LA CORNE
lage, de déchirement. Cependant c*est sous cette forme aiguë, tranchante, horrible, qu'elle a été Hnstrument béni du progrès..
Ces becs d'acier des rapaces , ces griffes des grands carnassiers semblent avoir été aiguisés par le génie du mal. Toutefois ils ont plus vigoureusement servi à l'évolution du monde que Tépaisse carapace, inerte instrument de conservation.
Si ces armes terribles n'avaient déchiré les faibles et les indolents, la terre eût été encombrée de ruminants décharnés se disputant un brin d'herbe, broutant la plante aussitôt qu'elle arrive à fleur de terre. Si les chèvres, les chevaux sauvages, les gazelles ont conservé leur grâce et leur finesse, c'est qu'il leur a fallu de l'énergie dans les jarrets, la délicatesse de l'ouïe, la pénétration des regards pour échapper à la dent meurtrière admirablement servie par des griffes aiguisées. C'est que, grâce à la corne, leur vie fugitive a été une gymnastique constante.
Nous ne saurions donc mieux utiliser le microscope, que de l'employer à l'analyse d'une substance qui joue un si grand rôle dans la lutte éternelle! Enlevons donc délicatement, je dirai presque avec respect, un fragment du métal vivant. Nous reconnaîtrons sans peine qu'il est formé par un tissu, net, ferme et soyeux, ressemblant à celui des lames damasquinées "de l'Orient.
Ajoutez à vos lentilles la raison, cet instrument ^'optique intellectuelle dont le grossissement est
infini, vous comprendrez alors nècessaifSment que la construction des organes de proie des grands destructeurs est le fruit d'une mécanique en quelque sorte transcendante.
Plus terribles qu'elles ne conviennent à la spécialité du carnassier, les armes que la nature loi aurait données d'une manière trop libérale n'auraient fait que le surcharger inutilement d'un poids gênant, compromettant, comme le serait lépée de Charlemagne pour une main ordinaire.
Nos grands artisans de carnages ji'ont point encore découvert la meilleure armure à donner aux soldats, et depuis Caïn l'art de la destruction est toujours en progrès! Chaque animal, quelque hideux qu'il soit, est toujours sorti des mains de la nature aussi parfaitement armé qu'il devait Têtre pour jouer son rôle dans l'harmonie universelle. Dans le monde intini, il n'y a point de place pour celui qui ne sert pas à quelque chose.
La nature n'a refusé à aucun de ces animaux bizarres tout ce qu'elle pouvait leur donner. Mais dans ses armements elle n'a pas dépensé le moindre luxe inutile. Voyez la différence qui existe entre l'ongle du faucon et le misérable crochet à Taide duquel la chauve -souris se suspend aux moindres aspérités du mur. On sent que ces animaux déshérités disparaîtraient rapidement de la surface de la terre, s'ils ne pouvaient compter sur la complicité des ténèbres.
La trame de leur ongle crochu semble surchar-
LA GOHNË. 95
gée d*obscurité, tandis que le tissu du faucon, est, pour ainsi dire, tout imprégné de lumière 1
Le microscope nous permet d'étudier la construction de pes outils, si bien adaptés à l'industrie du propriétaire que quelquefois il semble en être le gardien plutôt que le possesseur.
Jamais l'imagination d'un Gallot en délire n'aurait pu rêver un être aussi repoussant que ce monstrueux fourmilier. Â peine s'il sait se traîner ; je n'ose dire qu'il rampe, de peur d'injurier les serpents ; le malheureux ne vit que pour veiller sur le ûl de son ongle, aigu, tranchant comme un rasoir. Qu'il entame par un mouvement précipité l'instrument qui est à la fois son levier, son pic, sa pioche , le voilà condamné à la plus sûre et à la plus cruelle des morts! Le salut de son estomac l'oblige à conserver intact le sceptre aiguisé avec lequel il doit régner en dévorant un peuple, comme les rois du bon Homère.
Mais que les ongles soient droits comme ceux ? du singe, crochus comme ceux du perroquet, aplatis comme ceux de l'homme, comprimés verticalement comme ceux du chat^ fixes comme ceux du chien, mobiles comme ceux de la panthère, ils offrent tous une certaine uniformité de texture, que vous reconnaîtrez au miUeu de Tinfinie variété des détails. Vous trouverez, le microscope aidant, comme un air de famille entre l'ongle racorni du rapace et le tissu rose délicat qui couronne les doigts de la jeune fille.
Ëpées, glaive, tenailles , ciseaux ou diamants plus soyeux que la coroHe du lis, plus limpides que la lame de mica, ils semblent formés de poils agglutinés, fondus les uns avec le§ autres. Mais pour obtenir ce résultat, la nature a procédé comme toujours : elle a fait manœuvrer ces légions inGnies que nous voyons défiler devant nous, depuis que nous ayons l'œil au bout d'un microscope.
Vous seriez certainement effrayés si vous vous^ proposiez de compter combien de poils entrent dans les lames tranchantes qui garnissent la patte du lion. Aussi ne Vous engagerais-je pas à essayer de faire ce dénombrement pour le bois de la tête d'un cerf, car la corne est la sœur de l'ongle, formée d'un peu moins de chair et d'un peu plus de la matière des os!
Supposez que des brins d'herbe se mettent en tête de se coaliser pour former un palmier. Il faudrait réunir moins de tiges peut-être qu'il ne coûterait de poils, pour compléter la couronne osseyse d'un bélier ou d'un taureau.
Précisément, parce que l'individualité des poils persiste malgré leur réunion, la corne est un des objets les plus curieux que vous puissiez imaginer. Vous verrez naître le plus souvent autour de chaque tige élémentaire une espèce d'arc-en-ciel ébauché par la lumière polarisée.
La corne de rhinocéros, que nous avons déjà signalée, est un des objets qui se couvrent le plus facilement de ces merveilleux iris.
Là corne. 97
Coupez, taillez, rognez comme vous Tentendrez, transversalement, longitudinalement, vous mettrez toujours en évidence des teintes nouvelles, ÛBè nuances imprévues.
' Quoique solidaires, ces poils soudés ensemble, 'B'en restent pas moins soumis aux mêmes lois organiques que s'ils étaient restés isolés : tout comme leurs frères, qui, dispersés sur Tépiderme, le recouvrent et le protègent, ils sont assujettis à la grande loi de la mue : c'est parce qu*ils héritent de cette défaillance organique que le diadème osseux des rois de nos forêts tombe aux pieds des majestés découronnées. Mais ne demandez point à ranalyse micrographique de vous donner la raison de ce phénomène annuel. Ce n*est point elle non plus qui pourra vous dire pourquoi des millions d'organes cachés travaillent avec une activité fébrile, et remplacent la ramure tombée par une ramure plus belle encore quand le cours des saisons ramène la terre dans les mêmes points de son orbe. Mais elle pourra vous montrer les milliards d'organes qui sont cachés dans l'épaisseur du derme et qui tirent du sang les matériaux nécessaires à son incessante réparation.
Nous voyons les phénomènes intimes s'effectuer devant nous, avec une sûreté, une précision bien supérieure à ce que nous pourrions imaginer de plus parfait, si nous étions obligés de nous contenter de la vue des Aristote et des Platon.
La puissance de notre vue artificielle {^Xl ^bx-^
courir à notre intelligence une nouvelle étape dan^ l'explication du cosmos, mais nous ne trouvons cependant la clef d'aucune chose. Si nous sortons du cercle où nous étouffions , c'est pour nous trouver renfermés dans un cercle qui contientle premier : ce n'est point parce que nous sommes réelkment affranchis et que nous sommes parvenus en dehors du dernier cercle, de celai qui contient tous les autres.
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Vous aurez sans doute admiré plus d'une fois la sensitive, cette poétique plante, symbole des esprits excellents qui éprouvent, au milieu de ce monde imparfait et corrompu dans lequel nous vivons, ce que l'on pourrait appeler l'attraction des sphères supérieures. Nous allons vous montrer en quelque sorte un spectacle inverse. Ce qui envahit Tintérieur de notre corps, et ce qui se développe surtout d'une manière merveilleuse au milieu de nos organes de mouvement , c'est une véritable végétation osseuse.
Nos muscles sont attachés à des espèces de ro' seaux, qui se glissent au milieu de notre chair. Sans elle qui ne peut bouger, nous serions condamnés à ne jamais changer de place. C'est à elle, l'insensible, que revient le soin d'envelopper
les filaments nerveux qui, prolongeant notre cer^ veau , le mettent k la portée de toutes les impressions venant du dehors. Ce sont des tiges analogues à celles des arbres qui servent de véhicule à la pensée.
Pour étudier la structure des différentes parties du .squelette, il faut donc s'y prendre à peu près comme si l'on faisait l'anatomie d'une plante. Quoique singulière, cette botanique ofifre pourtant plus d'un rapport avec celle dont s'occupait Linné.
Tranchez vigoureusement dans l'épaisseur de l'os des lames trèsminces ; usez, autant que vous le pourrez, sur des verres, ces fragments Section de iTiumirus quevousaurez prispréad'uoe lortue. iablement aussi ténus
que possible, et auprès desquels une feuille de papier est un monstre d'épaisseur. Ne négligez rien pour laisser librement passer la lumière, cette justice du ciel.
Tenez, voilà un morceau du squelette d'un cheval que nous allons inspecter à l'aide d'un grossissement de quelques dizaines de diamètres, presque rien, de quoi donner ^ un mouton la taille d'uu éléphant.
Vous n'aurez pas besoin d'une grande habitude pour reconnaître 'dans cette substance la trace d'une disposition tout à fait n^guliëre, qui ne saurait être l'efTet du hasard sans un miracle plus grand encore que celui d'une formation ordonnée harmonieuse.
Les cavités, qui apparaissent comme de simples ponctuations peu intéressantes, sont devenues des cavernes dont la forme nous surprend et nous enchante.
Augmentez le grossissement, vous verrez apparaître des fissures qui se croisent comme une foule de ravins se donnent rendez-vous dans chacun des lacs de la Suisse.
Pourquoi ces lignes saccadées et tortueuses?
Pourquoi ces axes à peu près parallèles? Ne croyez point aller jusqu'au bout et épuiser ce mystère par UB autre tour de force d'optique. Même en employant le microscope plongeant d'Araici, qui est not^ dernière ressource, il restera toujours on nuage que jamais lentille ne saurait disperser sans le secours de quelque lumière étrangère.
Faites arriver une gouttelette d'huile entre deui lames de verre, simple subterfuge à la portée de
tous, la scène sera transformée ; l'os s'illuminera pour ainsi dire jusque dans ses dernières molécules.
Chacun des petits vides allongés devient un véritable centre brillant, qui se montre entouré d'un inextricable réseau de lignes d'une délicatesse dont jamais rien ne saurait donner l'idée.
C'est encore tout un monde dont cet édifice , pourtant si simple, permet d'entrevoir la présence. N'avais-je pas raison de ' i faire remarquertoutàl'h I combien le métier de rét teur est aisé pour ceux ç tiennent en main un mien scope que ne savent manie leurs élèves?
La nature, ainsi que vou devez le comprendre au moyei SectioD du temporal de cet exemple, n'aime poin d'un singe. j être forcée par des voies di-
rectes. C'est dans les chemins de traverse que certains philosophes, grands batteurs de buissons, trouvent bien souvent à détrousser la vérité, que toutes les académies du monde poursuivent inu tilement dans }es routes battues où les charic académiques ont toujours creusé tant d'omiër Je comparerai volontiers ces divers canaux, m en évidence par l'action de l'huile, & un men système d'irrigation, de drainage, comme voua '. voudrez. Certes les agriculteurs des meilleui
comtés agricoles d'Angleterre n'ont pas multiplié leurs tubes de terre plastique avec un luxecompa' Table. Cette magnifique perforation pratiquée dans tous les sens ne serùt cependant qu'une erreur manifeste delà nature, si la nutrition ne devait entretenir ces masses inertes qui constituent notre ossature. Mais quedis-je! pourquoi parler d'inertie au milieu même du règne de la viel N'est-ce point en quelque sorte proférer un blaspbëme?
Si TOUS doutez encore que la nutrition soit aussi nécessdre au tissu osseux de notre squelette qu'à notre chair ellemême, je vous conseillerai de prendre la peine d'examiner l'os quaud il est encore à t'état frais, c'est-à-dire tout imbibé de sucs nourri- Os de l'oreille d'une souris. ,, - . , .
Une fois sur la piste
de ces* organes, qui servent de véhicule au fluide vivifiant, vous reconnaîtrez qu'il se trouve partout dans l'épaisseur de nos os une foule de vaisseaux capillaires séparés de la concrétion minérale par une espèce de coussin élastique destiné à éviter les chocs des parties molles contre les corps durs et résistants.
Que de précautions la nature n'a-t-elle pas à prendre pour assurer la pénétration des fluides
vivants, dans une matière tellement difScile à désagréger que la mort elle-même lui rend hommage, car elle ne peut l'entamer qu'après une longue suite d'années, de siècles même.
Si vous trouvez que les incrustations calcairei vous gênent, vous pouvez facilement vous en débarrasser. Vous n'avez qu'à invoquer l'aide de l'acide chlorhyrique. Suffisamment affaibli, ce dissolvant terrible respectera religieusement la trame qu'il met à nu.
En agissant ainsi, vous ne ferez que retourner à l'état primitif, car le petitvertébré ne débute point dans la Tie avec un squelette tout formé.
Les parties qui doivent composer la base résistante cle l'organisme, sont pour ainsi dire ébauchées avec une matière qui n'est point chair, mais qui n'est pas plus os.
L'être commence par posséder ce que l'on pourrait appeler une charpente provisoire, bonne pour l'époque où il n'a pas besoin de marcher, par cette raison bien simple que la mère s'acquitte de ce soin en sa faveur.
C'est petit à petit, grain è grain, que ces carUlages se chargent d'une substance qui, possédant 1* dureté d'un rocher, n'a besoin que d'être sout«nne par une trame suî&samment tenace et asseï
résfstante. Voilà des granulations osseuses qui se rangent en file. Elles se multiplient comme. les mousses que Ton voit grimper le long des vieux murs.
Bientôt ces files se trouvent tellement serrées les unes contre les autres, que le cartilage, recouvert comme d'une espèce de feutrage rocailleux, perd toute sa transparence. Si l'ossification marche encore, ce n'est plus bientôt qu'une masse presque homogène.
Jamais je ne passe dans une tranchée pratiquée à ciel ouvert dans des terrains stratifiés, sans rêver à la majesté des causes secrètes qui or>t travaillé pendant des millions d'années pour produire cette série de feuillets à travers lesquels nos ingénieurs ont introduit nos rails.
La locomotive ne court point assez rapide pour m'empêcher d'éprouver un sentiment vague de l'immensité des périodes nécessaires à l'accumulation de ces assises rangées les unes au dessus des autres.
Dans notre voyage à travers les os, nous serons frappés de rencontrer une disposition tout à fait analogue, que je dirai même beaucoup plus admirable encore.
En effet, nous pourrons compter peut-être plus
de stratifications entassées dans la section du fémur
ou du tibia, que dans les plus merveilleux déblais.
En outre, ces strates organiques ont été déposées
dans un sol qui, quoique vivant, n'a jamais été trou-
blé par la moindre convulsion volcanique; noyéei au milieu de notre chair, elles ont gardé toute leur régularité virginale.
Qu'est-ce qui donne le mot d'ordre à ces multitudes çle concrétions circulaires? Pourquoi viennent-elles se ranger autour de chaque canal capillaire? Quels sont donc les organes infatigables qui tirent nuit et jour des éléments du sang la pierre et le mortier nécessaires pour cette patiente édification de la charpente? Si vous aviez le loisir d'examiner les pièces osseuses, nous saisirions la nature sur le fait; nous verrions que la membrane qui tapisse l'os n*est point jetée au hasard cooune un manteau de luxe, comme un drap inutile. Elle travaille activement à la conservation de l'organe rigide, à sa nutrition, à sa réparation. C'est ainsi que les polypes gélatineux de la mer des Indes élèvent des continents qui serviront peut-être un jour de patrie à des peuples moins barbares que les hommes de nos âges. Une différence pourtant capitale, c'est qufe le polype travaille du dedans au dehors, parce qu'il est obligé de se tenir à l'abri du mouvement des vagues. Rien ne vient troubler le travail de la chaîne vivante qui enveloppe son œuvre de ses replis; ici c'est la soie qui sert de bouclier au fer.
Nuit et jour cette membrane infatigable veille sur l'intégrité de notre squelette que Ton croit définitif, mais qui se renouvelle sans relâche.
Est-ce que Flourens ne nous a point montré avec
quelle rapidité les os des lapins nourris de garance se colorent en rouge?
Cette teinture infiltrée par les capillaires, dont le microscope nous a révélé la présence, est un symptôme que nous ne nous sommes point laissé induire en erreur en déclarant que la vie se trouve partout dans l'être. N'est-ce point la vie qui produit l'incessante rénovation des parties les plus profondes, de celles qui sont douées de la dureté la plus prodigieuse ?
Il ne faut donc pas s'étonner qu'un savant ait trouvé moyen de reconstruire grain à grain les os détruits par quelque accident, rongés par quelque maladie.
C'est la plante qui repousse tant que la racine a été respectée.
Quoi, vous hochez encore la tête en signe d'incrédulité !
Du moment que vous saviez que les œufs peuvent être considérés comme des plantes auxquelles leurs racines ont fait une gatne, vous deviez Vous attendre à ce que de hardis praticiens viendraient bientôt fonder une nouvelle espèce d'agriculture.
Croyez-vous que les organes qui entretiennent l'os dans la vie normale jouent un rôle essentiellement borné au remplacement quotidien des matériaux usés?
Est-ce que le maçon qui se montre assez habile pour réparer une maison vivante, qui renouvelle les pierres tous les cinq ou six ans, sans que les lo-
cataires s'en aperçoivent, ne saurait pas constr un bâtiment neuf? Qu'on lui donne les moel et le mortier, puis qu'on le laisse dresser échafaudage; bientôt Ton verra ce qu'il faire.
^exa''
Les premiers anatomistes qui s'occupèrent des dents, crurent devoir demander pardon à leurs lecteurs de la liberté grande qu'ils prenaient de les entretenir d'objets de si mince importance, de ces menus osselets que Ton pourrait appeler les ouvrages avancés du squelette* A cette époquej personne ne se doutait encore du prix que -vaut la place disponible dans le microcosme, c'est-à-dire dans ce tout indivisible, qui doit être assez puissamment organisé, non -seulement pour vivre et penser, mais encore pour porter la pensée et la vie en un point quelconque du globe.
Aujourd'hui la science des dents, Vodontologie a conquis son droit de cité dans l'histoire naturelle, et nous en pourrions fournir mille exemples saillants.
Le grand paléontologiste Owen a rédigé un oavrage qui aurait suffi pour assurer sa réputati et qui ne traite absolument que de cet infime tail de l'organisme.
La science dentaire possède à Londres un organe qui trouve dans sa spécialité une assez riche fflois^ son d'expériences pour donner chaque jour des ar-* ticles intéressants. C'est en analysant la fomifr' d'un os , qui ne pèse pas autant qu'une pièce de' vingt sous y qu'un Cuvier peut reconstituer un être inconnu I S'il est vrai de dire avec Bufl'on: le style, c'est l'homme, il Test plus encore de s'écrier: la dent, c'est Tanimal !
Nous ne saurions donc mieux employer le microscope qu'à retrouver nos droits à l'empire du monde inscrits sur les molaires et les incisives qui couronnent l'édifice de notre mâchoire*
La dent parfaite est plus que trinaire. Elle se compose d'au moins quatre éléments distincts, cinq même selon cei tains anatomistes, Nous montrons en riant des os extraordinairement façonnés et fabriqués avec un art tout spécial. En effet, ils ne sont point, comme les os ordinaires, noyés dans la chair qui les garantit aussi bien de raction des chocs que de celle de l'oxygène. Leur fonction est d'exercer des eflbrts qui fausseraient les leviers les plus irritants de notre machine motrice, quoiqu'ils soient garantis par le tampon élastique de graisse, excellent artifice pour atténuer la rudesse des contacts.
Fidèle à ces grands principes d'économie^ la ratore gradue la solidité des corps organiques avec Tintensité des efforts qu'ils sont appelés à supporter.
L'extérieur est revêtu d'une espèce de vernis impénétrable, formé de prismes très-serrés, appuyés les uns contre les autres et aussi difficiles à séparer les uns les autres qu'à entamer individuellement. La nature a trouvé moyen de faire un ensemble inattaquable avec des fragments qui n'ont pas deux millièmes de millimètre de côté. A ce compte, vous pourri^z voir combien de mil- Hons de' pièces s'étalent sur la plus modeste de nos incisives.
Mais peut-être n'est-il pas bon de remuer sans nécessité des chiffres pareils. Craignons de nous laisser saisir par le vertige de l'infini, qui après tout n'est pas moins dangereux que les autres.
Dessous cette première couche s'en trouve une seconde encore très-dure et très-serrée, quoique la résistance diminue en général à mesure que l'on pénètre dans l'intérieur de l'organe.
La partie la plus intime que nous retrouverons derrière cette seconde écorce est une sorte de trame cartilagineuse, semblable à celle qui constitue les autres parties du squelette. C'est elle qui, gonflée de sels calcaires, devient non-seulement os, mais encore, s'il est permis de s'exprimer ainsi : os cuirassé !
L'on connaît bien des animaux qui déchirent
112 llù MONDE INVISIBLE.
leur proie avec facilité, quoique leurs dents ne soient pas aussi fortement incrustées que les nôtres. Mais ces êtres sont faits pour dominer dans le sein des eaux, milieu peu favorable à la constitution d'animaux énergiques et fortement trempés, habité par des myriades d'espèces inintelligentes etvoraces, dont les chairs sont molles et flasques. Des serpents très-redoutables ont leur mâchoire armée de simples crochets, une sorte de lancette destinée à égratigner la peau, et qui n'est pas constituée avec autant de luxe et de solidité que la moindre de nos incisives. Dans ce cas, hâtons-nous de le dire, la dent ne sert qu'à ouvrir le passage au venin, qu'une race favorisée et dominatrice ne pouvait peut-être sécréter sans déroger!
Toutefois, il en est des dents comme des autres organes. Ce serait une immense erçeur que de croire que chacune de celles qui appartiennent à notre espèce est supérieure à tout ce que nous pouvons trouver de plus parfait dans la série animale. Le petit dieu de ce monde n'est point une collection de chefs-d'œuvre ; il ne règne que par l'ensemble des facultés dans lesquelles il a presque toujours un maître.
Avouons avec franchise que le microscope nous oblige d'admettre dans la défense de l'éléphant le produit d'un art beaucoup plus rafQné que celui qui a présidé à l'armature de nos maxillaires.
Nous verrons très-distinctement, dans la mâchoire de ce quadrupède géant, ce que je ne crain-
li pas d'appeler une espèce de creuset organique que l'on nomme la glande. Voilà le berceau de défense, le foyer où la circulation apporte, sous nne liquide , les éléments de la concrétion denlire; c'est par le dépôt d*un cône très-petit que XHumence tout le travail. Cet embryon ne tarde joint à être revêtu d'un premier cornet d'ivoire , ^e vient à son tour recouvrir un second tube ie même forme et modelé de même manière.
Les cornets succèdent aux cornets , lès nouveaux Tenus ayant constaifument d^s dimensions suffi- Mtes pour enrober tous les autres. C'est ainsi ^e d'année en année le chêne s'enrichit d'une en- ^loppe nouvelle qui vient grossir l'œuvre de Tannée précédente.
La défense prendra une forme à peu près cylinteque lorsque les limites transversales de son dér veloppement se trouveront atteintes; alors nous la verrons sortir tout d'une pièce comme un palmier dont le tronc monte lentement vers le ciel. Jusqu'à ce qu'elle ait atteint sa longueur normale , l'activité de l'organe générateur se maintient dans le même état de surexcitation fébrile. Heureusement pour l'éléphant lui-même cette nouvelle période s'arrête un jour; la fièvre s'éteint peu à peu, et la dent se termine par une pointe qui reste solidement enfoncée dans la chair.
Quoiqu'elles poussent toujours, les dents des ^ngeurs n'atteignent jamais ces dimensions monumentales, limitées qu'elles sont dans \^\xt àJ^-
Il4 LE MONDE INVISIBLE.
veloppement par les frottements auxquels elles échappent, car elles sont pour l'humble convive, rat ou castor, ce que l'ongle aigu est pour le fourmilier, l'arme à l'aide de laquelle il conquiert sa place au banquet de la vie. Grâce à cette persistance à l'activité des glandes, le rongeur peut user de ses dents avec prodigalité sans craindre de se trouver dépouillé ; cependant cette faculté même n'est point tout à fait sans danger.
Il peut arriver qu'une des incisives de la mâchoire supérieure soit brisée par quelque accident, tellement grave que la racine même soit emportée. La dent correspondante de l'autre mâchoire n'aura pas l'intelligence de s'arrêter à point nommé; bien au contraire, elle profitera de tout l'espace qui s'ouvre devant elle, car il n'y a que la dent qui puisse faire obstacle à la croissance de la dent, de même qu'il n'y a que le diamant qui puisse user le diamant.
Cette incisive émancipée va donc monter droit, haut et ferme jusqu'à ce qu'elle se recourbe sous son propre poids. Alors elle finira, on en a vu des exemples , par perforer le crâne du malheureux rongeur , succombant devant l'indomptable activité de sa mâchoire.
Ce qui nous a sauvé, ce qui a compensé la faiblesse de nos biceps, la petitesse de nos tibias, ce n'est donc point la supériorité de nos canines ou de nos molaires, mais la parfaite harmonie de la formidable rangée d'osselets qui garnit nos m&-
choires, c'est la prodigieuse variété de leurs aptitudes. Heureusement pour la suprématie de notre race, il ne manque pas une seule note à notre gamme de destruction.
Encore un mot pour terminer cet article sur lequel les préparations microscopiques vous permettront de vous étendre à votre aise. Si vous comprenez l'importance du système dentaire y vous conviendrez que Tenfant qui conserverait, par impossible, jusqu'à la fin de sa carrière , des dents provisoires , mériterait à peine d'être classé parmi la race humaine. Ce serait certainement un être compromettant à une époque où nous nous sentons serrés de près , par les gorilles et autres espèces marchant derrière Tambitieux anthropoïde. Le plus sage serait de repousser une recrue aussi anomale et de la traiter comme feraient les grenouilles d'un têtard qui, s'obstinant à garder sa forme de poisson, voudrait pourtant figurer dans la noble race des batraciens. Vous devez avouer on outre que le travail de la seconde dentition doit être considérée comme une sorte- d'équivalent des Diétamorphoses que subissent les insectes. Vous cesserez de vous étonner de l'ébranlement qu'éprouve la nymphe humaine , lorsqu'elle traverse les épreuves nécessaires pour la fabrication de ses armes définitives. Vous vous demanderez si cette Diétamorphose est la dernière.
Nous engageons vivement les amateurs de formei à la fois bizarres et régulières à ne point négligei Tétude microscopique des coquillages. Le man teau des espèces les plus vulgaires, les moules, te huîtres, les limaçons, fournira des points de vue des sites, des paysages ; il y a de quoi s'égarer pen dant de longues heures en suivant ces vallées i l'éclat bleuâtre, au reflet dîamantin. Étudiez k nacre, matière de la perle étalée en forme de coupe sur laquelle repose la chair comme en un divii berceau, digne d'abriter Vénus lorsqu'elle flottai' à la surface des océans.
L'on dirait que le minéral qui sert d'enveloppe •t de gatne à la vie, se pique d'honneur. Il sent U besoin de se montrer digne d'un si glorieux voisifift^e. Cependant la carapace n'a que deux qualités
à remplir : ne pas écraser l'être qui la porte, et
Visoler d'une manière suffisante pour ne pas
blesser ses tissus. Qu'elle soit à la fois légère et
solide comme toute bonne cuirasse, voilà son but
rempli d'une manière tout à fait satisfaisante. Mais
ce système de résistance passive, est pour ainsi
dire l'enfance de Fart. Car l'être enfoui dans le
fond de sa coquille ne peut conquérir qu'une idée
bien imparfaite du monde extérieur.
L'homme, ce flambeau de la nature, ne pouvait végéter derrière un inerte rempart, pesant vingt fois plus peut-être que la masse charnue réellement rivante. Du moment qu'il était destiné à concevoir l'ambition sublime, à dominer le monde extérieur, il fallait lui donner les moyens de braver les forces brutales qui y régnent.
Quoique la peau soit avant tout une protection ^omme la coquille, elle est plus une parure chez les animaux que chez nous. Les anatomistes qui chercheraient la supériorité de notre épiderme ^ans la richesse des couleurs, la solidité des tis- ^lîs, le façonné des écailles, seraient condamnés à Rougir de notre vêtement naturel, car nous som- ^^ moins bien parés que les membres les plus obscurs de la série animale.
Les deux couches de Fépiderme ont une épaisseur variable suivant les parties, peut-être trois iJûillimètres en moyenne. Vous n'avez donc pas de Peine à vous convaincre, le microscope en main, l^e les fameuses reliures en peau d'biOm.t[\^,\^ow\.
jamais été fabriquées. Vous laisserez tomber dans Toubli ces contes inventés afin de noircir la mémoire de novateurs contre lesquels on a lancé Ja plus ridicule de toutes les accusations. Qui donc aurait été assez économe de substance organisée pour établir une tannerie humaine? Qui donc aurait été assez fou pour perdre sa peine et son argent à préparer' une matière bien inférieure an plus mauvais parchemin. Le tannin a toujours été assez cher pour qu'il n'ait jamais été possible de songer à un pareil sacrilège. Certes, aucune de nos élégantes à la peau satinée ne fourninait une dé* pouille en état de lutter avec celle des chèvres les plus grossières. Nous marchons beaucoup après les rats au point de vue du tanneur.
Ce sont des qualités d'un ordre plus relevé qu'il faut demander à Tenvjeloppe d'un être consacré au culte de la raison. Si nous avons le droit d'en être fiers, c'est qu'elle semble presque intelligente, que l'on dirait plutôt que notre corps est enrobé d'intelligence.
Seul entre tous les êtres, privilège divin, c'est par toute la périphérie de notre individu que nous touchons le monde extérieur. Ce n'est pas seule* ment à l'aide de tentacules, de lèvres, de palper» que notre sens intime explore, saisit le grand ToU^'
Nous interrogeons l'Infini à Taide d'une surface qui a pour le moins sept quarts de mètre carrés. ^ peine si malgré ses gigantesques proportions l'él^' phant possède sept quatls de centimètre. Si na^^
ToalioDs lions donner le problème de définir l'homme, nous oserions presque dire que nous sommes une immense palpe animée dont la nature se sert pour étudier son ouvrage. Si nous savions (ce que nous allons essayer d'étudier tout h l'heure) avec quel luxe ont été répartis les lilaments nerveux, nous pourrions nous écrier peut-être : ■ Mais notre enveloppe est presque un cerveau étalé 1 >
La couche ultime ne possède que quelques dixièmes de millimètre d'épaisseur; c'est une sub-
[>apillM
(organes du tact).
stance cornée, translucide, comme le serait la matière des poils, fondue, vitrifiée, formant un vernis transparent, une légère couche de mica douée d'une magnitique élasticité. Pour fonder l'étude de la sagesse, nous mettons en pratique les préceptes du philosophe de l'antiquité. Nous habitons une maison de verre.
Que de choses se trouvent sous la peau, dans l'épaisseur de cet organe, dans s6n voisinage im-
médiat] Conimencez, fi tous le voulez bien, les glandes sudorlfiques si longtemps dédaigp Le microscope vous les montrera formées cliai i.rr un canal unique, replié, pelotonné sur néme. En dévidant ces rouleaux, dont l'enser
Peau bumaine.
forme un point invisible à l'œil nu, vous arrive si vou» êtes iiabile, k tirer un ruban dont la gueur atteint la taille d'un homme ordinaire.
Je ne vous engagerais pas, à moins que > n'ayez beaucoup de patience et de temps dj.
nible, à compter vous-même combien il y a d
les pareils ; raRportez-?ous-en sur ce point à ce ^e dit KoUiker. Cet anatomiste a trouvé de ^^0 à 600 glandes dans un pouce carré de peau ^'^ la face postérieure du tronc, des joues, et deff
trémités inférieures. La peau *du front est plus fiche; elle en a jusqu'à 1100. La plante du pied
la paume de la main en donnent jusqu'à 2700.
Le nombre total des appareils qui sont néceslaires à notre transpiration est bien de deux à trois Huilions. Si tous les petits canaux qui les composent étaient mis bout à bout, ils auraient une longueur assez grande pour faire à peu près le tour ie la lune. Est-ce assez de luxe pour une fonction dont nous ne comprenons pas très-bien la nécessité, et à laquelle nous n'aurions certes pas songé si nous avions eu à construire l'homme?
Mais je ne veux point que vous puissiez conserver la moindre espérance de voir la vérité simple et nue sortir de notre puits microscopique. Je vais donc vous montrer encore un des mille problèmes qu'on rencontre en effleurant Tépiderme; ceci vous donnera peut-être une idée de ce que vous auriez à étudier si vous descendiez dans les profondeurs de la machine humaine.
Certains anatomistes ont remarqué que les poils sont susceptibles d'opérer quelques petits mouvements. Ils en concluent que chacun doit être armé d'un muscle, analogue à ceux qui mettent en mouvement les pièces importantes de notre squelette.
Or, savez-vous où cela nous, mène d'adme que chaque poil a son muscle? A concéder c peut exister dans l'épaisseur de la peau jus( dix mille muscles par centimètre carré ; car il autant de tiges à mouvoir par pareille surfi Accordez cela sans préjudice de tout ce que d avons déjà vu sous le derme/et de tout ce qui trouve peut-être, sans que nous l'y voyions.
Comprenez- vous ce qu'il en coûte à la nature p que nos cheveux puissent se dresser sur notre U
Non-seulement la peau sert admirablement I ' telligence, maïs encore on peut dire qu'elle est ordres de la vie organique. Nous pourrons n assurer facilement de cette prodigieuse malles lité de l'enveloppe interne. Suivons-la dans replis des cavités intérieures qu'elle tapisse s aucune espèce de solution de continuité , s autre lacune que des pores appartenant près tous au monde invisible, ou se trouvant au me sur les limites de la vision naturelle.
Si vous voulez étudier par vous-même cette e tiplicité infinie de canalisations merveilleuses vous engage à visiter les galeries de l'Ecole de ] decine de Paris. Vous y verrez exposées le l des murs des préparations propres à mettre lumière la délicatesse des dentelles organiqi Des injections de couleurs différentes guident 1' étonné de suivre tant de tubes destinés à tant services différents dans le ministère de la digestif de la circulation ou de la resçiration.
oyez, par exemple, les villosités qui recouat r intérieur de ce labyrinthe que Ton nomme testin grêle. Vous y découvrirez de petits raaux teints en rouge qui sont destinés à absorber Liquide alimentaire. Leurs oriGces laissent pétrer les particules nutritives et refusent d'adettre la substance inerte. Quand rien ne vient \iainuer la vigilance de ces parties fidèles du coumt circulatoire, que la faim est grande ou la ration petite, ils opèrent la séparation avec une précision supérieure à celle de nos meilleurs tamisages. Le flûcroscope ne pourra pas vous faire comprendre comment ils s'y prennent pour ne point commettre ferreur dans une opération nécessaire pour chaque molécule alimentaire et aussi difficile que de chercher une épingle dans un tas de fumier.
Vous verrez encore dans ces préparations des capillaires teints en bleu, qui , sortant des profondeurs de l'organisme, apportent constamment à la surface le produit des glandes cachées. Ces canaux remplis d'un liquide destiné à compléter l'action dissolvante du suc gastrique circulent à côté des précédents. Les deux systèmes se mêlent, s'entrecroisent, se marient de mille manières différentes ; cependant ils sont tous deux pratiqués dans l'intérieur d'une membrane plus fine qu'une feuille de papier.
Mais ce qui vous paraîtra bien autrement merveilleux, c'est la construction de cette admirable éponge que l'on nomme le tissu pulmonaire. E^w
124 LE UONDE INVISIBLE,
eiïet, cet appareil n'est qu'un composé de tubes ,&ir et de vaisseaux sanguins si merveilleusems ramifiés, que chaque pellicule impalpable sert séparer deux mondes qui doivent rester isol tout en pénétrant l'un dans l'autre. Chaque put de la surface frontière est baignée d'un cdté p le sang et de l'autre par l'air. Elle est percéemilliards de petites fenêtres qui font que l'air le sang' se touchent par une multitude d'ourer
de3 poiuDoos.
tures; et Cependant ni le sang ni l'air n'empiètent l'un sur l'autre.
Ainsi l'analyse microscopique ramène en quelque sorte l'explication de ce qui se passe dans le poumon à l'étude de la peau, aux propriétés des tissus perméables aux gaz ! En effet si vous mesu' rez la superficie des cellules qui composent le tissu pulmonaire, vous pourrez vous assurer qt» leur développement total présente une surface égaie à cent \ingl fois ceUft d\i cacçs. Si vous cher- i
à évaluer le nombre des pores qui sont réle long de cette immense étendue, vous arrià quarante ou cinquante milliards de petits trop petits pour laisser passer le liquide in, mais assez cependant pour livrer pasau gaz vivifiant qui remplit l'atmosphère. bus comprendrez alors que le poumon peut considéré comme un immense épiderme retant de fois sur lui-même que chaque année laisse filtrer l'ox^^gène nécessaire à quatre milde litres de sang noir. C'est en effet le volume liquide épuisé qui vient se régénérer en trois ■Dent soixante-cinq jours.
-■ Même dans un monde où l'énergie du gaz actif ÏBBt tempérée par un mélange d'éléments inertes, pons voyons que la grande fonction de respiration int pour ainsi dire identique à celle qui s'exerce à ^ surface de la peau. Nous pouvons donc ad- 3nettre, sans faire d'hypothèses hasardeuses, qu'il ;iy a dans le monde infini, des sphères étoilées où îa fonction de la peau suffît, parce que l'atmoaphère n'est tempérée par aucun mélange et dévouerait si elle pénétrait dans des poumons ou des franchies quelconques. Apprenons à ne pas tracer 4ie limites aux forces créatrices de la nature ; nous "M ferions trop d'injure si nous la jugions d'après ce que nous voyons nous-même dans le petit coin du monde où nous sommes confinés. Bien fous ^ons-nous doiic ceux qui s'écrieraient, comme [ ïamlet, que l'honmie est le chef-d'œuvre de la
nature, parce qu'ils ne voient rien de supérieur ici-bas! Des êtres intelligents qui se borneraient à respirer par la peau n'auraient-ils pas au moins sur nous l'avantage de ne pouvoir devenir poitrinaires?
L'énorme complication des appareils de la vie organique , on le voit facilement, ne nous doit point détourner de leur étude positive. La philosophie de leur construction est d'autant plus nécessaire, qu'ils peuvent prendre des formes plus variées chez les différents êtres ; car nous n'en serons que plus touchés de retrouver une identité d'essence ou de nature intime entre des organes qui paraissaient n'avoir rien de commun les uns avec les autres.
Certainement ces analogies profondes ne vous mettront point au courant de la manière dont la nature s'y prend pour organiser le poumon, car la fabrication de la peau n'est pas moins difficile à comprendre que celle du tissu pulmonaire. Mais le spectacle de l'unité de plan nous met à même de nous élever jusqu'à la conscience des lois sublimes dont nous ne sommes que des cas particuliers, nous pauvres passagers embarqués, nous ne savons pourquoi, à bord du modeste globe qui nous entraîne vers des destins inconnus.
L'étude de la peau ne sera pas moins utile au point de vue philosophique, en montrant combien sont vaines les distinctions que l'on veut baser sur la blancheur ou la noirceur de l'épiderme.
Tournez et retournez ces granulations auxquelles vous ne trouvez aucun caractère organique, et je vous défie de soutenir qu'elles suffisent pour refouler au-dessous de l'homme un être doué de toutes les facultés qui sont Tapanage de l'humaine nature.
Mais ce n'est pas tout; examinez la peau de ces créoles si orgueilleux de leur teinte, et même de nos blancs les plus européens? Le microscope indiscret nous montrera souvent des places noires par lesquelles il ressemble au nègre. S'il y a une lèpre d'infériorité, ils en sont infectés comme les purs Congosl
LE TORRENT CIRCULATOIIIE.
II y a un peu plus de trois cents ans déjà que l'ouvrage immortel dans lequel Michel Servet a décrit les mystères de la circulation, fut livré aux flammes qui ont dévoré son auteur. Cependant nous ne croyons pas qu'il soit superflu de rappeler cette lamentable histoire au moment où le microscope va nous permettre d'admirer les merveilles que le savant espagnol a eu le tort de révéler trop tôt à ses compatriotes. Malheur aux gens qui devancent l'heure où sonne le réveil de la raison I Pourquoi ne peut-on condamner les bourreaux qui ont sacrifié le grand physiologiste, à voir avec quelle force étrange le liquide est poussé vers le cœur et pénètre fatalement jusque dansl^* dernières ramifications du système capillaire ÎQiJ®^ châtiment pour l'orgueil de théoriciens infaillibles»