‹ Les merveilles du monde: ou Les plus beaux ouvrages de la nature ..., Volume 2Chapitre 94 sur 134 · DANS L'ILE DE SALCETTE · texte numérisé non relu

DANS L'ILE DE SALCETTE

Ce temple est une des plus grandes merveilles de l'Asie. Quelques auteurs , frappés de la magnificence étonnante qui le caractérise, l'attribuent à Alexandre-le-Grand. Quoi qu'il en soit de son origine , c'est un monument aussi remarquable par sa vaste étendue que par la singularité et le nombre infini de ses détails. Les premiers qui s'offient à la vue sont deux grand»

( 25e ) pilastres de vingt palmes (i) de hauteur, dont' le premier tiers est carré , le second octogone , . et le plus bfiut tout*à-fait rood ; leur diamètre est de »ix palmes, et leur distance mutuelle de quinze. . Ge portique y situé à huit pieds de la roche , et qui contient une pierre de quarante-quatre palmes de long, sur huit de large et quatre d'épaisseur, oMiduit dans une espèce de place large de quarante palmes , et taillée dans la roche même ,- à Textrémitév de laquelle on trouve trois portes; «elle du milieu est la plus grande.

A dix pas , vers la droite , on voit une grotte ouverte des deux* côtés ; sa longueur est de vingtquatre palmes, et sa largeur est de quinze. Le ddme qu'elle forme a dix palmes de diamètre et quinze d'élévation , avec une corniche carrée. I^ première idole qu'on y aperçoit est taillée dans le roc à demi-relief; sa tète est couverte d^un bonnet qui ressemble à celui du doge de Venise. Près d'elle sont deux statues en posture • soumise , dont les bonnets ont la forme d'un pain de sucre. Au-dessus de leurs têtes on distingue deux petites figures , taillées aussi dans le • rop., sous la forme des anges qu'on représente ^p l'air, et plus bas deux autres qui tiennent un bâton sur les mains. Deux enfans , les mains jpintes, comipc s'ils étaient en prière, et qui portent une espèce de bâton sur leurs épaules,

- (0 ^c palme grec «tait; de c|Qa(r8 doiçU, ou le tixièoit^dlune coudée grecque.

sont à €es côtés. Dans une autre grotte voisine , . oir trouve un second dôme d'une seule pierre, 61 de la même forme que le précédent *, mais le sommet en est rompu. Autour de cette seconde grotte , on aperçoit quatre figures en demi-relief, ^ui tiennent dans la main gauche une espèce d'habillement ; les mêmes sortes de bonnets et Ae petites figures semblables aux précédentes sont à leurs pieds et sur leurs têtes. Vis-à-vis de cette grotte , on en trouve une autre dans laquelle on voit trois petites- figures assises , et six autres fort grandes, avec trois moyennes. Les neuf dernières sont debout , et travaillée» de la roche même s celle du milieu tient un arbre ebargé de fruits dans la main gauche. De l'autre côté, seize figures, toutes^ /assises , coiffées de mêmes bonnets, et ayant les mains croisées sur l'estomac , s'offrent à la vue ; une des seize a près d'elle deux petites figures debout , et deux autres au-dessus; A une très petite distance de cette dernière grotte, du côté du septentrion, on en rencontre encore une autre de huit palmes dans toutes ses dimensions, elle contient une espèce de lit de pierre. Sur sa façade , on voit une statue assise, les jambes croisées à la manière des Orientaux, et les mains jointes sur l'estomac; une autre qui tient une branche d'arbre chargée de fruits , et sur la tête de laquelle on distingue deux eu&ns allés et debout. Au-delà de cette grotte, et sur la même façade, qui s'étend plus d« soixante palmes au-^edans de la roche, o&^

trouve deux statues assises , avec leurs mains sur restoinac , et leurs bonnets sur la tcte. Deux autres , qui sont debout , semblent n'être placées là que pour les suivre.

Toutes ces grottes et toutes ces figures, qui sont autant de monumens en elles-mêmes, ne sont en quelque sorte que les avenues du femfieux temple de Canarin. Une ouverture de quarante palmes , taillée dans une façade de la même pierre , qui en a quatre-vingts de longueur , lui sert d'entrée. Sur la droite de cette ouverture , on trouve une grotte ronde de plus de cinquante et une palmes de circuit; des statues, les unes assises , les autres debout , l'environnent ; une seule est plus grande que les autres. Plusieurs caractères , qui semblent inexplicables , se .font remarquer sur la surface du dôme qui suimonte la grotte. Le premier vestibule du temple est un carré parfait de cinquante palmes. On y voit de cbaque côté une colonne de soixante palmes de hauteur, avec ses cbapiteaux, et six de diamètre : celle de droite offre deux lions avec un bouclier à côté , et celle de gauche deux statues. Ces deux colonnes passées, on aperçoit sur la gauche , à l'entrée d'une grotte , deux grandes statues debout, qui se regardent mutuellement. Plus loin et du mètne côté , on voit deux autres statues d'une grandeur prodigieuse , et une tiH)isième sur la droite ; elles sont toutes debout , avec plusieurs petites figures autour d'elles. Du côté droit, où sont les lions , on distingue deux grands va-

( 203 ) ses sur des pieds d'une grandeur proportionnée^

Trois portes égales , de trente palmes de hauteur sur huit de largeur , conduisent dans un espace où Ton trouve quatre colonnes travaillées de la roche même : leur élévation est de douze palmes entre l'espace des cinq fenêtres qui donnent le jour au temple. A la droite de l'entrée on distingue quelques lettres que le temps a rongées, ainsi que le reste de l'ouvrage. Indépendamment de diverses petites figures qui se trouvent sur les côtés , on voit deux statues gigantesques qui sont debout , et qui ont la main droite ouverte, tandis que la gauche tient un vêtement. Elles sont coiffées de bonnets pareils aux précédens , et ont des pendans d'oreilles à l'indienne.

A l'entrée même du temple , dont la porte a quinze palmes de haut sur huit de large , on aperçoit sur la droite quatre statues debout, dont l'une d'elles représente une femme avec une fleur à la main ; et douze autres plus petites , les unes assises , les autres debout , tenant également quelque chose dans les mains , qu'elles ne laissent pas d'avoir croisées sur l'estomac. A la gauche sont quatre autres statues, dont deux de femmes , avec de grands anneaux aux pieds , et seize autres petites aux côtés , les unes assises, les autres debout , dans la même posture que les précédentes. La porte même en offre deux grandes , et deux autres vis-à-vis , avec trois petites qui sont debout. Une fenêtre de quarante-quatre

palmes de largeur, c'est-à-dire aussi large que le temple même , avec une pierre au milieu , en manière d'architrave, et soutenue en dedans par deux colonnes octogones , est ouverte sur le cintre de la porte. A gauche , dans l'intérieur , on voit encore une inscription en caractères aussi peu connus que la première.

Le temple , qui est voûté , s'arrondit à l'extré* mité. Trente-quatre colonnes , sans compter celk de l'entrée , y forment trois espèces de nefs. Dixsept ont des ciiapiteaux surmontés par des figures d'eléphans ; les autres n'ont rien de remarquable que leur figure octogone. L'espace qui reste entre les colonnes et là roche , c'est-à-dire , la largeur des nefs de chaque côté , est de six palmes.

Tout ce qui vient d'être décrit est taillé dansle rocher même, sans addition d'aucune autre manière aux statues, et sans la moindre partie qui puisse se détacher. Sur le plan du temple on voit une grande quantité de pierres taillées , qui servaient vraisemblablement de degrés à quelque édifice.

En sortant de ce lieu mysténeux, on trouve encore une infinité de citernes , de grottes et de divers autres monumcns, parmi lesquels onremarque un second temple , dooit la hautem, par une disproportion assez étrange , n'est que de douze palmes. On y voit , comme dans le tjemple de Ganarin , de grandes et de petites statues , les unes assises , les autres debout , et la plupart coif*?fi^es de bonnets pointus.-

( a55 ) PARME.

Indépendamment de la beauté de la ville dé- Parme , dont les rues sont larges et parfaitement percées , la coupole de la cathédrale , un tableau du Gorrège , et le théâtre des Farnèse , la recommandent à l'admiration des voyageurs.

La. coupole, chef-d'œuvre du Gorrège, représente l'apothéose de la sainte Vierge. Malgré l'état de délabrement où est aujourd'hui la peinture de cette coupole , et la peine qu'on a d'y reconnaître la touche et le coloris de son auteur, on voit en^ eore qu'il a du rassembler tout son génie pour en faire à la foislouvrage le plus hardi et le pluf gracieux..

Le théâtre des Farnèse , ainsi nommé parce qu'il fut construit par un des princes de cette maison , lorsqu'ils régnaient sur les états de Parme et de Plaisance , est à.e forme ovale ; il contient i5,ooo personnes. Le fond, ainsi qu'une partie des cotés , est garni de gradins à l'antique qui s'élèvent jusqu'à la hauteur des secondes loges. Une galerie ornée de colonnes à distances égales, et couronnées par une très belle corni-che, occupe toute la partie supérieure. Deux arcs de triomphe , avec les statues équestres des Farnèse , forment les deux entrées de la salle , qui nemplissent ^intervalle entre les gradins et le

( 256 ) théâtre. L'espace du milieu, qu'on nomme le parterre, a vingt toises de longueur, et contient une foule immense de spectateurs. On peut même aisément Tinonder au moyen de tuyaux qui y répondent , et donner le spectacle sur l'eau. Le théâtre , qui a seul dix-neuf toises et quatre pieds de profondeur, est décoré en avant de colonnes corinthiennes. Cependant sa vaste étendue n'empêche pas que la voix ne se fasse entendre d'un bout de la salle à l'autre. Ce théâtre ^ qui , par la beauté de son architecture et de ses ornemens , fait un honneur iuûni à Yignola , peut le disputer au théâtre olympique de Vicence. Depuis longtemps on ne s'en sert pas , et c'est sur un autre qui est d'une grandeur ordinaire, et qui peut contenir 2,000 personnes , qu'on représente habituellement.

Quant au tableau du Corrège , c'est un morceau qui suffirait pour immortaliser son auteur. n est couvert d'un surtout de bois qu'on ne découvre que lorsqu'il se présente des curieux II est connu soUs le nom de la Madone-de- Saint- Jérôme, Il représente la vierge Marie tenant l'enfant Jésus. Saint Jérôme est de côté , un ange en avant, qui tient un livre avec lequel il fait jouer l'enfant. Aux pieds du divin Sauveur est Madeleine, qui en baise un avec transport, tandis qu'un autre petit ange présente une boîte de parfums. La Vierge est si belle et si noble , Madeleine si touchante , si tendre , si respectueuse , et l'enfant a tant de grâces en jouant d'une main

avec les cheveux de Madeleine , qu'où ne peut se défendre d'un pieux attendrissement , auquel la crainte fait place dès qu'on jette les yeux sur saint Jérôme , dont l'air sévère et dur contraste , de la manière la plus frappante , avec la douceur et l'aménité répandues sur les traits des autres personnages.

Page 1