‹ Les merveilles du monde: ou Les plus beaux ouvrages de la nature ..., Volume 2Chapitre 38 sur 134 · LA COLONNADE DU LOUVRE · texte numérisé non relu

LA COLONNADE DU LOUVRE

Sans nous occuper de l'origine du Louvre . qui. se perd , comme celle de presque tous les vieux édifices de Paris , dans l'obscurité des temps de barbarie , nous passerons à l'année i54i, époque à laquelle la construction de ce superbe II. 5

(98) palais , qui excite aujourd'hui , et excitera toujours radmiration de tous ceux qui ont le sentiment des belles et des grandes choses, fut commencée. François I*^ occupait alors le trône. Après sa mort , Henri II fit continuer ce mémorable ouvrage sur les dessins des célèbres Pierre Lescot et Jean Goujeon. Pendant les règnes <:ourts et agités des rois qui se succédèrent depuis Henri II jusqu'à Louis XIII , il ne se fit , pour ainsi dire , ni changement , ni augmentation dans les constructions du Louvre , quoiqu'il fut alors le plus fréquemment habité par ces 'souverains. Catherine de Médrcis commença la grande galerie, qui fut ensuite continuée par Charles IX, Henri III et Henri IV, sans que toutefois ces monarques missent un grand intérêt à l'agrandissement de cet édifice.

Les travaux que Louis XIIÏ fit faire au Louvre apportèrent des changemens au plan original ; car, suivant ce plan, le bâtiment ne devait avoir en étendue que le quart de la superficie occupée par la cour actuelle. Le projet devint plus vaste , on le quadrupla.

Ce fut, en conséquence, sous le règne de ce prince que le pavillon du milieu , qui fait face au palais des Tuileries , fut construit , sous la direction de Jacques Le Mercier, qui ne suivit les plans de Lescot que dans toute la partie qui est au-delà du pavillon du milieu , et crut devoir s'en écarter dans la construction de ce pavillon : mais c'est une faute qui lui a été justement re-

(99) procliée : car, quoique les huit figures en basreliefs qui couronnent Tattique de Lescot soient d'un grand caractère , et qu'il y ait infiniment de ricTiesses dans leur réunion , le bon goût ne saurait approuver ni ses cariatides gigantesques placées au troisième étage , ni ses trois frontons enclavés les uns dans les autres , ni la trop grande prodigalité des ornemens , ni enfin le dôme triangulaire qui termine pesamment l'édifice. C'est au même architecte qu'est dû le grand vestibule soutenu de deux rangs de colonnes couplées , d'un ordre ionique , qui est au rez-de-chaussée de ce pavillon. Ce morceau a toujours obtenu l'approbation des connaisseurs.

Tel était l'état du Louvre lorsque Louis XIV prit en main les rênes du gouvernement. Ce prince , qui voulait que tout respirât autour de lui un air de grandeur et de majesté , ordonna que ce monument fût achevé : mais les longs débats qui s'élevèrent entre les divers architectes , et les intrigues qu'ils employèrent pour que leurs plans fussent adoptes, de préférence à ceux de leurs çoncurrens, retardèrent l'exécution des travaux ; et , bien que la première pierre des constructions projetées par Bernis eût été posée en i665 , ce ne fut qu'en 1670 que la colonnade , exécutée sur les dessins de Charles Perrault, fut achevée. Ce morceau, malgré quelques défauts qui s'y laissent apercevoir, est considéré comme un des plus beaux qui aient été produits par l'architecture moderne. L'admirable proportion de l'ordre co-

( loo ) 1-intliien qui compose la colonnade , la beauté des profils , l'élégance et la pureté des détails, le choix et la belle exécution des ornemens , en font un ouvrage vraiment classique , auquel rien n'est comparable en France.

Lorsque Içs premières assises des travaux ordonnés par Louis XIV furent posées , plusieurs médailles d'or et d'argent enfermées dans une boîte de bronze , et uûe pierre creusée tout exprès , furent placées dans ces assises. Ces médailles portaient l'inscription suivante :

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