L'APOLLON DU BELVÉDÈRE
Cette statue est le dernier terme du beau ide'al, et il y aui^ait peut-être de la te'me'rité à espérer que' le génie de Thomme puisse aller, plus loin. Tout respire , dans ce chef-d'œuvre , la vie et là divinité. Vainement chercherait-on sur la terre un homme dont la beauté égalât celle de ce marbre , on ne le rencontrerait pas ; car cette statue est la réunion la plus parfaite dé tout ce que la nature a disséminé de noblesse , d'élégance , de grâces , de force et de souplesse dans la formation de l'espèce humaine.
Le moment que l'artiste a choisi pour représenter son Apollon est déjà un trait de génie. Un monstre, le serpent Python , désole les habitans de Delphes; Apollon forme le généreux dessein de les délivrer de ce fléau : il cherche le reptile , l'aperçoit , le surprend , et le perce d'un trait. Son arc est encore dans sa main gauche , et sa droite vient à peine de quitter la corde fatale. Tous les membres du dieu ont conservé le mouvement que le combat qu'il a livré leur a imprimé. Mais quelle plume pourra jamais décrire l'expression qui règne sur la figure du vainqueur! Sur ses lèvres respire le sourire amer dei
( i84 ) rindiguation , de Tironie et du dédain ; dans ses regards brille la noble satisfaction que donne le triomphe , et non l'orgueil qui le déshonore. La joie que ressent Apollon de la défaite de son ennemi , n'a pas d'autre source que le plaisir d'avoir été le bienfaiteur de la terre. On ne saurait s'y méprendre , l'expression en est trop sensible. '
Cependant ce n'était point assez pour l'artiste célèbre à qui nous sommes redevables de cette merveille, de peindre Apollon sous des traits dignes du dieu du jour , il a voulu qu'il joignit à la noblesse et à la majesté qui conviennent à ce caractère , Télégance et la légèreté de l'amantde Daphné. Quelle aimable mollesse ont ce»
beaux cheveux qui ondulent sur ce cou à qui rien n'est comparable ! Quelle grâce dans le bandeau qui i-etient cette céleste chevelure ! Appuyée sur son bras gauche , sa clilamyde est jetée avee une négligence si bien entendue , qu'elle ne dérobe rien de la majesté des' formes. Tout, jusqu'aux accessoires, arrache un éloge : le carquois, le baudrier, et les riches sandales qui laissent si agréablement le dessus du pied à découvert.
Mais ce qu'on ne saurait trop admirer avec M. Visconti, c'est l'idée sublime et l'art qu'a eu Fauteur d'exprimer , par la peinture de la fable de la mort du serpent Pytlion , l'influence bienfaisante du soleil , dont les rayons rendent l'air . plus salubre, et le purgent des exhalaisons ii^-
( i85 ) fccte» de la terre , figurées par ce venimeux reptile. Tout est allusion dans cette e' tonnante figure. Le tronc d'arbre paré de ses fruits , qui soutient Apollon , représente l'antique olivier de Délos , qui avait vu naître ce dieu sous son ombre , et le serpent qui le ceint de ses longs replis ne peut être que le symbole de la vie et de la santé, dont Apollon était aussi le dieu.
C'est vers la fin du quinzième siècle, dans les ruines d'Antium , où les maîtres du monde rassemblèrent tout ce que les arts produisirent de chefe-d'œuvre , que cette statue a été découverte. Elle fut aussitôt achetée par le cardinal de La Rovère , qui la plaça d'abord dans son palais, et la fit transporter ensuite au Vatican, lorsqu'il fut monté au trône pontifical, sous le Qom de Jules II. Le traité de Tolentino en a fiGÛt jbuir, pendant quelques années, le Musée de Paris.
Le nom de l'auteur de cet immortel ouvrage est inconnu. Lorsqu'il fut retrouvé , le bras droit et la main gauche manquaient. Ce fut un élève de Michel-Ange , nommé Giovanni- Angelo Montorsoli , qui le restaura.
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