‹ Les merveilles du monde invisibleChapitre 4 sur 32 · DES ERREURS D'OBSERVATION · texte numérisé non relu

DES ERREURS D'OBSERVATION

Il n'y a pas jusqu'aux sels contenus dans Teau la plus pure que révaporation progressive ne concrète en forme régulière. Il arrive un moment où l'on voit surgir devant soi des cristaux très-embarrassants quand on n'est point assez bon minéralogiste pour reconnaître leur nature. Souvent le contact d'eau et de poussières très-ténues donne naissance à des mouvements qui paraissent spontanés, et qui ont été la source des erreurs les plus étranges.

Ces curieux phénomènes ont été découverts, à la fin du siècle dernier, par un médecin anglais nommé Brown, observateur de génie, qui termina dans une prison son existence malheureuse et tourmentée. Ce déshérité légua à la science, peutêtre pour se venger, un problème dont elle se préoccupe encore!

Bien des fois des adeptes des théories matérialistes ont cru surprendre en flagrant délit d'action volontaire et spontanée les dernières molécules des corps, les atomes de Lucrèce! Mais comment admettre que cette motilité, cette espèce de libre arbitre puisse se trouver dans les fragments des pierres, des métaux eux-mêmes ? Par quel miracle expliquer que ces corps acquièrent, lorsqu'ils sont réduits en particules d'un faible diamètre, les propriétés vitales dont leur ensemble est manifestement dépourvu ?

Si ces poussières vivaient, la chaleur les tuerait facilement; mais il arrive au contraire qu'un flot

de calorique les rend plus actives. N'est-ce point une révélation? Ne voyez-vous point que ces petits corps mettent en évidence les tourbillons que le liquide le plus paisible renferme en nombre infini dans son sein ?

Souvent un infusoire qui parcourait tranquillement le champ du microscope disparaît victime d'une espèce d'explosion intérieure.

Cet invisible, qui avait une existence individuelle aussi incontestable que le mastodonte et l'éléphant, se résout en poussière. Ne dirait-on pas que sa vie consistait précisément dans un effort suffisant pour maintenir ensemble les molécules disposées à se fuir dès que la force générale d'agrégation se trouve supprimée? Que sont les molécules qui oscillent à côté les unes des autres, dans le voisinage de l'endroit qu'occupait l'être? Quel est l'être dont le corps était composé d'éléments susceptibles de se disperser par un aussi étrange accident? Un ressort secret joue, le masque tombe, il reste de la matière disponible pour créer de nouveaux organismes, et qui ne tardera pas à rentrer dans la grande circulation des vivants.

Ce que nous venons de vous avouer a dû ébran-

1er quelque peu votre confiance dans la réalité des merveilles que nous allons successivement vous décrire. « Encore si l'on pouvait regarder avec se» deux yeux , au fond de cet instrument étrange, on pourrait avoir quelque [chance de ne pa^ se tromper, » vous éxclamerez-vous sans doute avec dé-

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couragement, « car voUs savez bien qu'on ne peut obtenir la notion du relief qu'au moyen de deux images individuelles dont chacune se peint au fond d'un de nos cristallins- Avec un seul œil, vous savez bien qu'on ne voit que la projection des objets sur un plan idéal, de sorte que leur matérialité échappe; on est exposé à confondre l'ombre des choses avec les choses elles-mêmes. »

Vos critiques sont fondées, ou plutôt elles Tétaient, car nos opticiens ont inventé une combinai* son de deux ^ubes qui permet de mettre en action ks deux rétines et de traiter la scène microscopique comme celle de l'Opéra, que l'on explore si comuiodément avec une jumelle. Le faisceau de lumière que l'objet nous envoie, rencontre sur sa route un prisme qui le brise en deux fractions, recueillies chacune par un tube particulier muni de son oculaire et derrière lequel nous pouvons nous placer. S'il n'y avait d'autre objection que celle que vous venez de faire, vous avouerez que vous seriez guéri de vos scrupules; mais vous connaissez le fanieux proverbe (qui n'est plu^ admis en justice) : un témoin, pas de témoin. Il paraît donc indispensable de disposer le microscope de manière que plusieurs observateurs puissent simultanément assistera nos petits drames intimes. Quel intérêt excessif ne sel'ait point ajouté aux démonstrations, si les élèves pouvaient suivre toutes les paroles du professeur sans perdre un seul mouvement des infusoires I Ne suîBt'il pas d'écarter J'un de Taulre \es ÔlÇAXîl

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Voilà donc une première limitation de ce procédé ingénieux. L'admission d'un grand nombr d't'ludjaals en traînerai l. «n oaUt ^ dt très-gra

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ves difficultés matérielles dont on ne saurait triompher. Heureusement l'invention du microscope solaire a permis de faire assister un nombre quelconque de disciples aux scènes les plus délicates, les plus émouvantes du monde microscopique.

Une fois formée au moyen de l'objectif, l'image

Microscope à trois corps, de Naehet.

nous appartient Nous ne sommes point réduits à la recueillir sur notre rétine, pour en jouir d'une manière égoïste et fugitive; nous pouvons la faire admirer comme si nous avions renfermé dans un cadre lumineux quelque ciief-d'œuvre d'un peintre de génie.

Pour proiluire une illusion magique, il ne faut qu'une seule chose: de la lumière, toujours de la lumière! Quand le soleil se montrera, nous lai emprunterons avec une lentille un assez large faisceau pour inonder de clarté l'objet microscopique.

Lorsque l'astre fera défaut, nous aurons recours à ces merveilleuses réactions que la science a mises

Microscope solaire.

à la disposition des électriciens et des chimistes. Nous emploierons la flamme de la lampe oxyhydrogène, ou la combustion du magnésium, on la merveilleuse clarté de l'arc voltaïquel Éclairons, éclairons toujours! jamais nous n'éblouirons les spectateurs. II n'y a que les animalcules soumis è nos lentilles qui souïïien\. Ae \a. <:^VvA«Mt <vie la

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lumière développe par surcroît. Prenons garde de i>épéter malgré nous l'eipérience de la lampe ardente d'Archimède et de tout réduire en vapeur. Nous savons également fixer par le dessin nos

Hicroscopi

sensations guidées au moyen de la chambre claire, appareil admirable qui projette l'image sur un papier blanc, à côté du crayon dont nous pourrons suivre les contours.

Cependanf Vinterrention de notre \o\on\ft ïft

fait encore sentir dans ce procédé, puisque noti main intelligente joue un rôle important, quoi^ que déjà subordonné. N'est-il point indispensabl que la science fasse un pas de plus et arrive franchement à la certitude en bannissant tout ce qi n'est pas strictement mécanique?

Que la lumière elle-même vienne faire le métier] de peintre! Que les impressions fugitives de la chambre obscure soient rendues, authentiques et indestructibles I

Une fois qu'on a enregistré par la photographie ces aveux, ils appartiennent à l'histoire de la nature et sont susceptibles d'être catalogués dans les greffes de notre science.

Si l'on découvrait une substance assez homogène pour ne point donner par elle-même de granulation , rien ne limiterait la puissance de la photographie doublée de micrographie.

Qu'est-ce qui empêcherait de multiplier le premier grossissement par un autre encore plus puissant? N'est-ce point la lumière qui vient au secours de la lumière ? N'est-ce point, par conséquent, la lumière qui nous permet de descendre dans rintérieur des objets les plus ténus? Ce n'est donc point sa faute si nous échouons dans notre tentative d'arracher à la nature le secret de son organisation.

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