‹ Les merveilles du monde invisibleChapitre 31 sur 32 · TROMPES, AIGUILLONS ET MÂCHOIRES · texte numérisé non relu

TROMPES, AIGUILLONS ET MÂCHOIRES

inépuisable à contempler les détails que le microscope révèle. Mais jamais vous ne consentiriez à recevoir un présent pareil pour remplacer les organes dont vous êtes en possession. Le plus farouche misanthrope serait trop puni s'il était affublé de la sorte. Ji'armement de la mouche ne ferait pas envie le moins du monde à Rousseau lui-même. Est-ce que ce défaut de jalousie n'est pas la condamnation complète de ces organismes qui ont éié réalisés bien des milliers d'années avant les nôtres?

Oui la nature est bréprochable, merveilleusement habile, injBniment supérieure à nous. Mais on pourrait dire qu'il a existé à toute époque de la durée une sorte de maximum mobile de perfection, et qu'aujourd'hui elle peut aller plus loin qu'avant la créçition de notre race. Figurez-vous une frontière du côté du bien infini, qui se recule indéfiniment devant les forces inconnues et mystérieuses qui travaillent sans relâche. Cette limite, qu'il est toujours possible d'entrevoir, n'est jamais franchie; mais par suite de cette évolution vers la perfection absolue, les êtres semblent doués de qualités de plus en plus éminentes, de plus en plus nombreuses.

La bouche des insectes pourra être citée comme un exemple d'organisation trop complexe pour que nous puissions l'admirer sans réserve. Cependant aucun détail ne pouvait être supprimé en partant du plan primitif, qu'à tort

OU à raison nous sommes obligés d'attribuer à la nature.

Du moment qu'elle s*était proposé de construire des êtres ayant leur squelette à l'extérieur, elle devait leur donner une cavité buccale formée par un très-grand nombre de pièces, aSn d'être suffisamment dilatable pour recevoir leur proie. Cette bouche faite de pièces et de morceaux devait avoir à sa disposition une foule d'organes, destinés à pallier les inconvénients résultant du plan primitif.

Si vous comparez l'insecte à ce que vous êtes vous-même, vous le trouverez relativement grossier et imparfait, comme si vous mettiez rancienne machine de Marly à côté d'une pompe à vapeur. Mais ne fallait-il pas que quelque chose précédât l'invention qui ne pouvait sortir toute armée de la tête de Watt et de Stephenson ?

Ainsi le microscope vous montrera que les parties qui surmontent la lèvre inférieure sont destinées à explorer une dernière fois la nourriture avant de l'abandonner aux forces chimiques qui régnent dans le tube intestinal. Vous avouerez qu'il n'eût pas été prudent de priver l'insecte d'un organe analogue à notre langue. En effet, les opérations multiples dont ces longs replis s.ont le théîitre dans l'abdomen du plus petit coléoptère ne sont pas moins compliquées que celles qui sont nécessaires à l'alimentation de l'éléphant. C'est seulement lorsque la langue a été inventée que la sublime ouvrière a dû supprimer ces

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