‹ Les merveilles du monde: ou Les plus beaux ouvrages de la nature ..., Volume 2Chapitre 45 sur 134 · LA PERTE DU RHONE · texte numérisé non relu

LA PERTE DU RHONE

A une dèmi-lieue au-dessous du potit de Gre-z\n , où le Rhône , après avoir eu , près de Genève , une largeur moyenne de 21 3 pieds, n'en a plus qu'une de i5 à 16, un fond de rochers calcaires, dont les bancs horizontaux s'étendent par-dessus les argiles, semblait destiné à s'op-^ poser à son passage ; mais , par une de ces merveilles dont la nature a seule le secret , ce fleure impétueux , au lieu de s'être étendu dans les terres , a pénétré dans ces rochers , et les a même creusés au point de s'y cacher et de disparaître entièrement. L'hiver et le printemps sont les saisons où l'on jouit mieux de cet intéressant spectacle.

Avant d'arriver à sa perte , le Rhône coule à une très grande profondeur dans des terres

Cn2) argileuses. Cependant son lit redevient plus large ; et comme il est très inégal et en pente douce , il s'ensuit que ses eaux n'éprouvent aucune agitation , et qu'elles coulent avec une majestueuse tranquillité. Mais lorsqu'il arrive sur le banc de rocher qui passe sous ces argiles, ce rocher venant à manquer tout à coup sous lui , son lit prend aussitôt la forme d'un entonnoir, où le fleuve entier s'engouffre avec une vitesse et un fracas épouvantables ; alors ses eaux , qui se refoulent mutuellement , s'agitent , se soulèvent , et se brisent en écumes. Cet entonnoir , qui commence sa perte , est formé par les rochers qui se resserrent à un tel point , qu'il existe une place où il ne reste pas deux pieds de distance d'une rive à l'autre ; de façon que , si la position n'était pas infiniment périlleuse, un homme , même de moyenne taille , pourrait tenir un de ses pieds sur le bord qui appartient à la France , et l'autre sur celui qui dépend de la Savoie , et voir ainsi entre ses jambes ce beau fleuve, qui semble frémir de colère d'être contraint de passer par ce défilé.

Un peu au-dessous de l'entonnoir, les deux rives sont plus écartées , et le Rhône coule tranquillement au fond d'un canal d'environ 3o pieds de largeur qu'il s'est creusé dans le roc. Alors il se resserre considérablement, et la rencontre qu'il fait là d'un banc de rochers plus durs que les autres , et qui , par cette raison , n'ont pu être rongés dans toute la largeur du canal , l'at

( m3) réduit à creuser par-dessous , presque autant que par-dessus. Il en est résulté une saillie ou espèce de corniche qui s'avance de huit ou dix pieds de chaque côté ; mais qui , étant ouverte dans le milieu , laisse apercevoir la surface de Teau qui coule tranquillement dans le fond du canal. Cette cor- Biche divise le canal en deux parties , Tune supérieure , et l'autre inférieure.

Jusque-là le Rhône n'est point encore perdu ; mais à deux ou trois cents pas au-dessous de l'entonnoir , de grandes masses de rochers qui se sont détachées du haut des parois du canal supérieur , et qui ont été soutenues par les bords saillans de la corniche qui est au-dessus du canal inférieur, le cachent intérieurement pendant Teç- - pacede6opas.

En passant par- dessus les rochers entassés, on peut traverser le Rhône à sec ; mais il n'est pas facile d'en approcher. Pour y parvenir , il faut aborder sur cette corniche, qui a 3i pieds de profondeur dans l'intérieur du grand canal , dont les parois sont taillées à pic : on y des* cend par une grande échelle. Indépendamment de ce pont , que la nature a placé sur le canal étroit dans lequel coule le Rhône , on en a construit un en bois , soutenu des deux côtés par un massif en maçonnerie , et qui élève le pont à 12 pieds au-dessus des bords du canal supérieur. C'est au-dessous de ce pont , et tout près de l'endroit où le Rhône vient de disparaître , que se place l'échelle par laquelle on descend sur la^

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corniche qui règne au-dessus du canal inférieur.

Descendu sur cette corniche , on peut examiner à son gré toutes les particularités delà perte des eaux, ohseryer la nature des rochers dans lesquels le canal est creusé, s'assurer que le banc qui forme là corniche est d'une pierre *plus dure et plus compacte que les autres , et reconnaître enfin que c'est cette corniche saillante qui cause la disparition du Rhône , puisqu'il est évident que , sans elle , les blocs de rochers qui cachent ce fleuve seraient immanquablement tombés jusqu'au fond du canal ^ et auraient laissé le Rhône à découvert.

Celui qui s'attendrait à voir le Rhône ressortir de l'entonnoir aussi impétueusement quTil y est entré , serait trompé dans son attente. Ses eaux , à l'endroit où Ton commence à les revoir , paraissent presque stagnantes. On y remarque à peine quelques légers bouillonnemens , et ce n'est qu'insensiblement , et à une certaine distance , que le fleuve reprend sa rapidité ordinaire.

On a dit-on , jeté des corps légers dans le Rhône , afin de voir s'ils ressor tiraient avec les eaux ; mais on n'en a jamais pu revoir aucun. On assure aussi qu'on a fait la même expérience sur un cochon vivant, comme un des animaux terrestres les plus habiles à la nage ; mais il n'a point reparu. Nul doute que ce pauvre animal a du être écrasé contre les rochers entre lesquels le Rhône se précipite, et qu'ainsi toute son habileté à la nage n'a pu le préserver de la mort , nile ramener ^

à la surface de l'eau. Mais comme ces eaux acquièrent une grande vitesse , en raison de leur resserrement dans une fente étroite qu'elles remontent par des lignes obliques , il s'ensuit que les corps qu'on y jette s'écartent considérablement du premier endroit où l'on commence aies revoir. Il n'est donc pas étonnant qpe dans les gouffres pronfondsque le EJbone a formés dans ces rochers de pierre calcaire , où des mouvement de tournoiement ôtent nécessairement pendant longtemps aux corps légers le pouvoir deremonter , ces corps n'aient pu surnager qu'à de certaines distances , et qu'on ne les ait pas vus remonter auprès dé l'endroit où la renaissance dufleuve se fait remarquer.

Mais ce n'est pas le lUiâne seul qui a creuse . ces rochers : le ruisseau de la Valscelline , qui passe sous le pont de Bellegarde , et qui vient se jeter dans le Rhône , à deux ou trois cents pas audessous de sa perte , s'y est fait un lit d'une profondeur étonnante. Le confluent du fleuve avec le ruisseau présente un aspect digne d'exciter la curiosité des voyageurs : c'est un immense abîme bordé de rochers calcaires taillés à pic , et dont on distingue parfaitement toutes les couches horizontales. Au fond de cet abîme , contre l'un de ses bords , on ne voit pas sans étonnement , et même sanseflroi , un moulin qui semble inaccessible de tous côtés. Quelle épouvantable demeure I Quel courage et quelle résignation ne faut-il pas pour y passer sa vie !

Ce quHl est impossible de ne pas admirer encore , c'est le canal au ' fond duquel le Rhône coule après sa renaissance. Les bords taille's à pic , à une profondeur de loo à i5o pieds , sont garnis d'arbres dont les branches se joignant d'une rive à l'autre, forment au-dessus de ces abîmes un berceau presque continuel , et y répandent une obscurité qui les rend plus étomians et plus terribles. Mais la singularité que ce même site présente pendant l'hiver , ne mérite pas moins d'être citée. En effet , n'est -il pas merveilleux d'y voir alors toutes les pointes de rochers chargées d'une infinité de grandes stalactites de glace , qui semblent des lustres de cristal destinés à éclairer ce profond défilé ?

Les savans et îe^ curieux peuvent également trouver à se satisfaire , lorsqu'ils visitent cette contrée , par l'achat de coquillages fossiles , et de groupes de pyrites sulfureux , que les paysans des environs , qui s'occupent de la recherche de ces sortes d'objets , s'empressent de leur offrir et de leur céder moyennant un faible salaire.

CATAÎ^E.

La ville de Catane renferme aussi quelques antiquités dont les plus remarquables sont un éléphant de lave , et un obélisque de granit égyptien qu'il porte sur son dos. On y voit en outre

( 117 ) les ruines d'un grand théâtre , un vaste bain , les ruines d'un grand aqueduc , une petite rotonde et les débris de plusieurs temples , dont l'un était consacré à Cérès , et l'autre à Vulcain. L'église appelée Bocco-di-Fuoco , dédiée aujourd'hui à la Vierge, était également un temple païen.

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