‹ Les merveilles du monde: ou Les plus beaux ouvrages de la nature ..., Volume 2Chapitre 110 sur 134 · BABYLONE · texte numérisé non relu

BABYLONE

Cette ville , située dans une vaste plaine qu'arrose l'Euphrate , fat , suivant quelques-uns , fondée par Sémiramis , et , suivant d'autres , par Bélus. Quoi qu'il en soit , c'est à Nébudcauezar qu'appartient l'honneur d'eu avoir fait une des merveilles du monde. Ses plus fameux ouvrages , tant intérieurs qu'extérieurs , étaient ses murs , le temple de Bélus , le palais de Nébudcauezar, les jardins en l'air , les 1 ord du fleuve , le lac artificiel , et les canaux creusés pour mettre k fleuve à sec. Tous ces ouvrages , remarquaUef ^ par leur magni&ceuce ^ ainsi que par les sommer

( 3o5 ) immenses employées à leur construction , n*ont jamais été surpassés que par la grande muraiUe de la Chine. Si Ton en croit Hérodote, les murs dont la ville était entourée avaient 87 pieds d'épaisseur , .35o de hauteur, et 38o stades (1) de tour. Ces murs , entourés en dehors d'un large fossé plein d'eau , formaient un carré parfait. Les pierres en étaient jointes avec un bitume qu'on trouvait aux environs de la ville , et qui faisait un meilleur ciment que la chaux. Chaque côté du carré avait vingt-cinq portes d'airain massif ; des tours , plus hautes de dix pieds que les murs , étaient placées de distance en distance : elles étaient au nombre de 25o. A chacune des vingtcinq portes, de chaque côté du mur, répondait une rue qui aboutissait à une des portes du mur opposé. Ainsi la ville avait cinquante rues de quinze milles d'Angleterre chacune , et qui se coupaient toutes à angles droits. Indépendamaient de ces i5o rues, qui avaient chacune i5o pieds de large, il y en avait quatre autresquien avaient 200 , mais qui n'étaient à proprement dire que des rangées de maisons, dont les portes étaient tournées près la partie intérieure de la muraille. On voit , par la manière dont les cinquante rues s'entrecoupaient, que la ville était partagée en 676 carrés dont chaque côté était de quatre stades et demi, c'est-à-dire tout le tour des deux milles et un quart. Les maisons dont

(i) Soixante mille« d'Angleterre.

tes carrés étaient garnis avaient chacune trois ou quatre étages, et étaient toutes extrêmement ornées. L'intérieur des carrés était vide et embelli de parterres élégans et de jardins délicieux'.

La ville était partagée en deux par un bras deVEuplirate qui passait tout au milieu, du septentrion au midi. Sur le fleuve , et au centre même de la ville , il y avait un pont long d'un ftade, et large de trente pieds. Aux deux bouts de ce pont étaient deux palais : le premier occupait quatre des carrés dont nous avons parlé , et l'autre neuf. Le temple de Bélus remplissait à" lut seul un des carrés. On y montait par un escalier extérieur, le long des huit tours dont l'ensemble n'en formait cependant qu'une : sur l'une d'elles, plus élevée que les autres, était un observatoire. Le carré où. se trouvait le temple avait un mille d'Angleterre de tour ; dans le mur qui l'entourait il y avait plusieurs portes, toute» de cuivre, qui y conduisaient. On voyait dans ce temple plusieurs idoles d'or massif. Près de ce superbe monument, et au même côté oriental dtk fleuve , était le vieux palais des rois de Babylone , qui avait quatre milles d'Angleterre de circuits Vis-à-vis, de l'autre côté du fleuve, était lenour- Veau palais bâti par Nébudcanezar ; il avait huit milles de tour.

Mais rien ne pouvait être comparé à ces jardins su^endus que Nébudcanezar avait faits pour plaire à sa femme Amytis, originaire de Médie, et qui désirait avoir à Babylone quelque d^ose

( 3o7 ) qui lai rappelât les monta{;nes et les forets dtf ion pays. Ces jardins contenaient, dit-on^ un carré de 4^0 pieds sur chaque face ; ïh formaient plusieurs terrasses rangées en ampbilliéâire, et dont la plus haute égalait la hauteur des murs de la ville. Un escalier large de dix pieds conduisait d'une terrasse à une autre. La masse entière était soutenue par de grandes voûtes bâties l'une aur l'autre , et fortifiées d'une muraille de vingtdeux pieds d'épaisseur qui l'entourait de toutesparts. Sur le sommet de ces voûtes étaient des pierres plates de seize pieds de long et de quatre de large ; eHes étaient couvertes d'une couche de roseaux enduits d'une grande quantité de bitume , sur laquelle il y avait deux rangs de briques liées fortement ensemble par du mortier. Tout cela était recouvert de plaques de plomb , et c'est sur cette dernière couche qu'était posée la terre du jardin. Le but de cette manière de construire ces plates-formes était d'empêcher que l'humidité deïaterrenes'écoulàtautraversdesvoûtes.La terre qui les couvrait était si considérable, que les plus grands arbres pouvaient y prendre racine ; aussi toutes ces terrasses en étaient-elles couvertes, ainsi que de toutes sortes de plantes et de fleurs propres à réjouir la vue.

Les autres ouvrages , attribués par plusieurs auteurs à Nébudcanezar , sont : les digues de l'Ëuphrate , les canaux artificiels , et le lac qu'on prétend avoir été creusé par Sémiramis. Ce lac , destiné à prévenir les débordemens du Tigre et

(3o8) deTEuphrafé , et à arroser le pays dans des temps de sécheresse , était beaucoup plus grand que le lac Mœris en Egypte , puisque , suivant quelquesuns, il avait 210 milles d'Angleterre de circuit, et selon d'autres, seulement 160 : l'une et Fautive de ces figures donnant un carré bien plus grand que le lac d'Egypte , qui passait cependant pour un ' ouvrage trop considérable pour avoir été fait par des hommes. On prétend aussi que ce lac fut creusé pour contenir le fleuve qu'on avait détourné pendant qu'on construisait , par ordte de Nébudcanezar , la grande muraille de briques et de bitmne qui devait servir de quai des deux côtés du Heuve. Ces murailles étaient de mémeé[:vaisseur que celles qiil eqtouraient la ville , et Nébudcanezar avait filit construire dans chacune d'elles des poites d'airain vis-à-vis de toutes les rues qui coupaient le. fleave, avec des descentes qui y conduisaient. Ces portes étaient ouvertes pendant le jour , mais la nuit on les tenait fermées.

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LES SEPT MERVEILLES DUDAUPHINÉ (i).

C'est le nom que Ton donne , en Dauphiné , aux prétendus phénomènes particulièrement connus

(i) Si nous faisoTis mention des merveilles du Daupbinë , ce nVst point en raison de Ictir imporlance, maïs pour désabuser ceux de nos jeunes leelenis qui , sur (a foi de qnclqne* ^riYains , pourraient croire à leur realitif .

( 3o9"0 SOUS les dénominations suivantes : la Fontaine ardente , la Montagne inaccessible , la Tour sans venin, les Cui>es de Sassenage , le Préciosier de Sassenage, la Manne dcBriançoa, et le F'ent de Nyons,

La Fontaine ardente se trouve à trois lieues de Grenoble , auprès du village de Saint-Barthélenoi. L'origine de la célébrité qu'elle a acquise vient d'un phénomène qui, selon toute apparence, était autrefois beaucoup plus frappant qu'il ne l'est aujourd'hui. Si l'on en croit les traditions du pays , il sortait fréquemment de cette fontainede la flamme et de la fumée. Du temps de saint Augustin , et c'est lui-même qui le rapporte, un flambeau allumé qu'oii en approchait s'éteignait , tandis que celui qui était éteint s'y allumait. On assure qu'au dix -septième siècle les habitans de cette contrée trouvaient un grand plaisir à y porter des œufs , afin d'y faire , sur la source même , des omelettes sans feu. La vérité -est que jadis les flammes s'élevaient à une hauteur si considérable , que \et voyageurs eflrayés les prenaient pour un incendie qui consumait quelques villages. Aujourd'hui il n'en est plus de même , et ce n'est que de loin en loin qu'on y voit spontanément des flammes. Quant aux mar tières qu'on peut maintenant y allumer , elles se réduisent à celles qui sont infiniment légères. La nature du gaz inflammable qui agit sur cette source, dont le terrain est noirâtre et tient du schiste,, n'est pas encore parfaitement constatée^

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La Montagne inaccessible est fort mal nommée , -car plusieurs personnes l'ont gravie. H est vrai qu'elle est très escarpée ; mais , puisqu'on est parvenu à y monter , ce nom d'inaccessible ne lui convient pas.

La Tour sans ^enin serait une véritable merveille , si le préjugé populaire qui veut qu'aucune bête venimeuse ne puisse vivre dans son voisinage , avait quelque fondement. Mais il est prouvé qu'on trouve près de cette tour des araignées, des crapauds, et même des couleuvres.

Les Cuves de S assena ge ne sont rien moins que merveilleuses. Ce sont tout simplement deux excavations d'une forme à peu près cylindrique,, et d'environ cinq pieds de diamètre. Leur profondeur n'est pas la même': celle de l'une est de trois pieds , tandis que celle de l'autre n'est que de dix-huit pouces. Elles se trouvent toutes les deux dans une grotte située près du village de Sassenage. Elles sont ordinairement à sec pendant toute l'année ; mais les liabitans du pays veulent à toute force qu'elles se remplissent, pour vingt-quatre heures seulement, le 6 janvier, jour de la féie des Rois. Plus elles sont pleines , et plus ils éprouvent de joie : l'une leur prédit l'abondance de la moisson , et l'autre celle de la vendange.

Le Prcciosier de Sassenage «st le nom d'un lieu où l'on trouve une grande quantité de pierres brillantes, qui sont moins communes dans d'autres parties du Dauplimé.

La Manne de Briançon est une espèce de

(3.1) tnanne qu'on recueille près de cette ville, sur les feuilles d'une sorte de pin qu'on nomme mélèze ; elle tombe la nuit sur les feuilles de cet arbre , et se fond aux premiers rayons du soleil : elle n'est jamais si abondante que pendantles chaleurs excessives.

Le F'ent de Nyons est un vent froid, qu'on nomme aussi Pontias , du nom. de la montagne où l'on croit qu'il commence, et qui souffle ordinairement depuis minuit jusqu'à dix ou onze heures du matin .

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