‹ Les merveilles du monde: ou Les plus beaux ouvrages de la nature ..., Volume 2Chapitre 37 sur 134 · TAUREAU D'AIRAIN · texte numérisé non relu

TAUREAU D'AIRAIN

Dans le temps que là ville d'Agrigente était gourvernée par les tyrans, Plialaris , Fun deux, reçut en présent, d'un orfèvre nommé Périllo, un taureau d'airain dont le travail était admirable. Il était creux en dedans , et sa co:istruction était telle, que la voix d'un homme qui y était enfermé imitait , à s'y méprendre , le mugissement d'un biœuf. Périllo , voulant faire sa cour au tyran , Ini vanta les grands effets qui en résulteraient pour le châtiment des criminels , si l'on en enfermait <|uelques-uns dans ce taureau , et qu'on fit du feu dessous. Frappé de cette idée épouvaniMe , et curieux néanmoins de jouir de son exécution., Phalaris dit à l'orfèvre qu'il n'y avait que lui qui pût animer le taureau ; qu'il devait avoir sûrement étudié le son de voix qu'il fallait employer pour le faire mugir de la manière la piHfB naturellie', et que. d'ailleurs il était trop juste pour le priver de l'honneur de son inventiop. Sétfillb eut beau protester qu'il ne tenait pei»-à .

08) cei honneur , Pbalaris re^a ÎDeJi^rai^l^ble dans j^ résoluÛQD, et ordonna ^n ponséque»ce que h malheureux prfévre fût enfermé dans le taureau , et qu'un grand feu fût allume tout autour. Les ordres du tyran ayant reçu leur exécution , et Tairain ne tardant pas à acquérir un degré de cha* leur insupportable , Périllo poussa des cris horribles , qui furent pris par les habitans d'Agrigente pour les mugissemens même du taureau.

Cicéron dit que ce taureau fiit emporté àCarthage lors de la prise d'Agrigente , et que Scipion 1q renvoya en-Çicile après la destruction ^e 1^^ pietrij^le des ennemis des Romain^.

LE MACULABA.

Qj^TE nv)ntagne, située en Sicile, représèstf parfaitement un cône tronqué^ elle a enyicço .i^nt cinquante pieds d'élévation , ejt sa bas^ est i^culaire ; elle se termine par une fdaine un peu lîonvexe , qui a un demi-mille :de contour. Au^ «une espèce de yégétatiou ne s'y laisse apercevoir. Son isommet^et garm d'un très grfind nombre de petits cônes tronqués, à diferentes dislances les ^ttns des autres , et de différentes hauteurs. Le plus grand peut avoir deux pieds.et demi , lesplu^ petits ne s'élèvent que de x]uelques lignes. Ik portent tous sur leur sommet de petits cratères «n ff^rm»- d'entonnoir , i({iui ont la moitié deleor^

âévation poux profondeur. I^e grand balancement que Ton éprouve en marchant sur cette espèce de plaine , annonce que Ton est porté par une eroute assez mince , appuyée sur un corps mou et demi-fluide. £n effet , on n'est pas long-temps san» reconnaître que cette argile desséchée recouvre réellement un vaste et immense gouffre de boue , * dans lequel on court grand risque d*étre englouti.

L'intérieur de chaquo^etit cratère est toujours humecté : on y observe un mouvement continuel occasioné par une argile grise délayée , qui s'élève à chaque instant de l'intérieur du fond de l'entonnoir , et qui , en s'arrondissant , parvient aux lèvres du cratère , qu'elle surmonte ensuite en forme de demi-globe. Cette espèce de sphère «'ouvre pour laisse^r éclater une bulle d'air quv a fait tout le jeu de la machine. Cette bulle y en crevant avec un bruit semblable à celui d'une bouteille que l'on débouche , rejette hors du cra** tère l'argil'é dont elle était enveloppée, et cette argile coule , à la manière des laves , sur les flancs des monticules-; elle en gagne la base , et s'étend à plus ou moins de distance. Lorsque l'air s* est dégagé , le reste de l'argile se précipite^ au fopd du cratère, qui reprend et garde sa pre*^ mière forme , jusqu'à ce qu'une nouvelle bulle dierche à s'échapper.

Il y a quelques petits monticules qui sont entièrement secs et qui ne donnent plus passage à l'air i le nombre des uns et des autres est en gé*^ uéral de plus de cent, et varie chaque jour. Outre.

les petits canes , il y a quelques cavités dans le sol même , surtout dans la partie de louest , qui est un peu plus basse : ces petits trous ronds, d'un ou deux pouces de diamètre , sont pleins d'une eau ti*ouble et salée, d'où s'élèvent et sortent immédiatement les bulles d'air, qui y excitent utt bouillonnement semblable à celui de l'eau sur le feu , et qui crèvent sans bruit et sans explosion.

Tel est l'état de cette montagne pendant l'été et l'automne, jusqu'au temps des pluies. Mais pendant l'hiver il n'est plus le même : les pluies ramollissent et détrempent Targile desséchée de son sommet ; les monticules coniques sont dissous , ils se rabaissent et se mettent de niveau , et le tout n'offre plus qu'un vaste gouffre de boue d'argile délayée, er<lontonne s'approche qu'avec le plus g^rand danger. Un bouillonnement continuel se voit sur toute cette surface ; l'air qui le produit n'a plus de passage particulier , et vient éclater indistinctement dans tous les endroits.

Mais ces deux états différens n'existent que dans les temps de calme de cette montagne. Elle a au^sf ses momens de fermentation , où elle présente des phénomènes qui inspirent la terreur et la crainte dans tous les lieux voisins , et qui ressemblent à ceux qui annoncent les éruptions dans les volcans |ordinaires. On éprouve à une distance de deux ou trois milles des secousses de tremblemens de terre , souvent très violentes ; on entend un bruit et des tonnerres souterrains ; et y après plusieurs jours de travail et d'augmen^

tàtion progressive dans la fermentatioif inte'rieure , il y a des'éruptionsviolenteà et avec bruit , qui élèvent perpendiculairement , quelquefois à plus de deux cents pieds , une gerbe de terre , de boue et d'argile détrempées , mêlées de quelques pierres. Toutes ces matières retombent ensuite sur le même terrain d'où elles sont sorties. Ces explosions se répètent trois ou quatre fôis dans les vingt - quatre heures ; elles sont accompagnées d'une odeur fétide de foie de soufre , qui se répand dans les environs, et quelquefois de fumée. Ensuite il y a cessation dans les phénomènes préliminaires , et la montagne reprend de houveau un des deux états sous lesquels nous l'avons représentée.

C'est en automne , et lorsque les étés ont été secs et longs , qu'arrivent les éruptions de ce singulier volcan. Il s'écoule souvent un grand nombre d'années sans qu'il y en ait ; ensuite elles ontlieu deux années de suite , ou deux dans trois années , comme en 1777 et 1779, époques des dernières.

Le nom de Maculaba vient de l'arabe; il signifie renversé , bouleversé : ce qui explique les effets de ce volfcan..

ZOOPHYTES ou POLYPES.

tfes zoôphytes sont des corps qut tiennent quelque chose de l'animal et de la plante , ou ,

pibur nous exp^quer plus clairement , qui rein-; plissent l'espace in^rmédiaire entre le règne ^mmal et le règne végétal. Ijls sont au noipl^re de trente y sous trois divisions, et présentent divers phénomènes de la plus grande importance. Leur par£siite ressemblance avec les productions dur règne végétal , les a fait long-temps considérer comme lui appartenant ; mais un examen jdas approjEbndi de ceux qui sont calleux et pierreux & démontré Terreur dans laquelle on était tombé à^ leur égard.

C'est dans les polypes que la nature , si riche d'ailleurs en meiveilles , semble avoir voulu en offrir mie qui se distinguât par son extrême simplicité. De tous les animaux , ce sont eux qui ont les facultés les plus bornées. Entièrement privés de cerveau , de moelles longitudinales^ ^ d'organes particuliers pour la respiration , et de vaisseaux destinés à la circulation des fluides , tous leurs viscères se réduisent à un seul canaV alimentaire, rarement replié sur lui-même, et qui n'a qu'une seule ouverture qui sert à la Ibis de bouche et d'anus. C'est autour de ce capaj que tous les points de leurs corps , qui ont incon*testablement en eux - mêmes cette modification de sentir qui constitue l'irritabilité , paraissent se nourrirpar la succion etVabsorption. Toutse réunit pour prouver que ces petits êtres sont les plus anciens et les plus nombreux de la nature.

Se tous ces polypes , les coraux et les éponge» seront les seuls dont nous nous, occuperons ici,.

<93) ce que ïious en dirons pouvant, à quelques modifications près , se rapporter à tous les autres , dont le détail dépasserait le plan de cet ouvrage. Les premiers doivent avoir des pores excrétoires 4e deux sortes , dont ceux situés à la partie postérieure de l'animal donnent issue à un suc qui se change en matière cornée plus ou moins so- Kde, tandis que ceux du collier déposent une matière , ou demi-crétacée , ou spongieuse , ou gélatineuse , ou même glaii^use. Des matières qui transsudent de ces derniers pores , résultent «On sefulement des cellules , mais des croûtes t)u des espèces d'écorces qui recouvrent les fils cornés du centre. Quant aux éponges, elles sont formées par des animaux qui se rapprochent les uns des auu-^ par leur organisation générale.

Bepuis les inadrépoies, aussi complètement pierreux que les coquilles , jusqu'aux é'ponges , éminemment fibreuses, les polypes coraligènes stiiveiit un ordre r^lièrement décroissant. On trouve , il est vrai, dans l'intervalle, des polypiers demi-pierreux , des polypiers cornés à difîerens degrés ; mais ils sont lous foimés par des animaux que leur oi^anisation générale conduit à se rapprocher les uns des autres. CeUx des madrépores fonnent., par suite de leur étonnante multiplicité , des niasses composées de cellules pltis o'u mohis rappiocliées , opération qui se fait aycc la plus grande rapidité : mais l'intervalle qui existe entre ces cellules est toujours rempli par im ^uc calcaire qui transsude du corps de

(94) l'aniroal. Rien jasqu'ici-n'a encore fiait oonnaUre d'une manière positive la marche que la naUire suit dans cette circonstance. Cependant iiwix porte à faire croire que cela a lieu comme d»n4 les coquillages , c'est-à-dire que ces animaux ai^ un collier garni de glandes qui filtrent des suc3 calcariferes.

'La multiplication des polypes se fait de deU^ manières, par l'accroissement-, ou par lasectioii naturelle ou artificielle.

La première de ces manières consiste dans des tubercules qui naissent autour de la bouche , dans l'intérieur ou à l'extérieur de leur corps. Ce sont de véritables bourgeons qui se développent pendant quelque temps sur leur mèr-e , qui ont d'abord une vie commune avec elle, et qui.

ensuite, quand ils ont acquis tous les moyens de prendre eux>mêmes leur nourriture , s'en séparent, et vont former de nouvelles générations, soit à côté , soit loin d'elle. La rapidité de ces opérations est telle , que souvent il suffit d'une seule journée pour qu'il s'en opère plusieurs ; c'est-à-dire qu'il arrive que dans ce court espace de temps un enfant peut naître est devenir père, et même grand-père. Ajoutez à cela l'extension considérable de ces générations, provenant de la propriété qu'a chaque individu de porter continuellement un grand nombre de petits. Cependant les espèces et le climat in* fluent singulièrement sur la multiplication des Ijénérations : le froid les arrête tootes. Mais sous

( dS ) '

la ligne y et dans les contrées qui en sont voidnes-^ les polypes jouissent constamment de tontes leurs facultés-.à cet égard ; aussi y trouve-t-on desnieo* tagnes et des îles entières qu'ils ont fonnées, et dont laccroissetoent est si prompt, que Cook rap« portea'avoir pu passer -dans des détroits que quel» ques' années auparavant il avait traversés sans la moindre difficulté.

C'est par la section, soit naturelle soit arti* ficielle , que. la seconde manière de multiplication des polypes a iieu ; et , dans ce cas-là , c'est une portion du corps , petite ou grosse , qui se sépare , et devient un animal parfait. Jl en est qu'on peut couper jusqu'en cent morceaux , et qui tous , au bout d'un certain temps , deviennent des animaux.

Dans tous les pays froids , et même aux environs de Paris-, les polypes ne survivent pas à rbiver. Mais , comme ils ont accumulé , avant l'arrivée de cette saison , une grande quantité de bourgeons qui se dispersent dans les eaux sous la forme de petits grains , et qui peuvait même se dessécher, et être emportés , sans que cela nuise à la vitalité , la race ne s'en trouve pas anéantie ; et l'on voit , au printemps , tous ces bourgeons se développer , comme s'ils n'avaient pas quitté leur mère.

Mais la multiplication des polypes n'est pas la seule opération qui se fasse avec rapidité ; leur destruction s'opère de même. Indépendamment des ennemis qu'ils rencontrent dans les poissons^.

(96) les lexB, les insectes, etc. , ils en oiitdans leur propre espèce. Ils se mangent réciproquement'; Biais , par des causes ge'néralesqui agissent sur eux, ceux qui sont. entièrement de la même espèce ne se digèrent pas ; d*auti)es, parmi lesquelles ks orages et la corruption des eaux sont les phis ordinaires , font aussi périr souvent tous ceux des «aux douces.

La nourriture des polypes est tout animale. Les petites espèces la composent d'animalcules infiisoires. Quant aux grandes^ on a remarqué qu'elles avalent quelquefois des animaux aussi gros «t beaucoup plus forts qu'elles.

LE MONT PELEGRINO.

Le mont Pélegrino , situé à deux milles de Palerme , est renommé par le pèlerinage que les Siciliens vont y faire à la grotte de Sainte -^Rosalie. C'est un des voyages les plus fatigans qu'on puisse entreprendre : non seulement la montagne est très élevée , mais elle est encore si extraor-^ dinairement escarpée ^ que le chemin qui y conduit est appelé avec raison la S cala , ou l'échelle. Elle était autrefois inaccessible , et ce n'est quedepuis la découverte de Sainte^Rosalie , que les habitans de Palerme ont construit , à grands frak , HA chemisi sur les roches presque perpendictt*laires. La sainte est au milieu de sa grotte , dan»

(97) l'attitude qu'elle avait lorsqu'on la trouva. C'est une statue d'un très beau marbre blanc , et du travail le mieux fini. Elle représente une jeune fille de quinze ans , de la figure la plus intéressante : sa tête est appuyée négligemment sur sa main; devant elle est un crucifix. Sa physionomie et son maintien ont quelque chose de si touchant , qu'on ne peut pas la regarder sans se sentir ému : aussi les Siciliens ont-ils pour elle un amour qui va jusqu a l'idolâtrie. Une robe d'or la couvre , et quelques joyaux précieux forment sa parure. La grotte où elle est aujourd'hui , et dans laquelle on assure qu'elle est morte , est d'une étendue considérable et extrêmement sombre.

La vue sur le sommet du mont Pélegriuo est très belle. On y aperçoit, lorsque le temps est clair, non-seulement la plupart des îles de Lipari, mais même une grande partie de l'Etna , quoiqu'on en soit alors éloigné de presque toute la longueur de la Sicile.

Page 1