‹ Les merveilles du corps humain; précis méthodique d'anatomie, de physiologie et d'hygiène dans leurs rapports avec la morale et la religionChapitre 65 sur 70 · TOTAL · texte numérisé non relu

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CONSOMMATION ANNUELLE DU TABAC EN FIANCE. ANNtES.

isai

La distinction entre le tabac à priser et le tabac à fomer n'a été présentée dans les Comptes rendus, pour chaque exercice, qu'à partir de Tannée 4824; elle a cessé d'avoir lieu en 4852, pour le Compte de l'exercice 4851.

Voici d'autres chiffres officiels qui nous montrent l'usage du tabac se répandant de plus en plus dans toutes les classes de la société, et devenu un besoin, une habitude des plus (yrauniques.

La consommation annuelle du tabac en France, qui était, eu 4841, de 8,535,320 kilogrammes, s'est élevée :

En 1824, à 12,248,034 kilogrammes.

En 1834, à 12,395,539 »

En 1844, à 17,448,202 >

En 1853, à 21,509,730 »

Qui peut dire où s* arrêtera cette manie dispendieuse» qui, du reste, constitue aujourd'hui l'un des meilleurs revenus de TÉtat {cent millions par année ) ?

— Maintenant, au point de vue de la santé, que faut-il penser d'un usage aussi répandu ? En général , le tabac n'est nullement indispensable à la santé : on a vécu, et on pourra vivre encore fort bien et plus proprement sans lui.

Le tabac est plus nuisible qu'utile aux constitutions irritables.

Le tabac, soit en feuille, soit en poudre, peut être employé trèsavantageusement comme easutoire^ dans certaines circonstances appréciées par le médecin ; mais , la guérison opérée , il serait prudent de suspendre l'usage de ce narcotique , quitte à le reprendre si la santé venait à l'exiger.

La pipe est sans contredit fort utile aux marins, aux soldats, aux prisonniers.

En un mot, l'usage du tabac ne semble raisonnable qu*autant qu'il est absolument nécessaire, ou, tout au moins, utile.

NOTES COMPLÊMENTAIBES. ^93

Noie L. Pages S77 et

Statistique comparée des Aveugles et des Sourds-Muets en France.

a Jusqu'ici, ce n'était que par approximation qu'on avait pu déterminer le nombre des aveugles et des sourds-muets en France. Le dernier recensement officiel vient de remplir cette lacune, en produisant à cet égard des données auxquelles les recensements subséquents ajouteront un plus haut degré d'exactitude ; car, comme on sait , en statistique , c'est par la constatation des mêmes faits à de certains intervalles réguliers qu'on découvre et qu'on établit la vérité. Quoi qu'il en soit, les résultats obtenus en 4 854 présentent déjà quelques aperçus comparatifs fort curieux que nous signalons à l'attention du public.

Le nombre total des aveugles est de. .... 37,666 Celui des sourds-muets, de 39,512

Rap|)ort à la population :

1 aveugle sur 9â0 habitants,

1 sourd-muet sur 1,212 habitants»

c'est-à-dire qu'on compterait près d'un quart d'aveugles de plus que de sourds-muets ; disproportion considérable , et qui ne s'est pas encore présentée dans les contrées où l'on s'est livré à de telles recherches. En général , les nombres se sont à peu de chose près équilibrés , et parfois c'est celui des sourds-muets qui s'est trouvé le plus élevé. Ainsi en Prusse, qui est le pays dans lequel les recensements paraissent avoir été opérés pour ces deux classes d'infirmes avec le plus de soin , on a trouvé , il y a quelques années , 4 aveugle sur 4 ,378 individus, et 4 sourd-muet sur 4 ,269 ; d'où il résulte, comme on voit, que c'est ici le nombre des sourds-muets qui l'emporte d'un douzième environ.

a Si Ton rapproche ces données relatives à la Prusse de celles que présente notre pays, on reconnaît qu'il y a dans le royaume allemand un peu moins de sourds-muets et beaucoup plus d'aveugles qu'en France. Depuis longtemps, au reste, on a établi, pour ce qui concerne les aveugles, que le nombre s'en accroît au fur et à mesure qu'on avance des régions centrales de l'Europe vers le pôle ou vers Téqua-

k9U NOTES COMPLÊMBRTAIfteS.

tcur. Ce principe trouverait son application dans les calculs qui attribuent plus d^aveugles à la France qu'à la Prusse. Comme on le verra ci-après, au sein mémo de la France, le rapport s'élève dans la région méridionale ; d'autre part^ il est constant que la proportion du nombre des aveugles est bien plus forte vers les latitudes polaires que dans les zones tempérées ; ainsi c'est 4 aveugle sur 5 à 600 habitants qu'on compte en Norwége. On ne cènnatt pas le rapport des aveugles à la population dans les contrées qui avoisinent la ligne équinoxiale , mais tout porte à croire que le nombre en est très-éievé.

a Relativement aux sourds-muets, c'est une autre loi qu> révélée l'étude des faits : le nombre s'en accroît dans les diverses contrées, en raison de la situation plus ou moins élevée de celles-ci au-dessus du commun niveau , de telle sorte que les régions montiueuses en présentent toujours plus que les plaines. On a reconnu , par exemple, qu'il est tel canton suisse qui renferme, relativement, quatre à cinq fois plus de sourda-muelsque la France moyenne. Un frappant témoignage va venir à l'appui do cette observation.

a Le recensement de 4854 ne détermine ni le sexe ni l'âge des aveugles et des sourds-muets français. Dans l'étran^r, des renseignements précis sur ces deux points ont amené d'intéressants résultats. Ainsi, on sait que, bien qu'il naisse un peu plus de garçons quade filles, quand on fait le recensement d'une contrée, il s'y trouve toujours un peu plus de femmes que d'hommes^ Eh bien, c'est justement le fait contraire qui se présente lorsqu'il s'agit d'aveugles et de sourds-muets. Le nombre des individus du sexe masculin affectés d'une de ces infirmités l'emporte dans une assez forte proportion. En Prusse, par exemple, et dans les contrées limitrophes , on compte 4 00 aveugles hommes pour 87 aveugles femmes, et 4 00 sourds-muets pour 76 sourdes-muettes !

« Le rapport de l'âge établit également un rapprochement trèscurieux : on est sourd-muet dès le berceau , tandis qu'on peut devcoir aveugle dans toute la durée de l'existence. De là, naturellement, il résulte qu'il doit y avoir un bien plus grand nombre de jeunes sojirdsmuets que de jeunes aveugles. On a calculé, en effet, que dans le royaume qui nous a déjà fourni d'autres données intéressantes, sur 400 sourds-muets, il y en a 70 de 1 an à 30 ans, et 30 au-dessus de cet âge ; le rapport se trouve à peu près renversé pour les aveugles, qui, sur 400 individus, n'en présentent que 24 âgés de 4 an à 30 ans, et, par conséquent, 76 au-dessus de cet âge.

« Les mêmes recherches ont permis d'établir une longévité comparative très-marquée en faveur des aveugles.

« Il faut émettre le voeu que le prochain recensement permette de

3IOTS8 COMN.tllBNTAniBS. 695

vériiier jusqu'à quel point ces multnU sont ronfurmes aux faiU que présente notre pays à cet éganl.

c U est digne de remarque que, dans les contrit de la France qui sont considérées comme les moins avancées (Poitou , Berry, Auvergne, etc.), où le mouvement industriel est peu prononcé, où la population des campagnes est généralement placée dans des conditions assez défavorables, on compte pourtant moins d'aveugles que dans le Nord. C'est que, dans cette région, foyer principal du mouvement industriel de la France, des causes bien connues amènent , dans les villes sur tout, parmi la population ouvrière, des affections consécutives de la cécité. Quant à la défaveur dont est atteinte la région méridionale, elle est conforme au principe que nous avons posé ci-dessus, et elle lui servirait au liesoin de conQrmation. »

P. -A. DuFAr.

Note I. Page m.

Sur la nccessité (tunjour de repos par semaine.

Considérée dans ses rapports avec les forces des hommes et des animaux, la division hebdomadaire est sans contredit la plus parfaite de toutes.

« Le calcul décimal, dit Tautour du Génie du Christianisme, peut convenir à un peuple mercantile ; mais il n'est ni beau ni commode dans les autres rapports de la vie et dans les équations célestes.

« La nature l'emploie rarement : il gône l'année et le cours du

soleil On sait maintenant, par expérience, que le cinq est un jour

trop près, et le dix un jour trop loin pour le repos. La Terreur, qui pouvait tout en France, n'a jamiiis pu forcer le paysan à remplir la décade, parce qu'il y a impuissance dans les forces humaines, et même, comme on l'a remarqué, dans les forces des animaux. Lé bœuf ne peut labourer neuf jours de suite ; au bout du sixième, ses mugissements semblent demander les heures marquées par le Créateur pour le repos général de la nature.

« La nécessité d'un jour de relâche sur sept a d'ailleurs été reconnue par les observateurs les plus attentifs comme une loi impérieuse, à laquelle on ne peut se soustraire sans s'exposer à des inconvénients d'autant plus graves que le mépris de cette loi du repos est poussé plus loin. »

C'est cette nécessité que faisait parfaitement ressortir le docteur

an«;lai3 Farre, lorsque, dans un Rapport adressé au Parlenent, il déclarait que le repos du septième jour est absolument nécessaire à rhomme, quelles que soient ses occupations, sous peine des plus graves dangers pour sa santé et même pour sa vie. Après avoir exposé d'une manière générale les raisons physiologiques qur loi semblaient les plus propres à justifier le choix du septième jour pour le repos commun, le docteur continuait ainsi : « Faites travailler un dieval tous les jours de la semaine autant que le permettent ses forces, ou accordez-lui un jour de repos sur sept, vous verrez bientôt, par la vigueur plus grande avec laquelle il accomplira son travail pendant les six autres jours, que le repos du septième lui est absolument nécessaire. L'homme étant doué d'une nature supérieure, il oppose à l'excès de la fatigue la vigueur de son âme ; aussi le dommage que produit une surexcitation continue sur son système animal ne se manifeste pas aussi vite que chez la brute; mais il succombe enfin d'une manière plus soudaine : il diminue la longueur de sa vie, et prive sa vieillesse de cette vigueur qu'il devait conserver avec le plus grand soin. L'observation du dimanche doit donc être acceptée non-seulement parmi les devoirs religieux, mais parmi les devoirs naturels, si la conservation de la vie est un devoir, et si l'on est coupable de suicide en la détruisant prématurément. Je ne parle ici que comme médecin, et sans m'occuper d'aucune manière de la question théologique. Mais si l'on envisage de plus l'effet (lu véritable christianisme, c'est-à-dire la paix de l'âme, la confiance en Dieu, les sentiments intérieurs de bienveillance, on ne tardera pas à se convaincre que c'est là une sourco nouvelle de vigueur pour l'esprit, et, par l'intermédiaire de Fesprit, un moyen d'augmentation de force pour le corps.

a Le saint repos du dimanche met dans l'homme un nouveau principe do vie. L'exercice laborieux du corps et de l'esprit, de même que la dissipation des plaisirs sensuels, est l'ennemi de l'homme aussi bien qu'une profanation du Sabbat, tandis que la jouissance du repos dans le sein de sa famille, jouissance unie aux devoirs et aux études qu'impose le jour du Seigneur, tend à prolonger la vie humaine.

« C'est la seule et parfaite science qui rend le présent plus certain et assure le bonheur de l'avenir

« Il est vrai que l'ecclésiastique et le médecin doivent travailler le dimanche pour le bien de la communauté ; mais j'ai regardé comme essentiel à mon bien-être de restreindre mon travail du dimanche au plus strict nécessaire. J'ai souvent observé la mort précoce des médecins qui travaillent continuellement ; cela est surtout visible dans les pays chauds. Quant aux ecclésiastiques, je leur ai conseillé de se reposer un autre jour (le la semaine. J'en ai cx)nnu plusieurs qui sont-

NOTES COMPLÉMENTAIRES. U9l

morts à cause de leurs travaux pendant oe jour, parce qu*ils n'avaient pas pris ensuite un repos équivalent J'ai connu des hommes parlementaires qui se sont détruits pour avoir négligé cette économie de la vie. En résumé, Thomme a besoin que son corps ait du repos un jour sur sept, et que son esprit se livre au changement d'idées qu'amène le jour institué par une ineffable Sagesse. »

(Voir les ArekiveB du Christianisme, année 4833, p. 468, et l'excellent écrit de F. Pérennès, ayant pour titre : De V Observation du Dimanche, eansidérée sous les rapports de Vhygiène publique, de la morale, des relations de famille et de cité.)

Ce mémoire, couronné en 4839 par l'Académie de Besançon, se trouve inséré dans le tome XIY des Démonstrations Évangéliques, publiées par l'abbé Migne.

(Voir encore le Mandement publié en 4854 par Mgr Sibour, Archevêque de Paris, sur rObsenyafion du Dimanche.)

Noie N. Page lU.

De la prédominance des membres droits sur les membres gauches.

D0 longues et consciencieuses recherches anatomico-physiologiques , faites à l'hôpital de la Maternité de Paris, ont conduit M. Achille Comte à découvrir que le penchant qui porte tous les peuplée à dcmner la préférence aux membres droits dans les mouvements se trouve être le résultat d'une prédisposition congéniale, et non pas de l'habitude , comme on le croyait généralement.

En effet , d'après une déduction rigoureuse, sur un chiffre de S0,539 accouchements, 47,226 enfants, venus en première position de l'occiput, ont dû éprouver pendant plusieurs mens sur te bassin de la mère une compression entraînant l'infériorité et la faiblesse comparatifs des membres du côté gauche, conséquemment, une tendance à être drtdtiers, tandis que 2,453 enfants, venus en deuxième portion, sont également restés dans des rapports anatomiques entraînant Vinféricrité et la faiblesse comparatives des membres droits ; conséquemment, ont eu une tendance à être gauchers.

Cette immense majorité de nouveau-nés prédisposés à être droitiers se trouve encore augmentée par fhabitude qu'ont les nourrices de porter presque toujours l'enfant sur leur bras droit. En le tenant tan-

496 NOTES CCNUPLÊIIENTAIRBS.

tôt à droite, tantôt à gauche, elles risqueraient moins de se tourner la taille, et concourraient à rendre leurs élèves également forts et adroits des deux mains, avantage précieux dans mainte circonstance de la vie.

Voici maintenant la Pétition que Franklin a écrite pour la main gauche, à l'adresse de tous ceux qui ont mission d'élever les enfants :

« Je m'adresse à tous les amis de la jeunesse, et je les conjure de jeter un regard de compassion sur ma malheureuse destinée, afin qu'ils daignent écarter les préjugés dont je suis victime.

« Nous sommes deux sœurs jumelles, et les deux yeux d'un homme ne se ressemblent pas plus , ni ne sont pas plus faits pour s'accorder l'tm avec l'autre, que ma sœur et moi; cependant, la partialité de nos parents met entre nous la distinction la plus injurieuse. Dès mon enfance , on m'a appris à considérer ma sœur comme un être d'un rang au-dessus du mien ; on m'a laissé grandir sans me donner la moindre instruction, tandis que rien n'a été épargné pour la bien élever. Elle avait des maîtres qui lui apprenaient à écrire, à dessiner, à jouer des instruments ; mais si, par hasard, je touchais un crayon , une plume, une aiguille, j'étais aussitôt cruellement grondée; j'ai même été battue plus d'une fois parce que je manquais d'adresse et de grâce^

« Il est vrai que parfois ma sœur m'associe à ses entreprises ; mais elle a toujours grand soin de prendre le devant et de ne se servir de 'moi que par nécessité, ou pour figurer auprès d'elle. f. a Ne croyez pas , Messieurs , que mes plaintes soient excitées par la vanité ; non , mon chagrin a un nK)tif bien plus sérieux. D'après un usage établi dans ma famille, nous sommes obligées, ma sœur et moi, de pourvoir à la subsistance de nos parents. (Je vous dirai en confidence que ma sœur est sujette à la goutte , aux rhumatismes , à la crampe, sans compter beaucoup d'autres accidents.) Or, si elle éprouve quelque indisposition , quel sera le sort de notre pauvre famille!... Nos parents ne se repentiront-ils pas alors amèrement d'avoir mis une si grande différence entre deux sœurs si parfaitement égales?... Hélas! •nous périrons de misère , il me sera impossible de griffonner une pétition pour demander des secours, car j'ai été obligée d'emprunter une main étrangère pour transcrire la requête que j'ai l'honneur de vous présenter.

« Daignez, Messieurs, faire sentir à nos parents l'injustice d'une tendresse exclusive, et la nécessité de partager également leurs soins et leur affection entre tous leurs enfants.

a Je suis avec un profond respect. Messieurs, votre obéissante servante, « La Main gauchr. »

NOTES COMPLÉMENTAIRES. hW

Celto pélilion en Taveur de la main délaissée mérite d'autant plus d'être prise en considération que, sur un total de 20,539 naissances, 4 0 enfants seulement, venus dans les deux positions directes, apportent une aptitude congéniale à rester ambidextres, à se servir également bien des deux mains.

Me 0. Page 379.

Du Sommeil,

« Le sommeil, cet état, tout à la fois si ordinaire et si élirange, durant lequel , la vie extérieure étant suspendue , commence une vie imagi* naire qui présente des souvenirs sans rapport et des événements sans suite; qui fait perdre Tappréciation des temps, le sentiment des distances, le discernement des impossibilités; où la mémoire rappelle tout et ne distingue rien , et où l'esprit , ne sachant plus ni combiner, ni vouloir, se laisse entraîner par des impressions qui se succèdent dans des situations qui se contredisent , sans s'étonner de la succession invraisemblable des unes , sans être arrêté par la contradiction choquante des autres. M. Jouffroy le décrit fort ingénieusement, et le causidère avec Bacon comme le retour de l'esprit vivant en lui-même. Tandis que les physiologistes font servir le sommeil au triomphe du corps , lui y voit la domination exclusive de l'âme. C'est elle qui veille pendant que son serviteur se délasse ; c'est elle qui , toujours attentive à ce qui se passe extérieurement, se montre insensible à un grand bruft qu'elle connaît, mais se trouble à un bruit dont elle n'a pas l'habitude^ c'est elle qui éveille le corps pour vérifier le danger et au besoin s'en garantir ; c'est elle qui mesure le temps pendant la nuit, et quelquefois interrompt le sommeil au moment précis fixé dans les projets de la veille; c'est elle enfin qui, par un efïbrt senti au dedans, avant de parvenir au dehors, rappelle les sens à leurs fonctions lorsqu'ils ont réparé leurs forces épuisées. Son action ne cesse donc jamais; elle se transforme. Sa fatigue venant de la pensée, elle prend son repos dans le rêve. Ce genre de repos , elle ne se le donne pas seulement dans la nuit, mais dans le jour ; et alors le rêve s'appelle rêverie. L'esprit, entraîné par l'apparition irréfléchie des objets , ou par le souvenir non combiné des impressions et des sentiments, se laisse aller au courant mobile de ses libres et fantastiques imaginations, aussi bieii dans la rêverie, qui est le songe du jour, que dans le songe, qui est la rêverie de la ntiit. »

(M. MiGNET, Élo^e de Jouffroy,)

5oa

NOTES COMPLÉMENTAlRESw

Note P. Pages 440 el 4S0.

De la Longévité, particulièrement chez les hommes de lettres et les savants.

Les exemples de longévité fournis par les hommes adonnés à l'étude sont nombreux ; ils le seraient encore plus, si ces ouvriers de la pensée prenaient soin d'entremêler leurs habitudes studieuses avec un exercice convenable de leurs forces physiques. Malgré de grands travaux intellectuels,

Boerhaave a vécu 70 ans.

Lelbnitz , 70 Œhlenschlœgerypof'le danois, 72

La Mennais, 72

Angelo Mai, 72

Locke, 73

Lopez de Vega, 73

Le docteur Roux , 74

Mablllon, 76

Demie, 75

Marmoniel, 76

Malebranche, 77

Bossuet, 77

Le docteur Pariset, 77

Galilée, 78

Créblllon, 78

Chateaubriand , 79

Rollin , 80 Le professeur Duvemois , 80

Ségur, 80

Wicland , 80

Alexis MoQteii, 80

Huct, 81

Buffon, 81

Pardessus, 81

Royer-Collard , 81

82 ans.

8fi 8C

» Le docteur Houlh étail président du Collège de Magdàlen, à Oxfoi t, depuis 1791 : i\('. Iv 13 septembre 1755, il mourut en 1855. —Je n'a! pas cru devoir citer Alberi le Ciraïul, mon, dtt-on, plus qu'octogénaire ; ni Uippocrate, luoit selon les uns à 90, s»*on d'uiitres, à 104 ans.

Hoffmann ,

Aldrovandi,

Emery,

Feletz,

Sanchez Ribeiro ,

Voltaire ,

Daubenton ,

M"« Cottin,

M— de Genlls,

Jay (r Académicien),

Newton ,

Hénault (le Président) ,

Baour-Lormian ,

Calderon de la Barca ,

Suard,

Tissot (rAcadémicien) ,

Bonald (le vicomte de),

Blumembach ,

Lacretelle le jeune ,

Morgagni ,

Portai

Winslow,

Ruisch ,

Mitscherlich ,

Le docteur Routh ^ ,

Fontenelle ,

NOTES COMPLÊMëNJ AIRES. SOI

Dans celte liste, que j aurais pu beaucoup allonger, ne figure pas mon ancien client, le vénérable M. Droz. qui, né en 1773, est mort en 1850, âgé de 77 ans. Et |X)urtant, grand, maigre, débile, nayant pour ainsi dire que le soufile, M. Droz avait été condamné, quarante ans avant sa fin, de par la Faculté. Mais, outre la tempérance et des promenades quotidiennes, ce vrai sage avait trouvé deux moyens aussi simples qu^agréables de prolonger les limites de sa carrière : le premier consistait à ne jamais parler, ni vouloir qu'on lui pariât de sa santé ; le second, à entreprendre tous les ans un voyage en poste, do deux ou trois cents lieues, voyage d'instruction et de délassement, qui ne manquait pas de le remonter pour une dizaine de mois, après lesquels il se remettait en route, quel que fût son état de faiblesse.

— Un statisticien distingué, dit M. Moreau de Jounès, Gasper a recherché les différencos apportées par la diversité des professions dans la durée de la vie, il a trouvé les termes suivants :

Théologiens, f>6 ans, 1 mois.

Négociants, H2 ans précis.

Fonctionnaires, 01 ans, 7 mois.

Agricultears , 61 ans, 6 mois. ., .

Avocate, 58 ans, 9 mois.

.Vrtistes, .)7 ans, i mois.

Instituteurs, 56 ans, 9 mois.

Médecins, 50 ans, 8 mois.

Ainsi, d'après ce travail, la profession ecclésiastique serait celle qui promet la vie la plus longue, et la profession médicale, celle qui peut faire craindre la vie la plus courte.

— Le dernier Annuaire du Bureau des Longitudes fournit les renseignements suivants sur le mouvement do la population en France et sur la longévité :

Les naissances moyennes annuelles des garçons et des filles légitimes sont comme 47 est à 46 : il naît 17 garçons |30ur 46 filles ; et, pour les enfants naturels, comme 26 est à 25 : il naît 26 garçons pour 25 filles. Quand il nait 4 enfant naturel, il en nait 43 légitimes. L'augmentation moyenne annuelle de la population est de 456,333 ou de la 242^ partie. La population augmente d'un 40* en 20 ans, do 2 dixièmes en 39 ans. On compte annuellement une naissance par 34 habitants, et 400 naissances pour 84 décès; — 4 décès pour 41 habitants ; — 4 mariage pour 4 28 habitants.

Aujourd'hui, la durée de la vie moyenne est de 37 ans et 7 dixièmes ; avant 4789, elle n'était que de 28 ans et 3 quarts.

502 9K>T£S GOMPLiMEMTAlREft.

ËD Europe, la femme parait vivre plus longtemps que Thomine.

Centenaires, — Dans la Nécrologie de 4 855, on remarque M. l'abbé de Maupas, doyen des prêtres du diocèse de Montauban ; MM. Oger, à Epinal ; Licquet, avocat, à Rouen ; Dereix, à Bordeaux , Leroy La Gocherie, ancien juge, , et M"^^ Bardy, de Limoges ; Marguerite Prince, de Baiileval (Oise) ; Marie Mutsaers, de Tilbeurg (Hollande) ; et Marguerite Sutherland, à Reay (Angleterre), décédés à l'âge de 400 ans et quelques mois ; cette dernière laisse cinquante eniants et petite-enfants. A Tàge de 1 01 , Jeanne Leclcrcq, morte à Beaufais, près Liège ; le mari de cette femme compte 99 ans, et son beau- frère 40«;— à 402 ans, M^^® de La Corderie, à Saint-Servan, et Madeleine, à Benfold (Angleterre) ; — à 404 ans, une mauresque d'Alger ; — à 405 ans, M°*« Danton, de Tarbes ; — à 406 ans, M"* Dupuis, de Bergerac, dont la postérité compte cinq générations; — à 407 ans, Marie Papin, du Mans, et Ahmed-Bache-Zornadji, ancien musicien du dernier dey d'Alger ; — à 108 ans, M. Martelier, de Mexiraieux, mort à Buenos-Ayres ; — à 440 ans, Georges Nelson, nègre de la colonie de Saint-Domingue, ancien cuisinier à bord des navires de l'État, décédé à l'hospice civil de Rochefort, et Jeanne Rousseaume, ancienne cabaretière à Boulogne (Vendée) ; — à 1 1 1 ans, Varqavas-Pangolos, le vétéran de la lutte hellénique, à laquelle il a consacré une fortune considérable; — à 445 ans, une négresse de Morris (États-Unis); — enfin, deux vétérans de l'humanité, Marie Jégourel, morte à Plouhinec (Morbihan), à l'âge de 446 ans, et M. Provençal, adjoint au maire de la commune de La Motte-Chalencers (Drôme) , auquel sa santé promettait eucore de longs jours, et qui mourut en sortant du conseil municipal, frappé d'apoplexie à l'âge de 4 49 ans.

— Les exemples d'existences humaines atteignant 420, 430 et même 450 ans ne semblent ni douteux ni extraordinaires à M. Flourens, quand il songe que la durée normale de la vie de l'homme devrait être d'environ 400 ans.

On a observé que la durée de la vie des animaux égalait à peu près cinq fois la durée de leur croissance, laquelle cesse au moment où les os sont réunis à leurs épiphyses.

D'après les travaux du savant que nous citons, cette réunion s'opère généralement chez l'homme à 20 ans ; chez le chameau, à 8 ans ; chez le cheval, à 5; chez le lion, à 4 ; et chez le chien, à 2 : or le chameau vit 40 ans ; le cheval, 25 ; le lion, 20 ; le chien, de 4 0 à 12 ; la vie de Phomme, supposée calme et à l'abri d'accidents, devrait donc être d*un siècle.

Pour fournir cette longue carrière, il suffit de suivre les conseils rappelés par M. Flourens dans son intéressant opuscule sur la Longé-

vite humaine : la recelte est toute simple : u Soyez sobres ; vivez régulièrement ; faites un exercice modéré ; évitez les secousses physiques et morales ; sachez être vieux quand vous le devenez, et, à moins d'accident, votre vie pourra se prolonger jusqu'à la centième année.»

Dans ce même livre, M. Flourens divise la vie de l'homme en quatre périodes, qu'il dédouble :

Enfance, première période, de la naissance à 40 ans (période dentaire); seconde, do 10 à 20 ;

Jeunesse, première période, de iO à 30 ans ; seconde, do 30 à 40 ; c'est l'aurore de la maturité.

Age viril, première période, de 40 à 55 ans; seconde, de 55 à 70;

Vieillesse, première période, de 70 à 85 ans; seconde, de 85 à la mort.

Le savant physiologiste prolonge l'adolescence jusqu'à 20 ans, parce qu'alors seulement se termine le développement des os et , par suite, l'accroissement du corps en longueur. U i)rolonge la jeunesse jusqu'à 40 ans, parce qu'alors seulement se termine l'accroissement du corps en grosseur»: ce qui peut survenir de plus , passé ce temps , est simplement une accumulation de graisse. Quant à l'âge viril , s'il le prolonge jusqu'à 70, c'est qu'il aperçoit un travail d'invigoration qui rend toutes les parties du corps plus fermes , plus achevées et l'organe entier plus complet, travail qui se fait de 45 à 55 ans, et se maintient jusqu'à 70. Parmi les signes de la vieillesse est la perte de la force en réserve, force qui existe pour les autres âges, tandis que le vieillard n'a plus que la ïorce agissante, celle du moment ».

Résumons la doctrine biologique de M. Flourens : la durée normale de la vie d'un homme est d'un siècle. Si peu d'individus arrivent à ce long terme, c'est que très- peu font ce qu'il faudrait faire pour y arriver. « Avec nos mœurs, nos passions, nos misères, l'homme ne meurt pas, il se tue. »

• Voir la Galerie des Centenaires, par M. G Joncourt, et le livre du docteur L. Turc : De la Vieillesse étudiée comme maladie. Ce dernier ouvrage peut servir de correcUf au traité apologétique de Cicéroa sur la Vieillesse,

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