‹ Les merveilles du monde: ou Les plus beaux ouvrages de la nature ..., Volume 2Chapitre 18 sur 134 · MINES DE DIAMANS · texte numérisé non relu

MINES DE DIAMANS

C'est moins à la propriété ^e possède cette belle production de la nature , de l'emporter en éclat et en dureté sur tous les corps, qu'à son extrême rareté , et aux travaux dispendieux qu'entraîne son exploitation , qu'est dû le haut prix auquel elle est élevée dans le commerce. Jusqu'ici les Indes et le Brésil sont les seuls pays où l'on ait découvert des mines de diaxnans ; et il est même très remarquable que , dans l'un et l'autre hémisphère, elles se trouvent à la même distance de l'équateur , c'est-à-dire à i8 degrés environ de latitude , l'une boréale , et l'autre australe : ce qui rendrait probable l'espoir de rencontrer des diamans en Afrique , sous la latitude Madagascar et de la Nigritie , et confirmerait l'opinion de Pline qui assure qu'on en tirait du pays des Ethiopiens.

L'époque de la découverte des mines de diamans , dans le Brésil , date d'un siècle. Ce fut en 1728 que des mineurs , en cherchant de l'or dans le district de Serra Do-Frio , aperçurent pour la première fois quelques diamans qu'ils vendirent à bas prix à des personnes jpii en connaissaient mieux qu'eux la véritable

(5. ) valeur^ jusqu'au moment où, leur secret ayant été divulgué, le gouvernement portugais s'empara de cette branche importante d'exploitation , dont le produit fut si fructueux , qu'en i^So , la flotte de Rio-Janeiro en rapporta ii46 onces &a. Europe. Une circonstance qui n'est nullement indifférente, parce qu'elle donne infiniment de poids à la persuasion où sont plusieurs savans que le fer est pour quelque chose dans la forma* tion du diamant, c'est que toute cette contrée du Brésil , où l'on en a découvert des mines , abonde en minerai de fer. On a reconnu également , par les recherches et les excavations qui ont été faites, que toute la couche de cette terre, placée sous la couche végétale , contenait plus ou moins de diamans disséminés , attachés à une gangue (i) plus ou moins ferrugineuse et compacte, mais jamais en filons.

La manière dont s'exploite la principale mine de diamans du Brésil , mérite une description particulière. Sous un appentis de go pieds de long sur 4^ de large , on pratique une caisse de la même longueur que l'appentis ; on la divise en trente compartimens , et on y fait venir l'eau par un canal qui l'a voisine. C'est dans chacun de ces compartimens qu'un nègre , armé d'un petit râteau , lave le minerai qui est déposé sur un plancher qui couvre le canal. A une distance égale ,

(i) Roche à laquelle nu mctal minerai est attache dans le sein de la terre.

et sut le tas de minerai même , sont , sur de hautes chaises , phisieurs surveillans assis , qui pre'sident avec l'attention la plus scrupuleuse à ce genre de travail. Ce sont eux qui font aux nègres la distribution de la portion de terre qu'ils doivent louer , et qui veillent à ce que cette opération importante se fasse avec soin. S*il arrive qu'un nègre aperçoive un diamant dans le résidu de la terre lavée, il se lève aussitôt, bat des mains , et tenant la pierre précieuse entre le pouce et l'index , il la remet à un des surveillans , qui la dépose dans une boule à moitié remplie d'eau , qui est suspi^ndue au centre de l'édifice. C'est dans cette boule que tous les diamans trouvés pendant le cours de la journée, sont placés , pour en être ensuite extraits le soir , lorsque le travail est terminé , et confiés au premier surveillant , qui les pèse et les enregistre sur un livre qui ne sert qu'à ce seul usage.

Lorsqu'un nègre est assez heureux pour tiouver un diamant dont le poids approche de dixsept carats , on le couronne de fleurs , et on le conduit en grande pompe près de l'administrateur, qui lui donne la liberté, en indemnisant son propriétaire. On lui fait en outre le présent d'une garde-robe complète , et il lui est permis de travailler pour son propre compte. Des récompenses proportionnées sont aussi accordées aux autres nègres qui remettent aux surveillans des diamans de moindre prix. Mais , si des primes sont allouées à ceux que le bonheur favorise ,

(53) de grandes précautions sont prises pouj: qu aurcune pierre ' précieuse ne soit dctouEnée paj,* ceux que l'appât du grain porterait à devenir infidèlesv Le plus sûr est de laisser le moins long--temp6 possible les nègres travailler à la mèiue place. Cependant , malgré cette surveillance , il est des nègres assez adroits et assez bardis pour profit ter d'un moment où on les quitte des yeux , pjour avaler un diamant. Alors , sur le seul sou^en d*une telle supercherie , le prévenu Q$t. cofi&aé dans un lieu solitaire, et gardé à vue jusqu'à ce que ses fonctions naturelles aient fait reparakre l'objet dérobé.

Bans rinde orientale , le royaume de Golconde renferme les plus belles mine» de diamans de l'univers. Les principales sont celles de Jla^^ leonda , de Colour et de Saumelpour. La première , située à cinq journées de Gidconde , est dans un terrain sablonneux et rocailleux* Il y * dans ces rochers des veines d'un travers de doifi^t remplies d'une matière terreuse ^ qui est la ma«trice des diamans : on la tire avec des tiges de £sr recourbées , et on en £ait le lavage. La seconde , qui se trouve à sept journées à l'est de Gol*conde , est dans une plain« d'une lieue et demie , bordée d'un côté par une rivière , et de l'autre par une enceinte de hautes noontagnes qui tor^ m«nt un derai^ercle. On enlève le sol de cette plaine jusqu'à quelques pieds de profondeur, on le lave , et l'on Ceiit ensuite le triage des diamans qui s'y trouvent. Plus on approdie des.

montagnes , et plus les diamans sont gros ; mais , dès qu'on veut s'élever un peu sur leurs pentes , on ne trouve plus rien. Quant à la mine de Soumelpour , les diamans ne s'y trouvent point dans leur gîte natal , mais ils sont disséminés dans le «able delà rivière de Gouel , qui les a détachés de leur matrice.

Tavernier , qui a fait pendant long - temps le commerce des diamans dans les Indes , parle aussi d'une rivière de l'île de Bornéaoù l'on trouve des diamans , et Boëce de Boot dit qu'il en existe des mines dans la presqu'île de Malaca. Mais un fait qu'avance le dernier , fait qui serait infiniment curieux s'il était confirmé, c'est que le même terrain d'où l'on a retiré les diamans en contient de nouveaux au bout de deux années. Il suppose même que ceux qui étaient restés dans la partie inférieure de la mine contribuent à déterminer cette nouvelle formation. Cette supposition prendrait-elle sa source dans le même principe , fondé d'ailleurs sur l'expérience , que dans les mines de sel de Salzbourg , on conserve soigneusement le noyau de sel qui se trouve au sein de la montagne , et qu'on regarde comme propre à favoriser la formation d'un nouveau sel dans les terrains épuisés, que l'on retrouve en effet très riches au bout de quelque temps?

Une chose bien remarquable , c'est que ce même auteur ait pu deviner que la matière propre du diamant résidait dans un fluide ou gaz répandu d^ns toute l'atmosphère, h On doit , disait -il

(55) » en j6o9 , regarder comme constant que le » diamant possède la faculfcé de produire d'autres » diamans avec le concours de l'air , et au moyen » d'un fiuide aérifôrme ou d'un gaz qui vient M du dehors ( lequel est dissémine' dans toule la >» masse de l'air ) , et qui est la matière propre » du diamant. » Depuis que cette opinion a été» manifeste'e , tous les chimistes modernes ont reconnu et prouvé , par les expe'riences les plus directes , les plus exactes et les plus concluantes , que le diamant n'est effectivement composé que de carbone , que l'action du feu réduit en gaz carbonique , et que ce gaz est une des parties intégrantes de l'atmosphère (i).

Les diamans sont ordinairement limpides et sans couleur. On en trouve cependant qui sont colorés comme leâ autres pierres précieuses , mais presque jamais avec autant d'intensité. Dans leur ^at naturel', ils n'ont presque point d'éclat extérieur ; et , loin d'être brillans et polis comme les petits cristaux de roche à deux pointes , et quelques autres cristaux , leur surface est terne , et ne présente qu'un léger chatoiement. Elle est couverte d'une infinité de tries (2) , qu'on sup-

(]) M. Gajton de Morveau a non seulement fait brûler le diamant dans le gaz oxigène , et a recueilli le gaz acide carbonique formé dans cette opération , mais il a de plus fabriqué de Tacicr, en substituant au charbon ordinaire le diamant réduit en poudre.

(a) Longs filets en forme d"'aiguilles , telles qu'on en volt •ur certaines coquUles , partant d'un centre commun;

(56) j^ose formées par les extrémités saillantes des lames dont il est composé ; mais dans d'autres gemmes , telles que la topaze , les stries sont dans un sens opposé à celui des lames , quoiqu'elles soient très distinctes

Grâce à la striicture lamelleuse du diamant , 'on peut le diviser, malgré son extrême dureté. Cette opération , que les lapidaires désignent par ces mots , clwer le diamant , se fait avec une pointe d'acier. On dépouille ainsi les diamans de l'espèce d'écorce raboteuse dont ils sont encroûtés , en en frottant deux l'un contre l'autre : cela s^appelle égriser le diamant ; et la poussière qui s'en détache se nomme égrisée. Elle sert à tailler le diamant sur la roue , le diamant seul pouvant mordre sur le diamant.

Les plus beaux diamans connus sont i^^le fameux diamant du grand-mogol : il est du poids de 279 9/16 carats ; il a près d'un pouce et demi d'épaisseur, sur i3 lignes de bauteur. Sa figure est celle de la moitié d'un œuf de poule , coupé transversalement : il vient de la mine de Colour : 2" le diamant que le comte Orloff présenta à l'impératrice Catherine II , le jour de sa fête : il est sans défauts, et pèse igS carats ; 3° le Pitt ou le Régent , qui appartient au roi de France : c'est un des j^us parfaits que l'on connaisse ; il est taillé en brillans , de forme carrée , arrondie sur les angles ; il pèse 547 grains , ou 1 86^/4 carats. On l'estime plus de six millions , à cause de son extrême perfection. Il est sorti des mines de Partéal, dans le royaume deGolconde.

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