LE TORRENT CIRCULATOIRE
De serait-ce pas, que le spectacle de ces tourbillons si actifs? .
Avec un grossissement même médiocre, le têtard de la grenouille ou l'alevin de truite saumonée suffiront pour montrer le rhythme des planètes du microcosme. A travers l'ivoire de la chair diaphane dé ces êtres rudimentaires vous verrez les globules sanguins suivre les détours de Farbre circulatoire comme les sphères décrivent leurs orbes dans l'espace.
Vous distinguerez merveilleusement le cours du sang, si vous commencez par soumettre le petit animal à un régime épuisant. En effet, une diète sévère augmentera la pâleur des tissus au fond desquels doit plonger votre regard. Elle atténuera sensiblement la couleur du liquide, et permettra par conséquent de mieux reconnaître la forme de toutes les parties flottant au hasard dans ce fleuvo qui semble une matérialisation vivante de la vie. Que de découvertes le génie du Stagirite 'n'aurait- il pas fait jaillir d'une aussi merveilleuse expérience? En pressant le captif sous le verre du microscope, il aurait vu que les pulsations de l'artère caudale diminuent d'intensité à mesure que la captivité est de plus en plus étroite. Un observateur doué d'une perspicacité aussi grande aurait certainement compris, en voyant cet accord, la merveilleuse corrélation qui rattache les mouvements des membres à ceux du cœur, et qui les fait
pour ainsi dire dépendre Fun et Tautre de la vitesse imprimée au liquide vivifiant.
Est-ce qu'un seul regard jeté sur l'ensemble du système artériel ne lui aurait point montré que l'énergie vitale est toujours proportionnelle à la quantité de mouvement des masses fluides qui traversent rorganisme?
Si nous nous adressons à la grenouille, c'est-àdire au batracien parfait, le réseau sara plus complexe, mais nous ne saurons plus embrasser d'un seul coup d'œil l'ensemble des phénomènes circulatoires. Nous devrons étudier le double mouvement dans un des coins de l'organisme, dans la peau qui rattache les doigts, légère membrane à travers laquelle peut passer la lumière.
11 faudra même prendre d'assez minutieuses précautions pour maintenir la prisonnière en repos, sans produire une paralysie locale, qui rendrait 1 expérience inutile.
Si nous avons traité -une grenouille avec des égards suffisants, nous verrons à merveille le sang passer du réseau artériel dans le réseau veineux. Devant nous s'opère la mystérieuse combustion à laquelle sont empruntées toutes les forces de l'organisme, excepté sans doute la force organique elle-même.
Le fluide se précipite avec une rapidité véritablement ellrayante; n'est-ce pas le fleuve même de la vie qui coule sous nos yeux? ne sommesnous point assis sur la rive?
SysUma da ]a circulalion chez le lâUud.