DES ERREURS D'OBSERVATION
lais ce n'est pas assez de se déiier systématique- Qt des instruments que l'art prépare. II faut ^ore apprendre l'art plus difficile de se défier soi-même, des lentilles naturelles que l'on porte soi.
Le cristal organique que la lumière traverse ant de frapper notre rétine, est également affecté \ stries, de bulles, variables comme la santé, tmme les dispositions nerveuses du moment. Il iffît de quelques globules colorés se promenant ans les vaisseaux qui ne leur sont point destinés our produire des troubles, pour montrer peut être es monstres, des effets inattendus qui viendront en verser nos plus subtiles conceptions. Pauvre uison exposée à tomber dans des chemins de traverse, parce que les capillaires du globe de l'œil ne ieuventmaintenir parfaite l'exclusion du fluide qui *emplit nos veines ou nos artères I *
Un des plus dangereux ennemis du micrographe, îe sera surtout le micrographe lui-même. Il devra •e défier de la vapeur de son haleine, de ses doigts, le celle même qu'exhalent ses yeux.
Mais il faut craindre, par-dessus tout, des objets l* autant plus terribles qu'ils sont plus petits et lue, dans les observations à la vue simple, on pourrait plus franchement les dédaigner !
Redoutez comme pouvant devenir l'origine d'une erreur grossière, la chute d'une de ces poussières sans nom, qui voltigent dans les vagues diaphanes de l'océan aérien. En effet, devant le microscoçe
tout commence par prendre une forme vivante.
L'intelligence déborde partout et l'inertie n'ada place nulle part.
Quelle étrange histoire n'aurait-on point à raconter si Ton recueillait toutes les erreurs de la vue multipliée par la puissance de la vision artificielle, puisque la vue se trompe si souvent même dans la monde vulgaire!
L'ennemi terrible, c'est celui que Pouchet*noiis a appris à connaître : les innombrables légions de particules, monde de poussières, poussières plut* de inondes, qui viennent parader devant notre œl étonné.
Tantôt on reconnaîtra avec stupéfaction quête lentilles attirent des brins de laine heureusement reconnaissables à la couleur qu'ils ont reçue deU teinture; une minute après on verra apparaître des fibres de chanvre, des brins de lin et de coten, dont le microscope ne pourra pas nous donner rhistoiro.
D'où viennent ces barbules de plume? du duvet de quel oreiller se sont-elles détachées? De quel sein le zéphyr a-t-il enlevé ces mignonnes écailles? Voilà des globules que le vent a enlevés à une orgie, et peut-être au modeste bouquet de quelque laborieuse ouvrière. C'est un tourbillon de débris de notre civilisation, de détritus de nos arts qui nous
1. Correspondant de rAcadcmic des sciences, qui a fait de curieuses expériences pour soutenir la thèse des générations spontanées.
DBS ERREURS D'OBSERVATION. 17
poursuivent jusqu'au sommet des pyramides. De son coté, la Nature ne jette-t-elle pas dans l'atmosphère une foule de semences ? Est-ce que le souffle des vents ne contribue point au âéveloppement des plantes les plus parfaites ? Est-ce que ce n'est point lui qui porte çà et là le pollen nécessaire à la fécondation?
Un jour on trouvera des poils d'animaux domestiques, qui viendront intriguer les débutants. Le lendemain l'observateur expérimenté découvrira des débris de plantes dont il lui sera impossible de dire le nom, car elles sont inconnues dans nos herbiers.
Si l'on pouvait faire l'analyse du butin que nous apportent les orages, on saurait décrire les pérégrinations des tempêtes. Le microscope nous dirait dans quelles régions de la terre elles ont dû prendre naissance. Nous devinerions peut-être ce qu'est la végétation des plages mystérieuses du pôle, et la flore des contrées inconnues de l'Afrique équatoriale.
Si à force d'habileté et de précaution on était assuré d'arrêter tout ce qui passe dans l'air, la paix renaîtrait dans nos académies. Mais saurionsnous sûrement distinguer les écailles de poissons de la légère poussière qui couvre les ailes des lépidoptères? Qui peut être assuré jamais de saisir jusqu'au dernier de ces véhicules incompréhensibles qui, inertes eux-mêmes, transportent le feu sacré, la flamme divine, la vie !
Est-ce un germe si petit qu'il échappe au mi-
croscope qui vient donner le signal, précipiter révolution, développer une série indéfinie de transformations enchevêtrées les' unes dans les autres I Est-ce du dedans ou du dehors que se produit le choc chimique qui fait que le tourbillon se met en branle? La matière est-elle active ou passive? Nul ne le sait, nul ne le saura jamais peut-être, car on ne peut raisonnablement être assuré d^atteindre jamais le dernier degré de la petitesse! Qui oserait dire , même avec les filtres en fulmicoton, qu'il a établi une douane qui ne laisse paS' ser aucune graine de contrebande I Qu'est en effet la taille du germe d'un être qui ne pèse pas le mil' lionième peut-être d'un millionième de gramme !
Pour se débarrasser des poussières, ce qu'il y * certainement de mieux à faire, c'est de plonger les objets dans l'eau ou dans un autre liquide transparent. Mais est-ce que l'on ne sera pas, par compensation,* exposé à prendre pour des êtres extraordinaires les simples bulles d'air qui se trouvent emprisonnées dans ces milieux transparents? Il y a dans la nature une telle tendance à l'organisation, que tout paraît fait de propos délibéré.
Du moment que les molécules gazeuses ont pénétré entre les filaments d'une plante fibreuse, on les voit singer les formes de la vie. Quelquefois la lame de verre qui recouvre le liquide attire de très-petites gouttelettes qui se déposent avec une régularité si grande, que l'on croirait avoir sousles yeux un tissu végétal*