LA MORT
I/es législateurs auront surtout à s'occuper de la constatation des décès dans les cani|>agnes; ils devront aussi prévenir les déclarations anticipées qui y sont si fréquentes.
— Une fois déposé dans le sein de la terre, notre corps ne tarde pas à y devenir méconnaissable : décomposé par la chaleur et Thumidité, eu partie rongé par les vers, transformé en ime sorte d'humus, de poussière grasse confondue avec le sol ou balayée par les vents, il finit par devenir un Je ne sais quoi, quina plus de nom dans aucune langue : tant il est vrai d'ajouter avec Bossuet que tout meurt en lui, jusqiCaux termes funèbres par lesquels on expri^ rnait ses malheureux restes.
Chose singulière, et dont ni Tanatomie comparée, ni la chimie animale, ni la géologie, ne sauraient donner une explication satisfaisante ! tandis que les végétaux et les animaux peuvent être minéralisés , le corps humain n'a jamais été rencontré à l'état de fossile, c'est-à-dire de pétrification. Que le matérialiste, si cela lui sourit, ne voie dans ce phénomène qu'un retour vers le néant; au flambeau de la foi, le chrétien, lui, y découvre une transition plus naturelle à l'immortalité : l'âme humaine devant un jour se réunir au corps devenu incorruptible, est-il besoin que son premier vêtement conserve ses former terrestres aussi longtemps que les autres créatures ? Par là, d'ailleurs, se trouvent réalisées ces tristes mais belles paroles que Dieu prononça le premier, et que l'Église répète annuellement à ses enfants, paroles qu'elle imprime pour ainsi dire sur leur front, en y ajoutant le signe divin de leur rédemption :
Mommej souviens^toi que tu es poussière, et que tu retourneras en poussière!
Terminons par une réflexion sur Tétymologie du mot cadavre. Serait-ce tout à fait fortuitement que le iatin, l'une des trois langues sacrées^ aurait désigné le corps de Thômme mort par le substantif cadatfery abréviation de caro data verrnïbus (chair abandonnée aux vers*)? Il est certes permis d'ea douter; car il serait bien à désirer que toutes les étymologies fussent aussi frappantes. Quoi quHl en soit, il n'est pas nécessaire que la mort ait lieu depuis quelque temps pour nous convaincre que le corps humain sert de pâture aux vers. Outre qu'en santé nous logeons dans nos organes digestifs des helminthes, vers qui nous sont propres, nous portons dans nos tissus et jusque dans nos humeurs, des générations de filaires, animaux microscopi* ques, vivant aux dépens de notre propre substance. Ce n'est donc pas sans quelque raison que Jeb s^écriait dans Taniertume de sa douleur : « J'ai dit à la corruption et aux s^ers^ vous êtes ma sesur et mes frères! »
* Chez les Romaini, le« corps des esclaves «étaient pas bfûlés» maii abandonnés A la terre. Néanmoins, la plupart des étymolo^istes font dériTçr le mot cadavre au verbe latin cadere, tomber.
Le christianisme n'a jamais perasls tiu*Qii brûlât les restes mortels 4e Thoraime ; il a toujours voulvi qu'on leç rep^t à la terre. Quant ^ l'usag^} d'inhumer dans les églises, il a commencé Fan 1200, et s'est conservé pendant près de six seats ans.