LES JEUX DE LA LUMIÈRE. S
être manifestées par des colorations étranges, quelquefois même par des ténèbres !
La lumière ainsi transformée n'est plus cet agent brutal qui met en relief ce que nous nommerons le gros des différences, et revêt d*une sorte de livrée uniforme les objets les plus dissem.llables. Ne pourrait-on pas s'imaginer qu'elle est devenue pareille à celle que doit rayonner ce soleil des sages, cet astre dont nous parlions tout à l'heure !
Prenons un morceau de corne de rhinocéros, et nous verrons très-bien les nouvelles propriétés des rayons transformés par le passage à travers notre lame cristalline.
Si vous vous bornez à employer les rayons ordinaires, vous aurez beaucoup de mal à suivre les divers fils jaunâtres qui, pressés les uns contre les autres, constituent cette singulière excroissance. Vous ne comprendrez qu'à moitié la construction de cette arme étrange et terrible. Employez, au contraire, un faisceau polarisé, vous dissiperez cette espèce de brouillard comme si vous aviez donné un coup de baguette magique.
Aussitôt de magnifiques franges d'or viendront Jéparer les diflérentes couches concentriques avec lutant de netteté que si des artistes invisibles, loués d'une délicatesse fantastique, avaient suivi es contours des différentes lignes. Des nuances, variant à chaque cercle, viendront mettre en éviience les ditiérences d'état moléculaires. Vous
aurez devant les yeux, non plus des figures ternes, mais des dessins admirablement enluminés.
Les fanons de baleine, les poils, les cheveui coupés transversalement et longitudinalementj feront briller ces subtiles propriétés de la lumière épurée. Elle viendra, comme nous le ver^ rons plus tard, faire étinceler de merveilleui reflets. Mille objets pourront servir à montrer ces jeux de la polarisation , jeux utiles , puisqu'ils évoquent une foule de nuances dans la contextun moléculaire, au lieu de 1;out enfouir sous ui éclat monotone comme le faisait la simple lumièn solaire.
Je vous engage encore à mettre derrière votn faisceau transformé une lame de quartz, ou d sulfate de chaux. Vous prendrez certainemen plaisir à voir miroiter les teintes de Tiris auss distinctes , aussi pures , que le plus brillant arc en-ciel.
La salicine, par exemple, produirait égalemer des effets admirables que je dois renoncer à vou décrire, car je ne saurais rendre le merveilleu chatoiement que vous produirez en agitant ave délicatesse une lame tout à fait translucide.
Si notre atmosphère était emprisonnée dans un enveloppe de cristal de roche que la lumière de vrait traverser avant de parvenir jusqu'à nou! nojus serions éclairés par cette lueur subtile, pa ces rayons que les physiciens ont eu mille foi raison d'appeler extraordinaires.