‹ Les merveilles du monde: ou Les plus beaux ouvrages de la nature ..., Volume 2Chapitre 128 sur 134 · LE PAON · texte numérisé non relu

LE PAON

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De tpus les oiseaux, le paon est, sans contre-^ dit, celui sur lequel la nature a versé ses dons ayec le plus de profusion. Rien ne lui manque : taille grande , port imposant , démarche fière ^ figure noUe , proportions du corps élégantes et sveltes. Tout annonce en lui un être de distinction : une aigrette vive et légère , peinte des plus riches couleurs, orne sa tête et s'élève sans la charger. Non* seulement la nature a réum sur son inicomparable plumage toutes les coulieurs du ciel et de la ten^e , pour en faire le chefd'œuvre de sa magnificence; elle les a encore mâéè$ , assorties , nuancées , fondues dans son inimitahle pinceau ^ et en a fait un tableau unir^ que , 6ù «elles tirent de leur mélange avec des couleurs plus sombies, et de leur opposition eirtre elles, un nouveau lustre et des effets de lumière si siU)limes , que l'art ne peut ni les imiter, ni les décrire*

Originaire de la contrée qui produit le saphir, le rubis , la topaze ^ le paon a d'aboi^d passé des Indes-Orientales dans la Grèce , d'où il s'est ensuite avancé dans les parties méridionales de l'Europe , et , de proche en proche , en France , en Allemagne, en Suisse, et jusque dans la

Suède. Il n'est point d'animal qui soit aussi 6er de sa beauté, et aussi sensible à l'admiration. Lorsqu'on veut l'engager à étaler ses belles plumes , il faut le regarder attentivement , et lui donner des louanges : car , si Ton n'a pas l'air de prendre garde à lui , il replie tous ses trésors , et semble agir suivant sa dignité , en les cachant à celui qui ne sait pas les admirer. De même, lorsque chaque année ces plumes brillantes , qui surpassent en éclat les plus belles fleurs , tombent , en se flétrissant comme elles , il parait sentir la honte de sa perte ; et , craignant sans doute de se laisser voir dans cette état humiliant , il cherche les retraites les plus sombres pour s'y cacher à tous les yeux , jusqu'à ce qu'un nouveau printemps lui rende sa parure accoutumée , et le ramène sur la scène pour y jouir des hommages dus à sa beauté.

Si la nature , en donnant un chant merveilleux au rossignol , lui a refusé un beau plumage , ses faveurs pour le paon ont été en sens inverse : car rien n'est si désagréable que sa voix , ou , pour mieux dire , son cri. Quant à ses pieds , que l'on trouve généralement difformes ^ Buffon n'est pas de cet avis, et il prétend même que ce n'est qu'en prêtant aux paons nos mauvais raisonnemens et nos vices , qu'on a pu supposer que leur cri n'était autre chose qu'un gémissement arraché à leur vanité toutes les fois qu'ils aperçoivent la laideur de leurs pieds.

La durée delà vie des paons est de vingt- cinq ans. Parmi les auteurs qui en on parlé , les uns ont dit que leurs cris annoncent la pluie ; d'autres, qu'ils pronostiquaient la mort à quelques voisins r mais ce sont autant de fables desquelles un homme raisonnable ne saurait être la dupe.

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