II. I
celui de cette place. Il est fâcheux que quelques mise'iables maisons qui se trouvent à son ouverture, Tis-à-vis le portail de la basilique (i), la déparent ; et , si l'on se décide à percer une rue vaste et aérée qui y conduirait en droiture , elle ne laisserait rien à désirer (2). Au milieu de cette place , on voit l'obélisque égyptien qui fut transporté à Rome, sous Caligula, et placé dans le cirque de Néron : il est posé sur quatre lions en bronze doré , couchés sur leurs pâtes. Sa pesanteur, qui est d'un million de livres , fait son immobilité , aussi résiste-t-il , depuis plus de deux siècles, aux tempêtes les plus violentes. Des deux côtés du piédestal sont des inscriptions, dont l'une annonce que ce monument était dédié à César, et l'autre que Sixte V l'a consacré à la croix , après l'avoir purifié. Au haut de cet obélisque sont les armes de ce pape , qui sont trois monts les uns sur les autres , et une croix en bronze doré qui le termine.
Quand on a traversé le portail , et un superbe porche dont les voûtes sont revêtues de stucs dorés , les murs , ainsi que le pavé , recouverts de marbre , et aux deux extrémités duquel sont , d'un côté, la statue de Constantin, et de l'autre celle de Charlemagne , on entre dans l'église par trois grandes portes. Il en existe encore une quatrième qui donne dans un des bas-côtés; elle
(i) Voyez tom. I , pag. a49- (a) Voyez tom. I, pag. i43.
(3> est murée. On ne l'on^vre que dans le temps du jubile'. Au-dessus de la porte du milieu est un basrelief où le Sauveur est représenté «onfiant son troupeau à saint Pierre, avec ces mots : Pttàct oves me as, Paissez mes brebis.
Il n'est point de voyageur qui , près d'entrer pour la première fois dans ce temple , ne s'att^ade à éprouver le sentiment de Fadmiratîon ; mais l'harmonie qui règne dans les différentes parties de ce bel édifice est si parfaite, qu'on n'^ prouve d'abord aucune surprise , et qu'elle ne vient que par degrés , après qu'(»i s'est livré i l'examen ^es détails. Le premier objet qui l'ex-* cite est la nef, dont la largeur , dans (euvre, est de cinq cent soixante et onze pieds , et de cent quarante-quatre depuis le pavé jusqu'à la def. ËUe est percée , à droite et à gaucbe ^ de quatre grandes arcades , par lesquelles on passe dans les bas côtés. £lles sont ornées de grands pilastres d'ordre corinthien, de la hauteur de soixante-^ix-« huit pieds. Ils soutiennent un grand entablement qui règne autour de leglise , au-dessus duquel sont les fenêtres dont elle est éd^irée. La voûte est toute couverte de rosettes en sculptures dorées d'or de sequin , et dans les niches pratiquées au milieu des pilastres , on voit les statues des fon^ ^teurs d'ordres religieux , qui sont d'une beauté rare. Il avait été arrêté que tout l'intérieur de l'église serait de marbre; maisil n'y a encore que les arcades de la nef qui en sont revêtues, et dans lesqudles <»ia introduit des figures d'anges qui
portent le médaillon des papes que leur sainteté a illustrés, Lade'pense considérable qu'occasionerait uapaf'eil ouvrage en a suspendu Texécution. Cependant tout s'accorde parfaitement par le soin qu'on a pris de peindre en marbre ce qui reste à faire.
Deux choses qui sont encore à remarquer., lorsqu'on .entre dans l'église , et qui donnent tout de suite une idée de l'étendue de l'édifice , ce sont ks bénitiers et les colombes de marbre blanc qui tiennnentdes rameaux verts dans le bec. On croit, en voyant les enfans qui soutiennent les deux vases des bénitiers , qu'ils sont d'une taille ordinaire ; mais à mesure qu'on s'en approche ils deviennent gigantesques. Il en est de même des colombes f qu'on s'imagine , à une certaine distance, pouvoir toucher de la main, et qui s'élèvent tellement à mesure qu'on arrive près d'elles , qu'on est tout étonné , lorsqu'on s'attend à les toucher, de les trouver de plusieurs pieds au-dessus de la tête.
En suivant la nef, on parvient au dôme , dont le diamètre est de cent trente-deux pieds , et l'élévation de trois cent quarante, en comptant du pavé Jusqu'à la lanterne : car, du pavé jusqu'au sommet de la croix, elle est de quatre cent dix pieds dix pouces. Des peintures en mosaïque , qui représentent le Père éternel au milieu de la cour céleste , couvrent le dôme qui est édairé par douze fenêtres. Le tambour où ces fetiètres sont percées est décoré de pilastres eorin-
thiens accouplés, et au-dessous de rentableiïient sur lequel posent ces pilastres, on lit le passage latiù suivant, en lettres de près de six pieds de hauteur : Tu es Petrus , etc., et tibi dàho claucs regni cœlorum : Tu es- Pierre , etd, , eC fé te donnerai les' clefs du royaume des cièuàf. Le pourtour de chacun des quatre piliers principaux, sur lesquels pose en bas toute la coupole , est de trois cent cinquante-huit pieds. Le poids énorme de cette coupole, que Ton cite , avec raison, comme l'ouvrage le plus surprenant de l'industrie humaine , et quelques tremble mens de terre l'ont plusieurs fois endommagée ; mais le soin qu'on a pris de la cercler en entier, comme un tonneau , avec des cercles de fer, lui assure encore une longue existence.
On aperçoit en parcourant la nef , qui est pavée d'un marbre à compartimens , plusieurs pierres qui sont enchâssées dans une des arcades des bas-côtés : la première est celle sur laquelle le partage des reliques de saint Pierre et de saint Paul a eu lieu ; sur la seconde on lit qu'un grand nombre de martyrs y ont été mis à mort. Quant aux deux grosses pierres noires qu'on voit un peu plus bas, on prétend que ce sont les mêmes qu'on liait aux pieds dés chrétiens quand on les plaçait sur les chevalets. Du même côté se trouve la statue en bronze de saint Pierre , assis. Quelques personnes assurent qiie c'est un vieux Jupiter Capitolin , dont on s'est borné à changer le nom. Quoi qu'il en paisse être , son
( 6 ) pied est tout usé de la quantité de baisers qu'il a reçus.
Au centre du dôme , sur la confession ou tombeau de saint Pierre , est placé le fameux baldaquin de bronze doré que le pape Urbain VIII fit construire sur les dessins du chevalier Bernis. Cette composition , aussi ingénieuse que sublime , consiste en quatre colonnes torses isolées , autour desquelles circulent des palmes , des branches de laurier et de feuillage , etjouent des enfans , dans les attitudes les plus gracieuses. Au haut de ces colonnes sont posées quatre grandes figures d'anges. Une croix termine le baldaquin , dont l'élévation est de quatre-vingt-dix pieds. On assure que cette machine a été faite avec cent quatre-vingt-sept milles livres de métal qu'on a tiré du Panthéon, et que la seule dorure a coûté quarante-six mille écus d'or.
Le tombeau de saint Pierre , qui- était sous le maître -autel dans l'ancienne église , a été conservé à la même place dans la nouvelle. Il a été orné , ainsi que tout ce qui l'environne , de marbres précieux, par les soins de Paul V. Le bas de l'autel est accompagné , des deux côtés , d'un escalier double qui conduit à une grille de bronze doré qui sert d'entrée à l'église souterraine , et à travers laquelle on aperçoit quatre colonnes d'albâtre le plus précieux. Deux cents lampes d'argent éclairent continuellement la balustrade qui entoure le sanctuaire. On ne voit jamais sur le maltre-autel qu'une croix d'or et wx chan-
(7) deliers. Ce n'est point de ce coté , qui regarde le portail , que le pape dit la messe , mais du côte' opposé ; de manière qu'en célébrant il a le yisage tourné du côté des assistans. Le pape a seul droit d'y officier, ou le cardinal à qui il en donne la permission par un bref.
La magnificence de cette partie de l'église est due aux quatre grandes niches qui occupent les principales faces des quatre piliers intérieurs du dôme, et qui sont occupées par les statues de saint Longin , de sainte Véronique , de sainte Hélène , et de saint André. Au-dessous de ces niches sont ];dacés des balcons ou tribunes , ornés de colonnes torses de marbre , qui ont été conservées de l'ancienne église bâtie par Constantin.
Lorsqu'on se place sous le dôme, on voit l'église, faite en forme de croix latine, se partager en trois branches. Les deux latérales, qui formeraient chacune une cathédrale très considérable , sont coupées par la troisième , qui est une continuité de la nef, et terminée par la chaire de saint Pierre. Cette chaire , qui est , à ce qu'on dit , une chaire de bois marquetée d'ivoire , est renfermée dans une autre de métal doré^ Quatre statues hautes de 12 pieds, et qui représentent deux docteurs de l'Eglise grecque , et deux de l'Eglise latine , la soutiennent. Le haut est surmonté d'une gloire où des anges paraissent être en adoration devant la chaire de saint Pierre. Gomme toute cette grande machine, qui est: véritaUement étonnante , termine le fond de l'église,, etest adossée il»> croit-
(8) sëe, on y a placé des vitraux jaunes qui', par Ik re'flexion de la lumière , donnent un nouvel ectat à la dorure. Le poids réuni de ces statues est de vingt-neuf mille livres pesant , et elles ont coûté Soojooo livres.
Dans deux- enfoncemens qui se trouvent aux deux côtés de cette chaire , sont les tombeaux des papes Urbain VIII et Paul III. La figure du premier, qui est d'une-grande noblesse, est du chevalier Bernis. Mais ce qu'on ne peut se lasser d'admirer, ce sont les deux statues de la Justice et de la Charité qui l'accompagnent ; la plus touchante expression règne dans tous leurs traits. On voit encore dans le même lieu un squelette qui tient' un livre ouvert , et qui le présente au pape. Sur le piédestal qui soutient sa statue , ainsi que sur d'autres parties du tombeau , sont des abeilles égarées , qui sont les armes de Barbérini , et servent en même temps d'emblèmes pour peindre la douleur que sa mort causa à sa famille et à tous ceux qui avaient paît à ses bienfaits. Le tombeau de Paul III est également remarquable par les statues de la Justice et delà Yérité qui en décorent la partie inférieure.
Parmi les chapeHes qui sont dans les bas-côtés , on distingue, i° celle qui se trouve près de la Porte-Sâinte. On y voit un groupe en marbre , de Michel-Ange , qui représente la sainte Vierge tenant Jésus-Christ, mort, sur son sein ; et nn reste dé colonne qui passe pour avoir été celle sur laquelle le divin Sauveur s'appuyait quand il prê->
chait dans le temple ; 2^ celle de Saint-Sëbastîen , dans laquelle on voit le tombeau de la comtesse Mathilde , qui donna tous ses biens à l'église (1). Le bas-relief de ce tombeau représente Henri IV à genoux devant Grégoire VII, qui lui donne l'absolution ; 3° celle qui tient toute la partie la térale , à droite. On remarque sur son autel un tableau en mosaïque représentant saint Michel qui foule le diable aux pieds. La figure est de la plus grande beauté , et son attitude aussi légère qu'agréable. Quant à la figure du diable , on dit que c'est le portrait du cardinal Pamphile , depuis Innocent X, et que l'auteur de ce tableau , le Guide,' ayant à se plaindre de ce prélat, chercha ainsi à s'en venger ; 4° 1^ chapelle des fonts baptismaux. Elle est entièrement de marbres précieux , sur lesquels sont enchâssés trois grands tableaux de mosaïque relatifs au sacrement de baptême En haut de la coupole , on lit ce passage de TE vângile : Qui crediderlt , et baptizatus f lient y salifus erit : Qui croira et^sera baptisé , sera sauvé.
Le tombeau d'Alexandre VlIiTlérite aussi une attention toute particuirère. Il est de Bernis ; tout s'y trouveréuni \ poésie , choix de marbres, force et délicatesse d^expression. Forcé de placer ce monument axr-dessus d'une porte, le ^ génie de
( I ) Le pendant de ce moBniaent est le tombeau de Christine, reine de Suède. 'Il est placé de Tautre côte dii r^li$c.
Tauteur a trouvé le moyen de tirer le plus grand parti de cette difficulté. Le pape est à genoux; à $es cotés sont quatre statues , emblèmes dje ses vertus. On y distingue la charité tenant un pe* tit enfant qui s'est endormi en tétant.
Cette figure est admirable par sa naïveté. La' Mort y est encore représentée. Une immense draperie de marbre jaune la couvre ; d'une main ellç relève le drap qui tombe sur la porte , voulant annoncer par-là que tout homme doit y passer ; et de l'autre , elle présente un sablier au souverain pontife , pour l'avertir que son heure est venue.
Mais le voyageur commettrait une erreur bien grande , si , après avoir examiné ce vaste temple jusque dans ses moindre détails , il croyait avoir vu tout ce qu'il renferme de curieux. L'église souterraine et l'édifice supérieur contiennent des beautés qui prouvent que l'art s'est épuisé pour faire un tout accompli des différentes parties de cette basilique. L'église souterraine est formée par l'espace qui se trouve entre le sol de l'ancienne église de Constantin, dont on a voulu respecter le pavé , et celui de la nouvelle. On tourne par plusieurs galeries circulaires , et l'on voit successivement quatre beaux autels pratiquée au-dessous des statues qui sont aux quatre piliers du dôme. Les tableaux sont en mosaïque. On y remarque une image du Père éternel, en niarbre , et qu'on dit êtrç de la plus haute antiquité; une statue du pape Benoit XII; une autr^
Cir) de Boni/ace Fil; une suite d'excellens lias-reliefs dont le sujet est Nëron condamnant à la mort saint Pierre et saint Paul; le tombeau d'-<rfdrien If^, qui est de granit oriental ; deux statues de saint Pierre et de saint Paul, et deux grands bas-reliefs qui ornaient autrefois le tombeau de Paul II : sur l'un est représentée £^e, tentée par le serpent , dans le paradis terrestre , et sur l'autre, sa formation au moment où elle sort de la c6te d'Adam.
Quant à la partie supérieure de l'édifice , c'està-dire la coupole et le dôme, on y monte par un escalier si large, que des bêtes de somme, chargées des &rdeaux nécessaires aux réparations , peuvent y passer. Il conduit k la plate-forme de l'édifice , qui est faite en terrasse et pavée de briques. On entre dans le dôme par quatres portes qui conduisent sur l'entablement. Tout l'éclat et le charme de la mosaïque disparaissent lorsqu'on est arrivé à cette place , où elle n'est plus à l'œil qu'un amas confus de grosses chevilles de toutes sortes de ccm^ leurs , et sans aucun poli.
A la suite de ce premier escaHer, on en trouve un autre plus étroit qui conduit jusqu'au bas de la coupole : il est commode et assez bien éclairé, n en existe un troisième, garni de rampes de bois, qu'on ne monte et qu'on ne descend quç dans une attitude infiniment gênante. £nfii^, qMrès avoir gravi pendant quelque temps, o^ parvient à une petite échelle de fer absolunieQt droite y d'où Ton entre par une trappe dans h
i)ouLe de bronze qui est au-dessous de la croix. Elle a dix pieds de diamètre , et , en s'y plaçant sur deux rangs , vingt-cinq hommes peuvent aisément s'y tenir. Il en est qui sont assez< téméraires pour se hasarder à se placer sur la croix , qui a treize pieds de hauteur , ou pour essayer seulement de la toucher , en se hissant , avec les pieds et les mains , sur des barres de fèr recourbées , placées d'espace en espace sur la boule , et élevées de quelques pouces, sur une largeur d'environ deux pieds. Mais c'est une bravade que les gens raisonnables abandi^inen taux fous ou à ceux qui ne craignent pas dé risquer leur vie pour gagner quelque argent.
Danà l'épaisseur des murs de Saint-Pierre on a pratiqué une infinité de chambres , de corridors et de vastes magasins , où les charpentes et les matériaux nécessaires pour réparer ce superbe édifice sont emmagasinés.