de l'opium. Sur trois cents individus opérés par l'habile chirurgien que nous venons de citer, les trois quarts étaient cultivateurs : l'habitude de travailler au soleil , la tête baissée, l'œil fixé sur un terrain fortement éclairé, lui paraissait la cause la plus probable de

celte triste affection. Sur ce nombre, trois aveugle^ de naissance y qu'il eut le bonheur de guérir, luti inspirèrent la réflexion suivante, dans son admirable Discours sur les maladies obsenfées à V Hôtel-Dieu : « Dans cette espèce d'aveuglement , si la main qui fait tomber le voile obtient un triomphe plus grand; si elle complète, pour ainsi dire, l'ouvrage du Créateur, le cœur jouit moins peut-être au moment du succès, parce que celui qui acquiert un sens n'en connaît pas encore l'usage, et qu'il en est plus étonné qu'attendri. Il n'en est pas de même de l'être qui marchait dans les ténèbres après avoir connu le bienfait delà lumière : celui-ci avait senti sa perte, il jouit de sa félicité ; il revoit la nature, elle lui paraît plus belle : il salue tout ce qu'il croyait ne plus revoir; les pleurs, les cris, les transports de joie, les émotions de la sensibilité la plus profonde, il éprouve tout ; et son cœur, après Dieu, s'élève vers son bienfaiteur, presque aussi fortuné que lui. »

De toutes les maladies de l'œil, qui peuvent causer l'abolition complète dé la vue, la plus fréquente est, sans contredit , Vamaurose ou paralysie du nerf optique et de la rétine ; le vulgaire Ta nommée cataracte noire, goutte sereine, parce qu'il ne remarque aucune altération dans l'organisation de l'œil.

D'après le recensement de la population dressé en i85i, le nombre total des aveugles en France s'élève à 37,666 *. Stimulé par la nécessité, cette dure,

V Pour cette population infirme, à peu près d'un aveugle par conimone, le gouvernement n'entretient que deux établissements généraux : THospice des Quinze-Vingts qui, outre ses 300 internes, octroie des pensions de 200, de 150 et de 100 francs à mille indiyidus indigents et dans un état de cécité

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mais sagace institutrice, Tinfortuné qui est privé de la faculté de voir ne tarde pas à emprunter à d'au^ Ires sens les moyens de correspondre avec les êtres qui l'entourent. Dans son isolement, le suppléant auquel il a le plus souvent recours est le toucher : nous en avons précédemment cité plusieurs exemples. On sait, du reste, que les illusions d'optique dans lesquelles la vision peut nous induire sont rectifiées par le toucher pour les corps situés à notre portée; et pour les autres, par le jugement, au besoin aidé du calcul.

M. Dufau proclame la supériorité des professeurs aveugles sur les professeurs voyants, quand il s'agit d'instruire des aveugles.

a S'il est vrai , dit Buffon , que la face humaine soit un tableau où viennent se peindre les sentiments doux et tumultueux, les passions orageuses ou le calme de l'âme, c'est l'œil qui en forme }e trait le plus saillant et le plus essentiel. » Aussi, ajoute le docteur Réveillé-Parise, « avec quel art la Nature a-t-elle construit cet organe, objet de sa prédilection ! Quelles précautions, quels soins, quelle délicatesse dans les pièces qui le composent ! Comme tout y est prévu, rigoureusement combiné, calculé !

complète ; puis linstitution des Jeunes Aveugles, qui donne Téducatlon à 160 élèves environ. Quant aux autres aveugles, ils sont à la charge soit des fiuDilies, soit des communes, ou bien ils vivent de mendicité.

Voir, dans les Annales de la Charité (iivr. de mai 1854), l'esquisse d'un plan général pour organiser et perfectionner la bienfaisance publique à l'égard des aveu^.

Voir aussi, à la fin du volume, note L, la Statistique comparée des Aveugles et des Sourds-Muets en France, par M. Dufau, ancien directeur de rintitatkm des Jeunes Aveugles de Paris.

300 FONC'HONS DE REiATION.

La Structure de cet organe est si évidemment analogue aux propriétés de la lumière, que les partisans des causes finales y puiseront toujours de solides arguments conlre leurs adversaires : une description exacte de l'œil et de ses fonctions vaut une démonstration mathématique de l'existence de Dieu. Mais, outre le fini de son organisation, il a été doué d'une sensibilité exquise qu'on ne remarque pas assez : tout l'irrite, tout le blesse, à l'exception de la lumière, dont l'origine est céleste ; et c'est précisément par cette inconcevable propriété qu'il nous met en rapport avec les objets les plus éloignés, même avec les astres; car, ainsi qu'on l'a remarqué, la vue est une espèce de toucher qui s'étend jusqu'aux étoiles fixes. »

Tel est le merveilleux instrument dont le Créateur nous a fait présent, dans sa bonté; indiquons maintenant ce que nous devons faire pour le conserver intact.

Hygièie oculaire.

1 . IjB. vision ne se perfectionnant que par un long et intelligent exercice , on ne saurait commencer de trop bonne heure l'éducation d'un sens si précieux, et pourtant si peu ménagé.

2. Si les instruments les plus durs ont besoin de ménagement et de repos , combien ce ménagement et ce repos ne sont-ils pas nécessaires pour Toeil , dont nous connaissons la structure délicate ! Usons donc, mais n'abusons pas de notre vue. Cet irapor-

tant conseil de la science est aussi celui ilii simple bon sens; en le négligeant , on se prépare de stériles regrets pour une vieillesse anticipée.

3. Quelles que soient les différences que présente la vue chez les divers individus, on peut établir en principe que les yeux sont fatigués : quand on a besoin d'approcher davantage les objets ; — quand ces objets se brouillent, comme si un léger nuage passait au-devant d'eux; — quand la conjonctive oculaire ou palpébrale rougit, qu'on y sent de la pesanteur, un picotement accompagné parfois de larmoiement. Il sufBt alors de suspendre pendant quelques instants son travail, en fermant les paupières, pour éprouver dans l'organe un sentiment de bien-être qui annonce le retour de l'état normal.

4. La fatigue avait-elle été portée jusqu'à la douleur, ce court repos n'est pas suffisant : il faut alors se lever, marcher un peu, puis délasser la vue en la portant sur des objets d'une couleur douce, tels qu'un tapis vert ou une prairie ; les exercer à voir de loin , les exposer à la fraîcheur de l'air extérieur, quelquefois même les rafraîchir simplement avec de Teau froide.

5. Pour que la vue se conserve longtemps bonne, évitons de l'exercer à une lumière trop vive ou trop feible : ici, comme partout, les extrêmes sont pernicieux.

6. Ainsi , ne nous habituons pas , sans nécessité absolue , à un jour faible, qui a l'inconvénient de rendre la vue trop tendre^ trop susceptible; mais aussi, n'allons pas plonger nos regards dans des foyers de lumière ardente , nous rappelant que les

S02 FONGnOUS DE RELâHON.

ouvriers occupés aux métaux en ignition : les verriers, les miroitiers, les cuisiniers, sont particulièrement exposés à Tophtlialmie, à ht cataracte et à Tamaurose.

7. Garantissons-nous de la réflexion prolongée des rayons solaires , au moyen de rideaux , et , encore mieux, avec des persiennes à barreaux mobiles.

8. Sommes-nous forcés de séjourner, de travailler ou de faire une longue marche, à un soleil brûlant, il conviendra d'en modérer la réflexion à l'aide de conserves bleues , de préférence aux %'ertes.

9. Évitons, même pendant le jour, de lire des ouvrages imprimés en caractères trop fins , ou de travailler à des objets presque imperceptibles.

10. Il est des personnes qui, par enfantillage, par esprit romanesque, s'obstinent à lire longtemps au clair de lune ; c'est un jeu à perdre ou à affaiblir notablement la vue , pour peu qu'il soit répété.

11. La lumière artificielle étant plus irritable que la lumière naturelle, ne prolongeons pas trop les veillées, surtout si nous nous livrons à des tra* vaux qui exigent une grande application de la part des yeux.

12. Est-on obligé de travailler de nuit, on s'éclairera de préférence avec une lampe mécanique^ bien alimentée d'huile, et donnant une lumière douce, pure, non vacillante, convenablement réfléchie partm chapiteau de tôle opaque, vernissée et peinte en blanc.

i3. Travaille-t-on à la lueur d'une chandelle ou d'une bougie , on se trouvera bien de faire usage d'un abat-jour vert.

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