‹ Les merveilles du monde: ou Les plus beaux ouvrages de la nature ..., Volume 2Chapitre 17 sur 134 · CAVERNES DU MONT KRAPATH, EN HONGRIE · texte numérisé non relu

CAVERNES DU MONT KRAPATH, EN HONGRIE

La plus grande de ces cavernes est le labyrinthe le plus inextricable qu'on puisse imaginer. Composée d'une infinité de passages , dont la plupart terminent en culs-de-sac, les personnes les plus accoutumées à la visiter ont peine à s'y reconnaître, et courent même le risque de s'y perdre , si elles ne prennent toutes les précautions nécessaires pour éviter cet accident. L'opinion générale est qu'elle s'étend à quelques milles sous les montagnes , et qu'il faudrait plusieurs jours pour la parcourir. L'entrée , qui a environ une toise de large , est dans le fond d'un précipice

r(te cent cinquante pieds de hauteur/ Elle efit extrêmement basse , efî pour s'y introduire , il faut considérablement se courber. On descend d'abord , pendant quelques instans , sur une pente très rapide , et l'on se trouve dans une cave immense dont la voûte est très élevée. De là , on communique alternativement dans de nouvelles caves , et dans des passages qui y con^ duisent. Il y en a même qui sont pose's les uns sur les autres. De place en place on rencontre des courans d'eau assez considérables. Dans une de ces grandes caves il y a un trou ressemblant à un tuyau de cheminée , et par lequel il faut passer pour arriver à une autre cave donr)a voûte est couverte de stalactites très volumineuses. Plus loin sont des cavités dont les parois sont décorées dans le goût gothique et de- la manière la plus curieuse. ' La terre y est presque partout couverte de stalactites , dont le propre poids a causé la chute.

Jaloux de s'instruire , un voyageur parcourut un jour ce labyrinthe obscur pendant l'espace de plusieurs heures. Il avait pris un guide , et des torches allumées éclairaient sa marche. Etant parvenu au bout de la caverne , il votilut revenir sur ses pas pour regagner l'entrée. Il marcha d'abord pendant quelque temps avec confiance , dans la persuasion où il fut qu'il-suivait le même chemin par lequel il avait déjà passé; mais il s'aperçut bientôt qu'il tournait dans un cercle vicieux , et qu'il se retrouvait toujours dans les

mêmes rues qu'il Tenait de quitter. Il interrogea Sun guide, qui le rassura en lui jurant qu'il était dans la bonne route ; il continua en conséquence de le suivre , jusqu'au moment où , ayant reconnu une pierre tendre sur laquelle il avait écrit son nom lorsqu'il s'était trouvé au bout de la caverne où il avait teriuiué son excursion , il ne lui fut plus possible de douter que son guide avait perdu la trace. Il le pressa alors de questions, et le trouble -qu'il remarqua en lui le glaça d'effroi. En effet, ce misérable coprait d'un côté à l'autre comme, un liomme qui a perdu la tête , et sans savoir quel parti prendre.

Revenu à lui-même , le voyageur mit tous ses soins à calmer son guide , et à lui rendre la raison et la mémoire. Cependant le danger devenait toujours plus grand, les torches étaient presque usées; et, si elles s'éteignaient, que devenir au milieu de la nuit éternelle qui couvrait ces terribles lieux? Heureusement qu'à force d'aller et de venir , le voyageur se retrouva tout-à-coup auprès d'une énorme stalactite dont il avait pris MU échantillon, à raison de sa blancheur éblouissante. Il se rappela atissitôt la direction où il était quand il cassa ce morceau , et , cette remarque l'ayant remis sur la véritable route , il sortit enfin sain et sauf de cette caverne , qu'il envisa<!if^ea un moment comme devant être son tombeau. Il n'en fut pas plus tôt dehors qu'il rit de la terreur qu'il avait éprouvé; car, pour peu qu'il <eùt réfléchi à la positioa dans laquelle il setroii*

(49) vaii, il aurait ^u qu'elle n'était pas si dësespéi:^, puisque les h^itans du village d'Altbeley , qui l'avaient vu entrer dans la caverne , et qui en connaissaient tous les détours, n'auraient pas manqué de venir l'en tirer, dans le cas ou, il n'en serait pas sorti avant le coucher du soleil.

Les hommes dont l'emploi ordinaire est d'accouipagoer les curieux dans cette caverne, ont grand soin de leur faire reniarquer des traces qu'ils prétendenft -être celles des roues d'une voiture qui y aurait été amenée. A en juger par l'entrée telle quelle est aujourd'hui , la chose n'aurait pas été possible : mais cependant il est fttcile de voir qu'avant qu'elle fût encombrée , rien n'a du s'opposer à ce que quelques personnes poursuivie, s'y soient réfugiées avec leurs familles et leurs bagages. La vérité est que jamais retraite plus sûre n'aurait pu être choisie, et qu'avec Ja précaution de se pourvoir de vivres en y entrant , on aurait pu y s^ourner pendant l'espace de plusieurs semaines , sans craindre d'y être découvert.

L'autre caverne , qui est située à environ un mille du village de Szilitze, ne présente pas 9 à beaucoiiq) près, les voûtes immenses et les staJaictites volumineuses que nous venons de décrire : elle n'a d'autre singularité que d'être plus froide en été qu'en hiver. Lorsque les voits du nord-est y «ègnent , et que tout le pays est couvert de glaces .et de neiges , le dégel romraence dans cette caverne y tandis que par les plus ior tes. dialeurs I. 3

de la caniciile , l'eau qui distille à travers ses roches y prend la consistance de la glace.

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