LE CHATEAU SAINT-ANGE
Ce chaâteau , auquel communique une longue galerie que le pape Alexandre VI a fait pratiquer depuis le palais du Vatican , était dans l'origine le tombeau de l'empereur Adrien et de ses successeurs. Rien ne pouvait être comparé à la beauté et à la magnificence de cet édifice. Il se composait de plusieurs étages entièrement revêtus de marbre , et autour de chacun desquels régnait un portique garni de colonnes , dont on a décoré ensuite la basilique de Saint-Paul. Ces colonnes étaient surmontées de statues, et sur la dernière plate^forme, au- dessous^ du; dôme , on voyait des deux côtés un char tiré par quatre chevaux en métail doré. Une grosse pomme de pin , aussi de euivre doré , et dans laquelle les cendres de l'empereur étaient renfermées, terminait le dôme et l'ouvrage. L'histoire nous apprend que le nombre de ces statues , qui représentaient soit des hommes , soit des animaux , s'élevait à sept cents, et que lors du si^e que Bélisaire soutint contre les Goths , il se servit de ces statues pour se défendi-e dans le sépulcre
( Si) d'Adrien , où il s'était renfermé. Aujourd'hui tI ne reste de ce monument que le massif , qui est carre' , . et la première des quatre ou cinq tours auxquelles il servait de base. C'est sur cette tour que flotte à pre'sent l'étendard de l'Eglise , et une statue d'ange a pris la place de la pomme de pin qui couronnait l'édifice.
AIMANT ou PIERRE D'AIMANT.
La pierre d'aimant est une substance ferrugineuse très compacte , très dure , très pesante , et d'une couleur grise tirant sur le noir. Le pouvoir qu'elle a d'attirer à elle le fer , et d'avoir, si la liberté des mouvemens lui est donnée , deux pôles qui' se dirigent constamment vers le pôle de la terre , la rendent aussi intéressante aux yeux des natiualistes qu'utile à l'humanité. Des six' propriétés qui lui sont particulières, et qui sont Y attraction y la répulsion , la ' direction , la déclinaison , V inclinaison et la communication y la troisième , la direction , est sans contredit la plus précieuse , puisque c'est à sa découverte que l'art de la navigation est redevable de rimportant secours de l'aiguille aimantée , et que le navigateur a dans sa main un guide fidèle qui lui permet de se hasarder , sans crainte de se perdre , aumilieu de l'immensité des mers. Quant à Y attraction . c'est la faculté que possède
l'aimant de s'attacher , par le seul contact , an fer, et même de l'ainenei à lui d'une certaine distance , maigre' la présence d'autres corps intermédiaires. Par la communication , Taimant transmet au fer toutes les propriétés magnétiques , et en fait un aimant artificiel dont la force surpasse souvent celle de l'aimant naturel.
Cependant l'aimant n'est pas absolument nécessaire pour communiquer au fer la propriété magnétique, puisqu'il suf&t de laisser sur un lieu élevé une barre de fer, dans une situation verticale , pour qu'elle devienne magnétique. La croix du clocher de la ville de Chartres en offre un exemple.
Mais il est encore une manière plus expéditive de donner cette propriété au fer : il suffît pour cela de tenir verticalement une barre de fer, et d'en? frapper l'extrémité contre la terre ; la base devient aussitôt magnétique, et sa partie inférieure se dirige vers le nord. Il est à remarquer que c'est toujours le bout qui a frappé qui prend cette direction t cai' , si l'on fait la même opération avee l'autre , les pôles sont à Tinstant changés.
L'ILE DE PHILÉE.
Cette île enchantée, que le Nil , par un détour, vient chercher et enceindre , est couverte de monumens qui ne sont séparés les uns des autres que par quelques bouquets de palmiers y. ou des
( 33) rochers qui ne semblent placés là <fud pont fpouper les richesses de la nature avec les ina^^nificences de l'art , et former un faisceau de tout ce qu'elles peuvent rassembler de plus pittoresque et déplus imposant. L^ Egyptiens , ayant fait de cette île l'entrepôtd'un commerce d'échanj^e avec les Ethiopiens, voulurent éblouir ce peu pie par la somptuosité de leui-s édifices^ et jamais dessein ne reçut une exécution plus parfaite.
Les raines de Philée, composées d'un groupe die naonumens dont chacun est irréjrniicr, sans que la magnificence de leur ensemble se r'^sscnte de cette irrégularité , prouvent qu'elles proviennent d'édifices qui ont été construits à des époques différentes, et par diverses nations dont îe culte n'était pas le même : et , comme il n'y a de fini .que ce qui. est de la plus haute antiquité , rien n'est plus facile que de distinguer ces époques.
On remarque dabord un petit sanctuaire , précédé d'un portiqtte de quatre colonnes avec des chapiteaux: très élégans i auquel on avait joint postéviettremeut un antre portique qui devait tenir .à la circonvalladon du temple. Ce NMmumeut ayant servi au culte catholique , son caractère a étédénatuvè par des arcs qui ont été ajoutés aux formes carrées des portes. On ne matw que pas de faire observer k ceux qui Je visitent, ^impression miraculeuse despieds de saint Antoine ou de Paul l'ermite , tout auprès des statues d'Isi« eld'Oiiri&.
(34) Le grand et magnifique carré long qu'on admire ensuite, laisse voir, parles détails de ses ornemens , qui représentent les offrandes , que -c'était un temple i cependant il n'a ni la forme d'un portique , ni celle d'un sanctuaire. Les colonnes qui composent son pourtour , et qui ne sont engagée» que jusqu'à la moitié de leur hau* teur, ne portent qu'un entablement et une corniche , sans toit ni plate-forme. Il n'avait que deux portes. Mais en examinant l'extrême pureté qui règne daos son arcLitecture , et surtout la beauté de ses cbapitaux , on ne peut pas douter qu'il n'ait été élevé à la dernière époque de la magnificence égyptienne : et ce qui doit confirmer dans cette idée, ce sont ses longues galeries , ses sphinx , ses obélis* ques et ses rampes , dans lesquels on a déployé toîutes les ressources de l'art , porté à son plus haut degré de perfection. « •
Au milieu des sentimens que fait naître la vue de tant de merveilles , on ressent un vif désir de savoir ce que pouvait signifier ce grand nombre de sanctuaires, si i^approchés et si distincts , qu'on trouve dans ce vaste édifice. Ejlaientils^ consacrés à différentes divinités ? Ëtaieht - ^e des chapelles votives , ou des lieux de slati<m^ pour les cérémonies du culte ? On se perd dans les conjectures , Wsque , indépendamment de cefr sanctuaires seci-ets , dont l'usage donne déjà un problème à résoudre , on en apei'çoit encore d'autres plus mystérieux qui y sont contenus , et qui renfermaient , comme nos tabernacles , tom
(35) ce que la religion avait de plus précieux et de plus sacré. La vue des peintures qui couvrent les plafonds et les murs jette dans le même embarras. Sur les premiers sont des tableaux astronomiques et des théories d'élémens , et sur les seconds , des images des dieux et des prêtres , des portraits gigantesques dé quelques Souverains , et des signes emblématiques de la Force et de la Puissance , menaçant un groupe de personnages supplians qu'elles tiennent d'une main par les cheveux rassemblés.
Deux temples, isolés de la grande enceinte , attirent encore Tadmiration du voyageur. Il est impossible d'imaginer quelque chose de plas joli que lé plus petit de ces édifices , qui est d'ailleurs dans un état parfait de conservation. Ses dimensions sont si délicates et si mignonnes , qu'en le voyant Dn est tenté de - l'emporter. Le fait est que si jamais l'envie prenait à quelque souverain de transporter un temple d'Afrique en Europe , il ne pourrait- pas mieux choisir , non seulement par«e que cela est possible, mais encore par la raison -qu'il donnerait un témoignage palpable de la noble simplicité de l'architecture égyptienne , et qu'il prouverait que la majesté d'un édifice dépend plutôt de son caractère que de son étendue.
(36) LA ROCFIE TARPÉIENNE.
Sur le côté du Capitole on trouve la roche Tarpéienne ( aujourd'hui Monte-Caprino ) , d^où l'on jetait autrefois les criminels. Son nom vient de la vestale Tarpéia , qui y perdit la vie pour avoir introduit les ennemis dans Rome. Quoique le terrain se soit extrêmement haussé, etqu'on ait même bâti dans l'endroit qui faisait autrefois le précipice , nous pensons , ainsi que M. Delalande , qu'elle conserve encore assez d'escarpement pour qu'un homme qu'on en précipiterait fût fracassé dans sa chute.